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TOM. IL

Je m’attachai donc à recommander de revenir aussi souvent qu’il serait nécessaire à l’emploi des évacuants et des stomachiques , de remédier à la fatigue de la digestion par des aliments légers et peu eopieux , de pratiquer une petite saignée , d'abord tous les trois mois pendant un an, et ensuite de six en six mois, jusqu’à la quatrième année; et enfin, d’appliquer et d’entretenir , tant que durerait cette époque, un vésicatoire au bras. Un succès complet couronna l’emploi de ces moyens. Les forces digestives et l’audition se trouvèrent rétablies par l’usage réitéré des évacuants et par une nourriture peu abondante , de sorte qu’on n’eut pas même recours aux autres moyens proposés.

CXLIV® OBSERVATION. — Uu prêtre, âgé de soixante ans, doué d’un tempérament bilioso-nerveux, affecté d’hypocondrie depuis dix-huit mois, avait, par suite de cette maladie, éprouvé un affaiblissement considérable dans ses facultés digestives. Langue continuellement pâteuse, excrétion abondante d’une salive acide, éructations , borborygmes , ballonnement de l’abdomen , nécessité de varier au moins chaque semaine le choix de ses aliments, qu’illiü devenait impossible de digérer sans ces, fréquents changements. Le dérangement du système gastrique avait été suivi d’affaiblissement de la vue , de bourdonnements et de surdité ineomplète. Cette incommodité était plus intense pendant la nuit et après les repas, que le matin et dans l’état de vacuité de l’estomac. A différentes époques, pendant et avant l’affection hypocondriaque, quelques hémorroïdes s’étaient montrées , mais sans vive douleur , sans écoulement muqueux ni sanglant. Cette circonstance me fit penser que la surdité tenait à une pléthore locale, et je prescrivis l’application

DE DA SUEDIÏÉ PAR PARALYSIE DU NERF. 243 des sangsues au fondement. Ce moyen fut plutôt de'sa- Yantageux qu’utile ; 1 estomac parut en avoir été plus affaibli, et la surdité, ainsi que les bourdonnements, notablement augmentés. Mais comme j'avais prescrit avec ma saignée, et pour remplir la même indication, l’usage de pilules aioétiques, cet ecclésiastique, qui demeurait à quelques lieues de Paris, malgré le peu de succès du premier moyen , n’en eut pas moins recours au second avec une entière confiance. Heureusement les pilules, au lieu de provoquer un travail hémorroïdaire, comme je me l’étais proposé, agirent comme purgatif. Les évacuations qui en furent le résultat délivrèrent presque immédiatement les oreilles des bourdonnements , et diminuèrent la surdité. Ce piemier succès ne se démentit point ; de nouvelles purgations , opérées par les mêmes pilules, débarrassèrent complètement l’estomac et la tête, et rendirent l’ouïe à sou état naturel. Cette guérison ne se soutint que pendant onze mois : au bout de ce temns. les symptômes de l’hypocondrie s’étant fortement exaspérés, les digestions languirent de nouveau, les bourdonnements reparurent, avee jasurdité. La vue, déjà trèsaffaiblie, fut encore troublée par l’apparition fantastique de petits fantômes lumineux, qui rendaient éblouissants les corps soumis à la vision , et se présentaient même quelquefois dans les lieux les plus sombres. Privé ainsi du libre exercice de la vue et de l’ouïe , cherchant en vain le silence et l’obscurité, pour s’y soustraire à des bruits étourdissants et à des éblouissements de lumière non moins fatigants; ne pouvant, par les mêmes causes recourir aux consolations que fournissent aux valétudinaires le commerce de l’amitié , la lecture des livres et la contemplation de la nature , ce malheureux ecclésias-

244 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XVI. tique , soit par une dégénérescence assez ordinaire à l’hypocondrie , soit par le sentiment profond et prolongé de sa déplorable situation , tomba dans la mélancolie maniaque, et prit la vie en horreur. Peut-être eûtil cherché à s’en délivrer, si l’excès de ses maux n’en avait naturellement amené le terme. Il mourut quelques mois après, dans une de nos provinces méridionales , où il avait été appelé et emmené par un de ses parents. C’était un de ses neveux, dont il avait soigné l’enfance et dirigé la première éducation. Ce brave jeune homme, réduit par les malheurs des temps à une fortune des plus médiocres , joignit ses propres économies à un peu d’argent qu’il emprunta, et fit à pied, à peu de frais, un voyage de deux cent cinquante lieues , afin de prodiguer à son oncle toutes les commodités de l’aisance. Le succès aurait dû couronner des soins aussi touchants.

CXLV'^ OBSERVATIOH. — Évélina Chollet, jeune enfant âgée de six ans , douée d’une santé parfaite , de beaucoup de fraîcheur et d’embonpoint, mais très-encline à la gourmandise, et gâtée par les domestiques de sa mère, qui la faisaient souvent manger en cachette, iftême après les repas, s’éveilla un matin presque entièrement sourde , quoiqu’elle n’eût eu le soir en se couchant aucun symptôme de cette incommodité. Comme cette enfant était très-colorée , et qu’elle se plaignait en même temps de mal de tète , le- médecin de la maison fit appliquer des sangsues derrière chaque oreille. La surdité persista pendant trois jours , au bout desquels elle disparut complètement, pour se reproduire de nouveau le surlendemain matin. Pendant plusieurs jours on remarqua de semblables alternatives , pour lesquelles on se contenta de prescrire des pédiluves et un vésicatoire

DE LA SURDITÉ PAR PARALYSIE DU HERE. 245 derrière chaque oreille. Cependant la surdité paraissait tendre à devenir continue ; elle persistait souvent à un même degré pendant des semaines entières , et ne disparaissait que pour quelques moments : c’est alors que je fus consulté. En voyant le teint fleuri et égal de cette jeune fille , je fus loin de soupçonner que la cause de son iucommodifé pût êfre dans l’estomac ; mais, l’ayant placée très-près de moi pour regarder ses oreilles au soleil , je sentis s’exhaler de sa bouche cette espèce d’odeur fade et acide qui n’appai'tient qu’à la présence des vers , et qu’on reconnaît si bien quand elle a frappé une seule fois l’odorat. W’en voulant pas moins m’assurer de l’état du conduit et de la membrane , et n’y ayant rien aperçu qui pût rendre raison de la surdité , je crus pouvoir annoncer qu’elle tenait à la présence des vers , et que leur expulsion rétablirait infailliblement l’audition, .fe prescrivis en conséquence de donner chaque matin six grains de mercure doux , et je recommandai de faire prendre par-dessus une panade légère. Le soir du troisième jour de l’administotion de ce vermifuge , cette enfant rendit six gros lombrics par le fondement ; et le lendemain, en s’éveillant, elle en vomit deux, qui étaient encore vivants. Avant que la première des deux évacuations eût eu lieu , et dès le matin même , l’ouïe s’était tout à coup rétablie. .le conseillai néanmoins d’aller jusqu’à la sixième dose de mercure doux. On obtint encore la sortie de trois autres lombrics , et d’une grande quantité du détritus intestinal qui accompagne l’expulsion de ces animaux. Jamais depuis l’ouïe n’a éprouvé aucun autre dérangement.

CXLVr oBSERVATiow. — « Une demoiselle âgée de douze ans , blonde , sujette dès son enfance à des affec-

246 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XVI. tioDs vermineuses , tomba tout à coup dans le délire ; en même temps pcàleur du visage, perte de l’appétit , abattement, pupilles dilatées. D’abord on s’inquiéta peu de ce délire, parce qu’il est ordinairement, chez cette jeune personne, l'effet d’une légère altération gastrique ; mais on en fut très-alarmé, dès qu’on s’aperçut qu’il persistait malgré les évacuants. L’opinion des gens de Fart était partagée sur le caractère de cette maladie , que les uns regardaient comme une fièvre ataxique , et les autres comme une aliénation. Appelé dans cette occurrence, je crus reconnaître les signes d’une affection vermineuse. On admit mes conjectures , et un antbelmintique , administré sur-le-champ , fit rendre à la malade une grande quantité d’ascarides et de lombrics.

« Six semaines après sa guérison, cette demoiselle devint aveugle. Commeon ne soupçonnait d’autre cause de cette cécité que la présence des vers dans les intestins, on la traita avec le même succès par les anthelmintiques.

Enfin , à des intervalles à peu près semblables à ce dernier, elle devint successivement folle , aveugle, sourde , muette. Ces différentes attaques , dépendantes de la même cause , furent traitées avec le même avantage par les anthelmintiques, sans doute jusqu’à l’évacuation totale du foyer vermineux (1). »

CXLVir OBSERVATION. — Un enfant âgé de onze ans, d’une constitudon molle et débile, présentant tous les signes d’une diathèse scrofuleuse très-prononcée , fut atteint d’une surdité presque subite de l’une et de l’autre oreilles, le lendemain d’un jour où il s’était exposé, la tête nue , à l’impression froide et humide d’une soirée

(1) Giraudy, Rec. périod. de la Soc. de méd, ,tome xxi.

DE DA SURDITÉ PAR PARALYSIE DU TÏERF. 247 d’automne. Après quelques jours , l’ouïe se rétablit spontanément , mais seulement pour -vingt-quatre heures, au bout desquelles la surdité revint, plus intense encore qu’auparavant. En même temps l’appétit se perdit, et cet enfant, qui avait ordinairement un teint très-fleuri, devenait par moments d’une pâleur effrayante. Il fut purgé deux ou trois fois, et soumis, pour sa surdité, à des vaporisations aromatiques, qui n’eurent aucun effet. Les purgatifs parurent rétablir l’appétit, qui présenta cependant , ainsi que le fades , de fréquentes irrégularités. Il survenait parfois une diminution considérable de la surdité ; mais ce raieu.x n’était que momentané , et n’allait jamais jusqu’au rétablissement complet de l’audition. On crut s’apercevoir d’une diminution dans l’excrétion nasale, et ce symptôme, joint à la circonstance de l’exposition de l’enfant à l’air froid, la veille de l’invasion de la surdité , fit présumer que cette incommodité était de nature catarrhale. On appliqua un vésicatoire à la nuque , et l’on frictionna la tète avec des flanelles imprégnées de vapeurs aromatiques. Ces nouveaux remèdes furent aussi infructueux que les précédents. On parlait beaucoup alors des merveilles de la perforation; on la conseilla , et je fus consulté à ce sujet. Les variations de la surdité, qui d’ailleurs était incomplète, son peu d’ancienneté , les symptômes d’embarras gastrique dont elle était toujours accompagnée , l’état satisfaisant de la membrane du tympan, qui conservait toute sa transparence , la libre ouverture de la trompe , qui me parut bien démontrée d’après l’épreuve de l’expiration , me firent regarder ce moyen comme étant au moins inutile. Je conseillai de recourir aux purgatifs , choisissant de préférence les aloétiques , unis

248 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XVI. aux préparations mercurielles , à cause de la disposition scrofuleuse. On suivit mon avis, on donna chaque matin des pilules dans lesquelles entraient trois grains d’aloès soccotrin , et quatre grains de mercure doux. Ce purgatif , après avoir produit des évacuations ordinaires , provoqua , au bout de quelques jours , l’issue de plus de douze lombrics, dont quelques-uns étaient encore vivants. Dès la veille même de leur expulsion, l’ouïe s’était tout à coup presque complètement rétablie.

CXLVIIP ORSERVATiow. — Philibert ïsnard , fils et neveu d’un père et d’un oncle morts d’apoplexie dans un âge peu avancé , éprouvait , depuis l’âge de trente ans, des maux de tête presque continuels, plus intenses à droite qu’à gauche , des éblouissements , des vertiges, qui pendant longtemps ne s’étaient fait sentir que de mois en mois , à l’époque de chaque nouvelle lune, et qui avaient fini par être continuels, redoublant néanmoins périodiquement à l’époque qui marquait auparavant leur retour. Deux ans après que la céphalalgie se fut déclarée, l’ouïe commença à s’affaiblir, et finit par être presque complètement anéantie vers l’âge de trente-six ans. La vue éprouva également à cette époque une grande débilité , compliquée d’une telle sensibilité de la rétine, que cet homme ne pouvait fixer attentivement un objet , quelque peu éclairé qu’il fût , sans ressentir de vives douleurs au fond des orbites, et sans avoir les yeux inondés de larmes. En même temps aussi s’affaiblirent les facultés intellectuelles, et particulièrement la mémoire. Dès lors cet homme, qui jusque-là n’avait cessé de pleurer son sort et la cruelle impossibilité où il était de continuer la profession d’ orfèvre qui je faisait vivre lui et sa famille , ne s’occupa plus de son

DE LA. SURDITÉ PAR PARALYSIE DU WERF. 249* nialheur, et tomba progressiYement dans une sorte d’apathie léthargique, d’où il ne sortait que pour prendre ses repas , auxquels il apportait un appétit extraordinaire. Quoiqu’il fût presque continuellement assoupi, il dormait peu, et toujours fort légèrement; ce qu’il attribuait aux maux de tête dont il était tourmenté. Tel était son état lorsque je le \’is pour la première fois ; il avait alors quarante-deux ans , et il y en avait dix qu’il était sourd. L’oreille , examinée au soleil , ne m’offrit aucune apparence de lésion morbifique; les yeux paraissaient également sains. On remarquait seulement que le globe était prodigieusement enfoncé dans l’orbite, et que son volume n'était point en proportion avec la capacité de cette cavité. La femme du malade m’assura, en effet, que ses yeux s’étaient visiblement rapetissés. Le pouls était très-lent, l’embonpoint peu diminué, et l’état des forces en général assez satisfaisant. On avait déjà employé, sans aucun soulagement, les vésicatoires à la nuque et au bras , plusieurs saignées du pied, l’application des sangsues au cou, les eaux minérales artificielles de Baréges , cubains et en douches. La nature des symptômes, finefficacité des remèdes me détournèrent de toute tentative de traitement. Je regardai cet état comme incurable , et je ne cachai point mon opinion à la famille de cet homme. On prit alors le parti de l’emmener à la campagne , à deux petites lieues de Paris. Il y était depuis six mois , quand , à la suite d’un souper très-copieux, il ressentit de grandes nausées et beaucoup de difficulté à respirer. Une femme de ses parentes qui se trouvait auprès de lui dans ce moment , l’ayant quitté un instant pour aller lui faire chauffer de l’eau, le trouva à son retour renversé au

250 DEUXIÈME PABTIE , LIVRE II , CHAPITRE XVI. pied du lit, sans sentiment ni mouvement ; il était mort ; le cadavre ne fut point ouvert.

CX1JX“ OBSERVATION. — Madame Galet, âgée de trente-six ans, régulièrement menstruée, douée d’un tempérament lymphatique et d’une santé qui n’avait jamais éprouvé de dérangement grave , s’aperçut à l’âge de trente ans d’un léger affaiblissement dans le sens de l’ouïe , sans quelle ressentît néanmoins ni otalgie , ni bourdonnements, ni céphalalgie, ni aucune autre espèce d’incommodité. Peu à peu la surdité augmenta , mais de telle sorte que les progrès de la maladie se marquaient de mois en mois par l’impossibilité de distinguer les sons de moins en moins éloignés : car pendant les quatre premières années eette dame paraissait jouir d’une audition des plus fines dans une conversation tête à tête. Les progrès étaient tellement gradués , quelle avait en quelque sorte calculé ce que son oreille devait perdre à la fin de chaque année , de chaque mois. A l’époque où elle vint me consulter, en 1804, il y avait six mois que sa maladie avait commencé, et elle s’était accrue au point qu’elle n’entendait plus qu’au moyen d’un cornet, si ce n’est quand elle était en voiture , où son ouïe acquérait momentanément un certain degré de finesse. Depuisquelque temps elle avait beaucoup maigri, par le dérangement de ses digestions ; ce qu elle attribuait avec beaucoup de vraisemblance au chagrin que lui causait son état. En examinant le conduit auditif au soleil-, je n’y trouvai, ainsi qu’à la membrane, rien de remarquable, si ce n’est un état de sécheresse très-visible. Madame G.... m’assura à ce sujet que, même quelque temps avant sa surdité, ses oreilles s’étaient ainsi desséchéès , au point qu’au lieu de sentir comme auparavant quel-

DE LA SURDITÉ PAR PARALYSIE DU NERF. 251 que chose d’onctueux quand elle y introduisait l’extrémité de son petit doigt, il lui semblait au contraire, par le bruit même qu’elle entendait , que son oreille était doublée de parchemin. D’après tons ces symptômes, et plus encore d’après l’absence de beaucoup d’autres, je regardai cette surdité comme causée par la paralysie du nerf labyrinthique, et je ne portai qn’un pronostic trèsdéfavorable.

Mon opinion ne put cependant détourner cette dame d’entreprendre un traitement et de réclamer mes soins. Je eommençai par l’emploi du galvanisme. Ce moyen , qui jouissait alors d’une grande faveur, quoique continué pendantdeux mois, n’eut aucune apparence d'efficacité, et ne produisit d’autre effet que de déterminer à deux ou trois reprises une violente otalgie et un accès d’hémicranie à la suite de chaque séance. J’avais cherché en même temps à rétablir les forces de l’estomac, et J’y avais réussi par l’usage des eaux de Seltz et d’une infusion de bois amer de Surinam , ce qui n’avait en aucune manière diminué la surdité. Le succès qu’ont eu quelquefois des vomitifs répétés, dans le traitement delà goutte sereine, m’engagea à essayer de cette espèce d’excitant dans la paralysie de l’ouïe : mais , n’ayant rien obtenu de six prises d’émétique données dans l’espace de quinze jours, je ne crus pas devoir insister plus longtemps sur cette méthode de traitement. Après plusieurs autres moyens également infructueux , je me rappelai avoir employé avec un succès inespéré les préparations ferrugineuses à haute dose dans une hémiplégie déjà ancienne, et je me décidai à en faire l’essai. Je prescrivis en conséquence un gros de limaille de fer préparée , à prendre chaque jour par paquets de quinze déci-

252 DEUXIÈME PARTIE , LIVRE II , CHAPITRE XVI. gTammes, avant chaque repas. L’effet général de ce médicament se marqua d’abord par une plénitude du pouls , une sorte de chaleur dans la tête , particulièrement à la région frontale, et une constipation très-opiniàtre, à laquelle on obviait par des lavements. Un autre phénomène qui ne se présenta que plus tard, mais que j’avais également observé-chez un hémiplégique , fut une vive coloration ou plutôt un véritable rembrunissement de la peau. Au bout de six semaines de l’usage de ce métal , il nous parut bien démontré que la surdité était sensiblement diminuée. Au bout de deux mois cette dame pouvait entendre, sans l’office de son cornet, la voix de sou mari, pourvu qu’il lui parhit très-haVit et très-près de l’oreille. JAifin, d’autres progrès ultérieurs vers le bien la mirent en état de pouvoir converser tète à tète, mais à une distance à la vérité très-rapprochée. Une fois parvenue à ce point d’amélioration, l’ouïe parut être stationnaire. Je proposai alors d’aider à l’effet des poudres ferrugineuses par l’application du cautère actuel sur l’apophyse mastoide. Cette dame , dont le courage se trouvait soutenu par le mieux qu’elle avait déjà éprouvé, n’hésita pas un seul instant. En conséquence, je fis derrière chaque oreille, par l’application d’une tige de fer rougie, terminée par un bouton de la largeur d’un centime , une escarre très-épaisse , qui ne se détacha qu’au bout de quinze à vingt jours : en même temps j’augmentai la dose de la limaille de fer, que je portai jusqu’à six grammes par jour. Ce médicament, sans augmenter les évacuations menstruelles , provoqua cependant plusieurs petites hémorragies nasales, qui étaient constamment suivies de la disparition de la chaleur du front, mais qui paraissaient n’inlluer en rien sur le pro-

DE LA SURDITÉ PAU PAKALYSIE DU SEUF. 253 grès de la guérison. Enfin, soit par l’effet de cette augmentation dans les doses de fer, soit par suite du tra- Yail inflammatoire qu’entraîna la cautérisation, la surdité éprouva une diminution rapide, au point qu’à table et dans un salon cette dame pouvait, non pas suivre une conversation générale, mais entendre les paroles qu’on lui adressait à voix ordinaire , à la distance de sept à huit pieds, et que, placée à l’rochestre, elle put jouir de nouveau du plaisir du spectacle, dont elle était privée depuis trois ans. Cependant il resta un certain degré de surdité qui résista aux remèdes, et que nous ne cherchâmes pas plus longtemps à dissiper, parce que , réduite à ce point , l’infirmité n’avait plus rien d’insupportable.

CL® OBSERVATION. — Une religieuse, âgée de quarante ans, encore menstruée, douée d’une faible constitution et sujette à différentes affections nerveuses, était devenue sourde depuis six ans , quand elle vint me consulter; c’était au mois de mai de l'année 1815. Son infirmité avait été précédée par des vertiges, par des bourdonnements qui imitaient toutes sortes de bruits, par une exaltation morbide de la sensibilité du sens auditif, au point que les bruits violents, et même quelques espèces de sons, affectaient douloureusement son oreille. Les phénomènes acoustiques qui s’étaient développés au milieu des chagrins que cette dame avait essuyés avaient été suivis d’une cophose, qui, soumise à la même influence , augmentait ou diminuait avec les peines morales auxquelles la religieuse était en proie. Aussi se trouvait-elle à cette époque plus sourde que jamais, par suite des événements politiques qui , en compromettant la liberté et la vie

254 DEUXIÈME PARTIE, EIVRE II , CHAPITRE XVI. d’un de ses frères , étaient venus mettre le comble à ses chagrins. Elle éprouvait en outre par intervalles de légers mouvements convulsifs dans les muscles de la figure et du cou , avec une vive irritation des glandes salivaires, qui fournissaient une abondante sécrétion de salive visqueuse et salée. Je jugeai à propos de ne rien entreprendre contre la surdité, que cet appareil de phénomènes nerveux n’eût été préalablement dissipé par un traitement approprié, et plus efficacement encore par des événements favorables, qui ne pouvaient manquer d’améliorer très-prochainement la situation de cette dame. Cette espérance s’étant réalisée , l’effet des remèdes fut plus assuré et plus rapide. Les mouvements spasmodiques de la figure et du cou se calmèrent, la salivation tarit, et bientôt il ne resta plus que la surdité à traiter. Je n’osai cependant pas me flatter d’être beaucoup avancé dans la guérison de cette infirmité , persuadé qu’elle avait sa cause dans une débilité de la partie sentante de l’organe. J’employai d’abord les fumigations aromatiques dirigées dans le conduit auditif , les bains d’eau ferrugineuse, les douches sur la tête avec la même eau, mais à une température beaucoup plus basse. Ces moyens produisirent peu de bien. Sans doute on aurait pu en tirer davantage de la fumée de tabac soutirée d’une pipe, et refoulée v^ers la trompe d’Eustache ; mais, faute d’adresse, et par l’aversion que devait naturellement inspirer à une religieuse l’usage cavalier de la pipe , ee moyen ne put être tenté. J’eus alors recours à la sonde, à travers laquelle je dirigeai de l’éther en vapeur dans le conduit guttural de l’oreille, avec l’appareil et de la même manière indiqués ci-dessus. J’employai chaque fois douze grammes d’éther acétique,

BE LA SÜRDITÉ PAR PARALYSIE DU HERE. 255 Au bout de dix-huit ou vingt jours, les bourdonnements étaient à peu près apaisés et l’ouïe sensiblement améliorée; j’insistai sur le même moyen, que je rendis plus actif en faisant infuser des feuilles de rue dans l’éther. Je soumis l’oreille externe à une pareille vaporisation, en plaçant le conduit auditif au-dessus du goulot d’une longue fiole contenant huit à douze grammes d’éther, et plongée dans l’eau chaude. Cette application avait lieu le soir, et celle que je dirigeais moi-même, au moyen de la sonde, dans la matinée. Au bout d’un mois, le bien obtenu par les vaporisations éthérées était si considérable, que cette dame, qui auparavant ne pouvait entendre qu’autant qu’on lui parlait dans l’oreille trèslentement et à très-haute voix , conversait lihreraeat, sur un ton de voix ordinaire , mais dans le tête-à-tête seulement. Dans un cercle un peu nombreux , au milieu de l’entretien simultané de plusieurs interlocuteurs , ou quand les bruits venaient à se mêler à la voix, l’audition était confuse, et demandait une attention très-fatigante. Il ne fut pas possible de faire disparaître ce reliquat de la lésion du sens auditif. Mais quoique la guérison soit restée incomplète, le bien qu’on a obtenu s’est maintenu constamment ; ce qui est un résultat fort rare dans les guérisons incomplètes des névroses acoustiques.

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