‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'auditionChapitre 35 sur 69 · DE EA SÜBDITÉ PAR COMPRESSION DU NERF · texte numérisé non relu

DE EA SÜBDITÉ PAR COMPRESSION DU NERF

Entrée successivement à l’Hotel-Dieu, à la Charité, et à l’hospice de l'ÉeoIe , Élisabeth Fontainier y reçut sans aucun succès les secours les plus actifs de la chirurgie. Les bains, les douches, les saignées, les vésicatoires au cou et derrière les oreilles , un cautère au bras, un séton à la nuque , quatre moxas sur la région de l’occiput, diminuèrent à peine la céphalalgie, mais nullement la surdité ni les bourdonnements. Nul effet également d une hémorragie des plus abondantes , survenue à la chute de l’escarre de l’un des moxas. L’inutilité de tous ces remèdes , ordinairement si puissants , me fit regarder l’affection comme incurable , et je ne pus que consoler cette pauvre femme, en accusant de ses maux l’approche de son temps critique , et lui faisant ainsi entrevoir , au delà de cette fâcheuse époque , des espérances que j’étais bien loin de partager.

CXXXVlir^ OBSERVATION. — Un enfant de six ans fut présenté comme sourd-muet à l’abbé Sicard , qui , lui trouvant une physionomie peu intelligente , me l’adressa pour l’examiner. Je reeonnus en effet dans la fixité insignifiante de ses yeux , la lenteur de ses mouvements , et l’immobilité des traits de son visage , les caractères extérieurs de la stupidité. Les renseignements que me fournirent les parents ne démentirent point ce premier aperçu. Cet enfant avait donné jusqu’à quatre ans des signes d’une intelligence peu commune et d’une audition parfaite. Il entendait, parlait et apprenait avec une sagacité singulière tout ce qu’on lui enseignait. Peu à peu il perdit sa vivacité accoutumée , devint triste, sédentaire , se plaignit de maux de tête , parut avoir l’ouïe dure , et souffrir en même temps lorsqu’on élevait trop la voix pour être mieux entendu de lui. Cette sur-

218 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XV. dité fit des progrès si rapides, qu’au bout de dix-huit mois l’ouïe était totalement perdue. Déjà l’enfant avait cessé de parler , et ne faisait plus entendre que quelques mots très -courts , les plus indispensables à la manifestation de ses premiers besoins. Peu à peu les facultés intellectuelles et affectives s’affaiblirent également. Aucun amusement , nul objet nouveau ne put provoquer son attention ; et les choses comme les personnes qu’il avait affectionnées le plus , lui devinrent indifférentes et presque inconnues. Il survenait parfois un peu de fièvre le soir , du dévoiement , souvent même des vomissements : ces légères indispositions , d’ailleurs très-passagères , n’avaient que fort légèrement altéré sa santé. Il n’était pas très-maigre , mais son teint était blafard , et le pourtour de ses yeux très-plombé. Ayant remarqué un peu de strabisme à l’œil gauche , les parents , qui d’abord ne voulaient pas en convenir, l’ayant examiné avec plus d’attention , finirent par en demeurer convaincus , avouant cependant que ce ne devait être que depuis peu de temps que leur enfant était devenu louche. A cela près , la vision ne me parut offrir aucun dérangement notable.

Je regardai cet état comme désespéré , et l’annonçai aux parents, qui, n’ayant cependant que ce seul enfant, me prièrent de lui donner mes soins aussi assidûment que si j’avais été soutenu par l’espérance: j’y consentis, moins par le désir d’être utile , que dans le dessein de ne pas perdre de vue une maladie aussi intéressante. Quoiqu’elle ne me parût être autre chose qu’une bydropisie des ventricules , la lenteur de sa marche , la surdité qui la compliquait , l’influence qu’elle avait eue sur les facultés intellectuelles, justifiaient assez cet intérêt.

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J’employai, sans en rien espérer, le sublimé poussé jusqu’à provoquer la salivation , et un séton à la nuque. 11 y eut pendant quelques semaines un mieux très-sensible, qui releva mes espérances; mais bientôt les choses reprirent leur état ordinaire , il se joignit même au strabisme de l’œil droit un prolapsus incomplet de la paupière supérieure. La vue s’affaiblit évidemment , la pupille se montra plus dilatée , et l’enfant fut hors d’état de se lever. Du reste, point de fièvre, lenteur remarquable du pouls , vomissements fréquents d’une matière muqueuse ; enfin , après avoir langui encore quelques semaines , il expira dans un état comateux, interrompu par quelques légères convulsions. Je fis l’ouverture du cadavre, et j’examinai surtout avec beaucoup de soin l’intérieur du crâne. Je m’étais procuré une tête d’enfant à peu près du même âge , et mort le même jour. En comparant entre elles les parties saines de l’un et de l’autre cerveau, je trouvai que celui de mon sourd-muet offrait plus de mollesse dans toute la substance médullaire , que les nerfs optiques et le labyrinthique étaient plus grêles , surtout plus mous , et se rompaient bien plus aisément ; les différentes éminences de la moelle allongée , du cervelet , des ventricules , étaient beaucoup moins prononcées ; le cervelet considérablement plus petit , les sinus de la dure-mère plus gorgés de sang , et d’un sang plus fluide et moins coloré. 11 y avait plus d’un verre de sérosité jaunâtre dans le ventricule droit, qui se trouvait avoir acquis beaucoup plus de capacité, et perdu sa forme naturelle ; une humeur gélatineuse et coagulée occupait le ventricule gauche. Les plexus choroïdes étaient considérablement épaissis ; la glande pinéale, d’un volume double de celui qu’elle a ordinal-

220 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XV. rement ; la moelle épinière flottante dans la sérosité , et considérablement ramollie ; la cavité tympanique de l’une et l’autre oreilles également remplie d’eau.

CXXXIX”® OBSERVATION. — Jonatban Swift, poète anglais , contemporain et ami de Pope , non moins célèbre que lui, sinon par son génie , au moins par l’originalité et l’universalité de son esprit , avait été, dès sa jeunesse , sujet à des maux de tête et à des accès de surdité , de vertige , qui s’étaient montrés , pour la première fois , après une indigestion de fruits , et qu’il croyait, pour cette raison, attribuer à une cause aussi peu probable. Il ne faut, en effet, qu’un examen un peu attentif du caractère et de la manière de vivre de cet homme singulier, pour admettre en lui une maladie essentielle et primitive du cerveau. Il apporte la plus grande négligence dans ses premières études , au point de n ôtre reçu bachelier que par faveur ; puis, tout à coup , il se fait un plan méthodique de travail dont il ne s’écarta jamais , et reçoit avec la plus grande distinction le grade de maître ès arts. Il vit somptueusement auprès d’un grand seigneur, fait sa cour au roi ; et dans le même temps , pour aller voir sa mère , il voyage à pied , logeant avec la lie du peuple dans les plus obscurs cabarets. Sans goût prononcé pour les femmes, et plus disposé à critiquer leurs défauts qu’à chercher son bonheur dans leurs qualités , il se fait aimer d’une jeune personne des plus remarquables par son esprit et sa beauté, l’épouse secrètement après un amour platonique de seize années , continue de vivre dans la même réserve avec elle, couvrant du plus grand mystère une union dont il ne pouvait qu’être honoré. Pressé continuellement par sa femme de la reconnaître publi-

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