‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'auditionChapitre 45 sur 69 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

deux ans qu’elle était sourde ; elle l’était au point qu’elle s’entendait à peine parler , ce qui avait considérablement altéré le timbre de sa voix et la netteté de l’articulation des mots. En examinant l’intérieur du conduit auditif , je trouvai d’un côté la membrane considérablement épaisse, et j’aurais pensé peut-être à la perforer, en la regardant comme un obstacle à la perception des sons , si de l’autre côté l’ouïe n’avait été tout aussi obtuse, quoique la membrane se présentât dans son état naturel.

Le traitement que je fis subir à cette demoiselle n’ayant pas eu de succès , je ne le détaillerai pas. Je dirai seulement que les principaux moyens que j’employai furent le séton à la nuque et l’excoriation du conduit auditif, au moyen d’un onguent épispastique.

CLXIF OBSERVATION. — Un militaire, âgé de trenteneuf ans , habituellement maigre , transpirant peu , contracta la gale en Allemagne , dans l’hiver de 1791. Plusieurs traitements méthodiques , et dont le dernier eut pour base l’onguent citrin , ne purent faire disparaître entièrement l'éruption. Ayant obtenu son congé définitif , il rentra en France , et vint à Paris , encore tourmenté de cette maladie, qui durait depuis dix-huit mois. Décidé à tenter toutes sortes de moyens pour s’en débarrasser , il subit un traitement antisyphilitique , d’après le conseil d’un médecin à qui l’opiniâtreté de la maladie la fit considérer comme vénérienne. Le mercure fut sans effet ; enfin , d’après le bien qu’il retirait des lotions froides contre le prurit qui accompagnait cette gale opiniâtre , ce militaire se décida de son propre mouvement à prendre des bains froids de rivière , quoiqu’on ne fût alors qu’au commencement du printemps.

Ils produisirent l’effet qu’on en attendait ; les boutons et la démangeaison disparurent; mais, au bout de quelques jours , après une hémorragie nasale très-abondante, ce militaire éprouva dans toute la tête une sorte de tension douloureuse, qui prit au bout de vingt-quatre heures le caractère d’un érysipèle. Aussitôt que cette inflammation se déclara, le malade se plaignit d’avoir la tête remplie de bruits vagues , et de ne plus entendre. L’érysipèle acquit peu d’intensité , et se dissipa au bout de quatre jours, sans autre traitement que l’usage d’une boisson légèrement émétisée, et de lotions avec une infusion aqueuse de fleurs de sureau. Mais il n’en fut pas de même de la surdité , qui persista malgré l’application de quelques sangsues et d'un vésicatoire derrière chaque oreille. On espérait que, les bourdonnements cessant , Fouie reprendrait toute sa netteté. 11 arriva au contraire que, ces faux bruits s’étant calmés au bout de quelques mois , la surdité persista , et fut tout à fait complète. Il y avait deux ans que cet homme était sourd, quand il vint me consulter. Je ne lui donnai aucune espérance de guérison ; seulement je fis entendre que si la maladie avait été plus récente , on aurait pu , avec quelque avantage peut-être, tenter l’inoculation de la gale. Malgré le peu de confiance que je parus avoir dans ce moyen , j’appris indirectement qu’il avait été tenté , et qu’en effet il n’avait produit aucun résultat avantageux.

CLXIIF OBSERVATION. — Un malade qui avait fait sécher d’anciens ulcères aux jambes , étant tombé en apoplexie, rien n’avait pu le faire revenir que l’application de trente-deux sangsues autour de la tête , et encore était-il resté sourd et muet. Tous les remèdes employés

contre cet état avaient échoué , lorsque Jasser eut recours aux douches sur le sommet de la tête. Le liquide dont il se servit pour cet effet fut une solution de sel ammoniac et de boule d’acier. Dès la première goutte , le malade éprouva un trémoussement par tout le corps. Il pâlit à la cinquième ; à la sixième il tomba en convulsions , et perdit connaissance. On eut beaucoup de peine à le rappeler à lui, au bout d'une demi-heure : il était alors d’un accablement extrême ; il s’endormit néanmoins tranquillement , et eut une sueur abondante. Le troisième jour, on réitéra la douche ; les suites en furent les mêmes. Pendant le sommeil, la sueur ruisselait de tout son corps , et à sou réveil la surdité et le mutisme étaient dissipés. On avait rouvert les ulcères aux jambes, et depuis ce temps on a entretenu constamment leur écoulement (I).

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