CHAPITRE IV
De la surdité par ulcération et carie de l’oreille.
Dans notre première partie, en traitant de l’otorrbée purulente idiopathique , nous avons déterminé les causes , le siège et le traitement de l’ulcération et de la carie de l’organe auditif ; il ne s’agit ici que d’examiner les suites de cette lésion, par rapport à l’ouiè. Ces suites sont fort sujettes à varier, et il serait trèsdifficile de déterminer les cas où les érosions de l’oreille interne sont ou ne sont pas suivies de surdité. J’ai vu une fois une carie superficielle du méat auditif entraîner la perte de l’ouïe , et d’autres fois , au contraire , cette fonction survivre à des exfoliations de la cavité tympanique. On pourrait se rendre compte de ces résultats, et même les prévoir, s’il était possible de connaître l’étendue et les complications de la maladie de l’os; mais rien de plus obscur que ces sortes de lésions de l’oreille. On peut dire , cependant , que l’audition est d’autant plus gravement compromise, que la carie a son siège plus profondément , et qu’elle est plus ancienne ; quand une douleur sourde se fait sentir dans l’apopbyse mastoïde , que colore une rougeur sombre , ou lorsque cette éminence est déjà percée d’une ouverture fistuleuse , on doit s’attendre à la destruction des cellules mastoïdiennes par la carie , et à une abolition plus ou moins complète du sens auditif. Cependant, lorsque , par les ressources de la nature , bien plus que par l’action de nos remèdes, dont il faut avouer ici l’impuissance, on est assez heureux pour voir la fin
16 DEUXIÈME PAETIE, LIVEE II, CHAPITRE IV. de ces longues et opiniâtres maladies de l’organe auditif, il n’est pas rare, quelques mois après la guérison, que l’ouïe , qui était totalement perdue , reprenne spontanément un certain degré de sensibilité , et redevienne propre à la perception des sons. Cela tient à des changements qu’il est important d’apprécier, et qui offrent même une indication pratique.
Lorsque la carie a fait des ravages dans l’intérieur de l’oreille , la surdité survient , et par la destruction des parties eariées, et par l’engouement et l’inflammation des parties qui, restées saines , pourraient eneore, sans cet embarras matériel et cet état inflammatoire , se prêter aux fonctions imparfaites de l’organe. Une fois l’exfoliation opérée , la suppuration tarie , l’oreille desséchée , les parties qui n’ont point été lésées eoncourent de nouveau pour leur part au rôle qu’elles doivent naturellement jouer dans l’audition.
Mais si quelquefois, quand l’écoulement est tari, l’ouïe revient ou s’améliore, il n’en est pas de même quand l’écoulement purulent vient à se supprimer avant que l’exfoliation soit complète et l’ulcère cicatrisé. Cette interruption de la suppuration , résultat assez ordinaire de l’épaississement ou de la diminution de ses produits, ou de quelque embarras que le pus rencontre dans son cours, est toujours suivie d’une auguknlation de la surdité , de céphalalgie , de fièvre même, et d’une langueur remarquable dans l’exercice des sens internes.
Ces remarques peuvent servir non-seulement à éclairer le diagnostic des ulcères de l’oreille avec carie,' mais encore à tracer la marche qu’il faut suivre après et pendant les longues suppurations ; c’est de débarrasser, par de fréquentes injections, le conduit auditif et la