CHAPITRE XVIII
De la surdité par métastase.
Quoique par le mot métastase on se fasse une idée assez nette de la manière dont une maladie, après avoir subitement disparu , va se porter sur un autre organe , il est difficile cependant , lorsqu’on approfondit la différence qui existe entre l’affection qui a cessé et l’affection reproduite ; il est difficile , dis-je , de se rendre
(1) VBiSiros; Journal de médecine, chirurgie et pharmacie t. xiv , août 1807. ’
278 DEUXIÈME PAUTIE, LIVRE II, CHAPITRE XVIII. parfaitement compte des phénomènes qui accompagnent cette espèce de transmutation. Qu’une blennorragie supprimée soit remplacée par une ophthalmie, cette métastase s’explique par les lois de la sympathie. Mais que le dessèchement d’un ulcère , l’imparfait développement d’une maladie éruptive, entraîne subitement la perte de l’ouïe, sans douleur, sans écoulement, sans aucunelésion de l’organe; voilà qui ne peut être expliqué par aucune des idées que nous nous faisons des métastases.
Quoi qu’il en soit de la manière dont certaines affections se transforment en surdité , toujours est-il qu’on ne peut nier l’existence de ces surdités métastatiques , ni s’empêcher d’observer qu’elles sont extrêmement nombreuses. Celle que , d’après mes propres observations , j’ai reconnue pour être la plus fréquente, est la surdité qui survient pendant ou après la rougeole , sans toutefois qu’on puisse toujours regarder la lésion de l’ouïe , causée par cette maladie éruptive , comme l’effet d’une métastase. Car, dans bien des cas, l’éruption s’est faite complètement , a suivi son cours accoutumé , et subi à l’époque de la desquamation un traitement basé sur la méthode évacuante, et cependant l’ouïe est restée perdue. Mais, dans la plupart desjcas', la manière dont l’oreille s’est affectée semble accuser un véritable déplacement. A la suite d’une exposition trop prompte à l’air extérieur, ou d’une purgation trop tôt administrée, ou d’un écart dans le régime, ou même assez souvent sans cause connue , l’éruption disparaît , et presque en même temps l’oreille se trouve frappée d’une surdité plus ou moins complète, et que je regarde |comme incurable : à la vérité , en la jugeant telle , je ne me fonde que sur des observations de surdités que j’ai
traitées plus ou moins longtemps après leur invasion à la suite de la rougeole. Peut-être qu’attaquées à l’instant même de leur apparition , elles auraient pu céder à un traitement bien dirigé. Ce qui me fait douter encore du succès, même dans cette circonstance favorable, c’est que, parmi plusieurs enfants qui m’ont été présentés comme atteints de surdité manifestée à la suite de la rougeole, quelques-uns d’entre eux avaient subi dès l’origine même du mal un traitement rationnel, sans en retirer aucun avantage. En pareille occurrence, j’emploierais avec quelque espoir de succès un moyen qui m’a réussi deux fois contre plusieurs autres accidents qu’entraîne la disparition trop prompte de l’éruption de la rougeole : c’est de faire frotter tout le corps avec des feuilles d’ortie fraîche, et de provoquer ensuite la transpiration par une grande quantité de boissons chaudes et le séjour au lit.
J’ai vu une fois cette méthode faire disparaître en quelques moments un point pleurétique avec menace de suffocation, et une autre fois un délire maniaque causé par une céphalalgie atroce chez une femme trèsnerveuse. J’y joindrais encore, dans le cas qui nous occupe, un vésicatoire sur toute la tête.
La répercussion de la variole vers l’organe auditif est ou plutôt a été une cause fréquente de surdité. Mais comme cette dernière maladie était presque toujours précédée d’otite ou d’otorrhée, eette métastase a dû trouver place à l’article des écoulements.
La goutte est aussi une cause fréquente de surdité surtout chez les personnes âgées. J’ai peu vu de vieillards sourds qui n’eussent éprouvé quelques atteintes de goutte. C’est principalement lorsqu’elle est erratique
280 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XVIII. qu’elle entraîne la surdité , tantôt au moyen d’un dépôt de matière calcaire dans le fond du conduit auditif ou de la caisse, ainsi que je l’ai dit en parlant des concrétions de l’oreille externe, tantôt en établissant dans l’organe auditif telle lésion qu’il est impossible de déterminer pendant la vie, et de découvrir même après la mort.
Quand la surdité est survenue après la cessation d’un paroxysme de goutte, les premiers retours de cette maladie , sielle reparaît promptement , dissipent quelquefois la surdité ; d’autres fois, au contraire, quoique les accès subséquents se montrent très-rapprochés , plus intenses et plus réguliers, la maladie de l’oreille n’en est nullement amendée. Je connais un goutteux affligé de surdité, et qui, avant que cette dernière infirmité se fût établie chez lui d’une manière continue , n’en était incommodé qu’à la suite de ses premiers accès de goutte , lorsqu’ils avaient été très-courts ou très-faibles. Alors , pour dissiper la surdité qui en était la suite, il lui suffisait de quelques pédiluves irritants , qui rappelaient la douleur dans les articulations précédemment frappées de la goutte. Néanmoins ces fréquentes atteintes portées à l’organe auditif l’affaiblirent insensiblement, et finirent par entraîner une surdité presque complète, qui ne céda à aucun moyen curatif.
Le traitement de cette espèce de surdité se compose presque en entier de tous les moyens irritants par lesquels on appelle aux extrémités l’irritation goutteuse qui s’est portée sur quelque organe important ; et, dans le cas où le retour de l’accès vers la partie primitivement affectée ne débarrasserait pas l’oreille , il resterait à examiner s’il ne s’est pas formé, dans le conduit auditif,
OU dans la caisse , quelque concrétion qui exigeât l’emploi des moyens extractifs.
On a des exemples.de surdité causée par la disparition subite de la gale. On trouvera sans doute que la véritable étiologie de cette maladie , causée par la présence d’animalcules dans le tissu de la peau , se prête difficilement à la supposition d’unevéritable métastase. Mais les ra vages incontestables que fait à l’intérieur cette même maladie, quand elle a été ou négligée, ou trop brusquement guérie, et souvent, dans le cas même où elle a été l’objet d’un traitement méthodique, ses différentes réapparitions dans le cours de la vie, n’en sont pas moins réelles dans la pratique, quoique tout aussi inexplicables par le raisonnement que la surdité produite par la disparition de cette maladie cutanée. J’ai eu occasion d’en voir moi-même quelques exemples, rapportés à la suite de ce chapitre. Ici, comme dans presque toutes les surdités métastatiques , c’est en vain qu’on rappelle la maladie dont le transport a affecté l’ouïe; on n’en retire aucun avantage , et la surdité reste incurable, pour peu quelle soit ancienne.
Les différentes irruptions porrigineuses qui affectent la tête des enfants sont, par leur disparition, une cause encore plus fréquente de surdité. Plusieurs de nos sourds-muets ne sont tels que par suite d’un pareil accident. Encore ne fais-je pas valoir ici le témoignage des parents, qui, peu disposés à admettre que leurs enfants soient nés sourds , ne manquent presque jamais d’en attribuer la cause à une gourme rentrée. Dans bien dçs cas, la lésion de l’ouïe succède d’une manière si prompte et si manifeste à la disparition des pustules, ou croûtes porrigineuses, qu’il est impossible de ne pas les
282 DEUXIÈME PAHTIE, LIVKE II, CHAPITRE XYIII. regarder comme l’origine de la surdité. Tantôt alors il s’établit un écoulement plus ou moins abondant par le conduit auditif, accompagné d’affaiblissement de l’ouïe; tantôt il se trouve affecté sans aucune apparence de lésion organique. Cette surdité métastatique me paraît un peu moins opiniâtre que celles dont j’ai déjà fait mention. Sur huit ou neuf sujets que j’ai eu l’occasion de traiter, j’ai eu le bonheur d’en guérir deux ; et Ton peut, en fait de traitement de surdité , regarder ce résultat comme un des plus brillants. Ce que j’ai fait dans ces deux cas indique la marche à tenir pour combattre cette espèce de cophose.
CLIX® OBSERVATiOH. — Un enfant de cinq ans et demi, gras, coloré, annonçant, par l’empâtement de la région sous-maxillaire de la lèvre supérieure, une disposition scrofuleuse, avait eu pendant deux années consécutives , à l’approche de l’été , quelques croûtes porrigineuses en divers endroits du derme chevelu, avec un léger suintement séreux derrière les oreilles. On se contentait, après avoir fait raser toute la tête , d’appliquer sur ces différentes parties des feuilles de lierre recouvertes de beurre. Ce simple pansement entretenait une suppuration pendant cinq ou six semaines , au bout desquelles ces ulcérations se desséchaient. Au printemps de 1810, la même éruption se fit avec plus d’abondance, mais elle n’eut pas la même durée ; car dès le cinquième jour elle disparut complètement, à la suite d’un accès de fièvre que les parents , idolâtres de cet enfant , attribuèrent à une contrariété qu’il avait éprouvée dans l’exécution de ses volontés. Dès lors il perdit l’appétit, son embonpoint, ses vives couleurs , et bientôt il se plaignit d’un violent mal d’oreilles. On calma la douleur en instillant dans le
conduit auditif du lait tiède, tiré du sein d’une femme , et mêlé avec parties égales d’une forte décoction de pavot. Mais alors on s’aperçut que l’enfant était sourd. On le conduisit à un des professeurs les plus distingués de la Faculté de Paris , qui conseilla d’appliquer un vésicatoire sur toute la tête. Les parents prirent sur eux de modifier cette ordonnance , et se contentèrent de placer derrière chaque oreille deux emplâtres épispastiques, de la largeur d’une grosse fève de marais. La suppuration fournie par ces légers excitants fut cependant des plus copieuses. L’enfant reprit ses goûts , ses couleurs, son appétit, mais sans diminution de la surdité, qui durait déjà depuis six mois. C’est alors qu’il me fut présenté.
L’indication la plus importante , et la seule sur laquelle on pût raisonnablement fonder quelque espérance , me parut être de rappeler à la tête la fluxion porrigineuse dont cette partie avait été plusieurs fois le siège. J’y réussis par un moyen que j’ai quelquefois employé pour faire reparaître des dartres dont la disparition avait été suivie d’accident : c’est l’essence de térébenthine en frictions. En conséquence, je prescrivis d’en oindre la tête après l’avoir rasée , et de la couvrir avec des linges imbibés de la même liqueur. Il se développa une vive inflammation , particulièrement sur les parties de la tête qui n’étaient point ou qui étaient peu couvertes de cheveux , comme au pourtour des oreilles et au front. Je fis alors couvrir toute la tête d’un cataplasme de farine de graine de lin , que je recommandai de mettre bien chaud , ayant observé , quand je pratiquais la chirurgie dans les hôpitaux militaires , que ces applications farineuses quand elles étaient trop chaudes ne
284 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XVIII. manquaient presque jamais de provoquer l’éruption d’un grand nombre de pustules. Tout réussit au gré de mes désirs. La tête se couvrit de boutons purulents, et la suppuration des petits vésicatoires non-seulement en fut augmentée , mais elle changea de nature, et présenta cette odeur aigre , fade , qui appartient aux croûtes laiteuses fluentes de l’enfance. Cependant une douleur sourde se fit sentir dans l’une et l’autre oreilles. J’espérai que s’il s’établissait un écoulement par le conduit, il ne pourrait que contribuerai! succès du traitement. Je provoquai donc cet écoulement par l’application, sur la conque auditive, de la moitié d’un pain immédiatement tiré du four et arrosé de vinaigre chaud. Ce moyen ne réussit que sur l’oreille droite ; mais, aussitôt qu’elle eut commencé à fluer, la douleur de l’autre cessa, ce qui me fit renoncer au projet d’y déterminer une fluxion.
Cependant, au milieu de cette espèce de purgation générale de la tête, fouie ne se rétablissait pas; et ce ne fut qu’au bout de six semaines , à dater du moment où la tête s’était couverte de boutons purulents , que l’on s aperçut d’une diminution sensible dans la surdité. Cet heureux changement fit insister sur les moyens propres à augmenter la sécrétion fournie par les ulcérations de la tête et les vésicatoires des oreilles. Je lis entrer dans les pansements l’onguent de garou mêlé au beurre étendu sur des feuilles de poirée, et j’ordonnai l’application d’un troisième vésicatoire à la nuque. Je joignis à ces moyens locaux fusage du mercure doux , donné tous les jours à la dose de quinze centigrammes , de manière à provoquer un peu de salivation ; une fois par semaineje doublais la dose, pourobtenir un effet purgatif. Le succès de ce traitement fut complet. Au bout de trois
mois, l’orne était parfaitement rétablie, autant d’un côté que de l’autre. L’écoulement de l’oreille droite laissait bien encore subsister un peu d’embarras dans les fonctions de cet organe , mais il était aisé de s’apercevoir que la congestion de la matière puriforme en était la seule cause ; en effet, l’écoulement ayant fini par tarir insensiblement, au bout de cinq mois l’ouïe se trouva tout aussi complètement rétablie de ce côté que de l’autre.
CLX“ ORSERVATiON. — Pauline G . , ûgée de neuf
ans , douée de beaucoup d’embonpoint , née d’une mère tourmentée depuis longues années par une affection dartreuse, se trouva, dans la convalescence d’une fièvre adynamique , couverte presque tout à coup d’une énorme quantité de poux, et de quelques croûtes porrigineuses qui laissaient suinter une matière purulente excessivement fétide. On rasa la tète , on la lava avec de l’eau tiède, ou détacha les croûtes, et l’on se contenta d’y appliquer des feuilles de poirée. Le lendemain ces feuilles se trouvèrent desséchées ; elles adhéraient intimement aux petites ulcéra tiens. On les y laissa encore un jour, après lequel on les détacha, en les humectant avec de l’eau chaude. La tête se trouva nette , et sans aucune trace des pustules qui Huaient avec tant d’abondance deux jours auparavant. On rappela le médecin qui avait dirigé le traitement de la maladie, et sans l’avis duquel on avait ainsi rasé et pansé la tête. Il blâma cet imprudent procédé, et conseilla, pour en détourner le danger, de purger encore deux fois cette demoiselle , ce qui fut exécuté. Cependant la convalescence, qui jusque-là avait fait de rapides progrès , et qui annonçait un prochain retour à une brillante santé , parut en quelque sorte rétrograder. Point d’appétit, peu de sommeil, fai-
286 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XVIII, blesse générale , quelquefois un peu de fièvre le soir , et souvent céphalalgie légère après le repas. 11 se déclare un léger degré de surdité, dont Pauline ne s’aperçoit d’abord que lorsqu’on parle très-bas. Mais bientôt elle se plaint elle-même de ne plus entendre ce qu’on lui dit, et finit, malgré sa curiosité naturelle, par ne prendre aucune part à ce dont on parle près d’elle ; enfin, elle en vient au point , après six mois au plus de cette infirmité, de n’ouïr distinctement que les mots qu’on lui adresse à haute voix et directement devant elle : cependant elle conserve pour la musique la facilité et toutes les heureuses dispositions qu’elle montrait avant sa maladie, et continue de se livrer avec succès à l’étude du piano.
Tel était l’état des choses quand on amena cette jeune fille à Paris. D’après le conseil du médecin, on avait sans succès appliqué des vésicatoires derrière les oreilles, fait différentes injections dans l’oreille, et employé des purgatifs réitérés, .le crus devoir m’attacher d’abord à rappeler l’éruption qui s’était montrée à la tête. Pour y parvenir, je prescrivis l’application de l’essence de térébenthine, telle que je l’ai indiquée dans la précédente observation. Aucun effet ne suivit l’emploi de ce moyen. J’essayai alors d’un autre, qui m’a réussi souvent dans la même indication , et dont je dois la première idée à mon illustre maître, le professeur Halié. Il consiste à faire doucher la tête , fortement et longuement , avec des eaux de Baréges, à la température de trente-quatre ou trente-six degrés. J’obtins de ce procédé le développement de plusieurs petites tumeurs inégales , imparfaitement circonscrites, un peu douloureuses, et que je ne pus cependant, par aucune application excitante, amener
DE tA SURDITÉ PAR MÉTASTASE.
à suppuration ; enfin, après ayoir tenté plusieurs autres moyens , sans parvenir au but que je me proposais , ne pouvant me promettre aucun avantage de l’application des vésicatoires, d’après l’observation qui me fut faite que ceux qui avaient déjà été appliqués avaient à peine suppuré pendant quelques jours , je conseillai l’application du cautère actuel sur divers points de la tête. Je pratiquai moi-même cette opération avec un bouton à cautère très-étroit, de la largeur tout au plus d’un centime ; je fis six cautérisations derrière chaque oreille, et deux vers le sommet de la tête. Le sixième jour, les escarres étant près de se détacher , il survint un érysipèle à la face , accompagné de fièvre et de vomissements bilieux. Je me contentai de combattre les symptômes d’affection gastrique par des boissons émétisées , et je laissai l’inflammation parcourir ses périodes, désirant beaueoup qu’elle se terminât par la suppuration ; elle n'eut point lieu , mais celle des brûlures se trouva considérablement augmentée , et les plaies prirent même un moment l’aspect d’un ulcère tendant à la gangrène. Lorsque l’érysipèle eut disparu , et que l’état des premières voies eut permis à l’estomac de reprendre ses fonctions, les plaies de la tête devinrent vermeilles, et fournirent un pus de bonne qualité.
Dans le plus haut degré de l’inflammation érysipélateuse , ma jeune malade s’était aperçue qu’elle était un peu moins sourde. Cette amélioration fut plus sensible encore après les évacuants administrés à l’époque de la desquamation. Ce mieux cependant ne continua pas dans la même progression ; il fut très-lent pendant les cinq ou six semaines qui suivirent ce premier changement , quoique la suppuration des ulcères de la tête fût très-
abondante. En me rappelant que l’époque de l’amélioration la plus sensible de l’audition correspondait à celle de l’administration des purgatifs , je pensai à m’aider de la méthode évacuante , et je prescrivis, de deux jours l’un , trois verres de tisane royale. Une excrétion d’une autre nature vint encore aider au bon effet des purgatifs. En examinant l’intérieur du conduit auditif, je le trouvai engoué d’une matière qui avait la consistance, la couleur et même l’odeur du fromage mou , et dont je favorisai l’expulsion, pendant dix à douze jours, par de simples injections d’eau chaude. Chaque matin, même quantité de la même matière. J’essayai de la rendre plus abondante et plus fluide par l’application du pain chaud; j’y réussis en effet. Tous les soirs on appliquait, sur l’une et l’autre conque auditive , la moitié d’un pain récemment tiré du four ; le matin on le trouvait imprégné d’un liquide aigre , tirant un peu sur le jaune , et dont il ne restait presque rien dans l’intérieur du conduit.
Parle concours de ces divers moyens, cette demoiselle, après un séjour de cinq mois et demi à Paris , en partit complètement guérie de sa surdité. Une des plaies de la tête n’étant pas encore complètement cicatrisée, je recommandai de n’en provoquer le dessèchement qu’après avoir placé au bras un cautère qu’elle conserverait jusqu’à l’âge de la puberté.
CLXP OBSERVATION.— Mademoiselle d’Est..., âgée de quatorze ans , fortement constituée , non encore réglée, n avait jamais eu de maladie de peau , lorsqu’il lui survint , au commencement du printemps , quelques efflorescences farineuses sur les joues et au menton. Elle se lava la figure avec de l’eau de Cologne pure, et l’éruption disparut ; mais, au bout d’un mois, elle se montra
de nouveau , et résista à la lotion employée précédemment, ainsi qu’à plusieurs autres moyens usités en pareil cas, tels que l’eau marinée, l’eau de Goulard, la pommade de concombre. Quelqu’un lui conseilla de toucher ses dartres avec du jus de citron exprimé et recueilli dans une écaille d’huître : ce moyen réussit complètement. Peu de jours après, il survint derrière l’oreille une petite tumeurglanduleuse, légèrement douloureuse au toucher, et qu’on dissipa en la tenant couverte d’une simple cravate de mousseline. Environ trois semaines après, il parut à la tête , vers la bosse pariétale , une petite pustule croûteuse, que cette demoiselle attribua à une piqûre quelle s’était faite avec une des dents de son peigne. On la détacha en y appliquant un peu de suif, et vingtquatre heures après il s’en forma une plus considérable et plus élevée. Enfin, en quelques jours, ce fut une véritable ulcération porrigineuse , rendant une matière abondante et très-fétide. Plusieurs autres points de la tête se couvrirent bientôt après de petites croûtes sèches. On appela un médecin, qui regarda cette éruption comme un mouvement critique , annonçant la prochaine apparition des menstrues ; et d’après son avis on ne fit aucun remède. 3Iais comme toute la tête prenait de plus en plus un aspect fort désagréable, on consulta un chirurgien qui traite particulièrement ces maladies ; il déclara que c’était une véritable teigne, et conseilla de raser la tête pour qu’elle pût recevoir les applications convenables. Le dégoût qu’inspirait une semblable maladie , l’âge de la jeune personne , un sentiment de coquetterie qui lui faisait regarder comme un pénible sacrifice celui de sa chevelure , firent rejeter l’avis du chirurgien. On se contenta de dégarnir de cheveux les parties les plus ulcérées,