‹ Traité des maladies de l'oreille (volume 2)Chapitre 37 sur 72 · OBSERVATION XXX VU · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXX VU

M. l'architecte Seiffert souffre d'un écoulement d'oreille, de bourdonnements et de surdité; ces souffrances le sont développées à l'âge de 12 ans, à la suite d'une fièvre nerveuse très intense; les bains russes et les eaux de Warmbrunn ne les avaient pas plus soulagées qu'un selon porté pendant six mois au cou. Il y avait dans les deux oreilles une sécrétion aqueuse et inodore qui, il y a un an. était très-abondante, irritante et fétide; la membrane du tympan était opaque, rougeâtre, et couverte en grande partie d'une excroissance roUge-pâle , plate et insensible à l'attouchement de la sonde. De l'oreille gauche il entendait encore la montre à un pied et de l'autre à un demi oicd.

Comme le malade était très-sain d'ailleurs, on se borna

à l'usage local des caustiques ; la pierre infernale produisit de très-vives douleurs à l'oreille gauche tandis que la droite restait insensible à son action ; nous en conclûmes que la structure du polype de ce côté était cartilagineuse. Aussi la portée de l'ouïe ne changea-t-elle pas de ce côté, tandis que celle de l'oreille gauche s'étendait à trois pieds au bout de six semaines.

Comme le temps resta obscur pendant quatorze jours , nous dûmes arrêter le traitement ; quand nous le reprîmes après cette pause, les polypes s'étaient tellement développés qu'ils couvraient complètement la membrane du tympan des deux côtés : l'ouïe n'allait plus qu'à un pouce à l'oreille gauche ; la droite n'entendait plus du tout notre montre. On reprit la cautérisation tous les deux jours et au bout de quatre semaines la portée de l'ouïe s'était étendue à deux pieds du côté gauche , tandis qu'elle ne s'était pas améliorée à droite ; il y avait même de ce côté un sentiment incommode de plénitude, de violents bourdonnements et des vertiges ; la potasse caustique ne changea pas l'état du polype. Comme l'oreille gauche ne faisait plus de progrès , on cessa encore une fois les cautérisations ; mais au bout de peu de semaines l'excroissance recouvrit de nouveau toute la membrane du tympan ; elle ressemblait à une masse rouge et brillante sur laquelle la sonde glissait sans exciter de douleurs , comme si c'eût été une pierre polie.

Les vertiges durèrent encore longtemps malgré la diète sévère qu'on imposa au malade et malgré les purgatifs et la suppuration provoquée derrière les oreilles au moyen de la pommade stibiée ; les cautérisations au moyen du rauriate de zinc ne soulageaient l'ouïe que d'une manière passagère; aussi conseillâmes-nous au malade d'abandonner le polype à la nature, lorsque les vertiges eurent disparu. Cet état resta à peu près stationnaire pendant une année ; la tête continuait à lui tourner et restait

étourdie. Nous renouvelâmes après cet intervalle la suppuration derrière les oreilles et fîmes des scarifications aussi profondes que possible dans les polypes sans pouvoir les faire saigner ; nous y gagnâmes la cessation complète des maux de tête et étendîmes la portée de l'ouïe à quatre pouces du côté gauche. La structure cartilagineuse des polypes nous parut devoir rendre tous les essais inutiles et nous arrêtâmes le traitement.

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