ADDITIONS DU TRADUCTEUR SUR LOTORRUÉE. SAS
Jamais je n'ai observé de fait pouvant être considéré comme une otorrhée cérébrale secondaire ou consécutive. Chez les malades que j ai vus, il y avait simplement une complication de phlegmasie du cerveau, mais jamais le pus formé dans ce dernier organe ne s est frayé une voie capable de le conduire au dehors. Lmflammation chronique de la membrane dii tympan et celle du tissu cellulaire et du périoste des cavités de loreille moyenne/ a donné lieu, si Ton veut, aux phénomènes de suppuration observés dans la cavité encéphalique ; mais il n y a pas en otorrhée cérébrale, c est-à-dire écoulement par le méat externe, de pus venant de la boite du crâne^
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Dans lesdiverses réflexions que j'ai ajoutées à la fin du chapitre précédent^ il en est qui se rapportent spécialement au sujet que M. Kramer vient de traiter sous le titre dtoU>rrhée cérébralef J'ai dit que les terminaisons fâcheuses des maladies d'oreilles dépendaient, ^on pas d un phlegmon plus ou moins aigu du tissu cellulaire et du périoste de la caisse^ mais bien d'ime inflammation qui envahissait Foreille interne proprement dite. Le danger n'existe que quand la maladie gagne la portion labyrinthique de l'organe auditif. Dès que l'appareil nerveux se trouve atteint au milieu des cavités étroites où il s'épanouit, dès que les tissus qui se continuent avec le cerveau et ses dépendances sont le siège d'une phlegmasie. quelconque , les symptômes les plus graves ne tardent pas à se manifester^ et l'on voit qu il s'agit d'un tout autre ordre de phénomènes.
J'ai dit que ces accidents qui viennent apporter une terminaison fetale aux maladies d'oreilles , si peu dan*
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gereiises ordiuairezoait , n'app»rtki»ieAt p^ aux lésions de la caisse ai de ses dépendances. C est dans l'oreille interne qaon les voit se développer, et» suivant moi» le chapitre de lotorrbée cérébrale doit être placé plus loin. Je n ai pas cru devoir changer quelque chose aux idées de H, Kramer ; j ai suivi Tordre qu'il a adopté, et ce nouveau travail doit être rapproché des maladies de la caisse dont il forme le complément.
Les critiques de M. Kramer sur la division proposée par Itard me semblent justes. Toutes les observations publiées par un grand nombre d'auteurs sont bien réellement sans valeur, et Ton ne comprend pas comment elles ont pu servir de base à des opinions scientiBques. Ces faits incomplets, tronqués, mal observés, mal décrits, manquent de tous les caractères propres à entraîner ûmê e<Hiviof ioD* Le plus souvent le malade sa pas été examiné, on na pas des renseignements sur les faits antécédents, on ne décrit pas les symptômes, et quand vient la nécropsie, on trouve à peine une description satis^ faisante des principales lésions organiques. Il est impossible de 86 contenter de si peu quand il s'agit de donner place dans la science à une forme pathologique aussi importante. M. Kramer a eu raison de repousser ces témoignages sans portée; et en attendantdesobservations vraiment concluantes , il me parait pleinement autorisé à 'nier lotorrhée cérébrale primitive, c'est-à-dire ceUe dans laquelle une. collection de pus développée dans la oavitë du crâne détermine une altération consécutive de l'oreille, passe au travers des cavités nornmles ou accidentelles de cet organe, et tombe dans la bouche par la trompe d'Eustachi , ou arrive au dçhors par le méat externe.
On peut, je crois, avancer sans trop de présomption que pareille maladie n exiate pas et n'est pas possible, du moins à l'étal aigu. Un abcès dans h cerveau ne don-
ÂDDITIOM DU TfUWGTBUR fUl l'oTOIHHÉE. S il
Mm pas lieu à une éroaioD du rocher; les membreoet d'enveloppe, que rinflamma lion tend toujoursà épaiatiiv ne s ouvrent pae prompteàient «n pu« qui cberehe une issue; le rocher lui-néme ne se nécrose pas avec une ra* pidité suffisante pour que le labyrinthe et la caisse livrent passage à ces matières , et rien en pathologie n autorise à supposer un tel état de choses. Je sais bien que toutes ces fins de non-recevoir tomberaient devant un seul fait démontré, mais c'est justement ce fait qui manque. Je suis étonné, je la voue, que M. Kramer n ait pas cité dana s<m travail les nombreuses observations rapportées dans la quatrième lettre du professeur Lallemand sur les ma* ladies cérébrales. Il a parlé de travaux bien postérieurs à celui-ci et qui sont loin d avoir la même importance* La plupart des questions qui se rattachent ik Totorrhée céré^ brale sont traitées par le médecin de Montpellier avec sa sagacité habituelle, et auraient pu fournir à M. Kramer* d'heureux éclaircissements sur les points en litige.
Mais que des tumeurs fibreuses , comme il en natt en dehors de la dure-mère , se développent entre cette mem^ brane et les os du crâne , ces derniers s'aminciront peu à peu par suite d'un travail de résorption intime, la tumeur agitée par les vibrations pulsatiles du cerveau fera saiUie sous le péricràne, et si elle se ramollit plus tard, elle pourra se vider au dehors. La même chose peut se passer vers les faces antérieures ou postérieures du ro<Aer: la maladie fera des progrès, elle ramollira cet os, si dur qu il soit, puis elle arrivera dans-la cavité intérieure de Foreille , en y produisant les phénomènes connus. On comprend à lu rigueur qu'il eu puisse être ainsi , et très probablement les dernières observations, que M. Kramer accepte comme des cas d otorrhée cérébrale, appartiennent à ces sortes de lésions pathologiques.
Toutes ces difficultés disparabsent dessus ïom a affaire à une otorrhée ptunilente tiffoè ^ai difwiqae. Il
existe une inflammation au tympan , cette membrane est perforée, la caisse est pleine de pus, la muqueuse qui Ja tapisse est phlogosëe, les cellules mastoïdiennes sont également affectées, et, par suite d^un accident quelconque, le mal vient à gagner le vestibule, les canaux demi-circulaires , les aqueducs et le limaçon lui-même. Dès lors, les symptômes deviennent plus graves : il y a une céghalée opiniâtre ou violente, la surdité est comr plète, et Ton s'aperçoit que le malade est pris de délire, de convulsions, de eoroa. Rien nest plus simple que la marche de cette affection consécutive. La maladie a envahi successivement les organes voisins, les tissus qui sont contigus se sont enflammés, le cerveau lui-même a subi Tinfluence de cette même cause, et la mort vient prouver que la lésion est identique dans toutes les parties de loreille.
En résultera-t-il nécessairement que le pus formé dans lé crâne tendra à â*écoulerau dehors en suivant les cavités de l'oreille? Rien n'est plus rare qu'une semblable terminaison delà maladie. La mort arrive trop promptement pour que les choses puissent se passer ainsi, et la nature médicatrice n a pas le temps de déployer ses merveilleuses ressources.
Quoiqu'il en soit, cette étiologieest fort acceptable, et rien de ce qui se passe en pareil cas ne s'éloigne des données les plus habituelles de lapadiogénie. Je possède un certain nombre de. faits à l'appui de ces reflétions.* Mais je dois dire que la plupart des individus qui succombent à des lésions de cette nature , sont affectés de maladies dont l'importance domine celle de la lésion des oreilles. Le développement de la matière tuberculeuse se rencontre très fréquemment chez les personnes qui ont des otorrhées purulentes,, et la mort qui survient est le résultat des progrès de la maladie générale. Les accidents aigus qui semblant avoir leur point de dépari dans
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l'appareil auditif, et qui attirent toute lattentioD de» médecins, ne sont eux-mêmes qu un épiphénomène de la tuberculisaiion générale, un des accidents les moins connus jusqu'ici de cette affreuse maladie qui ravage les grandes villes.
Je dois ajouter que ces sortes d'altérations de Foreille interne se lient d une manière assez directe à certaines lésions graves qui ont été fort étudiées di^ns ces derniers temps. Je veux parler des résorption&purulentes* et des abcès métastatiques. Une suppuration dans la caisse et dans les cavités de Toreille interne devient une cause de phlébite symptomatique ; le pus résorbé par les veines porte son action fâcheuse sur les organes voisins , il détermine des oblitérations comme celle qu a signalée le docteur Tonnelé, et comme cela s'est rencontré chez quelques uns des malades dont l'observation a été rapportée dans le mémoire de M. Kramer.
En résumé, ce nouveau travail de M. Kramer a une valeur réelle^ car il contribuera, pour sa part, à détruire une erreur assez répandue parmi les médecins. On mettra désormais un peu plus de soin, il faut Tespérer, dans l'appréciation des symptômes qui accompagnent les maladies de Foreille^ on examinera avec plus d'attention les altérations pathologiqqes qui existent dans la partie pierreuse du temporal, et Ton ne se hâtera pas dédire qu'il y aotorrhée cérébrale quand aucun motif plausible n'autorise cette dénomination.
J'aurais voulu que M. Kramer s'attachât davantage à indiquer la connexion intime qui existe entre ces lésions si graves de l'oreille interne, et certaines maladies comme l'affection typhoïde ou le développement tuberculeux. C'est là, suivant moi, le pofnt principal de cette grande question. L'étude des malailies de l'oreille ne peut devenir véritablement fructueuse qu'autant qu elle marchera de front avec les lésions principales de l'éco-
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nomie. Je suis bien convaincu qute les maladies de Tappareil auditif sont rarement isolées, et qu'elles tiennent, par nn lien quelconque . aux différents troubles fonctionnelé de nos principaux organes. Il feut donc les étudier dans Tensemble et leur appliquer tous les perfectionnements cliniques dus à la science moderne. On devra procéder méthodiquement à Texamen des parties malades , et regarder comme non avertnes leS observations nombreuses* qui servent de base aux opinions médicales les plus accréditées.. J espère être en mesure de démontrer futilité de ces principes et d'établir sur des laits inattaquables les bases d'une pathologie complète de Tappareil auditif. . P. M.