‹ Traité des maladies de l'oreille (volume 2)Chapitre 52 sur 72 · OBSERVATION L · texte numérisé non relu

OBSERVATION L

Nous n'eûmes pas plus de succès chez M. Rudolphi dont nous avons rapporté l'observation sous le n» xxxviii. Nous n'y revenons que parce que les rétrécissements qui l'affectaient, avaient la forme de constrictions organiques. Lorsqu'on introduisit la corde à boyau , elle entra à la profondeur de trois lignes en produisant des douleurs modérées ; mais là elle donna contre un obstacle qu'on ne put vaincre qu'en pressant fortement et à différentes reprises. La corde glissa comme à travers un rétrécissement annulaire; deux à trois lignes plus loin elle rencontra un second obstacle, où l'on ne put passer que quatre semaines plus tard ; alors elle pénétra jusqu'à la membrane du tympan. En retirant la corde , il sembla au patient que tout le canal devait se retourner et être arraché avec la corde ; lorsque celle-ci avait passé le point rétréci , il lui paraissait que ce dernier se resserrait de nouveau derrière elle ; enfin les rétrécissements ne se dilatèrent pas d'une manière durable , la perforation du tympan ne produisit aucun résultat favorable et nous dûmes abandonner le malade sans pouvoir le guérir et en le croyant incurable.

c.) Inflammation de la muqueuse de la trompe d'Eustache avec oblitération de cette dernière.

Cette maladie très rare ne se fait connaître par aucun symptôme subjectif particulier, ni dans le principe de son développement, ni dans le reste de son cours.

Le malade est sourd et n'observe pas dans la suite de variation notable dans l'intensité de sa surdité. Les bourdonnements peuvent exister ou manquer ; le conduit auditif externe est sain ; mais la douche d'air ne pénètre pas jusqu'à la membrane du tympan , quand même on l'y pousse avec la plus grande force ; on n'entend pas le plus léger bruit dans l'oreille du malade pendant que la douche est lancée contre l'embouchure du canal d'Eustache. On ne parvient pas à y introduire une corde à boyau , ou si on y parvient , ce n'est qu'à une petite profondeur. Lorsque l'oblitération s'étend jusqu'à l'embouchure de la trompe d'Eustache , la tuméfaction de la muqueuse en a tellement déforme le bourrelet que le cathéter n'y trouve plus de point d'arrêt et que le médecin n'est pas en état de désigner sûrement la place où cette embouchure s'ouvre et où l'on doit fixer la sonde. — L'état de la membrane du tympan n'a aucune influence sur le diagnostic ; l'inflammation qui a produit l'oblitération de la trompe peut laisser cette membrane intacte tout comme l'inflammation de la caisse avec engouement.

Nous avons toujours trouvé que les trompes d'Eustache étaient oblitérées toutes les deux à la fois ; on ne peut jamais savoir avec certitude si c'est cette oblitération seule qui produit la surdité concomitante ou si cette dernière dépend d'une complication nerveuse. Le refroidissement est la cause occasionnelle la plus fréquente de l'inflammation de la muqueuse qui produit l'oblitération;

DES MALADIES DE l'oREILLE. 233

Saissy (1), Uard (2), Sauriders (3), etc., pensent qu'elle provient particulièrement de l'amygdalite et des ulcères syphilitiques de la gorge; mais les deux derniers ne sont pas une autorité ; Saunders ne connaît pas le cathctérisrae de la trompe d'Eustache , et ce n'est que par ce moyen qu'on peut diagnostiquer l'oblitération de ce canal ; Itard au contraire n'a jamais pratiqué le cathétérisme dans les cas de ce genre qu'il a observés ; il se contentait de remplir le conduit auditif d'eau , de faire placer la tête du malade sur une table , de le faire respirer avec force et de juger par l'absence de mouvement à la surface de l'eau qu'il y avait une oblitération de la trompe d'Eustache Sentant l'incertitude de ce diagnostic, il cherchait à le corroborer par des signes commémoratifs ; ce qui ne lui réussit pas mieux. Saissy examine, il est vrai, la trompe oblitérée au moyen de la sonde ; mais de la sonde seule; il n'emploie pas de cordes à boyau et sans elles on ne peut pas distinguer l'oblitération de l'obstruction qu'y produit le mucus visqueux et encore moins du rétrécissement de ce canal. Ainsi il est impossible d'admettre le rapport de l'amygdalite et des ulcères syphilitiques avec la maladie dont il s'agit ici , avant qu'une main exercée ait fait un examen attentif du canal d'Eustache au moyen des cordes à boyau et surtout avant que l'inspection du pharynx , réunie à la connaissance exacte de l'état de l'organe auditif avant l'inflammation de la gorge, aient démontré que le développement de l'oblitération du canal d'Eustache tient à l'amygdalite ou aux ulcères syphilitiques; ces conditions n'ont pas encore été remplies jusqu'à ce jour.

(1) Esmi, p. 184.

(.2) Traité f ii. p. 190.

(3) The anal, and the dif. etc. p. 79.

Les mêmes raisons nous permettent de nier le rapport de l'oblitération de la trompe d'Eustache et de l'hypertrophie des amygdales ; nous avons très-souvent observé cette hypertrophie avec ou sans traces de surdité ; mais le canal d'Eustache était toujours parfaitement libre. Nous avouons que nous ne comprenons pas comment la tuméfaction de ces glandes pourrait fermer l'embouchure du canal d'Eustache et empêcher l'air d'y pénétrer ; nous pouvons d'ailleurs assurer qu'aucun des médecins qui ont admis cette action mécanique , n'a dans aucun cas semblable fait un examen satisfaisant de la trompe au moyen du cathéter; ce reproche tombe même sur Itard (1) ; sa méthode d'exploration était si fautive qu'il n'aurait pas dû s'étonner , si très-souvent il ne parvenait pas à amender la surdité en excisant les amygdales hypertrophiées. Le pronostic est tout à fait défavorable ; on doit considérer l'oblitération de la trompe d'Eustache comme une maladie complètement incurable.

Saunders et Itard placent leur espoir dans la perforation de la membrane du tympan ; mais l'histoire des opérations (2) que le dernier a publiées ne prouverait pas l'utilité de la perforation dans ce cas, si même elles avaient produit un résultat plus favorable que celui qu'elles ont réellement donné ; Itard n'a en effet jamais diagnostiqué avec exactitude une seule oblitération de la trompe. Nous pensons que la perforation doit être tout à fait rejetée; l'inflammation qui a désorganisé la muqueuse de la trompe d'Eustache , ne peut pas avoir épargné celle de la caisse du tambour , et cette circonstance rend le succès de l'opération plus que douteux.

(1) TraHô, it. p. 174.

(2) Traité. 200-211.

Saissy (1), tout en se contentant d'un diagnostic incertain , suit une voie dangereuse où l'on doit encore moins marcher sur ses traces ; il a eu la hardiesse de perforer la partie oblitérée en y enfonçant un stylet qu'il y conduisait à travers le cathéter; il n'a entrepris cette opération qu'une seule fois et ne l'a terminée qu'à moitié. Après qu'il eut enfoncé sans succès le stylet à une profondeur de six lignes , il n'osa pas aller plus loin ; cela ne l'empêche pas de se vanter de la découverte de cette opération ; comme si une opération impraticable pouvait être un sujet de louange ! On ne peut , en effet, pas l'appliquer : la courbure du cathéter donne au stylet une direction tout à fait différente de celle du canal d'Eustache qui est droit et va obliquement en haut et en arrière. S'il arrive d'ailleurs que l'embouchure même de ce canal est oblitérée, on ne peut pas en indiquer exactement la place et le stylet , ne peut ni la toucher , ni la perforer.

Nous ne dirons rien de Th. Perrin (2) qui conseille de cautériser l'oblitération de la trompe d'Eustache, en modifiant pour cet usage l'appareil de Ducamp : c'est une folie. Nous croyons qu'on doit abandonner cette oblitération à elle-même sans chercher à la guérir ; l'expérience pourra peut-être découvrir un jour le moyen de soulager ou de guérir les malades qui en sont affectés : nous doutons cependant beaucoup que ce moyen se trouve jamais.

Page 1