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CHAPITRE XIX

De la surdité par diathèse.

Les causes syphilitiques et herpétiques sont, de toutes les causes dites virulentes, celles qui le plus communément produisent la surdité. On peut se faire une idée de la manière dont agissent les deux premières, pour déterminer cette maladie. La syphilis tantôt ulcère les trompes d’Eustache , tantôt détermine un écoulement du méat auditif, par suite d’une véritable otorrhée purulente. D’autres fois elle produit le gonflement des

(1) Mélanges de chirurgie, par Leberecht; Berlin, 1782.

294 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XIX. tuyaux osseux qui donnent passage aux sons , ou seulement le boursouflement des tuniques qui revêtent ces conduits.

Pour ce qui est de la surdité produite par les dartres, l’étiologie en est beaucoup plus obscure. J’ai vu , chez deux jeunes personnes , devenues sourdes depuis le développement de eette maladie eutanée , toute la eonque auditive et les membranes du conduit auditif considérablement épaissies, sèches, dures, et couvertes. d’écailles farineuses ; de sorte que le conduit auditif était prodigieusement rétréci. Peut-être la même disposition existait-elle dans l’oreille interne, et nuisait-elle à la perception des sons ; mais, dans la^plupart des cas, l’affection dartreuse qui prive l’organe auditif de l’exercice de ses fonctions ne se manifeste par aucun signe extérieur.

La guérison de la cause dont le développement a provoqué la surdité n’est que fort rarement suivie de la disparition de eette affection symptomatique. Ceci est remarquable surtout dans les surdités causées par les dartres , qui , quoique guéries , n’en laissent pas moins après elles l’organe auditif gravement affecté. Quant à la surdité syphilitique, il est rare qu’elle survive à l’extinction de la maladie vénérienne , à moins que l’ulcération ou la carie n’ait porté ses ravages dans l’oreille interne.

CLXIV® ORSERVATioN. — Un domestique était infecté d’une maladie vénérienne , compliquée des restes d’une ancienne syphilis qu’il avait soignée lui-même sans les conseils d’un médecin. Il avait deux exostoses sur la crête tibiale de la jambe gauche , des ulcères au voile du palais , un ehancre sur le gland, et souffrait en outre

de douleurs nocturnes dans les os. J’avais commencé à le traiter par le mercure , quand il cessa de venir me voir, pour se mettre entre les mains d’un charlatan; les remèdes que celui-ci lui administra , et qui , à ce qu’il parait, d’après le rapport que cet homme me fit plus tard , n’étaient autre chose que les poudres d’Ailhaud , amenèrent cependant une guérison en apparence complète.

^ Tous les symptômes avaient disparu , à l’exception d’un ulcère considérable dans la partie gauche du voile du palais. Cet ulcère , reliquat de ceux qui couvraient auparavant cette voûte membraneuse, régnait tout le long du pilier postérieur gauche, et paraissait même, à en juger par ses effets , se propager vers les fosses nasales. Le mucus qu’il fournissait était mêlé de pus , et exhalait une odeur très-fétide. L’oreille gauche était affectée de surdité , accompagnée d’une douleur qui augmentait vivement pendant la mastication. La surdité était plus intense le matin , quand cet homme s’éveillait ; et elle diminuait aussitôt qu’il s’était mouché deux ou trois fois , qu’il s’était gargarisé , et qu’il avait détaché du fond de sa gorge , par des efforts d’exscréation , une matière épaisse , jaunâtre , fétide , mêlée de stries de sang.

Le traitement employé chez cet homme avait considérablement fatigué son estomac et épuisé ses forces. Aussi ne voulut-il plus entendre parler des mêmes moyens, et vint-il se remettre entre mes mains. Je m’attachai d’abord à rétablir l’estomac , par l’usage du quinquina uni à la rhubarbe, et donné en décoction. Ensuite j’administrai la liqueur de Van Swieten , concurremment avec le sirop de cresson composé. Il avait pris tout au plus

296 DEUXIÈME PARTIE , LIVRE II, CHAPITRE XIX. quatre ou cinq décigrammes de sublimé , et une bouteille de sirop , quand l’ulcère du voile du palais se cicatrisa. Cette cicatrisation fut immédiatement suivie de la guérison de la surdité.

CLXV® ORSERVATiON. — Un jeune enfant de dix-huit mois , qui entendait parfaitement et commençait à parler, fut ramené de nourrice couvert de boutons secs, et répandus même jusque sur sa figure. Malgré cette particularité, assez rare dans la gale , divers médecins qui virent cet enfant s’accordèrent à donner ce nom à la maladie cutanée dont il était incommodé. On prescrivit des bains et des frictions avec l’onguent soufré. L’enfant avait été frotté quatre fois , et avait pris cinq bains , lorsqu’à l’issue du sixième , les boutons , qui jusque-là n’avaient pas éprouvé de changement sensible , parurent presque complètement effacés. On attribua, et avec beaucoup de fondement , cette disparition subite à ce que le bain , par la longue résistance que l’enfant avait mise à y entrer, avait été pris beaucoup plus froid que les autres , et dans une chambre où l’on n’avait pas fait de feu ce jour-là , quoiqu’on fût au cœur de l’hiver. En effet , on le retira du bain grelottant , pâle, et avec unléger mouvement de fièvre, qui augmenta le soir, mais qui se termina au bout de quelques heures , par une abondante transpiration. Cependant les boutons herpétiques ne s’élevèrent plus , et il n’en existait pas la moindre trace au bout de quatre jours. L’enfant paraisssait jouir d’une santé parfaite, et on ne pensait plus à la brusque disparition de sa maladie, quand au bout de sept semaines on crut s’apercevoir qu’il parlait beaucoup moins, et qu’il ne répétait plus avec la même exactitude les mots nouveaux qui frappaient son oreille. On le

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soumit à quelques épreuves , et l’on eut la certitude qu’il avait l’ouïe dure. On ne douta nullement que la disparition de son affection herpétique n’en fût la cause, et dans cette supposition on employa, pour rappeler l’éruption , un vésicatoire à la nuque , auquel on fit succéder le séton. On y joignit des frictions sèches , de fréquents purgatifs, et différentes injections auriculaires, détersives et toniques ; le tout en vain. L’ouïe s’affaiblit de plus en plus , et finit par se perdre complètement. Privé de ce sens , l’enfant cessa de parler, devint sourdmuet, et fut reçu en cette qualité à notre Institution.

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