‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'auditionChapitre 36 sur 69 · DE LA SURDITÉ PAR COMPRESSION DU NERF · texte numérisé non relu

DE LA SURDITÉ PAR COMPRESSION DU NERF

quement , il n’oppose à ses instances qu’un refus obstiné, dont l’amertume la conduit insensiblement au tombeau. Cette perte , dont il paraît sentir toute l’étendue , augmente ses maux , et le jette dans une mélancolie profonde et une misanthropie sauvage ; et cependant jamais les vers sortis de sa plume ne brillèrent d’autant d’esprit et de légèreté que depuis cette époque.

Dans un âge plus avancé , ses bizarreries annoncent plus positivement une maladie du cerveau , à laquelle il avait peut-être encore une disposition héréditaire , si l’on en juge par la mort de son oncle , qui tomba , disent les auteurs de la vie de Swift , dans une attaque de léthargie, à la suite de laquelle il perdit l’exercice de la parole et la mémoire.

Dans sa jeunesse , et dans la maturité de son âge, des accès de vertige et de surdité rares et peu intenses ne l’empêchaient point de se livrer aux nombreuses occupations qui établissaient en même temps et sa renommée littéraire et sa considération politique. Mais, à mesure qu’il approcha de la vieillesse , sa surdité devint continuelle et presque complète. La maladie du cerveau se compliqua d’une débilité générale du corps et de l’esprit ; sa mémoire s’affaiblit, et ses facultés intellectuelles parurent graduellement s’éteindre , ou plutôt s’assoupir ; car, dans quelques moments lucides, l’esprit original de ce poète brillait encore de tout son éclat , soit dans ses lettres à ses amis , soit dans ses conversations , soit dans quelques pièces fugitives échappées à sa verve mourante. Se promenant un jour avec Gay, et apercevant un arbre encore vert et chargé de feuilles , dont la cime nue et desséchée était frappée de mort : Cet arbre , ditil , est mon image ; comme lui, je périrai par la tête.

Cette partie, en effet, s’affecta de plus en plus, et la raison se perdit complètement. Tombé tout à fait en démence , incapable de diriger ses affaires et de soutenir la moindre conversation , on lui interdit toutes visites , on lui nomma des curateurs. Bientôt son état devint plus pénible encore, par la tuméfaction de son œil gauche, qui acquit le volume d’un œuf, et devint le siège de douleurs si vives , qu’elles le tinrent éveillé pendant près d’un mois , et qu’il ne fallut rien moins que la surveillance répressive de cinq personnes pour l’empêcher de s’arracher les yeux. Bientôt il tomba dans un affaissement proportionné à cet état d’excitation. Privé de tout mouvement , de l’usage même de la parole , il passa encore un an dans cette espèce de léthargie , et s’éteignit peu à peu sans convulsions et sans douleur, dans la soixante-dix-huitième année de son âge. Un ecclésiastique , qui l’avait soigné dans les derniers temps de sa maiadie , avait émis l’opinion qu’elle était due à la compression du cerveau, produite par l’accumulation d’un liquide aqueux. L’ouverture de la tête confirma parfaitement la sagacité de ce pronostic.

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