‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'auditionChapitre 34 sur 69 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

De la surdité par compression du nerf auditif.

Toutes les fois qu’il se développe une tumeur, ou qu’il se forme une congestion purulente ou puriforme sur le trajet ou dans le voisinage, ou près de la naissanee de la septième paire , l’impression faite par les sons sur les extrémités sentantes du nerf acoustique n’arrive plus au sensorium commune, et il y a surdité par compression. Si la tumeur ou la congestion est ou devient considérable , la compression se borne rarement aux nerfs de l’ouïe ; elle s’exerce également sur ceux de la vue et de l’odorat, qui en demeurent aussi paralysés.

Il en est de même des différentes accumulations de liquides séreux, lymphatiques, purulents, qui peuvent

DE DA SURDITÉ PAR COMPRESSION DU NERF. 213 OU se former dans la substance de l’encéphale , ou remplir les cavités naturelles de cet organe. Dans le premier cas , si la congestion est dans le voisinage de la septième paire, il peut se faire quelle 'soit seule paralysée. Dans le second cas , c’est-à-dire lorsque les ventricules sont le siège de l’épanchement , les désordres dépendants de la compression s’étendent à presque tous les sens. Assez ordinairement les yeux sont les premiers affectés. On lit dans Bonet (1) l’observation d’un homme mort d’apoplexie, après avoir perdu successivement la vue et l’ouïe, et dans le crâne duquel on trouva , entre le cerveau et le cervelet, un stéatôme de la grosseur du poing. A l’ouverture du cadavre d’une personne morte à la suite d’une fièvre ataxique , je trouvai , à la partie latérale gauche de la moelle allongée , dans le sillon qui la sépare du cervelet , plusieurs petits corps d’apparence glanduleuse , groupés les uns à côté des autres , et qui avaient fait sur la partie correspondante du cervelet plusieurs impressions très-distinctes. Dans le ventricule du même côté se trouvaient une ou deux onces à peu près d’une matière gélatineuse jaunâtre. I.es plexus choroïdes étaient tapissés de petits grains d’une consistance cartilagineuse. Cet homme avait perdu l’ouïe du côté gauche depuis près de trois ans , mais sans douleurs de tête , sans bourdonnements, si ce n’est pendant les six derniers mois de sa vie. Lieutaud rapporte qu’un homme âgé de soixante ans perdit pet à peu la vue, l’ouïe, la mémoire, et l’usage des facultés intellectuelles, au point de tomber dans un état d’imbécillité. Mort d’une attaque soudaine d’apoplexie , on trouva , à l’ouverture de son crâne , un

(1) Sepulchretwm anaiom. , 4. 1 . § 2 , obs. 53.

214 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XV. abcès dans la substance médullaire de l’hémispbère droit, avec une carie des os voisins (1). La maladie qui termina les jours du célèbre poète anglais Swift appartient à ces sortes de lésions du cerveau, et j’ai cru qu’il ne serait pas déplacé de la présenter à la fin de ce chapitre , avec quelques détails. On la trouvera précédée d’une autre non moins intéressante, et que j’ai recueillie dans ma pratique.

En général , la surdité causée par la compression du nerf auditif a pour symptômes une céphalalgie plus ou moins intense et presque continuelle , des vertiges, des tintements, l’affaiblissement de la vue, des facultés intellectuelles, et particulièrement de la mémoire. Lesprogrès de cette surdité sont ordinairement très-lents; et quoique la cause en soit nécessairement mortelle, elle ne conduit que fort lentement, et après plusieurs années, à cette terminaison fâcheuse. J’ai vu quatre ou cinq fois cette espèce de surdité. Elle existait depuis plusieurs années sans que la santé en fût visiblement altérée. J’ai conservé quelques relations avec deux personnes qui en sont atteintes. Elles sont , depuis quinze et dixhuit ans, affectées de surdité, de céphalalgie, de vertiges , d’affaiblissement de la vue et des sens internes ; et rien ne peut faire espérer que ce déplorable état touche à sa fin. Au reste, la marche de cette maladie, et les différents phénomènes dont elle est accompagnée , doivent varier nécessairement selon les (Mfférents modes et les différents sièges que peut affecter la tumeur ou le liquide comprimant. Mes observations à ce sujet ne sont ni assez nombreuses ni assez complètes pour pouvoir

(1) ir%st. amt. p. med., part. 3, obs. 108.

DE EA SURDITÉ PAR COMPRESSION DU NERF. 215 établir ces différentes variétés. Je me contenterai de présenter à la suite de cet article deux histoires des plus détaillées, recueillies dans ma pratique.

Je ne parle point ici de la compression causée par la plénitude des vaisseaux sanguins; cette cause de surdité, qu’attestent également les ouvertures cadavériques (1), appartient à la cophose dont je traiterai, sous la dénomination de surdité par pléthore. La céphalalgie et les éblouissements, qui sont également des symptômes de celle-ci, pourraient la faire confondre avec celle qui fait le sujet de cet article. Mais, dans la surdité pléthorique, les facultés mentales ne sont jamais grièvement lésées, et les évacuations sanguines produisent un soulagement plus ou moins marqué , ce qui n’a point lieu dans la surdité par compression chronique. L’impuissance de nos moyens pour faire disparaître les causes matérielles qui compriment le cerveau et la septième paire, est trop connue des praticiens pour qu’il ne soit pas superflu de présenter ici le pronostic et le traitement de cette variété de la paralysie acoustique. Ils savent ce que peuvent, dans quelques cas analogues, les vésicatoires appliqués sur toute la tête , la digitale pourprée , la scille et le mercure doux.

CXXXVIF OBSERVATION. — Slarie-ÉUsabetli Fontainier, âgée de trente-sept ans , douée d’une constitution délicate et d’un tempérament bilieux , régulièrement et assez abondamment menstruée , ayant été sujette , avant la puberté , à des hémorragies nasales très-abondantes , fut prise , à l’àge de trente-trois ans , pendant qu’elle nourrissait, d’une certaine constriction de la

(1) Portai , Anat. méd. , tome IV , page U 1 .

216 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XV. gorge, sans tumeur, sans rougeur, sans dyspnée, ni dysphagie. Cette affection, depuis son apparition jusqu a l’époque où je vis cette femme, c’esU-dire quatre ans après , n’avait pas discontinué un seul instant. Il lui semblait qu une main invisible la serrait fortement au cou, comme pour l’étrangler; au point que, dans le premier temps, elle s’éveillait souvent en sursaut, en ciûant : au secours! on m’étrangle, j’étouffe! Trois mois après que cette incommodité se fut déclarée , il survint des bourdonnements violents qui variaient à chaque instant, sous le rapport de leur intensité et des bruits différents qu’ils simulaient. En peu de temps ces tintements furent suivis d’une surdité de l’une et de l’autre oreilles, et cette incommodité fit en peu de mois de tels progrès , que l’audition se trouva complètement anéantie. Presque en même temps , affaiblissement progressif de la vue, lequel pourtant n’alla pas jusqu’à la cécité. Deux ans après l’invasion, céphalalgie, bourdonnements, accompagnés des élancements les plus douloureux. D’après les expressions de cette femme, il semblait qu’on lui lardât le cerveau, qu’on fît des efforts pour lui ouvrir le crâne. Nul changement opéré dans cet état pénible par deux grossesses survenues depuis l’invasion de la maladie; nul amendement ni augmentation par l’allaitement, ni par les différentes évacuations que détermine l’accouchement. Augmentation momentanée des bourdonnements et de la céphalalgie par une situation horizontale, et plus encore quand cette femme se courbait et baissait la tête. Propension violente et presque continuelle au sommeil sans cesse troublé néanmoins par les élancements à la tête et la violence des bourdonnements.

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