INPL. CHRONIQUE DE LA MEMBRANE DU TYMPAN
marteau se distinguaient assez nettement, et la montre était entendue à 34 centimètres. Il restait encore quelques petits bourdonnements. Le traitement a consisté dans le seul emploi de la solution saturnine, et quelques semaines plus tard, c'est-à-dire après deux mois de soins, )a maladie a été complètement guérie.
Observation XXX. — Le professeur Lind..., de Berlin , est afFecté, depuis environ dix ans, d'une double otorrhée purulente, accompagnée de douleurs aiguës dans les oreilles, de surdité très forte, mais sans bourdonnements. Cette maladie est le résultat d'un certain nombre de refroidissements, elle a été aggravée par des injections irritantes, par des fomentations chaudes et autres topiques prescrits par un médecin qui ne s'était livré à aucunes recherches sur la nature de la lésion des oreilles. Je trouvai les deux méats en bon état, contenant un peu de matière purulente sans odeur; les tympans d'un rouge pâle, opaques, sans dépression centrale, ofFraient une oui^erture ronde, du diamètre d'une tête d'épingle. On ne distinguait pas 1 insertion de la longue branche du marteau. A gauche, ma montre était entendue à 1 2 centimètres , et à droite à i5 centimètres. La surdité diminuait notablement quand le malade, par suite d'une forte expiration, la bouche et le nez fermés , chassait un peu d'air et de mucosités par les perforations du tympan. Ce phénomène prouve, dans ce cas, que les matières muqueuses ou purulentes sont accumulées dans la caisse. Je fis injecter trois fois par jour une solution d'acétate de plomb, et, après un mois de traitement, les deux conduits auditifs n'offraient plus de traces d'écoulement. Les deux tympans avaient repris une teinte blanche, mais ils Testaient opaques. L'ouïe est restée la même à gauche, mais l'oreille droite a beaucoup gagné et ma montre est entendue à 65 centimètres. Cette amélioration était d'un grand intérêt pour le patient , en raison de ses fonctions de professeur.
Observation XXXI. — ^. Koh..., âgé de trente-quatre ans, sourd de loreille gauche depuis longtemps, s'étant exposé au froid il y a environ douze jours, éprouva presque aussitôt des douleurs aiguës dans le fond du conduit auditif droit, et elles furent assez vives pour lempécher de dormir pendant quati*e nuits consécutives ; dans la journée il n'en éprouvait pas du tout. On avait n^is six sangsues au-dessous de l'oreille, un vésicatoire avait été appliqué derrière le pavillon, ou avait donné plusieurs purgatifs, et le tout sans aucun succès.
Je trouvai le méat droit rempli de mucosités blanches, et après les avoir enlevées je vis que le fond de ce conduit offrait une teinte rouge très vive; les n^embranes qui le tapissent sont tuméfiées au point de former un bourrelet qui remplit le calibre du méat et recouvre presque en entier la membrane du tympan. Avec un peu de soin, je parviens à en voir une petite partie , qui est d un rouge pâle, et percée à son centre d'une ouverture par où lair sort quand le malade fait un effort d'expiration. Les douleurs reviennent encore pendant la nuit ; louïe est très faible de ce côté , et ma montre n'est en tendue qu'à 1 5 centimètres. Il se fait au fond de cette oreille un bruit sec, une sorte de cliquetis qui fatigua et inquiète le malade. L'oreille gauche, atfectée de surdité nerveuse depuis longtemps, n offre pas d altérations semblables.
L'emploi méthodique des injections d'eau tiède eut pour résultat de nettoyer le conduit auditif, de diminuer notablement les douleurs et de détruire les bourdonnemenis. L'ouïe elle^^méme devint meilleure, au point que ma montre fut entendue à 65 centimètres. Je conseillai ensuite les instillations d'eau chargée d'acétate de plomb, puis des frictions derrière le pavillon de l'oreille. La nuit suivante, il y eut encore quelques douleurs qui s'étendaient jusqu'au sommet de la tête. Après qiunze jours de
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traitement, loreille droite fut entièrement délivrée des symptômes que j'ai rapportés plus haut. La perforation persista, et, nonobstant, je considérai la gnérison comme aussi parfaite que possible. Ma montre était entendue à plus d'un mètre.
Observation XXXIL — M. Oehl..., de Côthen , âgé de dix-neuf ans, est affecté depuis son enfance, et sans cause connue, d'un écoulement de pus par les deux oreilles ; il est assez sourd ^ et toutes les fois qu il s expose impru« demment au froid, il éprouve des douleurs aiguës au fohd des conduits auditifs, etTouïe s affaiblit notablement. On a employé contre cette maladie beaucoup de remèdes de tout genre, des instillations acres et irritantes, des fomentations spiritueuses,* etc.; enfin un ^aitement homœopaibique, dirigé par Hahnemonn lui-même, a été suivi pen-, dant plus d une année et sans le moindre succès.
J ai trouvé les deux conduits auditifs ayant leur dimension naturelle, la peau qui les revêt eet également saine, mais il y a au fond du méat gauche ime petite quantité de matière jaune, épaisse, crémeuse. Le tympan est rouge, gonflé, irrégulier; sa partie antérieure offre une perte de substance qui a la forme et le diamètre d'une lentille. De ce côté, le malade ne sent pas de bourdonnements, et ma montre est entendue à 4^ centimètres. L'oreille droite fournit encore moins de matière purulente , le tympan est perforé en arrière de façon à livrer passage à un pois , et l'on voit par cette ouverture la membrane muqueuse de la caisse qui est d'un rouge assez vif. Cette oreille est également exempte de bruits, et ma montre est entendue à 63 centimètres.
J'ai prescrit à ce malade des injections saturnines composées de 5 décigrammes d'acétate de plomb en solution dans 6o grammes d'eau, et après avoir fait usage de ce remède pendant trois mois environ , j ai trouvé que les tympans n'offraient plus de rougeur, que la sécrétion pu-
nilente avait coraplétemeot cessé, et que ma montre était entendue de chaque côté à la distance d'un mètre 33 cen« timètres. Cette' guérison m'a paru aussi complète que possible, car avec une double perforation comme celle qui existait , il était impossible de songer à rétablir louïe dans ses conditions normales.
Observation XXXIIL — Mademoiselle Caroline Gult..., de Zehdenick, âgée de vingt-deux ans, d'une belle constitution, robuste, a éprouvé à Tâge de dix-huit ans» sans cause appréciable, des douleurs d'oreilles si vives qu'elle ne put dormir pendant plusieurs nuits. Ces douleurs disparurent spontanément, mais il survint une otorrhée et une surdité très forte. En examinant les deux oreilles, je trouvai les méats larges et sans altération notable ; il y avait seulement au fond une petite quantité de matière purulente mais inodore. La cloison tympanique gauche était de couleur rose, et à sa partie inférieure il y avait une ouverture capable de recevoir une tête d'épingle. Ma montre était entendue seulement à 5o centimètres. Le tympan droit, également perforé, était d'un rouge foncé, et, de plus, épais et opaque. Le méat, aux environs du tympan, offrait de petites végétations charnues. Ma montre, de ce côté, était entendue à aS centimètres. De plus , cette oreille était le siège de bruits semblables à ceux que fait la roue d'un moulin.
Je prescrivis des frictions avec la pommade stibiée derrière chaque oreille alternativement , et je fis entretenir la suppuration qui s'établit dans cette région. On fit usage de petites injections avec la solution saturnine, et quelques purgatifs furent donnés pour agir sur le basventre. Trois mois de traitement eurent pour résultat de ramener les tympans à leur couleur naturelle et de détruire la suppuration. Les bruits anormaux avaient cessé, et ma montre était entendue à i mètre 33 centimètres à droite et à a mètres à gauche. Pendant Tété suivent la
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malade a pu se livrer aux rudes travaux de la moisson sans éprouver aucune rechute, et Touïe resta aussi I)Onne qu'après la guéiison.
Observation XXXIF. — Un domestique âgé de quarante et un ans, robuste et d'une belle constitution, était devenu sourd de Toreille gauche , il y a déjà longtemps, à la suite d'un coup violent sur cet organe. S'étant exposé au froid, il fut pris tout à coup de douleurs violentes dans les dew oreilles , puis il se manifesta un écoulement de j^s sanguinolent par les deux méats ^ il y eut des bruits considérables et l'ouïe devint tout à fait mauvaise. Les accidents aigus dont je viens de parler durèrent pendant un mois , diminuèrent beaucoup, reprirent une intensité nouvelle ; mais les bourdonnements ne reparurent pas. Je trouvai les deux conduits auditifs remplis de pus, ils avaient cependant conservé leur forme et leurs dimensions. Des deux côtés, le tympan était opaque , épais et perforé. Une forte expiration chassait Tair par ces deux ouvertures accidentelles. Ainsi que je l'ai dit, il n'y avait plus de bourdonnements. Ma montre était entendue à gauche seulement au contact immédiat, et à droite à Ja distance de 3 centimètres.
Je fis placer un vésicatoire derrière chaque oreille , et l'on fit des injections dans les méats avec une solution d'acétate de plomb, à la dose de 5 décigrammes dans 60 grammes d'eau. Après quinze jours de ce traitement, les deux oreilles ne donnaient plus d'odeur, l'écoulement avait disparu et l'ouïe s'était beaucoup améliorée à droite. Ma montre était entendue de ce côté à la distance de 2 mètres 5o centimètres, mais l'oreille gauche n'avait rien gagné. Ce résultat parut suffisant au malade, et il voulut s'en tenir là. *
Observation XXXV. — Un jeune homme de dix-huit ans, M. Alb..., de Nahrstadt,. grand et robuste, d'une bonne constitution, éprouva à l'âge de quatre ans une
IdO MALADIES DE î/ORBILLB EXTERNE.
scarlatine tellement violente qu'il fut sur le point de succomber .A la suite de cette maladie, les ganglions cervicaux s'enflammèrent et suppurèrent ; puis lorsque ces plaies furent cicatrisées, il survint une otorrhée qui occupa d'abord l'oreille gauche et plus tard l'oreille droite. On reconnut l'existence d'un polype dans le fond du méat gaucbe , il fut enlevé une première fois, il se reproduisit, fut enlevé une seconde fois, mais il récidiva encore.
Lorsque j'examinai le malade, je trouvai Ifei deux méats baignés d'un pus épais, jaune, et exhatant une odeur ammoniacale. Il y avait dans le conduit gauche un polype "arrondi, très gros, et saignant au moindre frottement. Du côté droit, je trouvai un petit polype, situé près du tympan , et qui avait échappé jusqu'ici aux recherches, car il éiait à peu près masqué par le gonflement des parois membraneuses du conduit auditif. J)e ce côté, ma montre était entendue à 6 centimètres, mais à gauche elle ne Tétait pas du tout. Il y avait une large ouverture aux deux tympans.
Après plusieurs tentatives, je parvins h détruire les deux polypes en me servant alternativement de petits ciseaux courbés sur le plat, et d'un couteau également courbé. Les racines restaient encore , mais je pus m'assurer alors que le tympan gauche était presque entièrement détruit et que les osselets de la caisse avaient disparu. L'oreille droite était beaucoup hioins malade; la cloison tympanique, simplement perforée à son centre, fut traitée pdr des instillations d'acétate de plomb , et au bout de quelques semaines l'odeur du pus avait disparu. L'écoulement lui-même diminua considérablement, et finit par cesser tout à feit. L'ouïe s'améliora beaucoup ei ' ma montre put être entendue à près d'un mètre. L'oreille gauche ne subit aucun changement notable.
Observation XXXVL — M. le conseitter Heg..., âgé de soixante et un ans , d'une forte constitution ^ a éprouvé à
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Fâoe de douze ans une fièvre dite nerveuse , à la suite de laquelle il ftit pris d'une double olorrhée avec surdité notable. Le mal avait fait des progrès au point que le patienta dû avoir recours'au cornet acoustique de Dunker. Il est à remarquer qu'il n'a jamais eu de bourdonnements. La surdité était telle, que ma montre n'était entendue qu'en l'appliquant contre la tête. J'di trouve dans les deirtc conduits auditifs une grande quantité de pus fétide ; il y avait, en outre vers le fond des conduits, plusieurs excroissances charnues, arrondies, d'un rouge vif, au milieu des([uelles l'air s'échappait en sifflant quand le malade faisait un effort d'expiratfon, le nez et la bouche étant fermés. Il était évident que les deux tympans étaient perforés.
AFaide de petits ciseaux et de pinces à crochet, je parvins, non sans peine, à enlever le polype de l'oreille droite, mais je ne pus détruire sa racine qui partait du bord antérieur de la circohférence du tympan. L'ouverture de cette membrane était située vers l'extrémité de Hnsertion de la longue branche du marteau, et toute sa surface extérieure était d'un rouge tendre. De ce côté, lorsque le polype fut enlevé et le méat nettoyé, ma montre fut entendue à lo centimètres, et j'ajoute que, depuis cette époque , l'ouïe s'est maintenue au même point. Le malade a pu dès lors se passer de son cornet , et l'attention qu'il met à écouter les personnes qui lui parlent diminue singulièrement les inconvénients de la faiblesse (le son oreille. Le flux purulent est devenu à* peu près muqueux et il a perdu toute odeur. La racine du polype a été maintenue dans ses limites par l'usage de la solution saturnine, et ce remède a été fort utile, car il n'y avait pas possibilité de se servir du crayon de nitrate d'argent pour la détruire.
Le polype de l'oreille gauche est situé très profondément et à peu près hol's de l'action possible des instru«
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ments. On a eu recours au laudanum de Sydenham qui a paru buter son accroissement. Ou voulu y substituer difFérents caustiques^ mais ils causèrent des douleurs insupportables. Le malade était si satisfait deTamélioration obtenue à droite , qu il consentit volontiers à laisser Toreille gaucbe dans 1 état que j ai décrit.
Observation XXXFIL — M. Seis..., architecte , a été atteint vers Tâge de douze ans, d'une fièvre nerveuse qui a été suivie de surdité , de bourdonnements d oreilles et d'une otorrhée abondante. Ces divers symptômes ont été traités par les bains russes , par les eaux thermales de Warmbrunn ; on a même placé un large séton à la nuque, et le malade la porté pendant six mois sans en retirer aucun avantage. La suppuration, d'abord abondante, acre et très fétide , est devenue depuis un an beaucoup moins copieuse, elle est presque séreuse et sans odeur. J ai trouvé le tympan droit opaque , rougeâtre , couvert en grande partie par une excroissance charnue d*un rouge pâle, plate et à peu près indolente , même au contact de la sonde exploratrice. De ce côté ma montre est entendue à 33 centimètres, et de loreille gauche seulement à 17 centimètres.
Chez ce patient dont la santé générale était excellente, je crus devoir me borner à un traitement tout à fait local. En conséquence je touchai les végétations polypeuses avec un crayon de nitrate d argent ; mais ce caustique détermina de violentes douleurs dans l'oreille gauche , tandis que la droite n'en éprouvait aucune. Cette particularité me fit penser que le polype de l'oreille droite avait une texture à peu près cartilagineuse (1). L'ouïe ne
(1) Cette manière d^apprécier la nalure de ces deax polypes étonnera tons ceux qui liront Touvrage de M. K ramer. Cet auteur ne veut pas que Ton tienne compte des sensations des malades, des symptômes subjectifs, comme il les appelle, et il recommande d^y substituer ceux, bien plus certains , que fournit Tétude malérielle des conditions physiques de la maladie. Dans le cas dont il s'agit , Texamen microscopique des