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CHAPITRE DEUXIÈME

MALADIES DE l'OREILLE MOYENNE.

Saissy a traité sous la dénomination de « maladies de l'oreille interne» de toutes les affections de l'organe auditif excepté de celles qui siègent au pavillon et dans le conduit auditif; c'est à tort, puisque les lésions delà caisse du tambour et de la trompe d'Eustache n'ont pas seulement un développement indépendant de celles du labyrinthe , mais doivent encore être traitées par des moyens très-différents et même opposés. C'est pourquoi nous ne comprenons sous le nom de maladies de l'oreille moyenne que celles qui se développent dans la caisse du tambour et dans la trompe d'Eustache, et dont nous pouvons étahlir le diagnostic, sinon entreprendre le traitement pendant la vie du malade.

Nous croyons être justifié par la tendance pratique et expérimentale de notre travail en ne plaçant pas dans notre cadre nosologique les vices de conformation des osselets de l'ouïe, par exemple, et en laissant aux manuels d'anatomie pathologique l'avantage de nous apprendre qu'on a trouvé les deux branches de l'étrier réunies et fondues en une seule pièce, la fenêtre ronde ossifiée, etc. Nous voulons aussi laisser rêver en paix de paralysie et de rupture des muscles des osselets ceux qui , comme Saissy et Vering , se plaisent dans de vaines hypothèses et qui, au grand préjudice de leurs malades , négligent, pour les poursuivre, l'examen de lésions peu apparentes, maisrecoonaissables; qu'ils fatiguent leur sagacité à diagnostiquer l'hydropisie de la caisse , la carie et l'ankylose des osselets, etc. ! Nous ne les suivrons pas dans cette voie aussi obscure que stérile. On ne peut établir comme affections réellement existantes et distinctes que l'inflammation de la muqueuse de la trompe d Eustache et de la caisse du tambour avec ses maladies consécutives , ainsi que la phlogose du tissu cellulaire que cette muqueuse recouvre. Ce sont par conséquent les seules qui trouvefont place ici.

1 ; Inflammation de la muqueuse de l'oreille moyenne.

Alard (I) traite de cette maladie sous le nom de catarrhe interne chronique ; Itard (2) l'appelle successivement otite interne catarrhale, surdité par obturation de la trompe d'Eustache , Surdité par engouement de l'oreille interne, engouement et obstruction de la caisse, inflamma-

(1) Essai sur le cal, <1e l'or. p. 39.

(2) Traité, i. p. 172. n. 170. 213. i. 887. 389.

tion de la trompe d'Eustache; Saissy ( I ) la nomme catarrhe chronique de l'oreille interne , accumulatioQ des matières muqueuses dans la caisse du tambour ; Deleau (2) la connaît sous la dénomination d'otite humide catarrhale, et Curtis , Wright, Buchanan , Jos. Frank , ainsi que tous les autres auteurs ont ou tout à fait négligé cette maladie importante , ou ne Vont mentionnée que d'une manière passagère comme une obturation purement mécanique de la trompe d'Eustache.

Ce serait une entreprise inutile et fondée sur des vues purement théoriques que de séparer les maladies de la trompe d'Eustache de celles de la caisse du tambour ; tous les symptômes propres leur sont communs et doivent l'être à cause de l'union intime de ces parties.

Si d'ailleurs cette distinction pouvait exister, elle serait sans utilité pratique parce que ces deux affections, même séparées, demandent toujours le même traitement. Pour ne pas interrompre et troubler la description de la maladie et de son traitement , il est convenable d'expliquer d'avance tout ce qui regarde les moyens mécaniques nécessaires à l'exploration et à la médication des affections de la trompe d'Eustache et de la caisse du tambour.

La trompe d'Eustache est un canal muqueux , qui , ouvert à ses deux bouts , unit le pharynx à la caisse du tambour, introduit l'air atmosphérique dans cette dernière , et maintient ainsi dans une tension égale la membrane du tympan dont le côté extérieur est en contact avec l'air atmosphérique : elle aide par conséquent à disposer cette membrane à la transmission des ondes sonores

{i) E:ssay,^tc, 92. 154.

(2) Introd, à des rech. prat. sur les maladies de l'oreille^ p. 32. sqq.

qui y arrivent par le conduit auditif. Pour le dire en passant, elle ne sert à l'ouïe que de cette manière intermédiaire , et ne conduit pas immédiatement les sons au nerf acoustique : on peut donner de ce point la démonstration la plus évidente au moyen d'une montre : on n'en entend en effet pas le mouvement quand, la bouche étant fermée, on la place sur la langue sans qu'elle soit en contact avec les parties osseuses.

Kuh (l),Buclianan (2) et Saunders (3) donnent à l'ouverture pharyngienne de la trompe d'Eustache une tout autre position que celle qui lui est naturelle.

Nous avons comparé avec soin plusieurs têtes disséquées et nous nous sommes convaincu que l'embouchure de la trompe d'Eustache forme dans le pharynx une fente dirigée obliquement d'en haut et d'en avant en bas et en arrière ; qu'elle a une forme ovale , est longuç de 3j8 de pouce et que son angle inférieur est un peu plus profondément situé que la ligne horizontale du méat nasal inférieur, tandis que son angle supérieur est au contraire un peu plus profond que la ligne horizontale du méat nasal moyen.

D'après les vues du docteur Kuh (4) un cathéter introduit par ce dernier canal nasal touche bien de son bec l'embouchure de la trompe d'Eustache et son angle supérieur, mais il ne se laisse pas tourner autour de son axe, si l'on porte le bec obliquement en haut , pour lui faire prendre la même direction que l'axe de la trompe , et cependant cela doit toujours arriver lorsque la sonde se trouve dans la position convenable»

(1) Rust, Mag. bd. 38. i. p. 1. sqq.

(2) Guide ta acoust. siirg,

(3) The anat. and Ihe dis. ofthe ear.

(4) Loc. cit. p. 6.

L'embouchure de la trompe d'Eustache est située der-^ ïière le voile du palais et s'appuie de chaque côté au crochet ptérygoïdien par son bourrelet antérieur. Le canal monte de là obliquement en arrière dans la longueur de deux pouces, se rétrécit peu à peu, acquiert sa plus grande étroitesse à l'origine de son dernier tiers , c'est-à-dire précisément à l'endroit où l'enveloppe d'abord fibreuse de la tunique muqueuse se perd dans le périoste du canal osseux qui forme le dernier tiers de sa longueur. On a donné différentes mesures du diamètre de ce rétrécissement. Eustache (1) lui donne l'étendue d'une plume à écrire; Valsalva (2) lui assigne la hauteur d'une ligne; mais il n'en donne pas davantage au canal osseux quoique son enveloppe muqueuse doive le rétrécir : l'une de ses deux mesures est par conséquent inexacte ; Cooper (3) attribue une étendue de I28 de pouce au diamètre de la trompe d'Eustache dans sa partie la plus étroite, et il est suivi en cela par Saunders, Curtis et Teule (4). Duverney de son côté donne, fig. 2, tabl. 8, une coupe de ce canal dans sa grandeur naturelle et ne lui accorde à la partie la plus étroite qu'une largeur de 1232 de pouce ou 1 H de ligne.Lesmesuresquenous avons faites de la trompe sur le vivant comme sur le cadavre s'accordent parfaite? ment avec celles de cet ônatQipiste.

Ce point est très-important quant aux conseils que Deleau donne pour médicamenter la trompe d'Eustache au moyen de cathéters flexibles, pour en dilater les rétrécissements, etc.

(1) Opuscul. anal, p. 161-162.

(2) Tract, de aure hum. p. 32.

(3) Phi!, tranxacl. 1801.

(4) De l'oreille, p. 61.

Cleland (1) recommanda pour examiner et traiter la trompe d'Eustache des cathéters flexibles en argent qui offrent beaucoup d'inconvénients dans leur construction.

Ces sondes sont d'autant moins applicables qu'elles ne sont pas ouvertes au bout mais sur le côté, et qu'elles dirigent par conséquent l'injection sur les parois du canal et non pas dans sa longueur.

Les sondes dont se servaient les médecins de Montpellier, ainsi que Sabatier et Itard et qui paraissent les plus convenables, sont inflexibles, en argent et longues de six pouces (V. fig. 3); elles varient de calibre depuis la grosseur d'une petite plume de corbeau jusqu'à celle d'une forte plume d'oie, et sont droites jusqu'à cinqlignes de leur extrémité bien arrondie ; là elles sont courbées sous un angle de 144 degrés qui s'accorde avec la situation latérale de l'embouchure de la trompe d'Eustache. Elles ont le même calibre dans toute leur longueur, sont pourvues à leur bout inférieur d'un pavillon en forme d'entonnoir qui est long de six lignes et sert à insérer le tuyau de la seringue à injection A ce pavillon est soudé un anneau qui se trouve dans le même plan que le bec du cathéter et qui fait juger de la direction du bec aussitôt qu'il est soustrait à la vue.

La sonde est d'ailleurs graduée en pouces, ce qui est très-utile quand on doit l'introduire à différentes reprises. Saissy (2j a à tort changé la courbure simple de la sonde en une triple courbure ; il en a ainsi rendu l'usage trèsincommodè. Il craint sans raison que le tranchant du bec du cathéter ne produise de la douleur quand on l'introduit dans le nez ; il lui a en conséquence donné une forme boutonnée qui est tout à fait inutile quand on a soin de

(1) Phil. Irons, t. 41. part. il.

(2) Kssax, p. 219.

faire bien arrondir l'instrument. Tous les médecins, excepté Itard et Deleau, tiennent avec la main le cathéter dans la position qu'on lui a donnée après l'avoir introduit dans la trompe d'Eustache , lors même qu'ils font des i D jections; cette manœuvre n'est pas seulement incommode au malade et fatigante pour le médecin ; elle est encore très-peu sûre,parce qu'un léger mouvement desdoigts suffit pour déranger la sonde et forcer l'opérateurà l'introduire de nouveau.Itard a détruit cet inconvénient en inventant un frontal auquel nous avons été forcé de donner une forme plus commode. Le nôtre consiste en une pièce centrale faite en métal, légèrement bourrée à sa surface interne, courbée d'après la voûte du front, et pourvue de deux courroies avec une boucle (v. fig. 4,) ; au milieu de cette pièce se trouve une charnière où se meut une petite pince dont les branches peuvent être rapprochées au moyen d'une vis.

Avant de commencer la cathétérisme de la trompe d'Eustache, on applique la pièce centrale du bandeau sur le front , au-dessus de la racine du nez , et on boucle les courroies sur la partie postérieure de la tête du malade. On affermit la petite pince dans sa charnière après l'avoir dirigée en haut pour la commodité de l'opérateur; le malade se met alors sur une chaise ; l'opérateur se place devant lui et avec le pouce, l'indicateur et le médius de la main droite il saisit le cathéter très-près de son pavillon , la concavité en étant tournée en bas ; il introduit alors le hec dans le méat nasal inférieur et le glisse avec rapidité et prudence sur le fond de la cavité nasale jusque dans le pharynx Cette manœuvre doit être faite d'une main trèslégère et très-sûre pour épargner des douleurs au malade et vaincre heureusement les difficultés que présentent au cathéter la déviation latérale de la cloison du nez et la structure irrégulière des cartilages de cet organe. On ne peut d'ailleurs pas donner de règles déterminées pour éviter ces difficultés. On ne doit pas craindre de provo-

quer l'éternuement ; nous ne l'avons jamais observé dans notre longue pratique.

Lorsque le cathéter a touché la paroi postérieure du pharynx, l'anneau et le bec étant toujours dirigés en bas, on en élève le bout inférieur ; alors le bec s'abaisse, glisse (pendant qu'on tire doucement l'instrument à soi) sur le bourrelet postérieur de l'embouchure de la trompe d'Eustache et touche la surface postérieure du voile du palais qui s'élève et pousse même avec une certaine force le cathéter dans cette embouchure , pendant qu'on lui fait décrire en dehors et en haut un quart de cercle autour de son aie. Alors le bourrelet cartilagineux antérieur de la trompe l'arrête quand on le tire légèrement à soi ; cet obstacle ainsi que la commodité que la position de l'instrument offre au malade, sont les meilleurs signes pour une main exercée que le cathéter est dans sa véritable position. L'anneau est alors légèrement tourné en haut , suivant la direction que la trompe d'Eustache prend en montant vers l'oreille.

L'opération est beaucoup plus facile lorsque le calibre de la sonde s'accorde exactement avec la largeur du canal nasal correspondant, et qu'il le remplit complètement; c'est pourquoi on doit toujours avoir sous la main une suite de sondes de différente grosseur (l).Le manuel opératoire que nous venons de décrire est celui qui s'accorde le mieux avec la configuration des parties, et il nous a toujours réussi chez plus de cent malades auxquels nous l'avons appliqué plusieurs milliers de fois. Nous ne pouvons par conséquent approuver le docteur Kuh (2) quand

(1) Le docteur Rramer emploie onze sondes de calibre différent ; voyez-en le diamètre pi. 2. flg, 3. a. ("2) Ruxrs /Hayazin, M. 38. i. p. 5.

iS8 TRAITÉ

il dit que l'introduction de la sonde par le méat nasal inférieur est absolument impossible dans la plupart des cas et que le conduit nasal moyen est au contraire la voie naturelle et habituelle du cathéter.

On peut maintenir d'une manière très-commode et trèsr sûre le cathéter dans la position indiquée, en le faisant embrasser par les deux branches de la petite pince du frontal et en fixant après la charnière et les branches. L'application de l'appareil doit être telle que le malade puisse remuer la tête , parler et avaler sans en être gêné. C'est là ce qui démontre le mieux la bonne position de la sonde ; le dire du malade qui « sent le cathéter dans l'oreille» et l'introduction d'une (1) sonde élastique, n'ont aucune valeur à cet égard. Il est inutile de mesurer avant l'opération l'éloignement de la trompe d'Eustache du commencement du canal nasal ; ce mesurage doit toujours rester incertain et une main sûre et bien exercée le rend tout à fait superflu-

Après avoir ainsi fixé le cathéter, Wathen , Douglas , Saissy, Itard et d'autres médecins s'en servaient pour injecter de l'eau tiède dans la trompe d'Eustache et la caisse du tambour et croyaient pouvoir juger de l'état de l'oreille moyenne d'après la présence ou l'absence des différent^ phénomènes qui se développent alors dans cet organe. Mais ces injections aqueuses présentent beaucoup de difficultés et d'inconvénients; vpici ceux qu'une longue expérience nous a fait connaître :

l» D'abord le malade très-gêné pap l'eau refluante qui s'écoule de U bouche et du nez , ne parvient qu'à force d'adresse à l'écarter de la trachée où elle provoque une toux très-pénible,

p 11. est très-difficile au malade de tenir la tête assez

(1) iTARD, Traité n. p. 237-235.

i^nniobile pendant l'injection pour que la seringue, en enfonçant plus profondément la sonde dans le nez , n'y provoque pas des douleurs, et ne force mêm* pas l'opérateur d'arrêter les injections pour rendre au cathéter la position convenable.

3<> La seringue ne peut pas dépasser certaine mesure ni donner trop de force au jet d'eau ; aussi ne parvient-on pas toujours à vaincre complètement les engouements de la trompe d'Eustache et de la caisse du tambour.

40 Les injections peuvent facilement nuire et sont trèsirritantes pour le nerf acoustique , quand elles ne sont faites qu'en guise d'exploration et que l'oreille moyenne n'est pas engouée; on doit par conséquent en suspecter l'utilité comme moyen de diagnostic.

50 Les injections sont malpropres pour le malade et pour ce qui l'entoure.

Tous ces inconvénients ont donné à Deleau l'heureuse idée de remplacer l'eau par l'air pour le diagnostic et le traitement des affections de l'oreille moyenne : à cette fin il comprime l'air dans un appareil dont il tient encore la construction secrète (1) quoiqu'il n'y ait pas lieu d'en faire mystère.

Le docteur Westrumb (2) nous a donné le dessin et la description de la forme extérieure de cet appareil ; le service qu'il nous a rendu par là, est peu important puisqu'il est très-facile de construire une machine pour comprimer très-fortement l'air atmosphérique en dépensant le moins de force et de temps qu'il est possible et en donnant à l'air comprimé une décharge très commode. La pompe pneumatique que nous allons décrire remplit

(1) Voy. Recherches pratiques sur les mal. de (.''oreille, 1838, i>. 133.

(2) Ru^Vs Magazin , BU. 35. |). 387. .sqqt

parfaitement le but : elle consiste dans un cylindre a b ode (v. fig. 5) en laiton fondu, ayant 10" (du Rhin) de hauteur et 5" de diamètre ; la cavité en est haute de 9 ii2" et large de 4 lii". Ce cylindre est pourvu en p d'un tuyau d'écoulement et d'un robinet auxquels est ajouté un conduit r r élastique, imperméable à l'air et long de de l',7''. Le corps de pompe f g h i est aussi en laiton fondu et a une hauteur de 10 t24" et un diamètre de 2 l22"; il est exactement vissé dans le cylindre , de sorte que toute la machine s'élève à 13" au-dessus de l'escabeau qui lui sert de support. En 1 se trouve une petite ouverture pour laisser entrer l'air dans le corps de pompe et en k il y a une soupape pour le faire écouler dans l'intérieur du cylindre. Le levier n o long de t',10", fait mouvoir sans effort la verge m et le piston qui la termine.

L'appareil est attaché au moyen de fortes vis en métal sur un escabeau qqqq en bois de chêne , rond et haut de r,10". Toute la machine est très-solide, élégante et n'a qu'un poids très-modéré ; le rapport convenable qu'il y a entre le corps de pompe et le marteau cylindrique (il est à peu près comme 1 : 2) fait qu'au moyen de quelques coups de piston on peut donner à l'air une compression très-considérable. On peut alors le laisser écouler à volonté en ouvrant plus ou moins le robinetp. Nous n'avons jamais eu besoin de donner à l'air une compression plus forte que celle qu'on obtient dans cet appareil au moyeu de 24 coups de piston.

L'air qui sort de l'appareil, est d'autant plus froid qu'il a été plus fortement comprimé ; Deleau craint que ce froid ne nuise en beaucoup de cas à la gorge des malades; c'est pourquoi il a donné à son appareil une disposition telle que l'air qui y est contenu , puisse être échauffé par une lampe à esprit de vin.

Quant à nous , nous n'avons pas encore rencontré de malades chez qui il ait été nécessaire de chauffer l'air.

Deleau se vante encore de pouvoir, au moyen d'additions particulières faites à son appareil , introduire dans l'oreille des injections d'eau, de gaz et de vapeur; il n'y a pas là de quoi se vanter, puisqu'il n'y a pas une seule maladie de l'oreille qui puisse être traitée de cette manière avec succès, et que Deleau lui-même n'a pas jusqu'ici pu faire usage de son invention. Ce ne sont là que des objets de luxe qui rendent l'appareil plus cher et excitent l'admiration des ignorants.

Les douches gazeuses mêmes ne peuvent pas être employées dans la surdité nerveuse ; on doit en effet bien se garder de pousser dans l'oreille les vapeurs d'éther si actives dans ce cas ; la grande irritabilité du nerf auditif exige au contraire qu'elles se glissent insensiblement jusqu'à lui par leur propre expansibilité. Le manomètre ajouté à la pompe est tout aussi inutile; un seul jour de pratique apprend le nombre de coups de piston qui peut produire un certain degré de compression de l'air dans l'appareil.

Ces erreurs n'ôtent toutefois pas à Deleau le mérite de son heureuse invention ; il n'a malheureusement pas été aussi bien inspiré en essayant de remplacer les sondes inflexibles en argent par les cathéters élastiques. Les raisons qu'il donne pour prouver que la sonde inflexible est inapplicable, sont sans valeur. Ainsi il dit (I) que :

l» « La muqueuse nasale ne peut pas en supporter l'at» » touchement , surtout chez de jeunes enfants. » Nous n'avons pas trouvé cette sensibilité même chez des enfants de 7 ans ; à moins qu'on ne veuille donner ce nom à la sensation inaccoutumée qui se produit toujours quand

{l) \ojez Mém. sur quelques mof. desl. à mèd v.i' oreille ext. et mof, p. 5. sq-i.

on porte pour la première fois un corps étranger dans fâ cavité nasale. Des enfants peureux et des hommes trèssensibles s'effraient à la vue seul d'un instrument et ne veulent se laisser introduire ni une sonde en argent ni un cathéter élastique.

2° « La sonde en argent excite chez les enfants les » douleurs les plus violentes de l'oreille dès qu'ils font le » moindre mouvement de la tête , parce que la sonde » doit toujours avoir un point d'appui sur les parois de » la trompe d'Eustache. »

Nous pouvons au contraire assurer que les malades de tout âge ne sentent pas la moindre pression , même en remuant la tête, dès que l'instrument a été introduit et affermi par le bandeau frontal ; ils ne peuvent même pas en sentir, si le cathéter se trouve dans la position convenable; il n'appuie pas du tout sur les parois de la trompe d'Eustache ; mais est couché dans toute sa longueur sur le fond du méat nasal inférieur.

3o «Pendant qu'on fait les injections, tout mouvement » excite des douleurs dans l'oreille.» Ces douleurs doivent toujours être attribuées à l'opérateur qui ne conduit pas bien la seringue ; aucun médecin instruit n'a d'ailleurs plus recours aux injections d'une manière générale.

40 « Le cathéter en argent ne se laisse pas courber d'a- » près la différence de l'angle que forme la réunion de » la trompe d'Eustache avec la cavité nasale. » Si cette différence existait réellement , il serait impossible de la reconnaître exactement avant l'opération à cause de la situation des parties dont il s'agit ; l'on ne pourrait par conséquent courber le cathéter d'après la connaissance de cet angle. Nous pouvons d ailleurs assurer que nous n'avons jamais observé cette différence et que la sonde courbée sous un angle de 144», nous a parfaitement suffi dans un nombre in6ni de cas.

So « Quand la cavité nasale est fermée ou rétfécie à'an

DES SIALADIES DE l'oREILLE. 193

» côté, comme cela arrive souvent , on ne peut pas son- » der la trompe correspondante.» On se fera une idée de la fréquence de ce rétrécissement si nous disons que depuis 6 ans nous ne l'avons pas observé chez plusieurs centaines de malades, et que jusqu'à présent nous avons toujours sondé ces derniers avec le meilleur succès au moyen du cathéter en argent ; aussi osons nous assurer qu'il n'y a que la maladresse ou une opinion préconçue qui puissent faire manquer le calhétérisme fait avec la sonde inflexible, si l'on excepte peut-être les anomalies organiques les plus rares. En admettant l'existence de ces dernières , nous pouvons faire de notre côté une supposition tout aussi futile et dire qu'une difformité peut rendre les deux conduits nasaux impraticables et qu'alors on ne peut introduire aucun cathéter quel qu'il soit.

Les inconvénients que Deleau impute à la sonde inflexible, sont par conséquent sans réalité. Ses cathéters élastiques sont mous, il est vrai; mais ils deviennent tout aussi durs que ceux en argent , quand ils sont pourvus du mandarin de fer qu'on doit y mettre avant de les introduire ; ils blessent même plus facilement quand ils sont mal dirigés. L'extraction du mandarin excite aussi de vives douleurs d'après le propre aveu de Deleau , et cela n'arrive jamais avec le cathéter dont nous nous servons. Il n'y a d'ailleurs pas d'avantage à nos yeux « à » pouvoir laisser séjourner pendant plusieurs jours la » sonde élastique dans le nez du malade. » L'introduction du cathéter en argent est si rapide que nous ne voudrions pas gêner à ce point ceux qui réclament nos soins.

Deleau (Ij montre qu'il ne connaît pas très-bien la structure des parties dont il s'agit ici , quand il assure qu'en glissant le cathéter élastique jusque dans la caisse du

^1) L'ouïe et ta parole rchtiues à Honoré Frézel. p. 20.

tambour, il peut servir à dilater les rétrécissements de la trompe d'Eustache. Nous renvoyons ici à ce que nous avons dit plus haut sur le diamètre du canal d'Eustache ; dans sa partie la plus étroite il ne peut pas admettre le cathéter élastique le plus fin , même quand il est à l'état sain ; que serait-ce donc quand il est rétréci ? on ne comprend pas comment MM.Magendie etPercy qui ont fait un rapport à l'Institut sur le travail de Deleau , n'aient pas montré la fausseté et le ridicule de cette assertion. On a été en général excessivement négligent et indulgent dans l'examen de ses prétendues découvertes et de ses perfectionnements ; ainsi on voit à une autre occasion les rapporteurs Pelletan et Percy (1) déclarer qu'ils ne doutent pas que Deleau ne soit en état d'introduire de l'éponge préparée dans la trompe d'Eustache, quoiqu'ils ne l'eussent pas vu ! Savart (2) assure même qu'an comprend très-bien que l'air fortement comprimé écarte l'une de l'autre les parois de la trompe d'Eustache rétrécie; cela n'arrive cependant jamais et ne peut même arriver, parce que l'air s'échapperait dans le pharynx plutôt que de surmonter l'obstacle que lui oppose l'épaississement et la tuméfaction de la muqueuse de la trompe.

Les avantages que Deleau se vante de retirer de la sonde élastique sont par conséquent tout à fait imaginaires et inséparables d'inconvénients qu'on n'a jamais à redouter du cathéter inflexible ; ce dernier ne se détériore d'ailleurs pas et reste toujours propre et élégant .

De cette digression nous revenons au moment de l'opération où le cathéter a été introduit dans trompe d'Eustache et reste maintenu par le frontal. Si alors on veut

(1) Extrait d'un oiivr. inédit inlit. : Traitement des mat. de^ l'oreille moyenne, p. 7.

(2) CF. DiLEAr, eslr. d'un ouvr. etc. p. 42.

DES MALADIES DE L'ORElLLE. 195

employer la douche d'air pour explorer l'oreille moyenne, le malade doit se placer très-près d'une table sur laquelle il appuie le coude et saisir avec la main de ce côté le tuyau de la pompe pneumatique qu'on a eu soin de remplir d'air comprimé. L'opérateur introduit alors le bout métallique du tuyau dans le pavillon du cathéter, pose son oreille très-près de celle qu'il doit explorer chez le malade, ouvre le robinet de la machine et écoute le bruit que l'air fait en entrant dans l'oreille moyenne du patient. 11 ne conviendrait pas d'en exposer ici les différences; elles le seront lorsque nous établiront le diagnostic de chaque maladie de l'oreille moyenne et interne. Nous voulons seulement rappeler ici que quand la trompe d'Eustache et la caisse du tambour sont parfaitement libres et ouvertes, l'air y entre sans obstacle et en produisant un choc perceptible contre la membrane du tympan; lorsque la première secousse d'un jet d'air puissant est passée ou qu'elle n'est pas si violente dès le principe, on entend dans l'oreille du malade, si l'air continue à y entrer, des soufflements et des bruissements qui paraissent sortir du conduit auditif du malade et remplir son oreille dans toute sa largeur.

Des observations souvent répétées peuvent seules faire comprendre la nature propre de ces bruits; tout ce qui s'en écarte est morbide et permet de conclure très-sûrement qu'il y a des changements pathologiques déterminés dans la vie matérielle et dynamique de l'organe auditif. Lorsque la douche ne pénètre pas jusqu'à la membrane du tympan , on introduit une corde à boyau dans la trompe d'Eustache et on tâche de la glisser jusqu'à cette membrane. Cette opération réussit le mieux l" quand on prend le cathéter le plus fin possible; alors la corde ne peut pas prendre dans la courbure une direction qui la dévie de son axe lors de sa sortie de la sonde ; sinon elle glisserait de la cavité de la trompe d'Eustache dans le pharynx

du malade et y exciterait des efforts gênants de toux et de déglutition; 2° quand on dirige fortement le bec de la sonde en haut de manière qu'il s'accroche bien à l'angle supérieur de la trompe d'Eustache ; 3° quand on choisit une corde de harpe fine (e), qu'on y marque la longueur de la sonde en y ajoutant 1 3/4 de pouce pour celle de la trompe d'Eustache , qu'on ramollit un peu le bout de la corde en le mâchant , et qu'on la glisse surtout avec prudence dans la trompe pour bien reconnaître chaque obstacle qu'elle peut rencontrer.

Lorsque la corde a parcouru la trompe d'Eustache dans l'étendue de quatorze ligues , c'est-à-dire dans toute sa longueur, en y laissant une légère sensation de gerçure , le malade commence à sentir clairement qu'elle s'approche du centre de l'oreille , tandis que jusqu'alors il n'avait pas pu indiquer l'endroit où le bout de la corde se trouvait. Si alors on la glisse encore plus loin, elle s'avance entre le manche du marteau et l'enclume jusqu'à la membrane du tympan , et la sensation devient toujours plus vive jusqu'au moment où elle touche la membrane du tympan en produisant une douleur piquante. Le sentiment que le malade éprouve alors est si trompeur qu'il croit que la corde veut sortir par le conduit auditif et qu'il peut l'y saisir.

Si l'on veut laisser la corde dans la trompe d'Eustache, on la, saisit d'une main à un pouce du cathéter afin de la fixer si fortement dans cette position qu'elle ne puisse ni glisser en avant , de manière à toucher douloureusement la membrane du tympan , ni suivre le cathéter quand on le retire ; de l'autre main on retire légèrement la sonde en suivant la direction dans laquelle son bec trouve le moins de résistance. On saisit alors la corde de plus en plus profondément jusqu'à ce qu'on ait entièrement retiré le cathéter de la cavité nasale ; puis on la coupe tout près de cet organe et on la fixe à l'aile du nez au moyen d'un

petit morceau de taffetas ; elle ne gène en rien le malade , même lorsqu'il mange. La corde se gonfle, se ramollit et devient en quelque temps si molle , qu'elle tombe dans le pharynx par suite des mouvements qu'y produisent la parole et la déglutition ; le malade doit faire attention à ce moment pour la retirer du nez.

a.) Inflammation de la muqueuse de l'oreille moyenne avec engouement muqueux.

Il se développe dans l'une des deux oreilles ou dans toutes les deux à la fois une surdité qu'aucun sentiment douloureux n'accompagne ; le malade éprouve tout au plus une plénitude et une pression dans l'oreille et même dans la tête ; il lui semble qu'un voile ou une soupape se trouve devant cet organe et qu'il suffirait de l'enlever pour que l'ouïe redevint bonne ; le malade sent en même temps des craquements répétés dans l'oreille et des démangeaisons dans le conduit auditif ; mais souvent tous ces symptômes subjectifs manquent. La surdité peut être ou n'être pas accompagnée debourdonnements de différente espèce ; mais ils sont si inconstants que même quand ils se sont développés dans le principe de la maladie , ils diminuent et disparaissent souvent en même temps que la surdité augmente.

Cette dernière est le seul symptôme qui ne manque jamais ; mais l'intensité en est très-variable. En général les malades entendent mieux dans un temps clair et chaud , pendant la nuit et le matin , s'ils ont légèrement transpires dans le lit ou lorsqu'ils s'échauffent fortement par un exercice violent et qu'ils ont craché beaucoup de mucosités ; leur ouïe devient au contraire plus mauvaise lorsqu'ils se refroidissent , qu'ils séjournent dans un air froid et humide , et qu'ils sont tristes et mènent une vie sédentaire ; on doit bien se garder de conclure de là que

ces variations dans le degré de la surdité soient un symptôme caractéristique de la maladie ; elles manquent certainement aussi souvent qu'elles existent. Alors la mala* die, ou bien va toujours en s'empirant sans que rien en interrompe la marche , ou bien elle reste longtemps stationnaire au point où elle se trouvait dès le commencement ; il peut encore arriver que les variations qu'elle éprouvait dans le principe, cessent et que l'affection prenne un caractère stable. En examinant le malade, on remarque souvent sur sa figure les indices de la constitution scrofuleuse : la racine du nez élargie , la lèvre supérieure épaisse, un enchifrènement continuel et fréquent, des mucosités abondantes dans le nez et la bouche, un cérumen abondant et pâle , les parotides gonflées , une irritation inflammatoire chronique du voile du palais et de la luette qui est molle et pendante ; mais chez beaucoup de malades on n'observe rien de pareil ; leur constitution est forte et puissante ; ils sont dans l'âge viril ; le conduit auditif est même tout à fait sec , la membrane du tympan transparente et brillante, quoiqu'il y ait un engouement muqueux abondant dans la caisse du tambour. Nous ne pouvons, par conséquent, mettre aucune confiance dans tous ces symptômes; il en est tout autrement de l'examen de la trompe d'Eustache elle-même ; mais on doit bien se garder de le faire d'après la méthode de Lentin , si on veut en obtenir un résultat certain.

Lentin (1) fait placer la tête du malade sur une table, remplit l'oreille malade d'eau , fait faire une forte expiration en tenant la bouche et le nez fermés , et observe si par là l'eau se meut dans l'oreille ou reste immobile; dans le dernier cas, il regarde la trompe d'Eustache comme obturée- On peut justifier cette conclusion sous le

(I) Beilrûge zur ausub. Arznehvi\. n. 130.

DES MALABIBS DE L'OREILLB. 199

rapport théorique ; mais elle n'a aucune valeur en réalité par cela seul qu'aucun malade ne peut , durant cette expérience , tenir la tête assez tranquille pour qu'elle puisse réussir ; le conseil que donne Itard ( 1 ) ne vaut pas mieux : il dit de lancer l'air contre la membrane du tympan en respirant lorsque la bouche et le nez sont fermés ; dans ce cas il arrive souvent que les malades sentent l'entrée de l'air dans l'oreille , quoiqu'il y ait une obturation dans l'oreille moyenne, tandis que le contraire se présente aussi fréquemment; beaucoup de malades ne peuvent d'ailleurs pas rendre compte de sensations aussi vagues et aussi nouvelles pour eux.

Ou ne peut acquérir une certitude qu'en introduisant par le nez la sonde dans la trompe d'Eustache et en y soufflant soi-même ou en y conduisant un jet d'air comprimé. Dans ces expériences , l'air n'entre pas du tout ou ne parvient jusqu'au milieu du conduit auditif qu'en produisant un bruit de gargouillement. Il n'y a plus aucun doute sur l'existence d'un engouement muqueux de l'oreille moyenne, quand l'air arrive jusqu'à la membrane du tympan en faisant entendre ce bruit, et quand, tout en amendant les souffrances de la tête et de l'oreille , l'entrée en est encore immédiatement suivie d'une amélioration considérable de l'ouïe qu'on peut facilement constater au moyen d'une montre ; ce soulagement peut , il est vrai , disparaître après quelques heures ; mais ii revient à chaque séance , augmente et devient peu à peu durable. L'obturation de l'oreille moyenne ne peut pas davantage être mise en doute quand dès le principe le jet d'air n'arrive pas à l'oreille, et que malgré la plus grande attention on n'y entend aucun bruit; dans ce cas il ne se produit ni soulagement , ni changement dans les

(1} Ti-i(ilÉ, II. p. 190.

souflfrances du malade; ce n'est qu'après des séances répétées que de petites bulles d'air parviennent à passer en faisant entendre un pétillement dans l'oreille ou qu'un jet d'air très-fin y entre en sifflant , devient peu à peu plus large , plus plein , se mêle d'un bruit de gargouillement et produit , à mesure qu'il devient plus fort , un soulagement croissant dans les symptômes et dans la surdité. Quant à ces derniers cas , on peut établir en principe qu'on ne doit pas aller au delà de quatre séances , si dans la quatrième on n'entend pas clairement un jet d'air se frayer un passage jusqu'à la membrane du tympan , et s'il ne se produit pas d'amélioration notable de l'ouïe; c'est qu'alors on a affaire à un rétrécissement ou à une oblitération de la trompe d'Euslache dont nous donnerons plus loin le diagnostic.

Lorsqu'une tuméfaction de la muqueuse de la trompe d'Eustache complique l'engouement muqueux , on entend bien le bruit de gargouillement , mais il est en proportion plus faible ainsi que le soulagement produit dans les phénomènes morbides.

La ressemblance de la muqueuse de la trompe d'Eustache avec celle de la bouche et du nez, la simultanéité des affections catarrhalea de ces tuniques , leur tendance à s'empirer et à diminuer alternativement comme à récidiver, mettent hors de doute le caractère inflammatoire et catarrhal de la maladie dont il s'agit ici. Cette conformité explique encore l'opiniâtreté de cette affection ; elle peut en effet durer pendant des années et même pendant toute la vie du malade, sans que la nature fasse le moindre effort pour s'en délivrer. Elle ne change d'ailleurs pas de nature par la suite des temps; elle est et reste un engouement muqueux , quelle qu'en soit la durée. Elle ne produit jamais le rétrécissement ni l'oblitération de la trompe d'Euslache , à moins qu'une inflammation plus violente ne s'empare de la muqueuse. C'est pourquoi nous avons

DES UALADIES DE l' OREILLE. 201

séparé ces affections de l'engouement et que nous les avons considérées comme des maladies particulières : Cette distinction a encore l'avantage de favoriser la clarté de leur diagnostic.

L'enfance et la jeunesse sont les prédispositions principales de l'engouement de l'oreille moyenne; nous l'avons à peine observé dans la vieillesse. La constitution scrofuleuse accompagnée d'une tendance aux affections catarrhales , y prédispose aussi ; mais les tempéraments les plus puissants n'excluent cependant pas le développement d'un catarrhe local et borné à l'oreille moyenne.

La cause occasionnelle la plus générale ou même unique consiste dans le refroidissement de la tête et des pieds ; «e dernier détermine par son intensité plus ou moins grande le degré de développement de la maladie chez les différents individus. Souvent il n'y a qu'une oreille qui souffre ; et quand elles sont affectées toutes les deux à la fois, la surdité et la peine qu'en a à vaincre la maladie, sont toujours plus grandes à l'une d'elles qu'à l'autre. Il est assez étonnant que malgré la grande étroitesse de la trompe d'Eustache et malgré la fréquence des catarrhes du nez et du pharynx , l'engouement muqueux du premier de ces canaux soit cependant rare. Il se développe facilement pendant un automne et un printemps humide, et dans les pays humides, par exemple, dans les villes maritimes ; c'est en effet de Hambourg , Stettin , Swinemiinde , Dantzig , Memel , Ciistrin , etc. , que nous recevons la plupart des malades de ce genre.

D'après ces circonstances , il nous est impossible de comprendre comment les médecins anglais qui s'appliquent principalement aux maladies de l'oreille et qui doivent observer très-souvent l'affection dont il s'agit sous le ciel brumeux de Londres , n'en connaissent ni le diagnostic ni le traitement.

Le pronostic est tout à fait favorable ; lors même que

la maladie a été négligée et qu'une durée de plusieurs années l'a enracinée , on peut encore espérer de la guérir complètement ou de la diminuer de beaucoup , si l'on soumet le malade à un traitement convenable. Dans les cas très-récents où l'engouement , très-peu épais , se borne à la trompe d'Eustache et même à son embouchure, le mal peut disparaître de lui-même pendant un exercice violent, pendant des vomissements, des étranglements et d'autres accidents semblables ; la trompe d'Eustache se rouvre alors en produisant un claquement subit; ce dernier phénomène a même acquis une certaine célébrité chez les malades qui souffrent de l'oreille; ils l'attendent avec impatience , mais souvent envain. Ce phénomène s'explique de la manière suivante : l'engouement disparaît sans le secours direct de l'art et l'air atmosphérique écarté jusqu'alors de la caisse du tambour, se lance tout à coup «ontrela membrane du tympan. Cette guérison spontanée ne se présente jamais lorsque la maladie est invétérée , que l'irritabilité sécrétoire de la muqueuse de l'oreille moyenne agit en vertu d'une espèce de droit coutumier, que les mucosités sécrétées s'écartent beaucoup de leur qualité normale, et surtout que la maladie a pris son siège dans la caisse du tambour.

Le pronostic favorable que nous venons d'établir,est souvent modifié d'une manière très-fâcheuse dans les cas invétérés par la tendance qu'ils ont à récidiver. La guérison est surtout certaine et prompte quand la constitution du malade ne le prédispose pas aux engorgements muqueux; lorsque la gorge , le voile du palais et le nez sont en même temps affectés d'une inflammation catarrhale chronique, on ne doit pas espérer de guérir le mal de l'oreille avant que les muqueuses voisines soient délivrées de l'état morbide qui les affecte; quand cet état a disparu, la maladie de l'oreille cède quelquefois d'elle-même, si elle est récente.

On rencontre le plus de difficultés dans la guérison , et l'on est même réduit à se borner à un traitement palliatif chez un malade faible et chargé de graisse qui ne cesse d'alimenter la production des mucosités dans la trompe d'Eustache par une vie sédentaire et par une nourriture grasse et mucilagineuse , etc. La constitution scrofuleuse, surtout chez les enfants, produit les mêmes inconvénients.

Dès que la nature de la maladie est connue, on doit se hâter de prendre des mesures convenables pour la traiter ; elles sont en partie générales et en partie locales. Nous voulons d'abord passer ces premières en revue parce qu'elles doivent toujours précéder les secondes, quand elles sont nécessaires.

Ce n'est que dans les cas très-récents qu'on parvient peut-être à remplir au moyen de vomitifs (1 }, de sudorifiques , de bains russes , etc. , l'indication qu'on tire de la cause du mal ; mais l'expérience nous a appris bien plus souvent la complète inutilité de ces moyens. Il faut d'ailleurs ajouter qu'on a bien rarement l'occasion de traiter des cas récents de ce genre et qu'alors même on les guérit de la manière la plus sûre et la plus prompte en agissant directement sur l'oreille moyenne. Les sudorifiques et les remèdes semblables qu'on emploie si communément dans ces affections , ne produisent aucun effet dans les cas un peu invétérés ; on ne peut même pas citer comme preuve du contraire le seul cas en apparence favorable qui se soit présenté à nous et où l'engouement muqueux de l'oreille moyenne disparut complètement pendant que le malade faisait usage de la décoction de Zittmann ( voir obs. 46); car avant qu'on eût employé cette décoction,

(1) CL'RTts, Die Tnuh^tummhei'^ etc. p. 196.

les mucosités avaient été ramollies par des injections d'air souvent répétées, et étaient préparées , pour ainsi dire, à l'expulsion spontanée. On doit rejeter tous ces moyens généraux et violents qui ne sont basés que sur l'indication donnée par la cause ; pour agir sur un organe très-isolé qu'on peut facilement atteindre d'une manière immédiate, ils doivent remonter très-haut , et mettre à contribution tout l'organisme qui peut être fort-sain d'ailleurs; et malgré tous ces sacrifices on n'a pas la certitude d'obtenir un résultat favorable. Quand au contraire on a affaire à des constitutions scrofuleuses , on ne peut se passer des puissants moyens thérapeutiques qu'on connaît, comme les antimoniaux, le gayac, les bains, etc. ; nous y ajoutons dans ces cas, et en général dans tous ceux où il y a un engouement invétéré de la trompe d'Eustache, un exercice violent et soutenu, le séjour dans une atmosphère chaude et sèche, et une nourriture forte, maigre et sèche ; nous proscrivons au contraire tous les aliments mucilagineux , comme la bierre, le lait, le beurre , le fromage , les acides, etc.; on doit d'ailleurs avoir soin de tenir le ventre bien libre et même produire de légères purgations; les aloétiques sont employés avec beaucoup de succès chez les hommes forts.

C'est envain qu'on a souvent eu recours aux bains de mer; ils n'ont jamais , que nous sachions , exercé la moindre influence sur la maladie catarrhale générale , sur la tendance aux refroidissements , ni sur la production des mucosités, etc. Comment soulageraient-ils, par conséquent , la maladie locale de l'oreille? Souvent cette dernière empire , au contraire , par ce moyen : aussi doit-on désirer que cette manie de prescrire les bains de mer contre. toutes les maladies de l'oreille indistinctement , ait bientôt une fin.

Quand il y a une affection concomitante de la bouche et du nez , une rougeur inflammatoire du voile du palais.

DES MALADIES DE l'oREILLE. 295

des maux de gorge fréquents et des amygdales tuméfiées, on a avec raison recommandé les sangsues , les vésicatoires au cou ou à la nuque , la pommade stibiée , appliquée aux mêmes endroits , les vomitifs , les purgatifs et même les eaux minérales purgatives ( Marienbader Kreuzbrunnen , etc.), des gargarismes de différente nature , les tisanes de chicorée , etc. , les bains russes et autres, etc. Tous ces moyens ont été employés avec succès dans beaucoup de cas et surtout quand il y avait des inflammations violentes ; mais la tuméfaction chronique et la sécrétion muqueuse du palais et du pharynx résistent souvent à tous ces remèdes et entretiennent la maladie analogue de la trompe d'Eustache. Dans ces cas , on se trouve fort bien en prescrivant au malade de se laver soir et matin au moyen d'une grande éponge et d'eau fraîchement puisée, le cou, la nuque, la partie supérieure de la poitrine et les épaules , et de bien frotter la peau avec un gros linge jusqu'à ce qu'elle devienne rouge et chaude ; on doit en outre lui recommander de boire souvent de l'eau froide , de se gargariser avec elle , et de faire un usage abondant de la teinture d'iode aussi longtemps qu'il n'y a pas de coliques, ni de diarrhée. De cette manière, nous sommes parvenus à faire disparaître la tuméfaction du voile du palais chez des malades qu'aucun autre moyen , même la décoction de Zittmann , n'avait pu sou lager.

Si , à la suite de ces moyens médicaux ou même dès le principe, on remarque des rebords coupés à pic aux côtés du voile du palais qui se recourbent en descendant de la luette , quoique celle-ci soit d'ailleurs encore plus rouge que dans l'état normal , on ne doit plus craindre que la maladie de ces parties empire celle de la trompe d Eustache ; il est alors temps d'attaquer directement cette dernière.

Pour cela on s'y est pris de différentes manières : Rlo-

lan (1) recommanda d'abord de perforer l'apophyse raastoïde pour faire par là des injections dans la trompe d'Eustache et enlever les mucosités qui y sont accumulées ; ce projet ne fut eiécuté que par Jesser (2) et Hogstroem (3). ïl est possible que dans des cas rares et isolés une carie spontanée de l'apopbyse mastoïde ait permis de faire des injections dans la trompe d'Eustache et que celles-ci aient pu reQuer dans le pharynx quand la trompe était bien ouverte ; mais cela ne démontre pas encore que des injections faites par la même voie puissent ouvrir la trompe quand elle est obturée. Sans considérer que la perforation de l'apophyse mastoïde est par elle-même une opération qui met la vie en danger , le jet de l'eau injectée doit être tellement amorti et affaibli par la disposition irrégulière des cloisons cellulaires de cette cavité osseuse, qu'il ne peut plus agir avec force sur le bouchon muqueux de la trompe d'Eustache ; Arnemann (4) s'est étendu davantage sur cette opération oubliée dans la pratique et qui n'est plus rem.arquable que sous le rapport historique. Nous nous sommes expliqué sur les avantages qu'à tort on s'était promis de la perforation du tympan dans les obstructions de la trompe d'Eustache ; Curtis (5) considère encore cette opération comme le moyen principal de guérir la surdité consécutive à l'oblitération de l'oreille moyenne. Sans revenir sur le manuel de cette opération, nous voulons la considérer ici sous un autre point de vue que Curtis ne l'a fait; nous allons examiner jusqu'à quel point il convient de suivre les conseils et les essais d'I-

(1) Opéra anatnm.

(2) SCHMUCKER , Fermischle chir. Schr. 3. p, 113.

(3) Abh. der kônùjLschived. ALad» d. »'m. 1789. p. 195.

(4) Bemerkungen liber die Durchb. des proc» masl. 1792.

(5) Die Taubsium. p. 151 .

tard (l) qui a cherché à frayer une voie aui injections à travers la membrane du tympan pour tâcher de chasser par là dans le pharynx les mucosités accumulées dans la trompe d'Eustache C'est là une entreprise très-hasardeuse. La canule ne peut pas être placée assez exactement dans l'ouverture de la membrane du tympan pour que le jet puisse être direct et surtout entrer avec force dans la caisse du tambour ; en entrant par une ouverture très-large de la membrane dans la caisse du tambour , il doit d'ailleurs décrire une courbure latérale pour lancer les mucosités dans la trompe d'Eustache ; ces deux circonstances l'affaiblissent tellement que cette perte ne peut être réparée qu'en augmentant extraordinairement la force avec laquelle on fait les injections ; mais alors on ferait plutôt céder la membrane du tympan elle-même que le bouchon muqueux. C'est à cette violence qu'on doit naturellement imputer tous les accidents , comme vertiges , douleurs de tête, bourdonnements redoublés, etc., qu'Itard (2) a observés dans les injections qu'il a faites par cette voie. Il avoue d'ailleurs lui-même qu il a souvent arrêté ces injections avant la fin du traitement, de crainte qu'il ne se développât une inflammation dans l'oreille interne.

La seule méthode certaine pour guérir l'oblitération de la trompe d'Eustache, c'est toujours d'agir directement sur son embouchure pharyngienne et de là sur les mucosités qui la bouchent.

Lentin (3) esttellement craintif qu'il s'est contenté d'introduire par le nez dans la trompe d'Eustache une tige en argent , courbée d'après la configuration des parties et munie en haut d'une éponge fine ; en pressant et en frot-

(1) Traité, etc. ii. p. 223. sqq.

Ci) Loc. cit. V. 226.

(3) Beilrâye^ elc, ii, \>. 106.

tant avec cette tige il veut enlever les mucosités qui se trouvent dans ce canal. Ce moyen lui a été inspiré par une opinion erronnée : il pense, en effet, que les mucosités ne s'amassent qu'à l'embouchure du canal d'Eustache ; circonstance qui ne se présente que dans les cas les plus légers qui par cela même n'exigent jamais un traitement médical particulier et cèdent au moindre reniflement , etc. Dans tous les cas un peu intenses , les mucosités remplissent toute l'oreille moyenne et la tige de Lentin ne peut pas aller jusque-là.

Wathen, Douglas, Saissy, Itard etDeleau, dans le principe de sa pratique, faisaient des injections aqueuses dans la trompe d'Eustache ; Deleau les délaissa plus tard pour se borner aux douches d'air (1). Nous avons aussi employé avec beaucoup de succès , les douches aqueuses jusqu'à ces dernières années : on pourra le voir par beaucoup d'observations que nous rapporterons. Aussi ne pouvons-nous approuver les reproches exagérés et imaginaires que Deleau leur fait.

Il n'y a d'ailleurs aucun danger, mais de l'avantage à dissoudre du sel de cuisine dans l'eau des injections; on doit seulement avoir soin de régler la quantité de ce sel comme celle d'autres agents irritants et celte du liquide injecté sur la susceptibilité de l'oreille moyenne; un peu d'attention suffit pour obtenir ce résultat. On diminue ces moyens excitants d'autant plus que l'irritabilité des parties affectées se rapproche davantage de l'état normal et on les abandonne à la fin complètement. Les injections faites avec des dissolutions de foie de soufre , des in-

(1) Sur le cathéter, de ta trompe d'Eustache, — Extr. d'un ouvrage inédit, etc. — Introd. à des rech, pral. sur le traitent» des mal. de Voreille.

fusions aromaViques , etc. , ont toujours produit chez mes malades, même dans des engouements très-invétérés, des douleurs très-vives qui s'étendaient jusqu'aux dents et à toute la mâchoire inférieure ; l'ouïe s'empirait toujours en même temps et] nous dûmes les abandonner malgré les pressantes recommandations d'ïtard.

Malgré les succès incontestables que nous avons obtenus des injections aqueuses, nous avons donné en dernier lieu la préférence aux douches d'air : elle est assez justifiée par la facilité et la propreté avec lesquelles elles][se laissent manier.

Comme on ne connaît jamais d'avance la densité ni la viscosité du bouchon muqueux, on ne peut calculer la force avec laquelle la douche doit agir pour en 'vain: cre la résistance. Dans le principe, il faut toujours la laisser opérer avec une force modérée ; on commence ainsi par observer l'impression qu'elle produit sur l'oreille malade. Après avoir fortement comprimé l'air dans la machine, on applique son oreille sur celle du malade , et on ouvre lentement le robinet de manière que l'air comprimé n'agisse pas de toute sa force sur l'embouchure de la trompe d'Eustache. Dans les cas les plus favorables , on entend d'abord un bruit très-éloigné produit par un peu d'air qui s'insinue dans la trompe d'Eustache et se presse contre le bouchon muqueux ; puis des bulles d'air isolées et enfin un jet très-fin , qui s'élancent jusqu'à la membrane du tympan ; lorsque le passage devient plus libre , le jet d'air y produit une espèce de hurlement qui se change enfin, quand le passage est tout à fait dégagé, en un bruissement semblable à une forte pluie qui tombe sur des arbres. Après que les mucosités ont été plus ou moins ramollies , on entend de nouveau pendant une ou. plusieurs séances consécutives cette série de changenuents dans le bruit que produit le passage de l'air ; c'est là la meilleure mesure pour la durée et la fré-»

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