CHAPITRE VI (î
DES sauBDs-Bnnsn.
Je n ai pas l'intention de me livrer à une étude appro* fbndie de la surdi-mutité. Je veux seulement considérer cette grave inBrmité sous le rapport de son diagnostic.
Le docteur Swsd , dans on travail inséré aa tome Deaviéme des Tnm- »actiontmédieo-chirurgicale$,n cherché à démontrer que les tibralions sonores ne sont pas transmises dans ce cas an nerf acoustique par rintermédiaîre des os du crâne , mais bien par le nerf facial lui-même. Il fa même jusqu'à prétendre que la surdité dépend moins de la lésion des oerfs acoustiques que- de celle de la branche fiiciale. P. M.
(1) Traité, etc. t. lî. p. 95.
W Ce dernier chapitre de PouTrago de M. Kramer a'esl q«*nn
SOURDS-MUETS. Uk9
et la rattacher aux maladies d oreilles qui la produisent. J'examinerai également jusqu'à quel point on peut prévenir son développement, quand on est appelé en temps convenable pour traiter les maladies qui y donnent lieu. Je ne dirai rien des procédés au moyen desquels on peut suppléer le sens de Touïe , il y a à cet égard des travaux d'un haut intérêt auxquels je renvoie les personnes qui s'occupent de ce genre d'études.
Quand, par suite d anomalies congénitales de l'organe de l'ouïe , ou par suite de maladies de l'oreille survenues pendant les- premières années de la vie, un jeune enfant n'entend pas assez pour comprendre le langage des personnes qui l'entourent, il devient nécessairement muet , c'est-ù-dire , il n'apprend pas -à parler , ou il oublie promptement ce qu'il savait du langage propre h son âge. Le défaut d'exercice' entraîne la perte de la parole; l'enfant conserve à peine quelques mots usuels , encore les prononce-t-il mal, et ces restes de langage, difficiles à comprendre, rappellent le triste souvenir du malheur qui l'a frappé.
On a pensé qu'il convenait de parler à ces enfants infirmes , mais il y a quelque inconvénient à foi*cer une oreille très afFaiblie ou très irritable à entendre des mots dits à haute voix , et les tentatives de ce genre, faites avec persévérance, ont eu peii de succès. Quand il y a un reste d'audition , il peut être utile de parler à haute et intelligible voix, afin de fortifier l'organe par cet exercice, mais ces soins si difficiles ne me paraissent pouvoir donner lieu à quelques résultats favorables que quand ils s'adressent à des enfants devenus sourds vers l'âge de sept ou huit ans.
simple exposé de son opinion sor rincurabîlité de la surdi-mutité. Je ne m'arrêterai pas à indiquer toutes les omissions qui s'y rencontrent; il suffira, pour s en cojiTaincre, de lire Tadmirable travail d'itard sur ce si^ei, tome II, pages 503-520. P. U.
450 MALADIES DS l'oREILLE.
Les vices de conformation sont la cause la plus ordinaire de la surdi-muiité congénitale. On ne peut pas considérer ces lésions primordiales comme héréditaires, car jusqu'ici Ton ne connaît pas d'exemple d un enfent aourd-muet né de parents également sonrds-muets , et quand même cela se rencontrerait, il faudrait encore rechercher avec soin s'il y a eu transmission de la cause indiquée ci-dessus. On peut en dire autant des parents sourds à divers degrés qui auraient un enfant sourdmuet.
Il est certain que les sourds-muets naissent ^ pour la plupart, d'un père et dune mère entendant très bien. On observe dans le développement de la surdi-mutité congénitale des bizarreries incompréhensibles, et la nature nous dérobera toujours le secret de ces* accidents singuliers. Parmi les faiits les plus extraordinairesr de ce genre, j'en puis citer nuque j'ai tous les jours sous les yeux. Les époux Hartnuss , de Berlin , tous deux d'une bonne santé, et entendant bien, n'ayant jamais eu de sourds dans leur famille , ont eu 1 1 enfants , 5 filles douées d'une ouïe . parfaite , et 6 garçons tous sourdsmuets de naissance. La mère ne se rappelle pas avoir jamais éprouvé aucun accident appréciable pendant ses nombreuses grossesses , elle a toujours été gaie, active et bien portante. Un de ses fils a épousé une fille sourdemuette, mais jusqu'à ce jour, il n'est rien résulté de cette union«
Peut-être serait-on conduit à quelque découverte intéressante si l-'on pouvait se livrer à un examen comparatif de l'organe acoustique de tous les membi*es de cette nombreuse famille, mais cela est difficile à fuin\
On a remarqué ( i ) qu'un homme , père de trois fils éourd94nuets » et de deux filles entendant bien , était lui-même sourd de l'oreille gauche , et que la cavité de (i) R«4olpbi, Phyiiologi9, II. 1. $ 302. ana. 9.
forftillé tiloyeilfieet la pyramide aVateut beaucoup inoius de développement que leê parties semblables du côté droit. Cette observation n'aurait de valeur réelle que si la Wêtne chose se Fût rencontrée chek les deux filles , mais celles-ci entendaient à merveille, et la cause de cette anomalie reste obscure. On ne peut pas attacher plus d'importance à Certaines lésions pathologiques rencontrées dtfns la portion labyrinthique de Torgane : ainsi la présence d une matière gélatineuse dans ces cavités , le ramollièsement des neHBs acoustiques, etc., n'ëtpliquent pas davantage les singularités de ces naissances frappées d'inârmité.
On ne sait pas si les altérations de forme et<lé dimension des osselets de Fouïe ont quelque relation directe avec la surdi-mutité congénitale ; si Tabsence de quelques uns de ces osselets, si Timmobilité de la chaîne, contribuent à produire cette ftcheuse infirmité.
Pour le médecin qui est consulté sur la curabilitéd'nn enfant sourd-muet, peu importe de savoir si Touîe s'est perdue à la suite d'une inflammation qui aurait détruit tout l'appareil auditif, ou si elle a disparu après quelques affections convulsives , ou après des fluxions métastatiques dépendantes de la scarlatine, de la variole, de la rougeole, ou bien encore à l'occasion d'uù grand refroidissement, etc. Suivant moi, ces diverses causes n'ont pas la valeur qu'on leur attribue, et je crois qu'on peut les négliger. Tout au plus pourrait-on leur donner quelque importance , si la surdi-mutité se présentait cotnine une aflection idiopathique; mais dans l'immense majorité des cas , c'est une lésion syraptomatique dont il faut reconnaître les conditions particulières. 11 s'agit d'en établir le diagnostic avec tout le soin possible.
La question â résoudre en pareil cas est assez complexe. Il faut savoir quelles sont les lésions de l'oreille externe, moyenne ou interné, qui de rencontrent le plus
452 MALADIES DE L ORBILLE.
souveat chez les soords-muets, et quel est le rapport qui existe entre ce genre de lésion et labsence d audition observée.
Nous ne possédons pas de bons matériaux pour arriver à la solution de ce problème. Il n'est pas prouvé que la paralysie des nerfs acoustiques soit (i) , dans le plus grand nombre des cas , la cause directe de Tabsencc de Touïe, et par conséquent du mutisme. La paralysie complète de loreille est chose très rare, et il reste toujours un certain degré de perceptibilité auditive. Tous les élèves du professeur Pfingsten (2), directeur d'une institution de sourds-muets , entendaient à la distance de dix à douze pas un petit coup d'une baguette sur le couvercle d'une botte ; ja plupart de ces enfents entendaient le son d'un violon, soit qu'il fût produit par l'archet ou par le pincement des cordes; enfin, plusieurs d'entre eux entendaient la lettre A prononcée derrière eux à haute voix. Des expériences de ce genre ont été laites, il y a déjà longtemps, par Itard, et il a obtenu des résultats sem* blables sur les élèves de l'Institut royal des Sourds-Muets de Paris. Il dit Cependant que ia moitié environ était complètement privée de la faculté d'entendre.
Si l'on croyait , d'après ces résultats , pouvoir tenter, avec quelques chances de succès, l'éducation de cette classe d'infirmes , et apprendre à parler aux sourdsmuets , on ne tarderait pas à se convaincre que cette entreprise est hérissée de difficultés. Les obstacles ne viennent pas seulement de'la maladie, souvent inconnue, qui a produit la surdi«mutité , de ce que Ton u employé vainement diverses méthodes empiriques pour remédier à l'absence de j'audition (il faut dire que toutes ces méthodes sont insuffisantes) ; la principale difficulté natt de l'espèce de paralysie secondaire, qui est une conséquence
(1) Itard. TraiU, etc. t. II. p. 40».
(S) Nordi$ôhe$ Àrehtv. IT. p. 729.