CHAPITRE XVI
De la surdité par paralysie du nerf acoustique.
Les névroses de tous nos organes se présentent avec des signes qui les annoncent plus ou moins distinctement aux yeux d‘un praticien exercé ; mais la paralysie
DE LA SURDITÉ PAR PARALYSIE DU MERF. 223 qui affaiblit ou détruit l’audition se cache sous des symptômes communs à la plupart des autres cophoses. Si cette considération est applicable à la paralysie du nerf auditif en général, on conçoit qu’elle l’est bien davantage encore aux variétés qu’elle peut présenter , et qu’il est nécessaire pourtant de ne pas confondre. Je ne puis cependant distinguer ces variétés que d’après les causes déterminantes.
Ces causes peuvent être , T la commotion du nerf acoustique ; 2° les convulsions ; 3“ l’apoplexie ; 4“ certaines fièvres ; 5“ l’influence sympathique de quelque organe souffrant: mais souvent l’ouïe se paralyse sans maladie antécédente , sans dérangement concomitant , sans cause connue, sans lésion apercevable après la mort. Je désignerai cette dernière variété sous la dénomination , sans doute peu exacte , de paralysie essentielle du nerf acoustique.
§ I. Paralysie du nerf acoustique, par commotion. — - Les chutes faites sur la tête, ou les coups portés sur cette partie, peuvent déterminer la surdité par une congestion sanguine dans les cavités de l’oreille interne , par un épanchement à la base du crâne, et par la commotion du nerf auditif: j’ai déjà parlé de la première et de la deuxième de ces trois causes de surdité ; la dernière doit nécessairement trouver sa place ici.
L’extrême mollesse du nerf labyrinthique , sa distribution, son épanouissement sur des parties osseuses , et par conséquent plus exposées que les autres aux contrecoups , aux ébranlements , expliquent assez comment il se fait qu’un coup à la tête , ou une chute sur cette partie , frappe ce nerf d’une commotion profonde , tandis que les autres paires, et les différents nerfs qui en
224 DEUXIÈME PARTIE , LIVRE II , CHAPITRE XVI. émanent, ne reçoivent aucune atteinte. On trouve encore ici , comme dans l’histoire des différentes commotions de l’encéphale , qu’il n’est même pas besoin , pour la produire, que le crâne soit frappé. Il suffit d’une chute sur les pieds, sur le coccyx , sur les genoux , ou d’un coup à la tempe, à la joue, tel qu’un soufflet, pour causer cette surdité. Je pourrais en offrir une foule d’exemples : comme ils ne présenteraient aucun détail intéressant , ni aucun résultat heureux , j’ai cru devoir les supprimer. On en trouve aussi un assez grand nombre dans les différents auteurs (1) , mais qui, pour la plupart, ne se recommandent également par aucune espèce d’intérêt à l’attention des praticiens.
Dans l’autopsie cadavérique des personnes mortes presque immédiatement à la suite de grandes commotions , ou de la fracture des os du crâne , on trouve assez souvent le nerf olfactif et la portion molle de la septième paire entièrement rompus, En arrive-t-il de même lorsqu’à la suite d’une lésion modérée du crâne, tous les accidents se dissipant , l’ouïe reste- paralysée ? Je serais tenté de le croire , mais je n’ai aucun fait pour appuyer mon opinion. Des bruits violents et subits, tels que l’éclat de la foudre , l’explosion des pièces d’artillerie , d’une mine , d’un magasin à poudre , peuvent également paralyser l’ouïe par la commotion du nerf labyrinthique. En général, quelle que soit la cause de cette commotion , la surdité qui en résulte est absolument ineurable. Il est donc important de la distinguer des autres espèees , pour ne pas tenter inutile-
(1) Amati Lusitanl ciirat. mecl. cent. 7.— Riedlin, Med. ann. 6. jan. 31.— Foreest, Obs. etcur. medic. obs. 12. — Fabrice de Hilden, Obs. med. chir. cent. 3, obs. 7.
DE LA SURDITÉ PAR PARALYSIE DU WERF. 225 ment un traitement douloureux. Son caractère le plus constaut est de se de'clarer immédiatement après la commotion supportée par le crâne. Mais ce caractère lui étant commun avec les surdités par congestion sanguine, il est important de se représenter les autres symptômes propres à cette dernière , pour ne pas les confondre entre elles. Il n’y a ici aucun signe de la présence d’un liquide sanguin dans l’oreille, aucune diminution ni augmentation dans la surdité , et nulle douleur. Le caractère de cette cophose sera donc moins douteux encore, si elle est la suite, non d’une lésion directe de la tête , mais d’un véritable contre-coup, comme dans les chutes sur les pieds , ou sur les genoux , ou sur la région coccygienne. Quand la privation de l’ouïe est due à l’effet de quelque bruyante explosion , elle pourrait également dépendre d’une lésion autre que celle des nerfs. Ainsi , à la suite d’une longue et forte canonnade, il. survient quelquefois, aux militaires qui ont fait le service des pièces , une otite des plus intenses , accompagnée de surdité. Mais cette maladie présentant des caractères bien prononcés , et qui tombent sous les sens , on n’a besoin que d’un peu d’attention pour ne pas la confondre avec celle dont nous traitons ici.
J’ai dit que cette cophose était incurable ; mais elle ne doit être jugée telle qu’au bout de plusieurs jours et même de quelques semaines , pendant lesquelles l’ouïe se rétablit quelquefois spontanément , quand k commotion n’a pas été très-intense. Cette guérison spontanée est très-ordinaire dans la surdité , ou plutôt dans l’espèce d’assourdissement que produisent les violentes détonations ; rien de si commun que de voir, après un long combat, des canonniers être sourds pendant plutom. n. 15
226 DEUXIÈME PARTIE, LIVRÉ II, CHAPITRE XVI. sieurs jours , et recouvrer insensiblement l’ouïe. J’ai connu à Toulon Une personne qui était restée frappée d’une surdité presque complète, pour s’être trouvée, lors de la reprise de cette ville par les républicains , traversant la rade dans un bateau , au moment où l’un de nos vaisseaux incendiés par les Anglais sauta en l’air. Sur une douzaine de fugitifs qui se trouvaient avec elle dans cette embarcation , quatre autres en furent égalenient assourdis, mais seulement pour quelque temps.
§ II. Paralysie du nerf acoustique à la suite des convulsions. — Cette cause de surdité est fort rare dans l’adulte , et très-fréquente dans le premier âge. Lorsque l’ouïe se perd dans les trois ou quatre premières années de la vie , c’est presque toujours à la suite des convulsions. Un grand nombre de sourds-muets doivent leur infirmité à. une pareille cause, qui, détruisant l’ouïe dans un âge très-tendre , a fini par entraîner la perte de la parole. Il est digne de remarque que ce sont les convulsions les moins fortes , les moins prolongées , qui produisent le plus communément cet effet. Nombre d’enfants devenus sourds vers f époque de la dentition , et pour lesquels j’ai été consulté, avaient pour la plupart Cessé tout à coup d’entendre , immédiatement après un léger mouvement convulsif.
Quând des convulsions violentes et répétées ont détruit fouïe, cette surdité se trouve ordinairement compliquée de la paralysie des membres de l’un ou de l’autre côté, et particulièrement de l’un des bras. Il n’est pas rare que la cause qui a produit de semblables lésions ait encore jeté les facultés intellectuelles dans une sorte destujpeur. Aussi voit-on què les enfants qui ont perdu