OBSERVATION XLVIII
M. Von Kameke, dont la santé florissante n'était troublée que par des douleurs congestives de la tête , remarqua à l'âge de 20 ans que son ouïe diminuait sans cesse aux deux oreilles et qu'il y éprouvait des bourdonnements variables en intensité. En 1833 , après avoir sans succès suivi un traitement homœopathique que le docteur Stiiler lui administra pendant plusieurs mois , le malade alla prendre les bains de Marienbad , et fit un voyage en Italie et en Suisse. Les douleurs de tête diminuèrent par ces moyens ; mais elles reparurent bientôt à Berlin dans toute leur violence.
Nous trouvâmes les deux conduits auditifs sains , la membrane du tympan transparente et brillante, et les trompes d'Eustache si bien bouchées que la douche d'air la plus forte ne pouvait pas y entrer ; le malade croyait
cependant qu'il pouvait faire pénétrer son haleine jusqu'à la membrane du tympan. En faisant quelques efforts, nous parvînmes à introduire jusqu'à cette membrane une corde à boyau très-fine ; et nous pûmes nous convaincre par là qu'il n'y avait pas de rétrécissement partiel dans la trompe d'Eustache et que la maladie consistait en une tuméfaction et un rétrécissement général de la muqueuse de ce canal. La bouche contenait beaucoup de mucosités ; le voile du palais était rouge et tuméfié ; la luette allongée ; les bourdonnements très-violents aux deux oreilles ; celles-ci n'entendaient notre montre qu à la distance d'un pouce. Un cautère placé au bras gauche fit disparaître en quelques semaines les douleurs de tête qui ne sont plus revenues malgré la vie sédentaire du malade. Nous ne fûmes pas aussi heureux avec l'affection principale. La diète la plus sévère , l'usage fréquent de l'eau froide, les purgatifs, les gajgarismes de toute espèce, les sangsues, et même la décoction de Zittmann De parvinrent pas à vaincre l'inilammation chronique du voile du palais et du pharynx ; le dernier moyen fut cependant longtemps employé et produisit des effets puissants sur l'intestin, les reins et la peau.
Il n'était pas étonnant dans de pareilles circonstances qu'on ne réussit pas à produire une dilatation durable du canal d'Eustache au moyen des cordes à boyau et de la douche d'air ; la muqueuse se tuméfiait de nouveau dès que l'action du moyen compressif cessait. La perforation de la membrane du tympan aurait été tout aussi inutile puisque l'inflammation chronique s'était sans doute aussi emparée de la muqueuse de la caisse ; nous dûmes par conséquent abandonner le traitement et regarder le malade comme incurable.