INFLAMM. AIGUË DE LA MEMBRANE OU TYMPAN
teau. On entretient le vésicatoire et on place du eoton à Forifice du méat externe. Le mieux se soutient, et le i8 avril un nouvel examen me prouve que la membrane malade a retrouvé sa transparence normale. Le cérumen est revenu daos le méat, Touïe parait excellente; mais en raison du jeune âge de Tenfont , il est impossible de s as* surer du degré de finesse de son oreille. La maladie est parfaitement guérie.
Observation XXFIL — M. Ip..., négociant de Berlin, éprouva tout à coup, le lo octobre, des douleurs aiguës dans le fond de loreille gauche; il lui semblait qu'on enfonçait un couteau dans cet organe. On versa de Tbuile d amandes chaude dans le méat, on couvrit l'oreille de cataplasmes de gruau, mais sans succès. Le soir, la fièvre s'alluma et la nuit (\it sans sommeil. Le 1 1 octobre « j'examine l'oreille, et je trouve le méat gauche très large, parfaitement sec et sans trace de rougeur. Le tympan offre une teinte jaunâtre , il est parsemé d'une multitude de petits vaisseaux sanguins d'un rouge viF. La mem* brane tout entière parait tuméfiée , elle fait saillie dans le fond du méat, et elle a perdu toute sa transparence. Les douleurs sont continues et très violentes. Le malade dit ressentir au fond du méat de petits mouvements semblables à ceux que produirait une mouche renfermée dans ce conduit. Ma montre est entendue à la distance de 34 centimètres. L'oreille droite est saine. Je fis placer dix sangsues derrière l'oreille malade , on versa de l'huile tiède dans le méat, on couvrit l'oreille d'un cataplasme émollient , et une infusion de séné produisit d'abondantes évacuations alvines. Dans la soirée, les douleurs cessèrent tout h fait , la fièvre tomba et la nuit fut bonne. Le 12 octobre, le malade ne souffre plus , seulement le fond du méat est le siège d'une sensation pénible , sorte de plénitude avec compression, accompagnée' de bourdonnements légers. Ma montre n'est entendue (|u'à 3 cen-
170 MALADIES DE l'oREILLB EXTERNE.
timètres de distance. La membrane du tympan paraît encore plus jaune que la veille , les vaisseaux sanguins sont moins gros et moins nombreux. Il n'y a rien d'anor* mal dans toute la longueur du conduit auditif. Quelques symptômes gastriques se sont manifestés dans la journée ^ aussi le soir on administre un émétique. Il ny a pas de fièvre, et Ion cesse les cataplasmes sur Toreille, mais on continue les instillations d'huile d'amandes douces. Rien de nouveau dans la journée suivante. Le 1 8 octobre, le tympan n'offre plus de traces de gonflement, il y a toujours au foiid du méat un sentiment de plénitude, et ma montre n'est entendue que quand elle est appliquée sur le pavillon. Je trouve un peu de cérumen dans le méat. Je fis instiller une légère solution d'acétate de plomb« Le 29, les bourdonnements ont disparu. Un n'aperçoit plus de stries vasculaires sur la surface de la membrane, et louïe s'est améliorée; ma montre est enten* due à une distance de i o centimètres, bien qui'l y ait tou« jours un peu de cette sensation de plénitude qui semble dépendre de la desquamation épidermique qui s'opère en ce moment. Je me contentai de presciire ^es injections d*eau chaude, et ce moyen détermina la sortie de petites écailles jaunâtres qui provenaient tout à la fois et du tympan et des parties voisines. Le tympan parut alors blanc , mais opaque. Ma montre étail entendue à 5o centimètres , il n'y avait plus de douleurs, et je trouvai la trompe d'Eustachi parfaitement libre. Le reste de la gué* rison fut abandonné aux efforts de la nature médicatricc, et il est probable que les dernières traces de cette maladie aiguë disparurent peu à peu.
9, — InflamBiatîon chronique de là membrane da tympan.
Cette maladie naît et se développe très souvent sans être accompagnée de douleurs notables, et les personnes
INFL. CHlOm^IIB DE LA MEMBRANB DU TYMPAN. 171
qui eQ sont afiRectées n'en ont pas la conscience. D'autres fois y on ressent au fond du conduit auditif une douleur légère 9 des élancements aigus et passagers qui partent du fond du méat, et s'étencleut vers la région temporale et jusqu'au sommet du crâne. Mais le plus ordinairement la maladie débute sous la forme aiguë, elle s'accompagne de fièvre, de douleurs plus ou moins violentes, et tout à coup ces accidents cessent. Il reste dans Toi^eille un sen-» timent douloureux, ou plutôt un malaise, qui s accroît de temps en temps; et la maladie, prenant un caractère chronique, peut ainsi durei* pendant des mois et même des années.
Quand on explore av^c soin le fond du méat, on trouve que le tympan a pris une couleur rouge plus ou moins vive, et qui occupe la totalité ou seulement une partie de lorgane* Ses caractères physic]ues sont notablement altérés. Cette membrane parait opaque , épaisse , inégale ; sa surface extérieure parait plus saillante, comme boursouflée, et ti*ès souvent les particulaiîtés de forme qui lui appartiennent dans l'état normal disparaissent plus ou moins complètement : ainsi l'on ne distingue plus l'insertion de la longue branche du marteau , la dépres* sion centrale s'eflace.
Les parties malades ne changent pas seulement de forme. On voit se développer des granulations charnues , de petites excroissances qui végètent et grandissent avec rapidité; elles sont d'une couleur rouge dont la nuanor varie beaucoup ; leur texture est spongieuse, molle; elles sont très sensibles au moindre frottement , et elles saignent avec une grande facilité. Dans quelques cas, on les trouve au contraire dures, indolentes et comme cartilagineuses. On les trouve tantôt au centre de la cloison tympanique , tantôt à sa circonférence , et quelquefois elles la recouvrent entièrement.
Dans la plupart dés cas, il y a ime ou plusieurs ouver-
172 MALADIES DE l'oREILLE EXTERNE.
tures au tympan. Ces perforations, dont le diamètre varie beaucoup , sont situées habituellement au devant ou audessous de la longue branche du marteau ; tantôt elles ressemblent à une piqûre d*épingle, tantôt à une perte de substance beaucoup plus considérable. Il arrive lisses souvent qu'elles comprennent une grande partie de la membrane, et, dans ce cas , la caisse largement ouverte peut être examinée très facilement.
La trompe d'Eustachi conserve presque toujours sa perméabilité en pareil cas , et il ne paraît pas que l'inflammation chronique du tympan et sa perforation exercent une influence notable sur le conduit guttui*al. Si le . malade fait une forte expiration, le nez et la bouche étant fermés , lair passe par la trompe et produit un sifflement aigu (i). Lorsque par suite d'un engouement catarrhal de la caisse, la sortie de Tair ne peut pas avoir lieu, on rétablit son passage par des insufflations au travers de la trompe, et la communication est bientôt Ubre.
Ces diverses altérations de la cloison ty m panique sont toujours accompagnées de la sécrétion plus ou moins abondante d*une matière mucoso-purulente dont les caractères sont très variables. Il est impossible de saisir un rapport exact entre cette suppuration et les lésions apparentes de la membrane du tympan.^Quand il y a des végétations pol y penses, on observe souvent une otorrhëe
(1) Une obserTalioD «ttentiTe de ce qui se passe dans cette circonstance fait reconnaître un double phénomène dont M. Kramer ne parle pas. L'air qui arrive dans la caisse par la trompe fait entendre un bruit particulier qui se produit à Pendroit où la trompe s^ouvre dans la caisse, et ce bruit varie en raison de la quantité et de la qualité du liquide déposé daos Toreille moyenne. Le second bruit qui se (ait quand Tair s^échappe de la caisse par la perforation du tympan , est le résultat des vibrations de cette membrane ^ et il varie lui-même suivant diverses circonstances facilement appréciables. Ces deux espèces de bruits peuvent toujours être distinguées , et Je montrerai ailleurs tout le parti qu^on en peut tirer pour le diagnostic de certaines maladies des oreille».
INFL. CflBONIQUK DE LA MEMBRANE DU TYMPAN. 173
copieuse; mais quelquefois récouleroent est si peu considérable que le malade lui-même ne sait pas qu'il existe. Un médecin inattentif peut également s'y trom]>er; mais quand on examine avec soin le fond du conduit, on y voit des croûtes brunes, d un jaune verdâtre, d'un aspect sale, et ces productions résultent du dessèchement sur place de la matière sécrétée. Quelquefois ce liquide est blanc comme du mucus ^ ou bien d'un jaune clair; ches certains malades, il est vert, brun, mêlé de stries sanguinolentes. Tantôt il est bénin , inodore; tantôt acre , irritant, fétide, d'une odeur ammoniacale insupportable. Cela dépend assez souvent de ce qu'il existe une complication dans la caisse, et, daas ce cas, l'otorrhée augmente beaucoup. Enfin il faut noter que la sécrétion du cérumen est interrompue pendant tout le temps que dure cette maladie du tympan. «
Cette affection donne toujours lieu à une surdité notable, cependant il est impossible de mesurer ce résultat à la lésion visible de la cloison tympanique. Il arrive à chaque instant qu'un malade entende assez bien lorsque s<ni tympan est largement ouvert, tandis que beaucoup d'autres, qui n'ont qu'une très petite perforation, ont l'oaîe très mauvaise; mais, dans ces divers cas, un examen attentif fait reconnaître quelque lésion intérieure de la caisse. La surdité est souvent accidentelle et dépend de Taccumulation des matières purulentes dans la cavité de l'oreille moyenne. En pareille circonstance, on y remédie très facilement au moyen d'insufflations d'air par les trompes , ou bien en nettoyant avec soin le méa( externe. L'amélioration qui survient à la suite de ces soins est, à la vérité, passagère, mais on peut les répéter aussi souvent qu'il en est besoin.
Les bourdonnements ne sq^t pas un symptôme très constant dans cette espèce de maladie , et ils sont surtout rares qqand il y a perforation. Quand ils se font sentir,
17 & MALADIES DB L'ORBlLtB BXTOIItB.
ils ne sont jamais bien violents et disparaissent bientôt. Enfin il y a des malades qui n en ressentent jamais.
Presque toujours Tinflammation chronique du tympan ne se lie à aucun état analogue de la peau du méat externe ( 1 ). Gela prouve que cette maladie est tout à fait particulière à la cloison membraneuse, et qu elle a un caractère en quelque sorte spécifique. Elle se développe d'une manière insidieuse, sa marche est essentielleinenfc-tshponique, et elle donne lieu à des altérations qui ne peav«Dt être méconnues par un observateur attentif.
Le diagnostic de cette maladie est fieicile à établir, mais il itut prendre certaines précautions pour reconnaître 1 état du tympan. On doit d'abord laver le méat au moyeu d'injections répétées , le nettoyer avec soin et se servir d'un spéculum. Il faut placer le malade en face d^une vive lumière et s'assurer, avec la sonde, du degré de sensibilité de la membrane. On pourra*également apprécier, à l'aide de cet instrument, la consistance de lorgane, son épaisseur approximative; on examinera les polypes ou les simples granulations qui le recouvrent. Pour recon* naître s'il y a une perforation, lorsqu'elle n'est pas im* médiatement visible, on devra engager le malade à fiûre une forte expiration, le nez et la bouche fermés; très souvent cet effort suffit pour mettre en évidence cette lésien du tympan. Si l'air ne sort pas, on passe une scmde
(1)v Je professe à cet égard une opinion diamétralement opposée. Les altérations du tympan sont tovjours liées , suivant moi , à one makilie de la peau du méat ou de la membrane muqueuse de la cabse. Tout ce qui peut' agir sur la cloison tympanique pour Penflammer, doit, à plus forte raison, exercer une action semblable sur les tissus Yoisios. Cette continuité d^organisatiop explique pourquoi il est si rare de rencontrer des altérations organiques entièrement bornées au tympan. Il m'est cependant arrivé de voir un tympan à moitié recouvert de petites Tésicules tout à fait semblables à celles de Pherpes labialis; le malade éprouvait une démangeaison assez vive dans le foêà du méat , ma» il ne se manifesta aucun autre symptôme, et la guérison ne se fit pas attendre. P. 11.
INFL. CHRONIQUE DE LA MEMiRAHB DU TYMPAN. ffIS
dans la trompe correspondante et Ton pousse de l'air au moyen de la pompe pneumatique» suivant le procédé dont je parlerai plus tard. Presque toujours alors Tair franchira Fobstacle et s échappera en sifflant par Fouvertare accidentelle.
Abandonnée à elle*méme, cette maladie dure indéfiniment , car la nature est incapable de la guérir. Sur les 119 cas d'inflammation chronique du tympan que j'ai recueillis 9 il y en avait i&3 qui dataient de plus de dix ans et 50 qui remontaient à vingt ans et plus. Presque toujours les malades, mal conseillés, ignoraient la nature de la lésion de leur oreille ; ou bien le médecin , peu versé dans la connaissance de ces sortes d affections, di* sait qu'il fallait bien se garder de guérir Totorrbée. Ces causes expliquent Tincurabilité de cette maladie et de bien d autres analogues. J'ajoute que dans le plus grand nombre des cas, les deux oreilles sont affectées en même temps.
Les causes de cette maladie sont souvent fort difficiles k reconnaître, et, dans bien des cas, les recherches les plus attentives ne conduisent à aucun résultat précis (i). Cependant voici ce que j'ai pu recueillir de plus positif sur cette étiologie. La moitié environ des affections de ce genre
(1) En ne tenant compte que de mes propres recherches Je serais disposé à tenir nn langage bien différent. Je crois que, dans hi plupart des cas, il est très facile de reconnaître la cause de la perforation du tympan. Dans cette saison (août), les bains de rivière ont un grand attrait, et il ne se passe pas de jour que Je n^aie l^occasion de voir des inflammations aiguës du tympan causées par Paction de Teau froide. Cette ■Qiibranr se perfore avec une extrême rapidité, et il est impossible de ne pas reconnaître dans cet accident le résultat immédiat d'une cause très efficace. Quelquefois même celte membrane est déchirée par inaction directe de Teau quand le baigneur plonge d'une certaine hauteur, et ne protège pas la tête et les oreilles par les procédés usités en pareil cas. Atcc moins de violence, le même exercice entraîne souvent un choc fâcheux qui donne lieu à un sentiment de malaise et à une phlogose à Marche lente , et le tout se termine plus tard par une perforation dont Porig^ n'eat pas douteuse. P. M.
176 MALADIES DK L'ORBiLtK EXTERNE.
observées par moi, s'est développée dans la première enfance, c est-à-dire de un à deux ans. Sur 398 malades, jenai trouvé 216 chez lesquels laccident était une suite probable des exanthèmes aigus et fébriles propres à cette période de la vie. La scarlatine, la rougeole et la variole arrivent en première ligne. Les refroidissements viennent immédiatement après les éruptions. Celles-ci, qui sont sujettes à des troubles dans la marche de leurs symptômes, donnent lieu, comme on sait, à des accidents métastatiqnes* qui se remarquent plus particulièrement aux oreilles, et c'est dans ce cas que le tympan s'enflamme, se perfore, se couvre de végétations polypeuses, suppure , etc. J'ai remarqué que la perforation du tympan arrive plus souvent à la suite de la variole ou d'un refroidissement (trois fois sur quatre), que quand il y a eu rougeole ou scarlatine (une fois sur deux). Ces rapports ne sont plus les mêmes, s'il s'agit d'une lésion des deux oreilles à la fois. J'ai vu les deux tympans s'ouvrir quatorze fois sur quinze, dans les cas de rougeole, deux fois seulement sur trois après la scarlatine, et plus rarement encore à la suite de la variole et du refroidissement. L'urticaire et les différentes espèces de teigne ne paraissent pas avoir d'influence notable sur cette maladie.
Si l'on a égard à l'étendue de la perforation du tympan, on trouve que les plus larges surviennent à la suite de la variole. Ainsi cinq fois sur douze , l'ouverture de la membrane avait le diamètre d'un pois , la rougeole n'a produit ce fâcheux résultat que huit fois sur vingt-neuf, la scarlatine vingt fois sur quatre-vingt-uA,et les simples refroidissements sept fois sur vingt-huit.
En résumé, la variole est de toutes les causes de perforation du tympan , celle qui est la plus active, la plus dangereuse , surtout parce qu'elle occasionne une perte de substance plus considérable. Les autres éruptions fébriles sont aussi fort à craindre , et dans tous les cas , on