Surdité nerveuse torpide
Cette maladie se rattache d'une manière immédiate à l'affection précédente ; elle ne s'en distingue , en effet , que par l'absence complète de toute espèce de bourdonnements pendant tout le cours de la maladie ; toutes les autres circonstances sont les mêmes.
Le malade est sourd et le devient d'autant plus que le mal devient plus ancien , jusqu'à ce qu'enfin on a la plus grande peine et qu'on ne parvient même plus à s'en faire comprendre. La sécrétion cérumineuse se perd aussi peu à peu jusqu'à la dernière trace , et il est très-rare qu'elle reste à l'état normal malgré les progrès de la paralysie du nerf auditif ; en général le conduit auditif, le pavillon et les parties les plus voisines perdent leur sensibilité comme dans la surdité avec éréthisme. Nous avons toujours trouvé la membrane du tympan blanche comme du papier et opaque dans les deux formes de cette maladie. C'est peut-être parce qu'en même temps que l'activité du sens s'amortit , les opérations organiques s'affaiblissent et que l'échange de matière qui se fait dans le reste du corps n'y a plus lieu; il est possible aussi, et cela nous paraît le plus probable , que cela provienne de l'usage si fréquent des remèdes irritants et spiritueux qu'on applique au conduit auditif et sur la membrane du tympan.
Le canal auditif et la trompe d'Eustache sont en général libres et ouverts ; s'il se présente des exceptions isolées à cette règle, on ne soulage que peu ou même pas du tout les bourdonnements et la surdité, en enlevant le cérumen du conduit auditif, les mucosités de la trompe d'Eustache ou en guérissant un léger rétrécissement de
ce dernier canal ; ce soulagement n'çst en général pas à comparer avec le changement notable et rapide que subit tout l'état du malade , lorsque ces obstacles mécaniques sont la seule cause de la surdité.
Quoiqu'en décrivant la surdité nerveuse nous ayons donné aux bourdonnements une importance toute particulière pour le diagnostic, on ne doit pas en conclure qu'ils forment un symptôme caractéristique et dépendant uniquement de cette maladie. La description que nous avons donnée ci-dessus des autres affections de l'oreille rend ce point indubitable ; quoiqu'on ait souvent voulu le démontrer en se fondant sur des modifications particulières de ces bourdonnements : on peut aussi conclure de ce qui précède que les bruits d'oreille ne sont pas une maladie par eux-mêmes , mais qu'ils se rattachent aux affections les plus différentes de cet organe et souvent même d'une manière très-indéterminée et inconstante. Swan (1), Saunders, Curtis, etc., sont tombés dans cette erreur qui a été d'autant plus nuisible que leur autorité a fait et fait encore traiter beaucoup de malades comme affectés de surdité nerveuse par cela seul qu'ils ont des bourdonnements. Il est tout aussi préjudiciable d'admettre que les bruits d'oreille dépendent toujours d'une congestion sanguine de la tête et spécialement de l'organe auditif; cela n'arrive que dans les cas les plus rares et seulement dans ceux oii il y a de la fièvre. On voit égale-» ment cette congestion se développer, manquer et disparaître quand il y a un engouement de cérumen dans le conduit auditif ou de mucosités dans la trompe d'Eustache, ou quand il existe une affection purement nerveu se du nerf acoustique ; cela démontre assez que cette dernière
(1) A treat. on dis. and inj, of Ihè nerv. 2 edi^ 1831. p. 267. sqq.
maladie ne peut toujours provenir de la même cause et surtout qu'elle ne dépend pas exclusivement d'une congestion sanguine de l'oreille , de varices ou d'anévrysmes du système vasculaire de cet organe. Dans la surdité nerveuse avec éréthisme, la cause la plus prochaine des bourdonnements se trouve évidemment dans l'excès d'irritabilité du nerf auditif; son excitabilité morbide est affectée par les mouvements du sang qui passe près de ses anastomoses nerveuses, avec autant de violence qu'un nerf sain l'est par un afflux de sang plus considérable qui se fait vers l'oreille pendant de violents paroxismes fébriles. De cette manière on peut très-bien expliquer comment dans cette surdité nerveuse le grand exercice peut augmenter les bourdonnements au même degré que les passions tristes qui irritent ou dépriment tout le système nerveux , etc. Le diagnostic de la surdité nerveuse repose 'complètement sur l'examen le plus attentif de l'oreille ; le conduit auditif est libre et ne présente le plus souvent pas de cérumen; l'engouement qu'y produit quelquefois celui-ci n'augmente pas les souffrances plus que sa disparition ne les diminue- La caisse du tambour et la trompe d'Eustache sont également exemptes d'engouement ; quand on y souffle de l'air ou que le malade y fait entrer son haleine, ils pénètrent sans peine jusqu'à la membrane du tympan. On ne doit toutefois pas se jcontenter à cet égard de la déclaration du malade pour établir son jugement ; il n'y a que la douche d'air avec tous ses effets objectifs qui puisse donner tout ce qu'on doit exiger d'un bon expédient de diagnostic. Lorsqu'on applique l'oreille sur celle du malade , on entend le jet de la pompe pneumatique se presser en bruissant dans la caisse du tambour et contre la membrane du tympan ; on l'entend s'y disperser et il paraît s'écouler de l'oreille du malade dans celle de l'observateur. Immédiatement après cette expérience , le malade remarque , et c'est là
un signe positif ipour la surdité nerveuse, que les bourdonnemenis et la surdité s'accroissent d'une manière notable, au moins pendant quelques heures; la tête devient en même temps étourdie et l'oreille est comme bouchée. L'action nuisible de l'air est d'autant plus considérable et plus persévérante que l'éréthisme du nerf acoustique est plus grand et le jet d'air plus fort.
Lorsque l'irritation du nerf est liée à un engouement ou à un rétrécissement plus ou moins considérable de la trompe d'Eustache , l'action nuisible de la douche ne se développe que lorsqu'elle a fait disparaître l'engouement ou le rétrécissement , et après qu'elle a même soulagé jusqu'à un certain point l'ouïe et les bourdonnements. Mais cette amélioration s'arrête dès que l'injection gazeuse ne produit plus de gargouillement et qu'elle se presse en bruissant contre la membrane du tympan; elle recule, si on continue à employer avec force la douche et l'on ne tarde pas à voir se développer les mêmes phénomènes qui existent dans la surdité nerveuse simple.
Lorsque celle-ci a le caractère de l'éréthisme, les effets de la pompe à air sont beaucoup plus considérables que dans la surdité nerveuse torpide ; ils ne manquent cependant jamais dans celle-ci si l'on augmente assez fortement le jet gazeux.
Nous pourrions encore considérer comme un signe diagnostique l'amélioration que les malades éprouvent dans leur ouïe au milieu des bruits violents ; mais ce phénomène n'est ni saisissant, ni certain ; ce n'est , en effet , qu'un symptôme subjectif qui par lui-même ne peut être décisif.
Swan (1) et d'autres auteurs (2) pensent qu'on ne doit admettre l'existence d'une surdité nerveuse que dans le cas
(1) ^ treat. on ftit. andfnj, of the nerv. p 267.
(2) Hecker's Jnnal. 1834. Sfdrz Hefi. p. 337-354.
OÙ le malade n'entend plus rien du tout; ils ne veulent même pas qu'il entende encoreles sons que les temporaux et d'autres conducteurs solides amènent à son oreille; selon eux, pour qu'il y ait surdité nerveuse, il faut qu'il y ait une véritable paralysie du nerf acoustique : c'est là une erreur évidente. La surdité nerveuse dépend , sans contredit , d'une paralysie de ce nerf ; mais toute surdité nerveuse ne doit pas arriver ou être arrivée jusqu'à ce point ; elle peut aller jusque-là , mais cela ne se présente par bonheur que très-rarement. Tous les degrés de sensibilité du nerf auditif qui se trouvent entre la santé parfaite et la paralysie complète , se rapportent indubitablement à la surdité nerveuse, si l'examen attentif de l'oreille démontre qu'ils ne dépendent pas d'une autre affection de cet organe.
La durée de cette maladie est toujours très-longue ; elle ne se développe jamais rapidement ; elle marche d'abord lentement et obscurément jusqu'au point oii le malade s'aperçoit de son affection ; elle s'accroît d'une manière notable d'année en année, et même de mois en mois , reste quelque temps stationnaire quand le malade se trouve dans des circonstances favorables , accélère sa marche dans le cas contraire , et n'est que très-rarement arrêtée à un degré plus ou moins élevé de son développement par l'activité particulière de la nature.
Nous avons toujours entendu les malades âgés de 60 et même de 80 ans se plaindre ^e l'accroissement continuel de leur mal comme ceux qui n'avaient que 20 ans.
Il ne se présente pas de grandes variations dans le degré de surdité ; mais on voit d'autant plus souvent de petits changements très-passagers.
'L'hérédité se fait surtout remarquer parmi les causes prédisposantes. Le tiers des malades affectés de surdité nerveuse ont peut-être des parents qui souffrent du même mal ; cela explique comment des hommes très-fortement
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constitués d'ailleurs , sont souvent atteints de cette faiblesse locale du nerf acoustique. Nous devons encore compter parmi les prédispositions la débilité générale du système nerveux; quand'elle existe , des agents nuisibles peu actifs peuvent devenir pernicieux au "nerf labyrintbique. Enfin la grande vieillesse amène naturellement la diminution des forces vitales et de l'ouïe ; cette surdité offre alors ordinairement le caractère torpide; mais elle n'existe pas chez tous les individus de cette classe.
Les refroidissements sont en première ligne des causes occasionnelles, au moins dans la pensée des malades; mais il n'arrive que trop ordinairement que ceux-ci ne peuvent pas rendre bien compte de la manière et de l'époque du développement de leur mal. On peut assurer que tout ce qui débilite agit d'une façon nuisible ; de cette nature sont ; l'inquiétude , la colère , les larmes , les veilles , le chagrin, etc. ; l'action soutenue du froid ou de l'eau froide sur la tête et les oreilles, les saignées répétées, les saignées locales derrière les oreilles, les d'mrYhées , là masturhation , le repos trop prolongé , les fièvres nerveuses , les longues suppurations produites par des setons , des cautères, etc C'est avec moins de droit qu'on a rapporté aussi à ce genre de causes les convulsions, la dentition difficile, les maux de dents en général , les maladies vermineuses, etc. Nous devons cependant encore mentionner les secousses violentes de la tête ; car nous avons vu une surdité complète se développer à la suite de soufflets bien appliqués , d'explosions de pièces d'artillerie , etc.
On ne peut pas établir le pronostic d'une manière générale ; on doit avoir égard au degré de développement du mal; à l'âge du malade, au traitement qu'on a déjà suivi, etc. On a peu d'espoir d'obtenir un soulagement même léger, quand la surdité est devenue si considérable que le malade n'entend qu'à peine, ou même n'entend plui du tout, en la lui appliquant immédiatement contre l'oreille,
une montre q^u'une ouïe saine peut entendre à la distance de trente pieds. Cet espoir est encore moindre , si le mal a atteint ce haut degré aux deux oreilles , si le malade est d'ailleurs fort avancé en âge et si sa constitution et sa manière de vivre entretiennent son affection sans qu'on puisse remédier à ces circonstances. On doit d'autant moins s'attendre à une diminution de la maladie que ces circonstances malheureuses se trouvent réunies en plus grand nombre chez le même individu. L'kge le plus favorable au traitement est au-dessous de 20 ans ; après cette époque , le nerf auditif devient toujours moins sensible aux impressions bienfaisantes qui viennent du dehors et est par suite moins susceptible de guérison.'
Le soulagement que le malade espère est d'ailleurs encore retardé par une autre circonstance : l'affection du nerf acoustique et surtout la surdité avec éréthisme exige des remèdes très-légèrement fortifiants dont on ne doit attendre un résultat favorable qu'après y avoir insisté longtemps , c'est-à-dire pendant plusieurs mois. On voit d'après les considérations qui précèdent, qu'il nefaut jamais se hasarder à prédire jusqu'à quel point le traitement soulagera le malade et quelle utilité réelle il retirera de ce soulagement dans les circonstances où il se trouve. Trèssouvent les malades attendent trop du traitement, et oublient pendant sa durée que le médecin ne leur avait donné que peu d'espoir; ils croient qu'une médication de plusieurs mois doit produire un résultat proportionné à sa durée. C'est pourquoi nous nous sommes fait dans les cas diflSciles, une loi de coucher sur le papier l'opinion que nous avons sur le résultat du iraitemeat et de prier le malade de le conserver : de cette manière on s'épargne toute espèce de reproches.
Les malades les plus désespérés sont ceux qui ont déjà employé des remèdes débilitants par lesquels le système nerveux en général et le nerf acoustique en particulier ont
été fortement ébranlés. A cette classe se rapportent les setons, les cautères, les bains de mer , et surtout l'électricité , le galvanisme et le magnétisme; ces moyens élèvent tellement la sensibilité morbide du nerf acoustique, surtout dans la surdité par éréthisme , que le traitement le plus prudent le surexcite et qu'en général il ne reste plus d'espoir d améliorer le sort du malade.
Si l'on compare les deux formes de surdité nerveuse sous le rapport prognostique , on trouvera que la surdité avec éréthisme offre moins de chances de guérison que l'autre; l'excès d'irritabilité y exige, en effet, un traitement qui soit conduit avec plus de prudence et qui par cela même soulage moins promplcment le malade. L'amélioration qu'on a obtenue n'est pas compromise parce que les rapports sociaux du malade nécessitent l'usage journalier de son ouïe ; mais elle pourrait l'être, s'il se développait des fièvres nerveuses violentes, des passions tristes , de grands refroidissements , etc.
Dans ces circonstances périlleuses, on a d'ailleurs d'autant moins à craindre pour cette amélioration qu'elle a été plus considérable et mieux affermie par un traitement de longue durée. La cure d'une surdité nerveuse ne doit jamais durer moins de trois mois; le résultat sera d'autant plus notable et plus durable qu'on l'aura continué plus longtemps au delà de ce terme.
Lors même que l'affection a fait tant de progrès qu'on ne peut plus la soulager d'une manière notable , le malade doit encore se soumettre à un traitement prudent et convenable pour vaincre la tendance que le mal a à empirer sans cesse et pour sauver au moins le reste d'ouïe qu'il ne pourrait manquer de perdre un jour sans ces secours de l'art.
Ce sont les médecins anglais qui se sont le plus écartés de la bonne voie dans la thérapeutique comme dans le diagnostic , quoiqu'ils assurent avoir obtenu des résultats très-brillants par leurs méthodes de traitement.
Cleland (1) a eu beau dire avec prudence «nous aban- « donnons la surdité nerveuse aux savants de la Faculté»; il n'a pas trouvé d'écho chez ses compatriotes. Curtis (2) a la hardiesse de donner, dans la surdité nerveuse douteuse, des purgatifs et surtout le calomel, aussi longtemps que les forces le permettent; quand la surdité est décidément nerveuse , c'est-à-dire dans les cas qu'avec son diagnostic très-défectueux des maladies de l'oreille, Curtis regarde comme nerveux, il emploie les cantharides, la diète antiphlogistique , le calomel et la magnesia sulfurica. Swan (3) administre tous les soirs le calomel dans le principe de la surdité nerveuse ; le jour il donne la magnesia sulfurica avec le jalap ; il place de plus une fois par semaine des sangsues derrière les deux oreilles et défend les boissons spiritueuses et les viandes. Si le sang se porte davantage à la tête , il saigne de peur que le malade ne meurre apoplectique.
Wright (4) recommande la rhubarbe, l'aloès, le séné et le soufre ; si tout cela n'aide pas , alors le malade doit chercher un traitement médical convenable.
Saunders (5) emploie les sangsues , des purgatifs puissants et enfin le quinquina pour résoudre et fondre l'épanchement lymphatique qu'il suppose exister dans le névrilème du nerf acoustique.
Buchanan (6) croit pouvoir compter sur les altérants,
(1) Phil. trans. 1740—41. p. 848. sqq
(2) Ueb. den ges. und kr, Zys. des Ohrs. p. 74, Inter. Krankh. p. 65.
(3) A treal, on dis, of Ihe nerv. 2. edit. p. 269.
(4) On nerv. deafn. p. 78.
(5) The anat. ofhum. ear, p. 87.
(6) An engrav. repres. of the anat» of hum. ear. synopt. table, genuf. xi.
les cantharides , les sétons , les purgatifs salins ; — - tous ces moyens ne s'accordent pas mieux avec le véritable caractère de la surdité nerveuse que le diagnostic porté par ces médecins ne s'accorde avec la saine raison.
Les méthodes curatives que vantent Beck , Vering , J. Frank, Saissy, etc., sont tout aussi blâmables ; ces médecins n'en auraient certainement attendu aucun succès s'ils avaient pu mieux diagnostiquer et observer la surdité nerveuse. Deleau s'abstient tout à fait déparier du traitement de cette maladie ; il n'osa pas marcher dans la voie qu'ïtard ouvrit au traitement raisonnable, mais qu'il abandonna après y avoir fait quelques pas craintifs. Le premier cas ( 1 ) que cet auteur donne comme une paralysie essentielle du nerf acoustique , est diagnostiqué d'une manière si incomplète et incertaine ( il n'examina pas la trompe d'Eustache) qu'il est impossible de déterminer à quel état morbide il a eu affaire et de voir, par conséquent , jusqu'où la limaille de fer administrée à l'intérieur et le fer chaud appliqué sur le processus mastoïde , ont pu produire quelque soulagement. Nous devons , par conséquent , rayer cette observation. Le deuxième et dernier cas, publié par Itard (2) , est donné comme un état paralytique du nerf acoustique; mais il n'y a pas eu d'examen local de l'organe auditif , et le diagnostic n'a été établi que d'après des règles générales qui n'ont aucune valeur ici ; aussi osons-nous maintenir avec assurance que dans aucun ouvrage il ne se trouve jusqu'aujourd'hui une seule observation de surdité nerveuse qui soit dia~ gnostiquée avec soin et précision et , par conséquent, qu'il n'y a pas eu jusqu'à présent de véritable traitement pour cette maladie.
(t) Traité, u. p. 323-345.
(2) Traité, ii. v. 349.
Les conseils qu'Itard a donnés à cet égard sont basés sur la théorie et n'ont pas subi l'épreuve de la pratique ; ils devaient d'ailleurs rester dans leur crudité originelle, puisqu'il ne pouvait pas déterminer les cas qui se rapportaient à la surdité nerveuse. Dans le traitement de cette affection on doit d'abord prendre en considération l'état général de la santé ; on agirait d'une manière inconsidérée si l'on voulait faire disparaître une faiblesse locale, avant qu'on eût détruit la faiblesse concomitante de tout le système nerveux, de l'appareil digestif, etc. , ouïes irrégularités des selles , de la menstruation et même des fonctions morales , etc.
Mais on ne doit pas se flatter qu'en remplissant ces indications et en rétablissant même complètement la santé générale , on parvienne à apporter le moindre soulagement à la maladie locale du nerf auditif, quand même l'emploi de ces moyens rendrait ou paraîtrait rendre les bourdonnements et la surdité plus supportables au malade. Toutefois quand on a satisfait aux indications générales ou lorsque la santé du malade ne le demande pas , on doit sans tarder entreprendre le traitement local du nerf malade. On se fatiguerait envain à y ranimer la force vitale et à en écarter une humeur métastatique ou une inflammation supposée, au moyen de cantharides, de sétons , de cautères, pommade stibiée , fer chaud, moxa, électricité, etc. Tous ces moyens violents augmentent la maladie à un degré tel qu'ils la rapprochent toujours davantage de la paralysie et finissent souvent par la rendre incurable.
On a été tout aussi malheureux dans les essais qu'on a faits avec les fomentations aromatiques, l'application du pain chaud, les instillations spiritueuses et les pommades irritantes, introduites dans le conduit auditif; ce canal et la membrane du tympan s'enflamment à la suite de ces tentatives inconsidérées; la dernière devient opaque.
s'épaissit et change complètement de texture ; ce n'est que d'une manière passagère que l'ouïe paraît devenir plus fine à la suite de cette irritation inflammatoire de la membrane tympanique; ce soulagement trompeur disparaît avec cette dernière et laisse après lui une sur4ité plus considérable qu'auparavant.
D'autres médecins ont recours aux bains de toute espèce, et même aux arrosements faits avec l'eau froide; ils veulent par là donner à la faiblesse supposée du nerf auditif une excitation convenable et conseillent de la soutenir par des remèdes fortifiants internes, comme le china, les préparations ferrugineuses, l'arnica, l'asa fœtida, etc.; mais ce traitement provoque de violentes congestions et augmente, par conséquent, l'irritation nerveuse ou la consomption des forces que le nerf acoustique a encore. Les bourdonnements et la surdité s'accroissent en même temps.
Le traitement local du nerf acoustique doit être beaucoup plus délicat, plus prudent et suivre une voie toute différente de celle que tous les médecins , excepté Itard , ont suivie jusqu'à présent.
Ce dernier proposa entre autres moyens d'introduire des vapeurs d'éther dans l'oreille moyenne ; il se servait à cet effet d un appareil ( 1) où l'éther acétique était vaporisé dans un petit chaudron de métal rougi au feu ; mais l'éther se décompose quand il touche le métal rougi, de sorte que l'appareil n'introduit pas d^ns la caisse du tambour dos vapeurs éthérées, mais d'autres gaz irritants qui conviennent dans la surdité torpide, mais font beaucoup de mal dans la surdité avec éréthisme. L'action de l'acide carbonique, de l'hydrogène carboné (avec un excès de carbone), de l'hydrogène pur ou mêlé avec l'air et les vapeurs d'éther, est tout aussi nuisible quand on
(1) Traité, ir. i»l. 2, fi;:. 7.
introduit ces gaz dans l'oreille moyenne ; aussi pouvonsnous blâmer d'avance toutes les tentatives qu'on ferait avec l'oxigène ou d'autres gaz parce qu'ils sont réellement trop irritants. On a voulu vaporiser l'éther acétique en l'introduisant dans une bouteille placée dans l'eau chaude et le conduire ensuite par un tuyau dans la caisse du tambour. Ce moyen est nuisible par sa violence , parce que dans ce cas les vapeurs sont beaucoup trop abondantes. Nous avons évité cet inconvénient de la manière suivante : on prend une grande bouteille contenant à peu près dix pintes de liquide, on y met un bouchon dans lequel passent deux tuyaux de laiton pourvus d'un robinet. (V. fig. 6.) L'un de ces tuyaux a à sa partie supérieure un entonnoir pour y verser l'eau, l'autre est soudé àun conduit destiné à introduire dans la caisse du tambour les vapeurs qui se forment dans la bouteille.
Lorsqu'on veut employer l'appareil , on place le bouchon pourvu de ses tuyaux sur la bouteille ; on verse dans l'entonnoir la quantité d'éther nécessaire et on le chasse dans la bouteille en souffiant légèrement. Il s'y vaporise peu à peu à la température ordinaire de la chambre, remplit la bouteille et en presse même les parois ; aussi l'entend-on sortir en sifflant quand on ouvre le robinet du tuyau qui est uni à la sonde. Pour entretenir d'une manière insensible la sortie des vapeurs de l'éther, on laisse couler à travers l'entonnoir de l'eau froide dans la bouteille pour déplacer les vapeurs éthérées. Avec cet appareil on obtient à la fois des vapeurs d'éther bien pures , et l'on connaît la quantité qu'il en sort et par suite l'intensité de leur action sur l'organe malade. On doit employer d'autant moins déther à chaque séance et modérer d'autant plus la sortie des vapeurs que le nerf acoustique est plus irrité , c'est-à-dire que les bourdonnements sont plus violents, la surdité plus considérable et que ces deux symptômes s'accroissent davantage par
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de simples insufflations d'air dans la caisse du tambour. On ne doit jamais oublier que cette dernière qui reçoit d'abord les vapeurs éthérées , n'a qu'une capacité trèspetite et qu'elles ont à occuper un espace encore moindre quand elles entrent dans le labyrinthe par la fenêtre ovale. L'éther acétique est celui qu'on doit préférer. L'éther sulfurique, etc. , surtout quand on y ajoute du camphre, des huiles essentielles , de la teinture de café , etc. , a toujours surexcité le nerf auditif, même dans nos essais les plus prudents. Il faut placer le malade près d'une table sur laquelle il appuie un bras pour qu'il puisse bien maintenir le tuyau dans le cathéter.Chacune des séances de cette espèce dure un quart d'heure , se répète tous les jours et a lieu alternativement pour chaque oreille quand toutes les deux sont affectées. On ne doit jamais exposer les deux oreilles à la fois aux vapeurs éthérées. Pendant et après chaque séance , le malade doit faire bien attention pour voir si les bourdonnements augmentent; s'il en est ainsi , on doit diminuer l'action des vapeurs éthérées. C'est un bon signe , quand l'ouïe est meilleure après la séance qu'auparavant ; mais le contraire n'est pas toujours vrai ; car la pression du frontal et la gêne de l'opération irritent beaucoup de malades , de manière que leur ouïe est souvent un peu plus mauvaise après chaque séance qu'auparavant ; mais cet effet disparaît ordinairement en une demi-heure ou même en moins de temps. Si toutefois cela n'arrive pas, si au contraire l'ouïe diminue d'une manière notable et déterminée, si les bourdonnements augmentent en même temps, on doit de suite diminuer de beaucoup la quantité d'éther , et la réduire même à une seule goutte. Si alors la marche de la maladie ne prend pas encore d'autre direction , on doit cesser la médication jusqu'à ce que l'affection soit revenue à son état primitif ; quand elle y est revenue on reprend le traitement en n'employant d'abord que les doses
les plus minimes d'éther; mais on doit regarder comme tout à fait incurable le malade dont l'état empire de nouveau à cette deuxième reprise. Ce sont toujours là des exceptions rares.
En général l'ouïe s'améliore et les bourdonnements diminuent même pendant la séance. Au bout de huit ou de quatorze jours, on remarque que l'oreille entend la montre à une distance qui va toujours en s'accroissant. Cet accroissement est naturellement d'autant plus grand que le malade se trouve dans des circonstances plus favorables , qu'il est plus jeune, que son mal est moins développé, etc.
Les séances doivent se suivre tous les jours sans interruption , si l'on veut que le traitement produise tout son effet ; elles ne doivent même pas être arrêtées par la menstruation , si les bourdonnements ne deviennent pas trop violents pendant cette époque. La grossesse interrompt nécessairement le traitement. Le malade doit pendant ce temps éviter tout ce qui peut affaiblir son système nerveux, refroidir l'oreille ou entraver le passage des vapeurs éthérées en suscitant un catarrhe à la muqueuse de la trompe d'Eustache. Quand cette dernière circonstance se présente, on doit arrêter le traitement jusqu'à ce que le passage soit de nouveau complètement libre.
Le traitement que nous venons de décrire ne convient pas à la surdité torpide ; l'excitation doit être plus forte et nous la trouvons dans l'appareil d'Itard qui agit en décomposant l'éther. Cet appareil n'a qu'un inconvénient : c'est que pendant la séance le petit chaudron se refroidit souvent , doit être enlevé et remplacé par un autre chaudron rougi ; de sorte que la température des vapeurs dégagées varie au point qu'elles entrent brillantes dans l'oreille quand le chaudron est rouge et deviennent trèsfroides quelques minutes plus tard.
Kous avons paré à ces deux inconvénients de la ma-
nière suivante : la base sur laquelle repose la cloche de l'appareil ( V. fig. 7 ), est remplacée par une plaque en métal très-fine q;i'on peut échauffera volonté au moyen d'une lampe à huile placée dessous; elle vaporise ainsi l'éther qui y tombe goutte à goutte , et qui entre dans le tuyau de l'appareil et de là dans loreille moyenne. Un thermomètre pourvu d'usie échelle en métal passe à travers le couvercle de l'appareil et repose sur le fond pour indiquer la température des vapeurs qui entrent dans l'oreille.
Durant la surdité torpide les séances doivent aussi être journalières et se faire alternativement quand les deux oreilles sont affectées; mais la durée de chacune d'elles peut dépasser un quart d'heure. L'ouïe doit s'améliorer d'une manière notable après chaque séance, si la pression du bandeau et les autres incommodités de l'opération ne masquent pas le soulagement pendant un court laps de temps Les autres circonstances du traitement sont les mêmes que dans la surdité avec éréthisme; l'éther acétique doit aussi être préféré à tout autre liquide.