OBSERVATION LVII
M. Lorenz Lorck, de Kœnigsberg (Prusse) , âgé de 16
ans, ayant une constitution faible, légèrement scrofuleuse et très-sujet aux lypothimies , souffre depuis buit ans de bourdonnements et de surdité aux deux oreilles Cette maladie s'était accrue d'une manière insensible et ne pouvait être attribuée à aucune cause déterminée ; nous sûmes toutefois que plusieurs membres de la famille du malade étaient aussi affectés de surdité. Il prit des bains de mer pendant trois années consécutives sans en obtenir de soulagement. En 1833, l'oreille droite entendait encore notre montre à la distance de trois pouces et la gauche à quatre pieds. Le conduit auditif droit était sain ; du côté gauche on trouva près de la membrane du tympan une excroissance rougeàtre ayant la grosseur d'un pois et sécrétant un peu de matière purulente. Les deux trompes d'Eustache laissaient très-bien pénétrer l'air.
Nous fîmes disparaître le petit polype en le touchant fréquemment avec la pierre infernale : l'écoulement disparut avec lui. Pour combattre le reste de ses souffrances, le malade eut recours pendant cinq mois aux vapeurs éthérées, A la fin du traitement qui marcha sans trouble , les bourdonnements avaient complètement disparu de l'oreille gauche et avaient tellement diminué de l'autre côté que le malade devait y fixer son attention pour les remarquer encore. La portée de l'ouïe s'était étendue à gauche de quatre pieds à quatorze et à droite de trois pouces à quatre pieds.
En décembre 1833, le malade partit de Berlin pour retourner à Kœnigsberg où il prit un refroidissement qui lui occasionna un catarrhe de l'oreille moyenne avec grande diminution de l'ouïe des deux côtés; cette maladie disparut au bout de quelques semaines sans les secours de l'art. Mais la tendance aux récidives survécut au mal et chaque refroidissement venait troubler l'amélioration que le malade avait obtenue. Celle-ci ne sera parfaitement fixée que lorsque le patient aura obtenu la guérison
de son catarrhe de l'oreille moyenne en usant des remèdes que nous avons indiqués au chapitre ii. 1 a. Il n'a pu, par malheur, jusqu'aujourd'hui, se rendre à Berlin ; et àKœnigsberg, autant que nous sachions, manquent tous les moyens nécessaires pour atteindre le but qu'on doit se proposer.
L'observation 56 montre comment on peut se rendre maître de la complication catarrhale quand on sait bien s'y prendre.