DE LA SURDITÉ PAR ULCÉRATIOH ET CARIE
caisse d’une crasse semblable à du fromage mou , que ces sortes d’écoulements laissent après eux. Comme le plus souvent la membrane est percée ou détruite, il faut insister sur l’emploi des injections , jusqu’à ce que le liquide injecté coule librement dans l’arrière-bouche. Ces injections seront faites avec de l’eau tiède seulement.
EXX!!™® OBSERVATIOH.— Une dame des environs de Blois vint, en 1810, me consulter pour une surdité dont elle était att( I 1 j j at s , et qu’accompagnait un écoulement peu copieux , mais extrêmement fétide. Cette indisposition s’était déclarée à la suite d’un érysipèle survenu dans le cours d’une fièvre puerpérale ; une seule oreille était affectée, c’était la droite. En l’examinant , je trouvai le conduit auditif revêtu d’une matière grisâtre, que je détachai facilement par des injections d’eau chaude. Le canal ainsi nettoyé, je trouvai la membrane du conduit très-boursouflée à sa partie inférieure , et formant un bourrelet autour d’un point noirâtre, que je reconnus être le conduit auditif osseux mis à nu par la carie. En parcourant, avec l’extrémité de la sonde , l’aire de cette carie , il me fut impossible de trouver aucune fissure, aucun enfoncement qui pût recevoir un instrument propre à ébranler ou extraire la partie malade de l’os. La surdité, qui n’était pas complète, augmentait beaucoup quand la suppuration, fournie par la membrane du conduit, venait à diminuer, ou cessait de fluer au dehors, en s’épaississant. La membrane tympanique, légèrement phlogosée , était intacte. Je vis peu de chose à faire contre cette lésion du conduit ; je recommandai toutefois, sans déguiser le peu d’importance que j’attachais
18 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE IV. à mes conseils, de doucher, chaque jour, pendant une heure , et au moyen d’une seringue à lavement ou d’une pompe à arrosement , le conduit auditif avec de l’eau tiède, et d’y tenir couliuucllemcnt une éponge imbibée de décoction émolliente. Je ne sais si ce traitement , qui fut suivi de point en point , aida beaucoup à l’exfoliation ; mais il est certain qu’elle se fit d’une manière très-rapide, vu l’état peu avancé où j’avais trouvé le point carié. Huit mois après, cette dame me fit savoir qu’il s’était détaché un petit os de son oreille , que l’écoulement avait cessé , et qu’elle entendait presque aussi nettement d’un côté que de l’autre.
LXXIll"''’ OBSERVATIOM.— Une très-jeune demoiselle, fille d’un père qui avait été scrofuleux dans son enfance , me fut présentée en 1805, pour une otorrhée de l’une et de l’autre oreilles, suite d’une angine gangréneuse, et compliquée d’une surdité, qui était plus ou moins intense , selon que la matière puriforme coulait avec plus ou moins d'abondance. En examinant le conduit auditif de l’un et de l’autre côtés, je le trouvai baigné par une matière puriforme, et communiquant librement avec la caisse par une ouverture de la membrane du tympan ; aussi cette demoiselle faisait-elle , en se mouchant, sortir de ses oreilles des bulles d’air, à travers le pus dont le conduit était rempli. En examinant les éminences mastoïdiennes , je trouvai celle du côté gauche légèrement colorée , empâtée , et douloureuse à son so.mraet , quand on le pressait fortement avec le doigt; ce qui me fit reconnaître et annoncer une carie tout près de se faire jour au dehors, dans cette partie du temporal : aussi, l’ouïe de ce côté étaitelle presque anéantie. Je regardai cette cophose comme
à peu près incurable , et la carie elle-même comme une maladie très-grave , qui pouvait faire périr la jeune personne. Cependant, comme elle était douée d’une bonne constitution , que la maladie était peu ancienne (elle ne datait que de dix-huit mois) , et probablement locale , à en juger par les causes qui l’avaient déterminée , je conçus quelques espérances, que je fis partager aux parents. Comme ils avaient leur domicile dans les provinces méridionales, je leur conseillai de remener sans délai leur fille dans ce pays , de la conduire aux eaux de Baréges , dont on ferait usage tant en boisson qu’en douches et en injections , même à travers l’ouverture fistuleuse qui allait bientôt se former derrière l’oreille ; et de continuer ce traitement, au moins à l’intérieur, tant que durerait la maladie , .sans tenir compte du temps qui a reçu le nom de saison des eaux.
Une première lettre que je reçus avant qu’on eût pu commencer le traitement m’apprit qu’il s’était formé, derrière l’oreille , un abcès qui s’était ouvert naturellement, et dans la plaie duquel l’on voyait l'os devenu tout noir; qu’il y avait peu de suppuration, et que les jours où elle était presque nulle, la malade éprouvait de violentes douleurs de tête et un bourdonnement trèsfatigant dans les deux oreilles. Je répondis à ces renseignements, par le conseil de hâter le traitement convenu.
Après deux mois de séjour aux eaux , on me lit savoir que Fécoiilement des deux oreilles avait cessé ; qu’il ne restait plus, dans l’endroit de la fistule, qu’une trèspetite ouverture fournissant à peine quelques gouttes de pus en vingt-quatre heures ; que cependant l’ouïe de ce côté n’était point revenue , mais que , du côté
20 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE IV. droit, elle s’était presque complètement rétablie , quoique l’ouverture de la membrane ne se fût pas refermée. Enfin, après plus d’un an de l’usage des eaux en boisson et en injections à travers la fistule mastoïdienne, la guérison de l’os s’effectua, mais sans aucune amélioration de l’ouïe.
[ Lorsque l’écoulement de l’oreille prend le caractère sanieux, il est toujours accompagné de carie : il est donc bien important d’en établir les caractères.
Dans cette espèce d’otorrbée , le pus ou la sanie puriforme qui s’écoule par le conduit auditif est plus liquide que le pus du phlegmon, grisâtre, sanguinolent, ou même mêlé de stries de sang pur ; il a une odeur propre, qui n’appartient qu’à la matière fournie par des surfaces cariées , et qu’il est facile de distinguer de l’odeur forte qu’ont presque tous les écoulements de l’oreille. 11 colore en brun plus ou moins foncé ou violacé les instruments d’argent avec lesquels il entre en contact. Il irrite par son âcreté la peau du lobule et du pavillon de l’oreille, y détermine une excoriation et un gonflement babitucl. 11 cbarie de temps en temps des espèces de graviers , qui ne sont autre chose que des portions d’os carié. Il ne faut pas les confondre avec les osselets de l’ouïe , que le pus entraîne quelquefois à la suite des otites aiguës , sans qu’on puisse en conclure qu’il y ait carie. Au reste , il est difficile de s’y tromper ; les osselets ont des formes connues , leur surface est lisse et régulière ; leur expulsion précède ordinairement celle des débris osseux appartenant à la carie. Ces caractères de l’otorrhée sanieuse sont assez tranchés pour qu’on ne puisse pas la confondre avec toute autre espèce d’écoulement ; et ils sont très-impor-