DE DA SURDITÉ PAR PARADYSIE DU NERF
l’ouïe dans de longues convulsions sont peu intelligents, doués de peu de mémoire ; ce qui , joint au mutisme qui accompagne nécessairement cet état, les rend très-peu susceptibles d’une éducation soignée. De toutes les surdités , celle dont il est ici question est la plus rebelle aux secours de l’art, et elle doit être regardée comme absolument incurable.
§ III. Paralysie du nerf acoustique par suite d’apoplexie. — ■ L’ouïe est le sens qu’affectent le plus gravement et le plus souvent les maladies de l’encéphale , particulièrement les attaques d’apoplexie. On peut même attribuer à quelques accès insidieux ou inaperçus de cette même maladie , les surdités qui surviennent quelquefois dans le cours d’une nuit, ou après un léger évanouissement, ou à la suite d’un simple vertige. Presque toujours ( ce qui est assez ordinaire à la paralysie du sens auditif ) les deux oreilles sont affectées , et la surdité n’éprouve aucune variation. Quelquefois , si le sujet est jeune , elle perd spontanément de son intensité, ou cède aux excitants employés d’une manière soutenue. Mais, dans l’âge avancé, la maladie s’augmente, au lieu de diminuer. On m’a cependant communiqué un fait qui prouve qu’à cet àge-là même la nature peut rétablir ce sens par l’action répétée de la cause perturbatrice qui l’avait détruit , c’est-à-dire par une nouvelle attaque d’apoplexie. Mais le sujet de cette observation ne jouit pas longtemps du miraculeux rétablissement de son ouïe. Une troisième attaque , survenue dix -huit mois après , termina subitement sa vie. On trouvera à la fin de ce chapitre une observation à peu près pareille.
Cette surdité présente peu d’espoir de guérison, lors même qu’elle est récente , incomplète, et qu’elle affecte
228 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II , CHAPITRE XVI. des personnes encore jeunes. Quand , dans ces circonstances favorables , on combat la paralysie par des excitants, tels que le moxa, les vésicatoires , les vaporisations étlîérées , et l’ammoniaque tà l’intérieur , il peut survenir une amélioration satisfaisante, sans qu’on doive néanmoins s’en glorifier comme d’un résultat du traitement ; car ce rétablissement , comme je l’ai déjà fait observer , s’effectue souvent par les seuls efforts de la nature.
§ IV. Paralysie du nerf acoustique à la suite des fièvres. — Je ne dois considérer ici cette lésion de l’ouïe que comme un accident , et nullement comme un symptôme des fièvres aiguës. Il est par conséquent hors de mon sujet de rappeler iei quelle induction pratique on doit tirer de cette surdité , soit pour le traitement, soit pour le pronostic des maladies qu’elle accompagne. Ces maladies sont le plus ordinairement eelles auxquelles on a donné les noms de fièvres ataxique , adyuamique et surtout celle qu’on a appelée cérébrale. Tantôt la surdité se déelare au début , tantôt au milieu et tantôt à la fin de la maladie. Dans le second cas elle persiste rarement , dans le troisième quelquefois, et fort souvent dans le premier , surtout quand la fièvre n’a pas été de longue durée. Je ne parle point ici des inflammations de l’oreille , des écoulements qui se montrent aussi dans la convalescence de ces mêmes fièvres , et qui peuvent également entraîner la surdité. Celle dont il est question, exempte de douleur, de bourdonnement, de céphalalgie' n’est accompagnée d’aucun syptôme inflammatoire , et le conduit auditif , examiné au soleil , se présente dans son état naturel.
On a vu quelquefois aussi les fièvres intermittentes se
DE LA SURDITÉ PAR PARALYSIE DU HERE. 229 terminer par une surdité nerveuse. Je ne parle point de celle qui survient et disparaît avec le paroxysme, mais seulement de la surdité qui reste après la guérison de la fièvre. On trouve, dans les Actes des curieux de la nature (1), l’histoire d’une fièvre double quarte chez un homme de soixante ans, laquelle, après le neuvième paroxysme, dégénéra en une surdité que ne purent dissiper des remèdes multipliés. Assez souvent cette surdité se dissipe d’elle-même pendant la convalescence. Mais pour peu qu’elle persiste après le rétablissement du malade , il faut la regarder comme peu susceptible de guérison. Cependant, cà cette époque, les remèdes ont encore quelque efficacité. Ceux auxquels on a dû le peu de succès qu’on a obtenu sont tous de la classe des excitants , tels que nous les indiquerons à l’article de la paralysie essentielle du nerf acoustique.
§ V. Paralysie sympathique du nerf acoustique. — . La cophose qui reconnaît pour cause l’influence sympathique qu’exercent sur l’oreille certains organes malades, n’est pas très-rare. Celle qu’on voit survenir par suite de l’embarras gastrique ou intestinal , est même assez commune. Cependant je pense que, dans la plupart des cas, l’affection du tube digestif est bien moins une cause qu’une complication , et que les évacuants , en rétablissant l’ouïe dans son intégrité première , ne produisent cet effet qu’à raison de leur action sur la tête , au moyen de ses relations sympathiques avec l’estomac ; mon opinion se fonde sur l’effet de ces évacuants, dont l’efficacité sur l’audition est bien moins proportionnée aux évacuatons provoquées , qu’à la secousse imprimée au
(l)Vol. l,obs. 38.
230 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XVI. système gastrique. Il serait donc possible que cette espèce de surdité appartînt en grande partie à celle que produit l’affaiblissement du nerf auditif , et que la manière d’agir des moyens excitants fût ici la même que dans la goutte sereine. La plupart de mes observations confirment cet aperçu ; néanmoins on en trouvera deux qui ne permettent pas de douter de l’existence de la surdité causée par un embarras gastrique.
Les symptômes ne sont pas toujours aussi prononcés qu’on pourrait le croire ; et plus d’une fois ce n'est que d’après l’effet des évacuations intestinales sur la surdité que j’avais à traiter, que j’ai pu attribuer cette maladie àrétatdel’appareilgastrique. Ordinairement tout ce qui annonce un dérangement dans les fonctions de cet appareil sert à la caractériser, ou plutôt à la faire soupçonner, comme le défaut d’appétit , la couleur jaune ou pâle du pourtour des lèvres , des digestions laborieuses, et surtout le ballonnement de l’abdomen chez les adultes.
Cette surdité , rarement très-intense, est sujette à une foule de variations indépendantes de l’état de l’atmosphère, presque toujours accompagnées de bourdonnements, de céphalalgie , et d’un sommeil plus profond , plus prolongé qu’à l’ordinaire. J’ai déjà fait entendre que ces symptômes, lors même qu’ils existent, sont insuffisants pour distinguer cette espèce de surdité de beaucoup d’autres ; mais heureusement il n’y a pas d’inconvénient à s’y méprendre, et à tenter, dans les cas les plus douteux , les moyens curatifs applicables à la cophose par embarras gastrique.
Ces moyens sont ceux qui conviennent à cette dernière affection, les évacuants, particulièrement l’émétique, répétés plusieurs fois, les purgatifs drastiques, aux(jqels