CHAPITRE III
Les maladies de l'oreille interne comprennent toutes celles qui se développent dans le labyrinthe , c'est-à-dire dans le vestibule, dans les canaux demi-circulaires, dans le limaçon , et dans les expansions nerveuses qui remplissent ces diverses cavités. La situation profonde de ces parties rendant leur examen impossible pendant la vie, et même très difficile après la mort , explique suffisamment la prédominance des idées théoriques dans tout ce qui se rattache à la pathologie de l'oreille interne. L'extrême imperfection des méthodes d'exploration de l'appareil auditif, en général , contribua beaucoup au développement des idées spéculatives , et comme on ne pouvait pas se dissimuler l'importance de l'appareil nerveux et de la disposition matérielle des parties destinées à le con-
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tenir, ob fut conduit tout naturellement à expliquer toutes les formes de surdités par des changements survenus dans le système nerveux lui-même ou dans ses^ enveloppes.
(Test ainsi que Du Verney (i) a pensé qu il pouvait se former dans foreille interne des abcès, des caries; que la lame spirale du limaçon pouvait , dans certains cas, s'affaisser, se détruire, ou bien devenir beaucoup plus épaisse que dans l'état normal; et cependant cet auteur, si habile anatomiste, déclare qu'il n'a fait aucunes recherches ayant pour but de vérifier ces suppositions.
Lentin (a) s*est évertué è créer des altérations pathologiques du liquide de Cotugno; il â exaniinê sérieusement son épaississement, son âcreté,et llnfluence qu'un pareil élàt peut exercer sur le nerf acoustique. Plusieurs auteurs, parmi lesquels on compte surtout Jos. Frank, Sâissy, Curtis, etc., ont accepté sans contrôle ces étranges hypothèses,et leur ont accordé, dans leurs ouvrages, autant de crédit que s^il se ftlt agi de vérités scientifiques parfaitement démontrées.
Saunders admet que les nerfs acoustiques peuvent être le siège d'une sorte de sufFusion séreuse ou lymphatique; c'est une maladie du névrilème qu'il institue de sa propre autorité, et cependant ïtard (3) l'a en quelque laçon admise, en se fondant sur une observation dont la valeur est très contestable. Ce dernier auteur regarde l'absence de la sérosité dans le vestibule et fe reste de Toreille interne, comme une maladie particulière, et il cherche à établir entre elle et la sécheresse du raéaf externe un rapport que rien ne justifie. L'absence de cérumen est un accident si commun et si facile à guérir, que l'on conçoit difficilement que Ton ait songé à y ral-
(1) TraUé de Vùrgane de V ouïe, etc. p. 184. ^2) Z?etlr(»jr#, elc. IL 95.
(3) TraiU, etc. 1. 1. p. 305.
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tacher^ d une manière quelconque, le dé&ut de eécréuon séreuse dans loreille interne. •
En ne tenant compte que des faits bien avérés , on trouve que l'oreille interne est le siège d'un certain nombre d'altérations qui peuvent être considérées comme des cas rares. Ainsi le labyrinthe a été rencontré tout plein d'une matière d aspect caséeux, ou avec le nerf acoustique frappé d'atrophie avant qu'il ne pénètre dans le conduit auditif interne; on l'a vu détruit par la compression qu'exerçait une tumeur située dans l'intérieur du crâne, par un épancbement sanguin , etc. Mais toutes les lésions attribuées aux filets nerveux qui remplissent les cavités labyrinthiques , et les altérations du liquide qui les baigne, peuvent être considérées comme des choses imaginaires et entièrement dénuées de preuves directes.
On a trouvé la fenêtre ronde fermée par un travail d'ossification, quelquefois même cette (X^iverture a paru manquer tout à fait. Mais, je le demande, qu'importe au médecin praticien une lésion matérielle de ce genre, peut-être unique, et que les cabinets d'anatomie pathologique conservent précieusement au milieu de quelques raretés analogues? N'est-il pas déplorable que des médecins leur donnent place dans leurs ouvrages (i) et cherchent à en établir le diagnostic, tandis qu'ils négligent des maladies communes , qu'on peut reconnaître facilement par une étude attentive et^guérir par des moyens aussi simples que rationnels ?
Personne ne peut douter qu'il n'arrive dans les nerfs acoustiques des lésions organiques importantes; mais jusqu'ici nous ne savons rien sur le mode de développement de ces altérations de tissus. Il est certain que nous n'avons aucun moyen d'apprécier les changements qui surviennent dans ces organes délicats; lebr position les
(1) Saissy, Baai, etc. p. 837-249;
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soustrait complètement à nos moyens de recherches et en attendant quelque heureuse découverte, il hut avouer notre ignorance.
Le labyrinthe est accessible à Tinflaramation , cela est évident 9 mais la phlegmasie qui s'y développe n'est qu'une extension de celle qui existe dans .la caisse ou dans les parties' osseuses qui l'environnent. L'inflammation du tissu cellulaire de la cavité tympanique donne lieu à des accidents fébriles très complexes, et il est impossible de distinguer, avec quelque précision, les symptômes qui appartiennent à la caisse elle-même d'avec ceux qui peuvent dépendre d'une lésion des cavités labyrkithiques. Si je cherchais à établir des distinctions subtiles entre ces différentes lésions, et à décrire les phénomènes qui leur sont propres, je mériterais que l'on m'adressât le reproche que je fais à tous les auteurs qui remplacent l'étude des Êiits par des inventions théoriques et symptomatiques ( i ) .
11 n'y a dans le labyrinthe qu'une seule maladie incontestable, cest celle des expansions nerveuses qui remplissent les divisions de cette cavité. Or, les nerfs acoustiques sont évidemment le siège d'une lésion en vertu de laquelle ces organes subissent une modification de leur activité vitale, et cet état constitue (^ qu'on nommé surdité nerveuse. L'ouïe présente des changements considérables , elle est afiaiblié sans qu'il^soit possible de constater aucune altération matérielle dans toute l'étendue de l'appareil auditif.
(1) Cette condamnation, à priori^ de tonte tentative (aile dans le but d^écliirer ces pointa obscurs, me paraît aussi peu pbilosopbique que possible. Pourquoi ne partiendrait-on pas à reconnaître quelques signes propres à indiquer le moment précis où la phlegmasie envahit le labyrinthe ? Pourquoi renoncer à des recherches cliniques qui peutent condoire à des découTcrtes utiles ? Espérons que la science sortira des étroites limites où Bi. Kramer veut renfermer, et tràTaillons i acquérir de noutelles connaissances sur ce poitit capital. P. M.
â5& MALiJNPi M h'eBMilAM IVTiPilB.
Trop souvent on a donné le nom de sArdîcé nerveuse à iine altération de louïe dont le diagnostic était enveloppé d obscurité , et cette désignation , oommode pour masquer le défaut de oonnaissaiu:es exactes du médecin ou Tinsufifiçance de ses moyens d'exploration, a jeté un grand discrédit sur cette espèce de maladie. Il en est résulté un inconvénient fâcheux. Après avoir abusé de la surdité nerveuse, on est tombé dans Texcès contraire, et beaucoup de praticiens vont presque jusqu'à révoquer m doute cette espèce pathologique. Ceux qui pensent ainsi sont dans une grande erreur. Pour avoir le droit de pror fesser une opinion motivée sur ce point, il fiiut être dans rhabitude d'explorer Toreille, et surtout de pratiquer le cathétérisme de la trompe d'Eostachi. lorsque Ton aura constaté Tabsence de tout changement matériel dans le n)éat externe et dans Toreille moyenne, on pourra , sans crainte de se tromper, diagnostiquer une surdité ner* veuse. Il est évident que les médecins anglais comme Gurtis, Steveuson, Wright , Buchanan, Saunders et Swan, ne peuvent être crus siu* parole quand ils affirment que telle surdité est de nature nerveuse, puisque ces auteurs n ont pas Tbabitudei d'explorer la cavité tyropanique. On peut en dire autant de Lentin, de Beck,de Venng,de Jos. Frank et même de Saissy. Les deux médecins auristes français, (tard et Deleau, sont les seuls qui iJBisaeot une honorable exception à cette loi de non-compéteuce ; leur habileté dans lemploi de cathétérisme des trompes donne à leur jugement en pareil cas une tout autre importance.
Les maladies du nerf acoustique se présentent sous deux formes essentiellement distinctes :
i"* Dans le premier cas, il y a exaltation de la sensibilité, c'est la surdité nerveuse avec érétbisme.
2"* Dans le second cas , il y a diminution de la sensibi* lité, et cest la surdité nerveuse torpide.
SUapiT^ VPRVEUSE. ^55
Les bourdonnements d'oreilles forment le véritable caractère différentiel de ces deux espèces de surdité; la première espèce est toujours accompagnée de ces bniUs siuguliers^la seconde nen présente jamais (i).