CHAPITRÉ V
CONSIDÉRATIONS SCR l^ PHYSIOLOGIE DE L OREILLE HUMAINE.
Tous les travaux entrepris jusqu'à ce pur pourécla»rer ce point obscur de la science, sont restes stériles, et les auteurs les plus modernes reconnaissent que Ion ne sait rien de précis sur Tusage des parties constituantes de Toreille. Itard (2) va même jusqu'à dire que nous n en saurons probablement jamais davantage. J. Mûller déclare dans sa Physiologie (tome i**, page 419) que jusque présent , lacoustique humaine n'existe pas comme science.
«Quelques savants soutiennent l'opinion -coiitraire. Ainsi, Stromeyer dit positivement que les muscles du pavillon sont destinés à multipUer les rapports des nerfs moteurs avec ceux de l'appareil auditif et à augmenter Faction de ces derniers. Valsalva prétend que la forme des cartilages de Voreille externe a une grande influence sur les ondes sonores ; d autres anatomistes affirment que le tympan se relâche quand il y a des sons aigus, qu'il se tend sous Tinfluence des sons graves, que les vibrations sonores arrivent au labyrinthe par l'entremise de Iff chaîne des osselets > etc.
Quelques médecins ont essayé , dans ces derniers temps, de résoudre ces questions par l'étude des altéra*-
(1) Ce chapitre eçt nouTeau. Il doit Yenir avant les deux ou trois pages consacrées par M.Krainer à la prothèse auriculaire. Bien que ces additions de Mémoires publiés par Pauteur occasionnent des redites , des longueurs, J'ai né^é ce petit inconvénient , et n'ai songé qu'à l'a? an* tage réel de réunir dans ce tolume tous les travaux du médecin m de Berlin. P. M.
9) Traiié, etc. 1 1. p. 101. t* édit.
43? MâLAMiw m LOiuiiujj;.
tions pathologiques des diverses parties de l'oreille humaiDe, mais on possède epeor^ (fop peu de feits bien observes pour en tirer un grand parti. Ainsi j. Itard dit que le pavillon de foreille est inutile à l'audition , cpie la perforation considérable du tympan rend impossible la peroepiioa des sons graves, que les osselets de l'eufe, réunis ^n chaîne, permettent seuls de saisir les nuances ^Lélieates des sons faibles, etc. Ribes dit avoir constaté que le liquide de Cotugno ne sert pas à l'audition , puisque le sens de louïe était intact ches un individu ayatit la mambrane de la fenêtre ronde détruite.
Ces. faits, quelque peu satisAiisants qu'ils soient, me semblent devoir être recherchés avec soin : c'est la voie qu'il faut suivre pour arriver à qudque chose de positif, al j'y reviendrai h la fin de ce travail.
Les vivisections n'ont rien ajoutée nos connaissances sur oe point de |a physiologie humaine. M. Magendie dit avoir oonstaté la surdité sur des lapins à qui il avait coupé les deux nerfs trijumeaux. Que conclure de ce fiiit? N'est -il pas problable que la gravité des désordres preilhits par l'opération entre pour beaucoup dans l'absance dvs phénomènes acoustiques , et l'aoîmal , ainsi mutilé, estfil dans des conditions propres à éclairer une question aussi délicate? Cki a détruit la membrane du tympan sur des aaimaaK, mais on n'a pas obtenu de résultais capables de démontrer clairement les usages de cet organe.
Tout récemment , M. J. Mùller a fait de nombreuses aipérieoces sur des appareils acoustiques artificiels , et il en a déduit des notions précises sur l'usage particulier de la plupart des organes qui composant' l'oreille de l'homme. Les r(echercbe3 apalogues faîtes au moyeu d'yeux artificiels ont donné des résultats si saûefai* mots que l'en est porté à en attendre de semblables des expériences sur l'oreille artifiçiallp^ i^aifi le|S oiwdîttaps
•PHYSIOLOGIE DE LOSmhLJ^ HUMAINE. èSS
pliy9iqiia4 de ces deux orsanes sont sî àHférentes quoi^ ne peut conserver un pareil espoir. Pour que ces der« nières eussent quelque valeur, il iaudraît remplir les conditions suivantes.
i^ Dans tous les corps, la propriété de conduire les sons dépend de leur forme extérieure et de leur composition intérieure , et pour que deux corps conduisent le son d'une manière parfeitement égale, il &ut quils soient eux-mêmes parfiadtement semblables en tout. Toute difFérence aura pour résuhat une modification notable des propriétés condiictrices.
ao Pour apprécier la perceptibilité d'un son dans des eonditions qui ne sont pas les mêmes , il ftiut qiie ce son présente une uniformité complète pendant toute la durée de lexpérience»
3^ Le son au moyen duquel on expérimente doit pouvoir être prolongé d'une manière en quelque sorte ind^nie.
4^ Il est également nécessaire que ce son soit tout à fiMft isolé et qu aucun autre bruit ne se fàêse entendre dans le voisinage.
5^ Il doit être aussi fort^ aussi distinct que possible.
&» Enfin, il faut que le son se propage dans une direction bien déterminée , au moyen d'un intermédiaire toujours le même,, et que I4 dispersion des ondes scmores soit empêchée de la manièi*e la plus efficace.
En tenant compte de ces diverses conditioiis, et en les appliquant aux expériences de M. Millier sur lacoustique humaine, on arrive aux résultats suivants.
1^ Relativement aux conditions physiques de trans<flftîssibilité des sons , les appareils de M. Millier ne peuvent être considiérés comme suffisants. En effet, c^ sont des tubes de bois, des baguettes» des lames de liège, des cordes de boyau tendues, des morceaux desséchés dé ¥i«sie dèusocbon fi^Jim «khiUIo à volonté, et, enÇp,
42 & MALADIES DE l'oBEILLE.
quelques tubes de verre. Avec la meilleure volonté du monde, il serait difficile de trouver une gprande analogie entre ces diverses matières et celles qui constituent Fap-
. pareil auditif-de l'homme. La chaîne des osselets de l*ouïe est remplacée par une tige de bois sec, une portion de vessie de porc tient lieu de tympan, etc.; comment conclure de Tun, à lautre? quel rapprocliement peut-on opérer entre ces agents si différents? Ainsi, sons le rapport de la texture et de la composition de ces parties, lexpérience ne peut être valable en raison de 1 enorme différence qui existe entre Tappareil de M. MûUer et loreille humaine.
Sous le rapport de la forme, la différence .est bien plus grande encore. Comparez l'instrument construit par ce physiologiste avec Torgane acoustique de Thomme, et vous verrez qu'il semble avoir pris à tâche d'éviter toute ressemblance, même éloignée. Je ne veux pas m'éteodre sur ce sujet et faire ressortir les nombreuses différences qui existent ;il suffit de'liœ la description de cet api^areil et de se rappeler la structure de lorgane acoustique pour se convaincre qu'il n'y a aucune similitude entre eux. Or, eu instituant ses expériences, M. Mùller aurait dû démontrer que les sons transmis par l'instrument de son invention se propagent de la même manière que dans l'oreille humaine, et c'est ce qu'il n'a pas foit, sans doute
. parce qu'il ne lui: était pcCs possible de le faire.
2^ M. Mûller a expérimenté surdes sons qui ne remplissent pas la seconde condition de notre programme. En effet, il fait souffler dans un sifflet long de 3a centimètres par un individu qui ne peut jamais produire un son égal. Il y a nécessairement des variations d'intensité dues à la manière de respirer. Le son d'un diapason tend toujours à décroître depuis le moment où il est produit jusqu'à celui où il cesse. Une montre, au contraire^ donne toujours un son égal; et cependant M. lAiiUer ne s'est
PHYSIOLOGIE DE LOfiEILLE HUMAINE. 425
servi ^u une seule fois de ce oioyen excellent. Il dît que tout autre corps peut donner des résultats semblables, mais c^a n'est pas possible, à moins quHl n'y ait un mécanisme analogue. Je maintiens donc que des expérieïices £iites ainsi ne peuvent fournir de conclusions satisfaisantes.
3^ 11 importe beaucoup , non seulement que les sons sur lesquels on expérimepie soient toujours égaux, mais encore qu'ils aient une durée considérable, a6n que Texpérience ne soit pas interrompue, et que Ton puisse comparer les résultats obtenus dans des conditions difFérentes. Ainsi M. Millier, en tirant des sons d'un sifflet dont le bout plonge dans Teau, constate des différences, suivant que cet instrument est libre ou bien qu il est fermé par une membrane mince. Comment savoir si la plus grande force du. son perçu ne résulte pas de la manière dont on a soufflé dans le petit tube? Que conclure des autres expériences tentées par cet auteur sur Futilité de la fenêtre ronde dans la transmission des sons, sur l'importance des cloisons membraneuses mobiles et sur les obturateurs à demeure? J'avoue que je ne puis les regarder comme concluantes , d'abord en raison de l'imperfection de ces appareils , et puis parce que les bruits dont on se sert ne remplissent aucune des conditions propres à donner de bons résultats.
4^ M. Millier n'indique pas les mesures qu'il a prises pour empêcher les bruits étrangers à l'expérience, et pour prévenir la confusion qui doit nécessairement s'établir quand on ne parvient pas à isoler le son sur lequel on feit l'expérience. Ces sortes de recherches sur l'acoustique ne peuvent se faire qu'à la campagne, dans unlieu presque désert, ou à la ville, mais pendant la nuit et lors- .qae règne un silence complet. Je regarde comme nulles les expériences qui ne sont pas faites avec ces précautions indispensables.
494 HÀtAm^ Ofi LODBILLE.
5^ En acoustique, il faut bannir les termes' vagues d» plus #t de moins , et l'on doit se servir de sons d'une na* tare déterminée, comme quand on indique la tempéra* turetl'un corps ou la pesanteur de Fair, au moyen du thermomètre et du baromètre. Mais comme on kie pos-* sède pas d'instrument capable de mesurer la force d^uB son t il convient de chercher à éviter cet inconvénient en np se servant que des sons extrêmes. Comment se rendra compte du coup de sifflet étudié par M« Mûlkr? Qua veulent dire les mots de son fort, de son feible, de son nioyen , et comment les reproduire à volonté? Avec des conditions différentes de transmissibilité, il est impos* sible de luettre quelque précision daqs ces recherdies , çt je ne saurais en accepter les conséquences. Toutes laa ^xpérieqces de M. ftliiller sont frappées de nullité à mes yeuxj justement parce qu'il a toujours étudié les phéno» mènes d audition produits par des sons faibles , comme celui d'un sifflet, d'un diapason, ou par le bruit qui ré^ 9u)te 4lii rapprochement brusque des deux arcades dea- ^ires. En optique, on ne se sert pas de la flamme d'iioe bougie, mais bien d'un rayon brillant du soleil. En acoustique , il faut suivre la même voie et chercher à prodqîfe un son très éclataut, très prolongé, et toujours également intense.
G"" M. Millier, dans se^ expériences , apprécie les sons ^u moyen d'un tube de verre ou de bois, qui les porte à line oreille, tandis que l'autre est fermée par^ne boqlette de papier mâché introduite dans le méat. Gela est tout à fait insuffisant, fie corps étranger placé dans le conduit se dérange , soit par les naouvements de la télé, soit par ceux de la mâchoire quand on parle; aussi ae peut-il s'opposer à la perception des sons de ce c6ié. Il est très difficile d'empêcher une bonne oi^eille d'entandiv. Il faut ,notep que rintroduet«9n d'un corps quelcoii({ae dans le méat donne lieu à des bourdMUMMai^ê qui
PHYSIOLOSIK DI l'oREIIXB HUMAINE. &27
bknt rouie aenpaie, et si Ton a rfgard à toutes ces remarques, on ne pourra pas regarder ooinnie eoncluantes (des expériences faites avec aussi peu de soin ( i ).
M. Mûller a essayé de tirer de ses expériences quelques œuséquences pratiques; mais on verra bientôt que, si bs premières sont peu satisfaisantes, les secondes If •ont peut-être moins encore. Aipsi , ee physiologiste pose en fait que les membranes conduisent d'autant moins bien le son que leur degré de'tension est plus gpand, et que loreille humaine perçoit d'autant mieux un son que le tympan est plus relâché.
Cette assertion est fondée sur des expériences faites au mofen de Tinstrument dont j ai déjà parlé. Or, le relàckement donné à la membrane artificielle n existe jamais dans le tympan ^ et il ny a aucune analogie entre ces deux objets.
J ai examiné avec un soin minutieux le tympan d'ua grand nombre de personnes jouissant d'une ouïe excelliMite; j ai exploré avec non moins dattentiop cette membraoe cheis des individus guéris de maladiesd oreilles, et ces recherches, faites sur plus de 600 individus, m'ont laujouTi montré cet organe concave en dehors, transparent» hiisant, lisse, sans aucune trace de plis ou de rides. {1 .serait impossible que ces caractères existassent s'il y avait
(1) n ne m^appartient pas de protéger M. le profiisseor Mtfler contre d^ «r^Eiiment^tion d^ M, Kramer : ce sa? «nt physiologiif^ saors bien se défendre lai-méine. Je ne pub cependant me dispenser de faire remarquer qu^en établissant ainsi à Tayance les conditions quil Teut im* peser à son adferssirt, M. Eramer a rendu le débat impossible. Son programme aurait besoin d'étrie Justifié dans plusieurs de ses parties, et Ton Toit trop quUl tend à proscrire toutes les expériences faites sur IV coustique humaine. Chacun sent combien il faut être réservé dans les eenelastens que Ton tire d^obaerrations de ce genre , et eembîeii II est fiunle de se tromper dans les rapprochements que Ton établit eu pareiUe matière ; mais ce n*est pas une rabon pour frapper de nullité tous les travaux entrepris dans le but de Jeter quelque Jour sur les phénomènes gai ae passent sa saui de aes ersiasi. P. if .
UD relâchement quelconcpie. J'ajoute que depuis WilKs, qui a inventé ce relâchement de la clpison tympanique, personne, jusqu'à ce jour, na décrit les caractères de cet état, que je regarde comme imaginaire.
Si Tétat de tension est normal pour le tympan sain qui perçoit le mieux les sons , il faut attacher peu d'impor* tance aux expériences que Ton pourrait feiire sur cette membrane malade, car, même dans ce dernier cas, on la trouve encore parfaitement tendue. Je Kai rencontrée dans cet état sur plus de 3,ooo malades examinés très attentivement au moyen du spéculum et de la lumière directe. Lorsque la phlegmasie dont elle est atteinte a fortement altéré son tissu , on la trouve quelquefois épaisse, opaque; elle a perdu sa concavité normale; elle se recouvre de végétations charnues; enfin, elle s'ulcère, se perfore, et encore, dans ces circonstances, on ne peut constater de relâchement.
J'ajouterai à ces £aiits incontestables que j'ai très souvent provoqué l'activité, de l'audition pendant que j'explorais ainsi l'oreille, et que jamais il ne m'est arrivé de Toir le tympan éprouver un mouvement quelconque au moment où je produisais un grand bruit ou des sons graves. Dès lors, il devient impossible de soutenir la thèse contraire autrement que par des suppositions gratuites, et ces sortes d'arguments n'ont aucune valeur dans une question de ce genre.
On peut répéter facilement les expériences suivantes. Si l'on fait un violent effort d'expiration , le nez et la bouche étant fermés , l'air s'accumule dans les caisses ; si , au contraire, l'on fait , dans les mêmes conditions, une effort d'inspiration , l'air est attiré , et la caisse s'en trouve privée jusqu'à un certain point. Ces deux états opposés ont à peu près la même influence sur l'ouïe. Suivant moi , cela ne prouve pas que le tympan ait changé de forme , et que sa tension ait subi des variatioas ; du
PHYSIOLOGIE DR l'oREILLE HUMAINE. 429
mouds, n*ai-je rien aperçu de semblable en explorant cette membrane pendant la durée de ces expériences. Cependant Joraqne Fair s accumule dans la caisse, on voit quelquefois (i) le tympan se g^onSer un peu sur les parties latérales de In longue blanche du marteau^ Je ne piiis considérer cela comme un relâchement de la membrane, et je ne crois pas que laflaiblissementde l'ouïe, qu'on observe alors, dépende de ce changement de forme; peutêtre cette légère surdité est*eUe le résultat de la condensation de l'air dans la caisse ou de quelque modification des parties situées dans cette cavité. La même chose ar« rive sans doute lorsque l'air est raréfié, et rien de tout cela ne peut servir de base solide à la théorie du relâchement de la cloison tympanique.
Suivant le professeur J. Mùller , il n'opt pas rare de rencontrer des sourds qui entendent encore assez bien les sons aigus, et ce physiologiste cite un de ses collègues de rUniversité qui se trouve précisément dans ce cas. Il pense que cela dépend d'un excès de tension du tympan.
J*aflBrine à mon tour que sur plus de trois mille per* sonnes affectées de diverses maladies d'oreille et de surdité à tous les degrés , je n'en ai pas vu une seule qui fût en état de distinguer les sons aigus des sons graves ; tous les malades entendent mieux les premiers, quelle que soit, du reste, la partie de 1 organe auditif qui soit affectée. Ce phénomène est trop général pour que Ion puisse l'attri-
(1) Ce que M. Kraroer a tu quelquefois , Je Pai vu très souTent, et ce gonflement du tympan, quand Vair est poussé dans la caisse, est un phénomène constant. Comment alors accepter les conclurions du paragraphe précédent? Comment croire à cette immobilité du tympan, sur laquelle M. Kramer revient toujours? Cet organe est solidaire de tous les mouvements de la chaîne des osselet»; le marteau et Télrier ont des muscles : il faut bien que ces muscles ser? ent à quelque chose, et il serait absurde de supposer le contraire. La mobilité du tympan est très peu apparente, sans nul doute; mais ce n^est pas une raison pour la nier.
610 MALADIB8 DE L OREILLE.
biier à une lésldu délermiDée du tympan ou de Uiule autre partie de lappareil acoustique. Tout le inonde sah que les sons aigus s entendent de plus loin» et agissent plus vivement sur rorëille saine ; on sait également qu^il est beaucoup plus difficile d accorder les notes basses d'un violoncelle ou d'un piano que les notes les plus élevées ; mais rien de tout cela ne prouve qu^ le tympati soit plus ou moins tendu dans ces diverses opérations*
Le profi^sseuF Mûller pense que ^ quand on a afEsiire à une surdité dans laquelle les sons aigus sont encol^ assez bien perçus , ce qui indique un excès de tension du tympan, quelle que soit du reste la cause de cette lésion , il convient alors de perforer la cloison membraneuse ou même Tapophyse mastoïde*
Tout ce qu%j ai dit précédemment tne dispensera de réfuter cette opinion qui n'est pas soutenable. J'en dirai tout autant de lopinion du même physiologiste sur la contracture du muscle interne du marteau, comme cause des accidents en question. Ce sont de pures hypothèses.
M. Mûller s'est beaucoup occupé des mouvements des muscles de la caisse; il rappelle que Fabrice d'Aquapendente a déjà indiqué le bruit qui résulte des contractions de ces muscles. Un savant anatomiste possédait la faculté de les contracter à volonté , et quand on appliquait Toreille sur celle qui était le siège de ces mouvements , on entendait des crépitations très marquées. M. Mûller jouit du même privilège. Le bruit qui résulte de Faction musculaire i*esse.mble à un petit craquement subit, assez semblable au pétillement d'une étincelle électrique ; et il dit que des personnes présentes à- l'expérience ont pu entendre ce bruit à la distance de 60 centimètres, et même d'un mètre.
Je ne puis accepter ces faits , ils me paraissent pure* ment imaginaires. Comment un muscle, en quelque sorte microscopique, ferait il un lel bruit en se contractant,
PlfTSlOLOGIE DE L OREILLE HVMAINE. /)3i
tandis (}ue lèa muscles les plus puissants du bras et de la cuisse ne donnent lieu à aucun bruit appréciable , tnéme dans leur action la plus éner^jique (i) ?
Les maladies de la trcNBpe d*Eustachi « dit M. J. Mill* ler^ prouvent que ce conduit a une Influedce extrême sur Touîe ; son occlusion entraîne la dureté d'oreille et les bourdontiementS) etc. Je dis à cela que rien n est plus rare qu'une affection bornée au conduit guttural de la caisse : presque toujours la maladie occupe à la fois la^ trompe et la caisse ; en conséquence , les syropt4)mes qui ed résultent appartiennent à des lésions multiples^ J'ajou^ terai que, dans la moitiéenviron des affections icatarrhales de Toreille moyenne, les bourdonnements manquent ^
M* Millier dit que les lésions pathologiques de la caisse ne fournissent pas de données exactes pourapprë* cier les fonctions de cette cavité ; que Cheselden a noté une surdité produite subitement par Finjection d'une petite quantité d'eau dans la caisse; tandis que Saunders a vu un inalade ayant l'ouïe dure éprouver un grand soulagement à la suite d'une injection semblable.
Cette contradiction apparente s'explique aisétnetlt : ces deux chirurgiens ont injecté de Teau dans la caisse sans savoir dans quel état se trouvait cette cavité. H est certain que ce liquide froid , arrivant dans une oreille privée dé mucus , produit toujours un peu de surdité , et c'est là le cas de Cheselden i quand, au contraire, on pousse Tin* jectiou dans una caisse engouée , le mticlis peut être eu
(1) CMte réftttation KMtfmble à une plaiMnterie. H mé sera facile de mettre ces messletits d^accord, en diMnt que 1« brait entendo en pareâ cas dépend, ndn pas de la centractidii deà muscles da marteau , mais bien du moafement qu'elle imprimé ati tympan lai-méme. Ce petit cliqoetis est le résultat Ût Tespéce de plissement qu'éproute la cloison membraneuse. J'ai vit le fi'oncement de Pérgane et entendu le bruit sec qui Taceompagnait , et tout observateur attentif qui tondra y regarder de près, sera confaîncu de Teiactitude de mon assertion. P. M.
partie expulsé, et il y a diminution de la surdité. C est ce qui est arrivé au malade de Saunders.
Peut-être, dit M. Mûller, le tympan devient-il fortement concave en. dedans lorsque, la trompe étant obstruée, Tair contenu dans la caisse se raréfie, et ajoute à la tension de cette membrane. Pour moi, je déclare que, sur 164 cas d'oblitération de la trompe d'Eustachi obser^ vés par moi , je n ai jamais constaté que le tympan offrit une concavité plus considérable que de couiume (1).
Suivant ce même physiologiste,. loblitération de la trompe n aurait pas d'influence sur la manière dont le malade perçoit sa propre voix: Je dis à cela que les sourds comprennent totijoiurs mieux leur voix que celle des autres personnes , parce qu'ils savent ce qu'ils disent , mais qu'ils n'entendent pas mieux le son qu'ils produisent que cehii qui vient des autres individus fa).
M. Millier conseille de recourir aux corps solides
(1) Mes observations, qui datent de plus de huit ao», contredisent cette opinion de M. Kramer, et je suis certain que la raréfaciion de Pair dans la caisse entraîne conslamment une dépression notable de la cloison tympanique. (Voir ma note de la page 146) 11 se passe ici une chose qui a quelque rapport avec un certain nombre de phénomènes physiques fort intéressants. Je ne puis qu'indiquer la chambre à air comprimé de M. Tabarié , les expériences du docteur Pravaz , de Lyon , sur le même procédé, les faits singuliers que Pon observe tous les Jours sur les nombreux ouvriers qui travaillent dans les houilliéres de TAi^ou , et quelques aulres cas analogues. J'ai recueilli à cet égard des renseignements d'un haut intérêt, Je me suis soumis moi-même à quelques épreuves ayant pour but une appréciation personnelle de ces phénomènes singuliers, et Je crob que la physiologie et la thérapeutique de l'oreille en retireront un notable profit.* P. M.
(2) L'occlusion du méat externe et celle de la trompe donnent constamment lieu à une sensation de gêne dans rémission de la voix, gêne qui n'exisie que pour la personne qui parle. C'est une lotirdina appliquée à un instrument sonore, et il sulBt, pour s'en assurer, de boucher les conduits auditifs avec les doigts. Tous lesjours. Je vois des individus qui, après un cathétérisme efficace de la Irompe, se félicitent de ce que leur voii eH redevenue sonore pour eux-mêmes; ils sont endiantés de constater qu'elle a repris son timbre ordinaire. P. M.
PHTSIOLOGIfi 1>E L^OREILLE HUMAINE. ASS
ébraolés par un léger choc pour s'assurer de rintégrité du labyrinthe chez les sourds qui ne perçoivent pas les ondes sonores ; ceci me'riterait des détails omis par ce physiologiste.Quels sont ces ébranlements de corps solides que Ion peut transmettre aux os du crâne? Sans doute, il veut parler d'une montre dont le tictac est perçu quand on applique Finstrument sur certains points de la tête. La même chose arrive quand on place entre une cloche qui tinte et le crâne d'un sourd une baguette qui transmet les vibrations du métal. Mais cette sensation n'estelle pas toujours produite par les ondes sonores ? Le bruit léger que fuit un soupir de jeune fille et la détonation d'un canon de 48 arrivent aux oreilles en vertu des mêmes conditions physiques , et exigent également fintégrilé du nerf auditif.
M. Millier ajoute qu'il est des personnes entendant assez bien la voix humaine quand elle a un certain degré de force, et qui n'entendent pas le tictac d'une montre appliquée sur le pavillon de l'oreille, ou tout autre ébranlement analogue d'un corps solide mis en contact avec le crâne. Il me semble que ces faits contradictoires se détruisent mutuellement. Quelle conclusion tirer de ces observations opposées? Pour-moi , j'ai vu beaucoup de malades chez qui la surdité dépendait seulement des obstacles à l'audition situés dans le méat externe ou dans la caisse , et qui se trouvaient guéris par Tenlèvement de cet obstacle matériel. Il est évident que ces lésions physiques extérieures n'avaient aucune influence sur le nerf auditif lui-même , et que la fonction seule était empêchée. Dans d'autres cas également nombreux , la surdité existe indépendamuient de l'état normal de l'oreille externe et moyenne ; ces malades entendent les paroles , la montre, et cependant il y a un affaiblissement considérable du sens auditif. Suivant M. Mûller, ces personnes , pouvant entendre eertoins sons , devraient avoir le nerf
III MÀLADIU DB LQRElLte.
acoustique dan» Vém normal ; ei c'est ce que Vexpérwic* ae permet pas. d'admettre.
L'intégrité du sens auditif ne se juge que par le résuU tat. La faculté d'entendre s'apprécie par l'expérience ; if faut que loreille entende de la même manière et à la même distance un son qui ne varie pas , et les oreilles les meilleures , les plus Bnes, sont celles qui le perçoîvent de plus loin. Mais avant de porter un jugement sur CCS organes, il fout les soumettre à une exploration minutieuse, s'assurer qu'il n'existe nulle part d'obstacle à la libre perception des ondes sonores^. Lorsque l'on a pns ces précautions, et que l'on constate qu'une personne n'entend plus les bruiu transmis par l'intermédiaire de l'air ou des corps solides çn vibration, on peut en conclure que la surdité est complète.
. Je me crois en droit de conclure de cet examen détaillé, que les expériences de M. J. Millier manquent de précision et n'ont pas pu servir de base solide aux déductions pathologiques que je viens de passer en revue. Suivant moi,Jes recherches sur l'acoustique humaine laissent cette science dans Tétat d'impertection où elle était av^nl les travaux de ce physiologiste.
INPLUBMCE DBS LÉSIONS DE LOBEILLE SUR l'aUDITION.
J'ai cherché à apprécier le degré d'influence qu'avait sur l'ouïe l'altération de chacune des parties constitutives de l'oreille, et voici à quels résultats je suis arrivé.
i** Pavillon. Je n'ai jamais eu l'occasion d'observer un individu à qui le pavillon de loreille venait d'être enlevé complètement. Pour savoir bien exactement quelle influence la perte de cet organe exerce sur l'oUïe, il faudrait faire quel(|ues expériences directes* etstirtput savoir que
INFLUENCE DES Ll^^lûl^ DE (. OBIII^U fiV^ L AUDITION. M5
le p^tifiDt çniep4ait trè# bien avant la^eident. Tout c^ que Ton a d\\ ^nr ce sujet n a aucune base solide; on n'a pas pris les précautions nécessaires pour juger la différence qui ponrr«it résulter de lablation dp cette purtie ficcessoire, par oonséquent on ne p@iit donner que des résultats approximatifs.
Il est certain que Ton entend rniem quand on plaee la main derrière Ip pavillon de loreille , même en ayant foin dcï m p^s changer la position naturelle de cet organe. Cela doit suffire pour que Ion considère 1# pavillon compte un organe destiné à recueillir 1^6 %9m at à los conduire v^rs le niéat externe,
Si Ton approcha unp montre trè^ près du pavillon» daps fin cas de surdité causée par une accumulation de céruinen dan§ le rnéat , on remarque que Ip bruit d^ Hn^tl'Bment n e^t pa? perçn par loreille malade» ce qni prpuv^ que ce bruit n est pas transmis par |a substance du pavillon. Il*es vibrations aériennes , même quand elles sont assez fortes et très voisines de rorgane, ne çont pa$ tranfmis^s par lui jnsqu an nerf aqo^stique , et çe!a est remarqnable en raison d^s ponnexions du pavillon avec le r«§(e d^, Tappareil auditif. J'ai souvent fait cette expérience iw des personnes dont toute |p maladie consistait dans cette masse de cérumen remplissant |(s méat externe.
Quand il y a une affection plus profonde de Toreille, il arrive alors qne la montre n'pst plus entendue, même Ipr^quon rapplique immédiatement sur le payillon, tandis quelle Test encore assez bien, si Ton la place §nr Tapophyse mastoïde, sur les dents on spr les j*égions osseuses yoisipes de l'oreille. On doit eu conc)urp que le pavillpn est un mauvais conducteur du sou y et ape^ du moins sous ce rapport , il contribue pep è T^^erçice dii MUS auditif.
J ai remarqué qtie dans les cas de surdUji très pronppcée. Le bruit de la piontre est mi^ux perçu par
loreille malade quand cet instrnment est placé paraijèletnent à la surface du pavillon que quand on le présente dans la direction de Taxe du méat. Cela prouve» suivant moi , que la conque sert plus particulièrement à recueillir les ondes sonores et à les conduire dans le conduit auditif externe (i).
• 2^ Méat externe. L accumulation du cérumen dans ce conduit, par suite d'une phlogose superficielle de la peati et des glandes qui le tapissent, produit la surdité à tous les degrés possibles , avec ou sans accompagnement de bourdonnements. Tout cela disparait dès que le corps étranger est enlevé. J ai vu des cas de ce genre dans lesquels une montre n'était entendue que quand elle touchait le pavillon : aussi j'en ai conclu que le méat externe était la principale voie par où pénètrent les ondes sonores , et que la masse de cérumen qui le remplit ne peut pas servir à leur transmission. Tout ce que j'ai dit à propos du pavillon* s applique aux parties constituantes du conduit auditif externe.
Il y a des cas d'engouement cérumineux considérable dans lesquels la surdité n'existe pas. Voici comment cela s^explique. Souvent les malades tiraillent le pavillon dans tous les sens , ils remuent la mâchoire en bas et latéralement, et ces mouvements transmis à la masse de cérumen modifient sa forme, la détachent d'un point quelconque des parois de l'oreille, et tout à coup l'air pénètre jusqu'au tympan en faisant enteirdre une sorte de bruit explosif qui réjouit le patient. Dès ce moment, l'ouïe se rétablit. Cela ne se rencontre que dans la portion cartilagineuse du méat^ là où il est mobile (2). Il m'est
(1) On obserre à cet égard une foule de nuances individuelles. Les sourds de profession, comme il yen a tant dans le monde, donnent à la montre qu^ils reulent entendre les positious les plus singulières, et Je ne crois pas. que Ton puisse en inférer quelque chose relativement à Tespece de surdité, à son degré, etc. P. M.
• (3) Cela n^arriVe que quand la .piasse de cérumen ne toiicbe pas le
INFLUENCE DBS LÉSIONS DE LOBBILLE SDR L AUDITION. 437
arrivé quelquefois de produire avec le cure-oreille cet écartement partiel de la masse de cérumen, et la surdité a cessé aussitôt sans que j'eusse enlevé une parcelle de ce corps étranger.
Je pense que les parois du méat externe n ont aucune influence sur les ondes sonores et que leur seul usage est de les transmettre au tympan. Cela me parait prouvé parce qui se passe dans -la circonstance indiquée plus haut. Le plus petit espace entre les parois du méat et la masse qui le remplit, suffit pour que lair arrive à la cloison tympanique , et Touïe est aussi bonne que si le canal était libre.
La forme du méat contribue très efficacement à pro* téger le tympan contre Teau froide qui pourrait le blesser. 8i Ton essaye de verser de Teau dans Toreille , le liquide pénètre difficilement jusqu'au bout, il est retenu par lairqui remplit ce conduit et il n arrive pas facilement jusqu'au fond. Les poils qui garnissent l'orifice du méat et la matière grasse qui revêt la peau , contribuent encore à ce résultat utile. Pour que le liquide instillé dans l'oreille arrive jusqu'à la membrane du tympan , il faut que l'orifice du méat soit situé verticalement; il faut, en outre, tirer le pavillon en baut eten arrière et détruire ainsi la courbure du conduit. En agissant de cette faiçon, le liquide pénètre assez facilement jusqu'au fond de l'oreille , mais encore faut-il avoir le soin de le verser goutte à goutte ou de le pousser avec une petite seringue à canule pointue.
Il est difficile d'appri§cier au juste le degré dlnfluence des lésions chroniques du méat externe sur l'audition , parce que ces sortes d'altérations se propagent le plus souvent jusqu'à la membrane du tympan , et cet organe
tympan, n^y adhère pas, car, dans ce dernier cas, les fonctions de Porgane ne se rétablissent que qnand il est enlièremcnt débarrassé de la wwA» de matière étrangère qui empêche ses vibrations. P. M.
AB8 HALAdlbS t>e LOIlElLLfc.
it'«8t plus en éiat de percevoir les sotis flVec la rëguiftrilé àol*niale)
3* lympan. J'ai pu cottstaier un gt^aud nombre de fois qu'une simple rougeur partielle de cetie ttlëtnbraDe ti*i pas d*inflttedce ft(ihedse sur louïe; et cela se remarque Mriout au moment où Ton vient dé débarrasser le taéftf externe des masses de cérumen qui le remplissent si sôu^ vent. Dons ees circonstances , le tympan (kinserVé sd frirme^ sa transparence , et la rougeur qu'on y reifiarqné disparait au bout de quetquês heures.
Sur 4^ cas d mflammation aiguë et idiopathique du tympan que j'ai obsei^vés avec soin, j'ai VU qu'il se faisait, entre les lamelles membraneuses qui (composent cet organe, une sorte d'itifilt4*ation de lymphe plastique qui otcasioune l'opacité , l'épaississement de cette Ihem^ brane , son aspect terne et sa rougeur plus ou moin^ prononaée. Lors même que cette altération n^Occiipé qu'une petite partie du tympan > l'ouïe diminue âuSslMt d'une monière très considérable » et cependant propiM^ liônnelle à Téteiidue de k lésion de nette membrane. Quand la maladie occupe tout le tympan , les ondes So^ bores qui lui arrivent ne sont plus perçues, lOfs ttiêmé qu'elles sont fortes et très voisines, comme tMslIès que produit une montre placée très près du pavillon. Cette surdité dépend manifestement de l'opacité du tympan , de son augmentation d'épaisseur , circonstances qui Uè lui permettent plus de vibrer au contact des ondeé Sonores qui lui arrivent.
Tout ceci prouverait que le tympan ne Seft à l'audition que par ses propriétés physiques, et d'une feçon en quelque sorte passive, il est impossible, jusqu'ici, dédire quelle part la forme concave de cette membrane peut avoir dans l'accomplissement de ses Fonctions. Les suites de rinflammation aiguë qui l'aftecte se font sentir^ noo seulement Jms sa structure^ âiais encore dans sa formé,
INFLOENCE DES LÉBIOMS M l'ORBILLB êUR L*AtJDlTION. hl9
et ees divers changements peuvent contribuer A produire là surdité que Ton observe alors.
Quand le tympan ainsi altéré se trouve perforé « le plus ordinairement Touïe devient meilleure et peut Se conserver très longtemps, surtout lorsque cette ouver* ture accidentelle n'excède pas le diamètre d'un petit pois. Quand, au contraire^ la perforation est plus étroite et fêê* semble à une piqûre d'épingle, Toute est plus mauvaise, ce qui Uent sans doute à oe que , dans le premier cas, les ondes sonores peuvent arriver facilement dans la cavité de loreille moyenne ( i ).
Ces observations, que l'on peut faire très souvent, prouvent selon moi que le tympan n'a qu'une influence minime sur les ondes sonores, qu'il ne les renfle pas comme on le' dit, puisque cette destruction partielle ne nuit pas A l'audition d'une manière très marciuée^ On ne peut pas croire non plus qu'il les concentre, qu'il les modifie, cftr ses conditions matérielles peuvent Subir un changement énorme sans que la fonction principale soit beaucoup Altérée. Et comme les perforations occupent le plus souvent la partie concave du tympan, au devant ou audessous de rinsertion de la longue branche du marteau, il fout en conclure que ces particularités déforme peuvent être anéanties sans nuire à l'exercice du sens auditif.
La membrane du tympan protège la caisse contre l'action de l'air et des corps étrangers ; c'est là une chose
<1) Cela tient, selon moi, à ce que rinflammstioa ehroniqae de cette ■Mibriine m cesipliftie toujours d'iule létioe analogue de la muqveute de Foreille moyenne. Cet état catarrhal donne lieu à une sécrétion mucoso-purulente qui engoue la caisse- Si la perforation est un peu large, les matières sVcouIent au dehors par cette voie facile, et TéttlÉ a*en irovwe améliorée. Lors4tue roufertore est très étroite, elle t'obstrue, il se forme des croûtes épaisses , et la surdité derieut plus forte. Ces ûdts, que f ai férifiés un grand nombre de fbiè, me paraissent in-
ft&O MALADIES DB l'oRBILLE.
importarote à considérer^ car Ton sait combien il surviait de désordres dans la cavité de l'oreille moyenne quand la cloison tympanique est perforée. Il se développe des phlegmons de 1 oreille moyenne, des altérations des os voisins, et consécutivement des méningites promptement mortdies. L'intégrité du tympan est une grande garantie contre ces accidents redoîitables.
4? Chaîne des osselets. Chez vingt-sept individus affectés d'engouement muqueux de la caisse, Fouie était tellement iaible que ma montre, qui est entendue à dix mètres par une oreille saine , ne pouvait plus Tétre que quand elle touchait le pavillon. Dans ce cas, ce n'était plus l'oreille qui percevait le son , mais bien les corps durs qui le transmettaient au nerf acoustique. Et cependant le méat et le tympan étaient sains , la longue branche du marteau se dessinait au travers de la cloison membraneuse , les ondes sonores devaient se propager par l'entremise de la chaîne des osselets jusqu'au vestibule, et pourtant, il n'en était rien.
Il a sufïi d-un peu d'air poussé dans la caisse par ma pompe pneumatique, pour rendre à l'ouïe toute sa finesse. Cet air avait chassé les mucosités qui remplissaient la cavité de l'oreille moyenne, et la fonction s'est accomplie régulièrement. Je puis conclure de ce fait :
i^ Que les ondes sonores ne sont pas transmises au* nerf acoustique par l'extrémité de la chaîne des osselets de l'ouïe ;
2^ Que les mucosités qui remplissent la caisse sont la véritable cause de la surdité ;
3* Que la propagation des sons se fait non pas au tra-i vers de la chaîne des osselets, mais bien par l'air contenu dans la caisse.
Si Von considère l'extrême ténnité du tympan et la force des vibrations ^nores qu'il doit supporter, ou comprendra qu'il est nécessaire que cette membrane
INFLUENCE DES LÉSIONS DE L OREILLE SUR l' AUDITION. 4fti
soit protégée «contre ces secousses violentes. La longue branche du marteau remplit pariai tement ce but: elle sert d appui à la cloison membraneuse, et les mouve* ments quelle subit se décomposent progressivement dans la chaîne des osselets, qui est mobile, en raison de ses petites articulations et de la réunion , sous un angle déterminé , des. différentes pièces qui la composent. Le tympan est encore protégé contre les commotions vio^ lentes par sa forme concave et surtout par sa position oblique au fond du méat.
Dans le$ efforts que Ion fait pour se moucher, il arrive souvent que lair projeté dans la caisse pousse le tympan en dehors et pourrait léser celte partie ainsi que la chaîne des osselets qui y adhère: Le muscle interne du marteau remplit ici un office important; c'est lui qui résiste à cette impulsion de dedans en dehors, c'est lui' qui retient le tympan en place quand ou insuffle de Tair dans la caisse pour guérir les affections caiarrhales de cette cavité. La pompe pneumatique , qui agit avec une grande force , pourrait déchirer le tympan si Ton n'y prenait pas garde, et cet accident m est arrivé deux fois, en dépit du mécanisme protecteur dont j ai muni Tinstrument (i).
L'air contenu dans la caisse étant le principal moyen de transmission des ondes sonores \ et ces ondes devant être dirigées vers la membrane de la fenêtre ronde ^ on voit que la forme du tympan est par&itement adaptée à cet usage. La partie inférieure et postérieure de la membrane, celle qui est située au-dessous et derrière la branche du marteau , se trouve précisément en rapport avec
(1) La même chose m^est trrÎTée (voir ma note à la page 147) en me •errant d'un insirnmentbien moins énergique. Cela tient au degré dV ■ûnciMement et de friabilité de la cloison membraneuse. Il faut aussi Be pas Oublier que les grosses sondes, qui remplissent la trompe et s'opposent par conséquent à la sortie de Pair que Ton insuffle, donnent lien à ce genre d'accident bien plus (adlement que celles qui sont d^un moindÉre ? olnne. T. M.
443 MALAOH» DB LOBBliiLH.
kl partie de la caisse où se trouve la feoélre roode : ausêî leë vibrations sonores sont transmises directement de Tune à lautre. (Jette observation est justifiée parles effets des perforations. Celles-ci soat le plus souvent situées dans la partie du tympan qui est en rapport avec la fené* tre ronde , et cela explique leur influence favorable sur la Conservation de Touïe dans ces 'cas (i).
La quantité de mucus contenue dans la caisse ne produit pas nécessairement une surdité proportionnelle. Quand cette matière est très épaisse, visqueuse, et qu'elle adhère au fond de cette cavité de (iaçon à recouvrir la membrane de la fenêtre ronde, l'ouïe est fortement aCEeo^ tëe, tandis qu elle l'est souvent beaucoup moins lorsque ces mucosités, plus diffluenteâ, laissent arriver T^ir dans les divers points de Toreille moyenne. Les effets produits par Tintroduction de lair dans cette cavité sont fort différents suivant ces diverses qualités de la matière quelle cohtient, et cela doit tenir à la position qu'elle occupe, ainsi qu'à ses rapports avec la membrane de la fenêtre ronde. C'est absolument ce qui se remarque dans le méat eftterne, quand une petite couche de cérumen visqueum revêt le tympan et produit une surdité considérable (a).
5* Membrane de la fenêtre ronde. — Même dans les cas où le tympan est presque entièrement détruit, il n'est p9à possible de constater, sur le vivant, les changements que peut subir cette memi)rane. Il n'est pas plus facile de dire
(1) M. Kramer, qui a tant blâmé les médecins coupables de quelques hypothèses , oublie dans ce paragraphe les reproches qu'il adresse k ceut qui se laissent aller à leur imagination. P. M.
(2) Ce paragraphe contient Tindication d^un phénomène très curieux que f ai étudié atec soin. Le mucus, qui remplit la caisse atuleaient eo partie , change de place suivant la position que l'on donne à la télé , «t pi%duit des phénotfiénes d'un haut intérêt, que M. Kramer parvlC avoir entrevus. Je ne puis, dans cette note, exposer, toulet les reoheralMa qw ]*ll entreprises sur oe point, et dire tout le parti que Tea peat tirer de sefaitsiaguUerpdur la phftMeflieét la sémélotiqiiè de lA cavité delV reille«ioyenne. P. M»
INFLUENCE DES LiêlOIIS M I,'ORBltiti« èDA L AUDITION. AAt
quelle pûH elle a daud raccomplisseiuetit de Fauditioni Lors métne que lod pourrait rexaminer , on ne saurait diire qtielle influence exercerait sur Touïe son inflamma* tion , son épaississement ou toute autre altération analogue, car, dans ces divers cas, les lésions de cette menl* brane seraietit compliquées d'un certain nombre de maladies de la Muqueuse de la caisse ou des autres en ganes envirotiniints. Par conséquent on ne peut rien dire sut* ce sujet qui ait quelque importance scientifique.
60 Trompé ttEustachL — Je crois qu'il est impossible de èonstatet* sur le vivant loblitération de ce canal^ et jt crois également impossible de remédier à cette oblitéra* tion qudUd on en soupçonne Texistence. Si Ton pouvait àcquérii" des notions exactes sur cet état pathologique» cela serait fort utile pour assigner la part que prend oe conduit à l'audition ^
Les rétrécissements de la trompe ne peuvent jeter quelque jour sur cette question, car ils n'interrompent pas tout à fait le passage de l'air et bissent par conséquent la caisse dans son état normal. Il est certain que \ti cordes de boyau que j'ai si souvent introduites dans la trompe rétrécie, et qui, en se gonflant, la remplissaient et l'obstruaient complètement , n'ont jamais eu d'in*- Huénce notable sur l'ouïe, lorsque la surdité dépendait d*UUe lésioti des nerFs acoustiques. D'un autre o6té> It fétabUilsement du libre passage de l'air dans ce conduit n'a pas xlimiuué cette surdité nerveuse , et il est évident que là trompe ue fait rien dans cette circonstance. Il n'y a pas méitte de preuves directes en faveur de l'opinion de teux qui disent que ce canal conduit l'air dans la caisse pour ihire équilibre à l'air qui presse le tympan au fond au méat.
Cependant, la surdité nerveuse augmente par l'accu» Aiulà'tioûdu mucus dans la cavité de l'oreille moyenne» et elle diminue quand cette matière excrétée peut sortir de la
khk IIALAPtSS D£ LOEEILLB.
caisse. Ce seul feil prouverait que la trompe est un véritable canal émonctoire destiné à porter au dehors les mucosités qui s amassent dans une cavité aérienne. Elle ne sert donc à Faudilion que d'une manière médiate et indirecte.
'j^ Nerf acoustique. — Il est impossible d'assigner un . rôle à chacune des pairies de cet organe qui se distribuent dans le limaçon , les canaux demi-circulaires et le vestibule. Il n'y a pas d expériences directes sur ces points obscurs de la physiologie. Cependant comme Tobservation directe prouve que les moindres changements survenus dans 1^ texture de ces parties si délicates sont sui^ vis immédiatement d'une surdité complète et incurable, il est probable que toutes ces subdivisions du nerf auditif se réunissent poui^une action commune et qui donne lieu à une sensation unique.