‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'auditionChapitre 3 sur 69 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

était incommodé depuis six mois d’un écoulement puriforme, qui s’était établi insensiblement, et sans nulle douleur, dans le conduit de l’oreille droite. Il attribuait cette incommodité à la suppression d’une transpiration abondante de la tète, à laquelle il était fort sujet, et qu’il n’avait plus vue reparaître depuis qu’il avait été jeté , par son cheval effrayé, dans une rivière, où il avait failli se noyer. L’audition se trouvait fort affaiblie de ce côté, et plus encore quand l’écoulement venait a augmenter ; ce qui arrivait toutes les fois qu’il s’exposait à la pluie , ou qu’il se livrait à quelque intempérance dans sa manière de se nourrir. Au défaut de séton, qu’il ne voulut pas se laisser appliquer , je lui fis mettre un vésicatoire au bras droit ; je lui prescrivis des apozèmes purgatifs , avec la chicorée , le pissenlit , le cerfeuil , le cresson , et addition de trente grammes de sirop de chicorée composé, pour chaque tasse d’apozème. Je rappelai la transpiration de la tête en la faisant couvrir d’une coiffe de laine, soutenue par un serre-tête de taffetas gommé ; je prescrivis le même appareil pour envelopper les pieds par-dessous les bas. Ces moyens suffirent pour tarir l’écoulement, et rendre l’ouïe, à peu de chose près , aussi parfaite qu’elle était auparavant.

LX.A' OBSERVATION. — M. Bloom, âgé de vingt-cinq ans , d’un tempérament lymphatique, était incommodé depuis quatre ans d’un écoulement puriforme très-considérable par les deux oreilles , qui s’était établi peu à peu et sans douleur, et qui compliquait une surdité presque complète. La membrane du tympan, ouverte du côté gauche, était saine du côté droit; et cependant la surdité, qui variait souvent dans son intensité, se trouvait parfois moins considérable à gauche qu’à droite. La quantité de

10 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE III. l’écoulemeEt éprouvait aussi de fréquents changements, sans que sa diminution , néanmoins, fût suivie d’aucune douleur de tête. On avait essayé d’en tarir la source par deux vésicatoires derrière les oreilles, et ensuite par un troisième appliqué à la nuque, en secondant en même temps ces moyens par l’emploi des purgatifs. Le peu de succès de ce traitement méthodique ne me permettait guère d’attendre davantage de celui que je pourrais tenter moi-même ; cependant , comme je fys vivement sollicité, je ne pus me refuser à l’entreprendre. Je fis placer un séton à la nuque, puis raser la tête, pour la frictionner et l’envelopper de la manière que j’ai plusieurs fois indiquée. Je prescrivis de fréquents purgatifs et une nourriture peu substantielle. L’écoulement fut considérablement diminué , avec amélioration de l’audition : cependant il ne tarissait point. Je crus alors devoir employer des douches , dont je fais depuis quelques années un grand usage. Elles consistent en une solution de huit grammes de sulfure de potasse dans six seaux d’eau chaude. Le liquide, contenu dans un réservoir de trois à quatre mètres, est lancé dans le conduit auditif par l’effet de sa pesanteur , et y est amené par un tuyau de cuir, terminé par un tube coudé, du diamètre à peu près d’une plume de corbeau. Cette douche, pour produire tout l’effet qu’on en attend , doit durer au moins un quart d’heure , et frapper directement le fond du conduit auditif.

Les douches supprimèrent l’écoulement ; mais cette suppression fut immédiatement suivie de céphalalgie et de vertiges. Je fis mettre alors quatre sangsues derrière chaque oreille ; les maux de tête diminuèrent et les vertiges disparurent , mais seulement pour deux ou trois

jours, au bout desquels ces deux symptômes se remontrèrent avec plus d'intensité qu’auparavant , accompagnés même d’un peu de fièvre. Le jeune homme désirait ardemment le retour de l’écoulement, assuré, disait-il , de cesser de souffrir aussitôt que les oreilles flueraient. Je le pensais aussi, et je lui fis espérer le retour prochain de l’écoulement. Je trouvai, en examinant le conduit auditif , qu’il était sec , tendu , et que le moindre mouvement imprimé à la conque y éveillait une vive douleur; ce que j’ai toujours vu être un signe avant-coureur de la récidive de l’otorrhée, surtout lorsqu’elle n’a été guérie que par des injections astringentes. En effet, dès le lendemain matin l’un des conduits auditifs recommença à fournir une matière, d’abord séreuse , ensuite puriforme , qui augmenta considérablement par une fumigation d’eau chaude. Dès lors la tête cessa d’être douloureuse , et redevint peu à peu aussi libre qu’auparavant, quoique le conduit du côté droit , qui était celui où il y avait lésion de la membrane. Huât beaucoup moins qu’auparavaut. Cet effet bien évident des douches salino-sulfureuses m’y fit renoncer pour trois mois, pendant lesquels je continuai les autres moyens de traitement. Au bout de ce temps , je ADulus essayer si une seconde suppression serait suivie des mêmes accidents. J’avais quelque espérance que la belle saison, où nous étions alors, rendantla transpiration plus abondante, préviendrait cet inconvénient ; mais il fut à peu près le même , et les accidents ne cédèrent que lorsque la prompte cessation des applications astringentes, aidée de l’emploi des fumigations, eut rappelé l’otorrhée : je crus devoir alors renoncer à la guérir.

LXXI® OBSERVATION. — Uu jeune homme , qui ve-

nait d’être exempté de la conscription pour cause de surdité de l’une et de l’autre oreilles, se présenta chez moi , afin de réclamer mes soins contre cette infirmité : elle était telle (ju’il ne pouvait entendre ce qu’on disait près de lui, quand la personne qui lui parlait se trouvait éloignée de plus de deux pieds. Il avait perdu l’ouïe depuis quatre ans, à la suite de plusieurs otites des plus violentes, accompagnées de bourdonnement, et terminées par un écoulement qui s’était établi peu à peu par les conduits auditifs , et avait toujours continué, avec plus ou moins d’abondance. Ses parents avaient constamment remarqué qu’il était beaucoup moins sourd quand cet écoulement était moindre. Il lui était arrivé, à différentes époques, de faire sortir, en se mouchant, de l’air par ses oreilles , ce qui lui faisait éprouver momentanément une diminution notable de la surdité. Aussi avait-il contracté l’habitude d’une sorte de reniflement , par lequel il s’efforçait de se désobstruer les oreilles, en cherchant à y faire pénétrer l’air. En les examinant au soleil, je les trouvai encombrées d’une matière purulente tirant sur le noir, et d’autant plus épaisse que je la puisais moins avant dans le conduit ; ce que je ne pus exécuter sans faire saigner la membrane qui le revêt. lime fut impossible, à cause de cette circonstance, de le nettoyer entièrement, et je ne pus y parvenir qu’au bout de plusieurs jours. Alors il fut de nouveau possible de faire sortir de l’air par l’oreille , et je pus moi-même observer que l’ouïe s’améliorait beaucoup toutes les fois quelle était ainsi balayée par cette espèce de courant d’air. Je ne songeai plus , d’après cette épreuve et les renseignements psécédents , qu’à tarir l’écoulement : j’établis à cet effet un profond séton à

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