SOURDS-MUETS
core , 6t ce fut seulement dans' le courant du dixième mob qu'il put réciter la fable le Renard et le Corbeau. Il faudrait savoir comment il Ta prononcée. Il est à noter que Trezel ne répétait les syllabes que quand il les voyait écrites , et non pas quand on les prononçait , même à haute voix; ce qui prouve, selon moi, que, dans cette circonstance, les yeux lui servaient plus que les oreilles. Enfin, après dix mois de traitement, ce jeune garçon comprenait les ordres qu'on*lui donnait, mais seulement quand il connaissait la personne qui les lui adressait; et, ici encore , je pense que la vue était plus efficace que louïe.
Cinq ans plus tard , c'est-à-dire lorsqu'il était arrivé à Fâge de quatorze ans. Honoré Trezel, suivant le propre rapport de Deleau , <» augmentait avec facilité ses connaissances par la lecture des livres que Ton donne aux enfants de huit à dix ans» ; et lorsqu'il eut atteint sa quinzième année, « il parlait et conversait avec la plus grande facilité». Tout ceci ne prouve pas, selon moi, que ce sourd-muet ait recouvré louïe,, mais bien (|ue le jeune garçon a profité d'un enseignement particulier qui s'adressait bien plutôt à ses yeux qu'à ses oreilles. Encore fiiut-il reconnaître que les progrès de Trezel sont assez peu remarquables ; car on voit souvent dansl'institution ( i ) des Sourds-Muets de Berlin des élèves qui se développent bien plus rapidement à l'aide de la vue seulement , et sans que l'on s'occupe le moins du monde du perfectionnement de l'audition.
Je ne saurais dire quelle vive impression produisit sur moi l'élève Eppner, âgé de seize ans, qui me fut présenté dans ces derniers temps. Ce jeune homme déclare n'entendre que la voyelle A , quand elle est prononcée près de lui et à haute voix. Il a passé six années dans
(1) Ladu, Andeutung d$i Verfahrem heim Unterriehiê laubitummer kindêr im Spreehm, 1835.
^58 MALADIES DE LOREILLB.
Vinstitution, et j ai été saisi d admiration en r^mend^lM lire, d'uue voix claire et harmonieuse, tous les livrer quonlui présentait; il écrivait parfaitement bien » et il possédait en outre une telle facilité de lire sur les lèvres la parole bien nettement articulée, que je pouvais converser avec lui presque ^ussi facilement qu'avec une personne ordinaire, Il était inutile de lui parler à haute voix, puisqu'il p'entendait pas du tout et que son éducation si admirable n'était qu'une conséquence de l'application du sens de la vuç à 1 étude des diverses choses qu'on lui avait apprises.
a* Une jeune 611e sourde-muette (i), traitée parDeleau et instruite delà même manière qu'Honoré Trezel, pouvait lire et prononcer tous les mots de la langue française. Je ne sais cequ'elie est devenue plus tard. Je dois déclarer ici, une fois pour tou(es, que Deleau me parait abuser de certaines expressions : ainsi il dit souvent que l'ouïe était 6ne, et cela chez des sourds- muets, et en particulier chez un jeune garçon (2) qui avait entendu le son d'une petite cloche.
30 Une autre sourde-muette (3), qui reçut des douches d air pendant dix-huit mois (de janvier 1 828 à juin 1 829), éprouva une amélioration telle ({uVlie entendait le bruit d'une voiture et pouvait comprendre et répéter tous les sons élémentaires de la langue française. On condnue de soigner son éducation, et elle paraît prêté à épeler, Iteleau fondait les plus grandes espérances sur le succès de ce traitement; mais il n'a plus été question de cette jeune malade , et jusqu'à ce jour (1 834) les écrits de ce médecin n'en font pas mention.
4^ Une jeune fille nommée Nogaret(4) entendait les
(1) Retué médicale el Jowmal de clinique, (évf. 1S27.
(2) Sur le cathétirisme de la trompe d'Eustaehi. p. 12.
(% |timiQr< aikmt<m»mpi^bre$4i^Vain^i$^Q$jiim^^c^f^^ (à) Introduction à des recherchée praUquee^ «te» p« iM»
hruiu éolîiUlQti et ipéme les sons d'une yoii^ forte Qvant que I^eleau coomiençât le traitement. Il Tentreprit en 18^9, et, en i83;2, la ninlade entendait le bruit le plus léger et lisait très bien. Ce n^édcciu disait qqe ce cas très renian|nable devait constituer un de ses plus beaux succès, si Ton se(xmdait ses efforts; et depuis ce tçiqp^ il n en a plus été question.
5"* Le jeune $ourd-muet Philippe de T.... (1), qui ne pouvait dire que le mot papa , fut traité par Deleau pen-* dant quelques mois ^ et, en 1 833 , ce médecin disajrt que soq (naïade pqurrait très facilement apprendre à parler» que sa prononciation serait très bonne. Cette ohserva- * tion, qui n a été publiée qu'en i834i ne contient cependant aucun renseignement nouveau sur ce qui a dû sur* vçnir, et Ton ne sait si ce petit malade a tenu toutes les promesses feiles par le médecin qui la soigné^
fio Une jeune soqrdetQuette, nommée Halleton()), entendait certains bruits, et même quelques sons de la voix avant que Ton essayât de la guérir; elle prononçait quelques mots avec assez de clarté , et Deleau, qui commença son traitement en i83i, n'obtint aucun résultat favorable, parce que, diril, m la malade s'était soumise trop- » tard à un traitement qui l'aurait certainement guérie si » on Teût entrepris plus tôt. •
'j* Daguenet (3), sourd-muet incomplet, parlait un peu, mais mal avant le traitement (i83i); il lisait et pouvait écrire une lettre, mais d'une façon incorrecte. Deleau lui fit des douches d'air pendant plusieurs mois, et il assure que dans le courant de i834, Touïe est devenue aussi bonne quon peut le désirer. Il est vrai que cette assertion n'est fondée que sur des renseignements écrits, le malade n'habitant pas Paris. Il faut noter que ces rensei-
(1) Loco eitato, p. 107 et 118. '
(2) Loeo ettofo. p. 115.
(3) Loco eitato. p. ISS.
gnements sont bien différents de ce que disait la mère du jeune Daguenet en i83si; à cette époque, en effet, le jeune garçon prononçait les mots plus distinctement; il parlait plus doucement, et ne criait plus comme autrefois.
8** Un autre sourd-muet nomme Lebreton (i) parlait un peu avant le traitement; il prononçait même quelques petites phrases, mais d'une manière peu intelligible , et il avait pu fréquenter une école publique. Deleau, par ses soins , parvint à lui iBaire entendre le bruit d'une montre; aussi, en constatant ce iait, ce médecin s*écrie : « Pourrait-on encore douter des résultats de ce traitement? » Le jeune Lebreton fut conBé, en i83o, à un professeur chargé de former sa prononciation; et, en 1834» on ne nous fait pas connaître quel a été le succès de cet enseignement.
90 Augustine T... (2) , sourde-muette au même degré que les malades précédents , entendait un peu la voix lorsqu'on lui parlait lentement. Deleau commença à lui donner des soins en i83i , et en i834 il se borne à nous apprendre que cette jeune fille parle mieux que les sujets des observations 7 et 8 , ce qui ne prouve pas qu'elle entendit très bien, puisque déjà elle entendait un peu avant le traitement.
10^ Une jeune fille du nom de Bar... (3), traitée comme les précédentes, apprit, à l'aide de la vue, à prononcer si ce n'est des mots, du moins quelques syllabes, et elle finit par prononcer tous les sons élémentaires de la langue française.
I lo Constance P... (4) n'obtint aucun succès pendant les huit premiers mois du traitement. Au bout d'un an
(1) Loeo 9ilato. p. 124.
(S) Loco eitato. p. 129.
(3) Ueo eitaSo. p. 157-159.
(4) Loeo eiîaio. p. 164.
seulement elle put épeler et foire ce que les élèves de rinstitut de Berlin apprennent dans l'espace de deux mois enviix)n.
lao Un sourd-muet, Jules... (i), apprit assez promptement à épeler et à lire; mais son audition se perdit complètement 9 et il ne put continuer son éducation qu'à l'aide de la vue.
i3<> Le jeune Edouard C... (2) , avant le traitement, n'entendait que les sons très forts venant d'une petite distance. Après les soins de Deleau il savait lire et parler, et il a pu faire la conversation avec le docteur Amussat. Cela ne prouve rien en faveur du retour de l'audition. J ai rapporté plus haut im lait qui prouve qu'un sourdmuet peut s'entretenir sans le secours de louïe, et les exempfes de ce genre ne sont pas rares.
14^ Charles P... fut déclaré incurable.
i5^ Benjamin Du... (3) se trouvait dans le même cas, mais on put l'instruire, et il apprit à parler sans le secours de ses oreilles.
Tel est le résultat de l'analyse des faits publiés par Deleau , et l'on a lieu de s'étonner que l'Institut de France ait accordé à ce médecin une somme annuelle de 6,000 francs pour traiter quatre sourds-muets. Parmi ces enfants, il y en avait deux, Dussault et Eugène Lecomte, qui se faisaient remarquer, avant le traitement, par ledegré d'audition dont ils étaient doués et par l|i netteté de leur prononciation. De 1826, époque où Deleau a entrepris ces cures, jusqu'en 1 834» ce médecin n'a publié aucun compte-rendu de ses travaux sur ce point si important, et nous ne savons pas même ce que sont devenus les deux sujets, ci-dessus désignés, qui donnaient de si belles espérances. Que doit-on penser d'un corps sa-
(1) Loeo dtaio. p. 166, 167.
(2) toeê eitalo. p. 168.
(.^) lûco eitato, p. 17^
^fii MALA&ies t)B l'oiieillb.
Vaut, si justement célèbre, qui a accepté sans examen des assurances aussi Taînes , et qui ne poursuit pas Jusqu'à ses dernières limites , la recherche et la constatation de la vérité?
De tout ce qui précède sur Ce grave slijet, je me crois en droit de conclure que jusqu'à ce jour, personne n^a guéri un sourd-muet, c'est-à-dire , n'est parvenu à mettre un individu affecté de cette inBrmité dans des conditions telles qu'il puisse communiquer avec ses semblables au moyen de son oreille Seule. Le problème de la curabilité de cette maladie n'est pas encore résolu , et peut-^tre doit-on douter qu'il puisse jamais l'être d'une manière satisfaisante.
On s'exposerait aux plus grandes erreurs si Ton voulait apprécier rouïe des sourds-muets au moyen d'une montre ou de tout autre bruit analogue. Ces infortunés peuvent apprendre à lire, à parler, sans entendre un son quelconque , et Ton ne doit considérer comme un cas de guérison véritable que celui dans lequel le sourd-muet pourrait converser sans le secours de la vue. Il font beaucoup de précautions pour ne pas s'y tromper.
Je regarde comme undevoir depublierdans toute leur réahté désolante les résultats négatifs obtenus jusqu'à ce jour dans le traitement de la surdi-mutité. Cela ne m'empêche point d'admettre, théoriquement, la possibilité de la guérison de cette maladie. En effet, sf cette infirmité est la conséquence de quelques unes des lésions de l'oreille externe et moyenne, que j'ai décrites précédemment, pourquoi la guérison de ces affections organiques n'aurait-elle pas une heureuse influence sur la surdité, et par conséquent, sur le mutisme qui en résulte? Pourquoi les enfants qui auraient subi ce genre de traitement favorable , ne pourraient-ils pas recevoir, comme tous les autres, les bienfaits de l'éducation auriculaire ?
âOURDS-liUETS. aOS
Ces suppositions ne sont admissibles , on le sent biep, que dans le cas OÙ le bëHF acoustique n aurait pas été paralysé par suite de quelqueslésions spéciales, ou en raison de la longue inactivité à laquelle il a ëtë réduit. Trop souvent, en efFet, ces' maladies de Toreille ne sont que des accessoires qui masquent Taltération principale de Tappareil auditif, et qui laissent celte dern^re comphétement inctirablei lors même que les autres ont été bien guéries.
46/i ADDITIONS DU TRADUCTEUR.
AMNOMB» MJ imAMTClBinU