‹ Traité des maladies de l'oreille (volume 2)Chapitre 55 sur 72 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

MALADIES DE l'oREILLE INTERNE.

A cette classe appartiennent les affections du labyrinthe , c'est-à-dire du vestibule , des canaux demi-circulaires , du limaçon et des expansions nerveuses contenues dans ces cavités. La situation de ces parties qui en gêne beaucoup l'examen pendant la vie et même après la mort, favorisa singulièrement la direction purement théorique qu'on a prise dès le principe , en traitant des maladies de l'oreille interne. La méthode fautive et mauvaise qu'on suivait en explorant l'organe auditif, y aida de son côté. Aussi comme on ne pouvait pas se cacher la haute importance du nerf acoustique et de ses enveloppes faite avec tant d'art, on leur attribua tous les changements morbides qu'on avait observés ou admis par hypothèse dans les nerfs et les os d'autres organes.

Ainsi, Duverney (t) croyait qu'il pouvait se former dans l'oreille interne des caries et des abcès et qu'en particulier la lame spirale pouvait s'affaiblir, s'épaissir ou être détruite; et cependant il avoue qu'il n'a pas fait une seule expérience certaine pour établir Cette opinion.

(1) Traité de l'or g. de l'ouïe, p. 184.

Lentin (1) rêva beaucoup de changements morbides, d'une âcreté et d'une trop grande épaisseur de l'eau de Cotugno , ainsi que de l'action nuisible qu'elle exerçait sur le nerf auditif , etc. Il trouva chez J. Frank , Saissy, Curtis , etc. , assez de crédulité pour accepter sans aucune preuve de pareilles hypothèses comme si elles eussent été des vérités établies.

Saunders admet des épanchements lymphatiques dans le névrilème du nerf auditif, et Itard (2) lui-même croit pouvoir admettre sur la foi d'une observation incomplète que l'eau du labyrinthe peut tarir ; il met même ce dessèchement du labyrinthe en relation avec la cessation de la sécrétion cérumineuse ; mais cette dernière est un phénomène si fréquent et est si facile à guérir qu'on doit singulièrement aimer les hypothèses pour accorder que la sécrétion de l'eau de Cotugno cesse aussi souvent que celle du cérumen.

Ce qu'il y a de vrai dans toutes ces maladies hypothétiques de l'oreille interne , c'est qu'on a rencontré dans des cas rares une matière caséeuse dans le labyrinthe , une atrophie du nerf auditif avant son entrée dans le temporal, une compression du nerf faite par des tumeurs, des épanchements de sang, etc.; mais tous les changements du nerf auditif dans le labyrinthe même , ainsi que ceux de l'eau de Cotugno ne sont que des images fantastiques qui ne se fondent sur aucune observation cadavérique certaine. Qu'on ait trouvé la fenêtre ronde ossifiée ; qu'elle ait même manqué : que font au médecin praticien de pareilles anomalies qui ne se sont peut-être présentées qu'une seule fois? Que lesanatomo-pathologisles conser-

(1) Beilràge, etc. ii. 95.

(2) Troilé ^ I. p. 395.

vent de pareilles raretés; mais n'est-il pas déplorable de voir des praticiens (1) non-seulement en encombrer un système pathologique, mais encore cherchera en établir le diagnostic , tandis qu'ils négligent tout à fait celui des maladies les plus réelles , les plus importantes et les plus fréquentes ? Il est certain que le nerf auditif devient organiquement malade; mais les changements matériels qu'il éprouve dans ce cas, se soustraient complètement à nos sens et aux méthodes d'exploration que nous possédons maintenant.

Le labyrinthe doit aussi être accessible à l'inflammation ; mais ce n'est certainement qu'à la suite de l'extension de phlogoses primitives de la caisse du tambour et des parties osseuses qui l environnent. Les phénomènes fébriles et inflammatoires que produit l'inflammation du tissu cellulaire de la caisse , sont trop complexes pour qu'on parvienne à distinguer ce qui peut appartenir à une phlogose du labyrinthe de ce qui revient à celle des parties osseuses qui l'entourent. On pourrait , par conséquent, nous reprocher de rendre hommage à des distinctions qui ne sont que théoriques et systématiques , si nous allions établir à part une inflammation du labyrinthe.

La seule maladie certaine du labyrinthe , c'est-à-dire des expansions nerveuses qu'il contient , est l'affection dynamique de ces parties qui se montre sous la forme d un changement d'activité ou d'une surdité nerveuse. On trouve l'ouïe changée, affaiblie, sans observer aucune anomalie matérielle dans toute l'étendue de l'organe auditif.

On s'est souvent servi de cette surdité nerveuse pour

(\) SAtssY, EMsai^ p. 237 — 249.

couvrir l'ignorance dans des maladies douteuses de l'oreille , et cet abus l'a tellement rendue suspecte qu'on paraît aujourd'hui tomber de préférence dans l'extrémité opposée en voulant la nier tout à fait. Mais c'est à tort; car comme l'absence de tout changement matériel dans l'organe auditif forme la première et la principale condition de la surdité purement nerveuse , on doit dénier le droit de se prononcer sur la réalité de cette maladie à tous ceux qui ne savent pas explorer l'oreille, et surtout à ceux qui ne savent pas examiner l'oreille moyenne au moyen du cathétérisme de la trompe d'Eustache. On ôte ainsi le droit d'émettre une opinion valable dans cette affaire à tous les médecins anglais qui se sont occupés des maladies de l'oreille, c'est-à-dire à Curtis, Stevenson, Wright, Buchanan , Saunders et Swan , auxquels on peut ajouter Lentin, Bcck, Vering, J. Frank, etc. , et même Saissy. Il n'y a qu'Itard et Deleau qui, par leur habileté à employer la sonde , fassent une honorable exception.

L'affection du nerf auditif se présente sous deux formes réellement distinctes :

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