INFL. CHRONIQUE DE LA MEMBRANE DU TYMPAN
Vaoïéliora pas de ce côté, tandis qu'après un traitement qui dura envii*Qn six semaines, ma montre était entendue à gauche, à la distance d'un mètre et plus.
Les circonstances atmosphériques étant devenues défavorables, je suspendis le traitement pendant quinze jours. A cette époque, les végétations polypeuses avaient pris lin tel accroissement, qu'elles recouvraient les deux tympans. L'oreille gauche ne pou vai^ plus entendre ma montre qu'à a ou 3 centimètres de distance, la droite était encore beaucoup plus affaiblie. Je repris l'usage des caustiques, je les appliquai tous les deux jours, et, après un mois de ces soins assidus , ma montre était entendue du côté gauche, à la distance de 65 centimètres. L'oreille droite n'avait rien gagné. Le malade se plaignait de ressentir de ce côté un malaise occupant le fond du méat , une sorte de plénitude accompagnée de bourdonnements et de vertiges. Je me servis de la potasse caustique , mais sans modifier le polype.
Comme l'oreille gauche paraissait stationnaire , j'interrompis encore une fois le traitement; mais^ au bout de quelques semaines, il fallut combattre de nouveau les excroissances charnues qui pullulaient au fond du conduit auditif. Le tympan en était presque complètement recouvert , et cette production morbide rouge et brillante pouvait être touchée avec la sonde sans qu'il en résultât de douleurs notables.
Les vertiges qui s'étaient développés subitement exi-
débris du polype eût indiqué ayec assez de précision une texture d'une autre espèce, et rendu compte de la difîérence qui existait entre leur sensibilité spéciale. J'ai fait quelques recherches sur ce point dV natomie pathologique , et Je sais que les docteurs Griiby et Mandl ont obtenu des résultats précieux en cherchant, parce moyen, à reconnaître la nature intime de certains tissus accidentels. Des éclaircissements de ee genre sont très importants, puisque Ton peut, d'après eux, baser une Béthode curatite très dilTérente suivant que Ton aura affaire à une végétation muqueu8e,Té8iculeu8e, ou^ au contraire, fibreuse ou fongueuse.
1§& MALADIBS DB l'oRBILLB BXTBBHB.
gèrent un fréquent emploi des purgatifs; je fis des frictions sur les régions mastoïdiennes avec la pommade stibiée, mais sans beaucoup de succès. Le chlorure de zinc fut employé comme caustique, pour détruire les végétations, mais sans grands avantages ; aussi j'engageai le ma* lade à ne pas s'en occuper. LWie ne s améliorait presque pas à la suite de toutes ces tentatives^ et ce motif më parut suffisant pour abandonner la maladie à elle-même. Les vertiges s'affiaiblirent peu à peu, mais ils ne cessèrent qu au bout d'un an environ , et, pendant tout ce temps , le malade en était fréquemment incommodé.
A cette époque de la maladie , je fis faire de nouvelles frictipns derrière les oreilles^ avec la pommade stibiée, pour y développer des pustules et amener une suppuration copieuse ; de plus, je pratiquai des scarifications aussi profondes que possible sur les polypes, mais sans pouvoir les Caire saigner. Il en résulta cependant une amélioration sensible , car le malade fut débarrassé par là de ses maux de tête, et son ouïe fut assez bonne pour que ma montre fûit entendue à 1 2 centimètres du côté gauche. La structure cartilagineuse de ces excroissances ma semblé un obstacle insurmontable, et j'ai cru devoir renoncer à tenter de les guérir.
Observation XXXFIII, — Un jeune homme de vingtsix.ans, M. Bud..., d'une constitution robuste, ayant éprouvé un grand refroidissement pendant qu il chassait sur une rivière, se trouva presque aussitôt atteint de surdité de Toreille droite, sans qu'il y eût ni douleurs, ni bourdonnements. Un examen attentif de l'organe lésé me fit voir une inflammation chronique de la membrane du tympan, et de plus, je constatai que la trompe d'Eustachi était rétrécie. Je fis pendant six semaines de nombreuses tentatives pourdilater ce conduit, j'introduisis des cordes de boyau, mais vainement, et la surdité resta la même.
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Cet insuccès me détermina à recourir aux moyens extrêmes y et je me décidai à perforer la membrane du tympan, sans cependant me faire illusion sur les résultats de cette tentative. Je me suis servi d abord du stylet en écaille d*Itard. La membrane me parut molle, et elle fut traversée sans difficulté. Il s'écoula à peine quelques gouttes de sang; mais le malade; qui n'avait pas éprouvé de douleur notable, parut en proie à une sorte d affaissement nerveux, de langueur syncopale, qui dura plusieurs heures. L'opération n apporta aucun changement dans laudition, et le lendemain il ne restait plus de traces de louverture faite à la cloison tympanique.
Huit jours après cette première tentative , j'en fis une seconde, mais alors je me servis de Temporte-pièce d'HimIy. Cet instrument, qui était très bien aiguisé, fut appliqué vers la moitié postérieure et iqférieure de la membrane du tympan ; l'ouverture fut faite avec une extrême facilité, et l'instrument sortit de la caisse en entraînant avec lui une certaine quantité de mucus liquide, d'un jaune foncé et d'aspect purulent. Je fis quelques injections dans le méat, et le liquide ainsi poussé ramena beaucoup de cette matière qui remplissait la caisse.
Cette opération ne donna pas lieu aux mêmes accidents nerveux que la précédente , mais elle ne produisit aucune amélioration de l'ouïe. Le malade perdit tout espoir de recouvrer ce sens et partît bientôt sans essayer d'antres moyens de traitement. L'ouverture faite au tympan continua de fournir une matière mucoso-purulente, mais il est probable qu'elle n'aura pas tardé à se cicatriser.
Le docleur Bennett ajoute à ces observations de M. Kramer un iait qui lui a été communiqué par M. le docteur Ebenezer Smith, de Londres. Je crois devoir le consigner
M. A..., âgé de soixante-trois ans, maigre, nerveux, très sobre, occupé de travaux littéraires, éprouva d'abord à Tâge de vingt-neuf ans, puis h trente-trois ans, une violente douleur dans Torei Ile gauche qui s'accompagna bientôt d'otorrhée et de surdité considérable. Son père a éprouvé les mêmes accidents, mais à un âge plus avancé. Au printemps de i833, le malade, qui avait alors soixante-uo ans, fut tourmenté par quelques affections catarrhales, et la surdité fit de nouveaux progrès. J'essayai vainement de sonder la trompe d'Eustachi. Le conduit auditif externe était engorgé et ulcéi^é superficiellement. Au mois de mai suivant, je parvins à passer une bougie dans la trompe gauche, mais non dans la droite. Une forte expiration ayant poussé .de lair dans la caisse gauche , Fouïe devint meilleure, mais seulement pendant deux ou trois jours.
DansJ'été de 1 835, unefièvrecontinues'étant déclarée, Touïe fut bonne pendant toute sa durée. A Tautoqiine suivant, il survint dans les méats des ulcérations superficielles qui cédèrent à des injections tièdes> astringentes, et à des vésicatoires appliqués sur la région mastoïdienne. Le 12 novembre, ces ulcérations reparurent encore , et plus particulièrement dans le conduit auditif gauche. La plu^ considérable fit de rapides progrès et atteignit bientôt le tympan. Au bout de quatre jours, le bord antérieur et inférieur de cette membrane fut envahi, et bientôt Térosion s'étendit jusqu'à l'insertion de la branche du marteau. Le tympan était parsemé de stries vasculaires très
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appareutes, je les vis à diverses reprises en examinant Foreilieau spéculum, et sous Tinfluence de la lumière solaire. En moins de quatre jouis , cette lésion du tympan détermina une surdité tellement forte, que le malade fut obligé de recourir à un cornet pour entendre ce qu'on lui disait. Le tympan droit est intact , mais la trompe de ce côté est oblitérée , aussi 1 audition est mauvaise.
Pendant trois mois environ , il survint à différentes reprises des ulcérations dans le méat gauche , et les injections astringentes furent assez avantageuses. Le malade reçut les soins d'un médecin auriste très renommé, mais sans en retirer aucun bénéfice. Je me décidai à administrer le mercure dans le but de provoquer la cicatrisation de 1 ouverture du tympan, ou plutôt Poblitération de cette large perte de substance.
Le 1 6 novembre i835, je prescrivis une pilule corn* posée de calomel quinze centigrammes, extrait d'opium un centigramme, à prendre toutes les cinq heures, et j appliquai un vésicatoire à la nuque. Au bout de quatre jours il n y avait plus de fièvre ni d'insomnie. Je continuai le même médicament, mais en retranchaut l'extrait dopium qui paraissait produire un peu trop d'excitation. Le vésicatoire était sec au bout de cinq 'jours. Feu de temps après, l'écoulement diminua, le malade entendit un peu ; et en examinant le fond du méat, je trouvai l'ouvertare du tympan moins large. Après six semaines de ce traitement , la perforation se trouvait fermée par une sorte de membrane d'une texture très délicate, avant à peu près la forme du tympan lui-même. L'ouïe avait repris plus de sensibilité qu'elle n'en avait eu depuis huit mois. Mais bientôt les ulcérations reparurent, et ce SEiible* travail de la nature fut détruit en peu de temps. Divers motiis m'empêchèrent de recommencer le traitement qui avait été employé d'abord.
Quinze mois plus tard , en juillet iSSy, la pierforation
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du tympan gauche est toujours dans le même état, lot^rrhëen a pas cesse; et quand le malade fait une forte expiration , le nez et la bouche fermés, lair sort par le méat externe avec une abondance telle (|u'une bougie peut être éteinte. L'ouïe est nulle de ce càté.
Le docteur Bennett se porte garant de la probité scientifique du docteur Smith , et pense que cette observation est de nature à modifier les idées de M. Kramer surVincurabilité des perforations du tympan. Je ne saurais , je lavoue, considérer le fait comme suffisamment démontré , et, sans attaquer en rien la moralité du médecin qui-i a recueilli, je crois que cette reproduction de la partie détruite n est pas prouvée d'une manière évidente. Il est hors de doute pour moi que des perforations du tympan , pouvant recevoir aisément une tète d*épingle, et existant depuis plusieurs mois , se sont cicatrisées spontanément , et de façon à laisser à peine quelques traces de la maladie première. Mais ces admirables travaux de la nature médioa* tricene sont plus possibles au-delà de certaines limites, et je ne comprends pas le développement de cette membrane nouvelle, formation de toute pièce, sans Tinterveution des tisaus voisins, sans lapparition de bourgeons celluleux et vascnlaires sur les bords du tympan. La puissance occulta du mercure, en pareil cas, est un fait exceptionnel qui a besoin de démonstration , et la plus simple prudence , dans cette circonstance singulière, conseille de s abstenir.
L'examen attentif auquel s est livré M. le docteur Smith est-il de nature à ne laisser aucun doute dans les esprits un peu sévères, et feut-il admettre qu*il n y avait pas de cause d'erreur possible? Personne ne soutiendra cette opinion; chacun avouera que cette membrane st ténue, qui a occupé la place de la perte de substance, a fort bien pu n'être que du mucus ooncret, que quelque lamelle épidermique détachée des parois duméGit,que quelque production morbide développée dans la cavité
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de lorailie moyenne. Tout le monde enfin conviendra que cette observation restant isolée , a besoin , pour acquérir un peu de valeur dans la science, que des faits analogues viennent la corroborer. Jusque là|.je le répète, il est prudent de s'abstenir.
J aurais beaucoup de choses à dire sur ce premier chapitre de louvrage de M. Kramer. Mes notes indiquent, çà et là, en quoi je diffère d'opinion avec ce médecin ; je veux ajouter ici quelques observations sur Tensemble*
J approuve le principe de la classification suivie par M. Kramer; cette classification est bonne, méthodique; c'est un bon cadre, mais très incomplètement rempli. Les monographies comportent des détails nombreux, elles dcMvent ofirir la série entière des maladies d'un organe , et, sous ce rapport, il fout reconnaître que notre auteur laisse beaucoup à désirer. Il ne s agit pas ici de généraliser les formes pathologiques, de les rapprocher, de les grouper, mais au contraire de les étudier dans leurs différences capitales aussi bien que dans leurs nuances les plus délicates.
Dans les cours publics que j'ai foits à l'École pratique en I 84p et années suivantes , j'ai démontré que l'oreille externe, pai*la nature même de ses éléments constitutifs , participait à toutes les maladies de l'enveloppe générale , que la peau qui la revêt est susceptible d'offrir au praticien attentif toutes les formes connues des maladies, et il ne m'a pas été difficile de recueillir la preuve de la justesse de ce point de vue théorique. Sous ce rapport, l'ouvrage de M. Kramer est extrêmement incomjriet. J'ajoute qu'il y a confosion entre quelques unes des rares espèces qu'il a admises, et que les données exactes que l'on possède aujourd'hui sur le mode d'altération des tissus spéciaux ne permettent pas de réunir, sous un seul titre, des affections qui diffèrent par leur siège aussi bien que par leur nature.
Pour ne signaler que quelques omissions dans ce ta* bleau des maladies de Toreille externe, je dirai deux mots d'une lésion très commune , qui attaque tous les âges , qui donne lieu à une surdité très gênante > et qui se guérit facilement au moyen d'un petit instrument très simple. Il arrive chez beaucoup d'individus que le pavillon s'abaisse et se renverse d'avant en arrière ; il éprouve une sorte de bascule en vertu de laquelle le sommet de lorgane se dirige en arrière tandis que le lobule se rapproche de la joue. Ce changement de direction imprime à loriBce du méat un mouvement consécutif qui détruit la forme ovalaire de ce conduit. L'ouverture du méat, au lieu d'être arrondie, forme une fente étroite dont les bords se touchent , et de la une lésion mécanique qui entraîne la surdité. Je ne puis entrer dans aucun détail sur les causes de cette singulière lésion déjà signalé«.par le baron Larrey, par le professeur Cloquet, et sur laquelle je crois avoir jeté quelque lumière.
M.Kramerne dit riende celte maladiequi n'est pas rare; il n'a pas signalé les causes qui la produisent, les effets qui en résultent, et par conséquent il n a pu indiquer son traitement qui est simple et efficace. £t notez bien qu'il ne s'agit pas ici d'un simple vice de conformation , ni d'une de ces difformités acquises comme l'aplatissement du pavillon par des coiffures trop serrées ; c'est une maladie dont les causes sont facilement appréciables , qui se développe à tout âge, que l'on peut toujours combattre avec efficacité , et qui même, lorsqu'elle est complète , peut encore être guérie par des moyens rationnels.
Le traitement des maladies de l'oreille externe, tel que l'a formulé M. Rramer, est simple et méthodique. Tout le monde adoptera volontiers les topiques émoUients pour les lésions de nature phlegmoneuse , les solutions astringentes pour celles qui sont disposées à suivre une marche chronique, les caustiques modérés contre certaines
altérations locales d'une nature particulière; maïs je ne pease pas que ces divers afjents suffisent pour combattre efficacement toutes les formes de maladies qui se rencontrent dans cette partie de Torgaue auditif. Comme il ine faudrait, pour justifier ce reproche, entrer danswles détaib que ne comporte pas la nature de ces notes, je me bornerai àdire que M. Kramer n'ayant pasdëcrit toutes les affections aiguës ou chroniques occupant les divers points de cet appareil, n'a pas pu indiquer la méthode thérapeutique qui conviendrait à plusieurs maladies d'une nature spéciale. Je reconnais volontiers que les bases de son traitement sont justes , et que Ton doit lui savoir gré d avoir renoncé à une foule de drogues dont l'inutilité était le moindre inconvénient. Cela est d'un bon exemple; puisse-til être imité!
J'en voudrais pouvoir dire autant de ses observations. Nos habitudes cliniques ne peuvent s'accommoder de faits recueillis avec aussi peu de précision. La plupart des malades ont été examinés avec soin , je n'en doute pas , mais on ne peut se montrer moins exigeant que ne l'est M.Kramerdans la recherche des causes de la maladie, ni mettre moins de précision dans la description de la marche des symptômes. Il me semble impossible de savoir, à la lecture de ces observations, si la maladie du tympan, par exemple, s'est développée spontanément, idiopathiquement, isolément, ou si elle est le résultat de la pro* loDgation d'une phlegmasie de la peau des conduits auditifs. Il me semble encore bien plus impossible de savoir si la lésion du tympan a procédé du méat à la cloison, ou de ia caisse à cette même cloison tympanique. L'auteur n'a pas pris le soin de bien éclaircir ce point capital, de sorte qu'il reste dans l'esprit du lecteur des doutes que rien ne peut lever. On sent combien il importe d'établir avec précision quelle est la marche suivie par la maladie. S'est-elle développée primitivement dans le conduit au-
ditif externe ou dans la cavité de loreiile moyenne , et Tàltération du tympan se rattache-t-elle aune maladie de nature catarrbale,ou bien à une affection de la peau? Des observations recueillies autrement que ne le fait M. Kramer ne manqueraient pas de révéler la marche de la nature en cette occasion , et je crois que , dans le temps actuel y cette clarté de détails est absolument indispensable.