‹ Traité des maladies de l'oreilleChapitre 43 sur 57 · RECHERCHES SUR L'ORIGINE DE LA SURDMIUTITÉ · texte numérisé non relu

RECHERCHES SUR L'ORIGINE DE LA SURDMIUTITÉ

Il ne s'agit pas ici d'un travail nouveau sur ce peint important ; je me propose seulement d'indiquer la tnarcfae à suivre poMV arriver à des résultats utiles. Beaucoup de tentatives ont été feites dans ce but, et si, jusqu'^ ce jour, elles n'ont pas encore éclairci cette question obscure, cela tient au défaut de méthode ou d'ensemble de ceux qui ont institué ces recherches. Tous ceux qui s'occupent de la surdi-mutité, à quelquç titre que ce soit, éprouvent le désir de s'enquérir des causes qui ont produit cette infirmité fôcheuse; mais ils ne savent, le plus souvent, de quel côté diriger leurs investigations, et ne recueillent que èes renseignements incomplets.

Si l'on consulte les ouvrages spéciaux sur la matière, on y trouve des opinions spéculatives à la place des faits, des théories sur le froid , sur le tempérament lymphatique, sur l'hérédité; et les esprits sérieux, ceux qui préfèrent les chiffres et les preuves aux allégations plus ou moins légères , ne savent à quoi s'en tenir sur les circonstances qui occasionnent la perte primordiale ou accidentelle de l'ouïe. On ne sait pas même , avec un peu d'exactitude, le rapport qui existe entre la surdité congénitale et celle qui apparaît depuis un an jusqu'à six ou sept ans, et même plus tard ; et cependant chacun sent combien il importe d'étudier cette question si intéressante. La perte de l'ouïe, chez les jeunes enfants, a une influence si par- Ci) Nous avons cru faire une chose utile , dans Pintérét de Toufrafe de M. Kramer, eu ajoutant les deux Mémoires qui suivent , et qui ont été publiés^r M. Meniéredans la Ga%$tt9 midieaU, 1841, 184i, 1846.

(Not$é0 l'Éditeur.)

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ticulière sur tonte leur vie, que Ton ne doit épar^er ni temps ni soins pour arriver à reconnaître les causes qui ont produit ce fâcheux résultat.

Il y a longtemps que Ton a tenté de mettre ce projet à exécution. Dans plusieurs institutions de sourds-rauets , Ton s'est occupé du soin de recueillir des renseignements sur les causes de la surdi-mutité des élèves, et des registres tei^us à cet effet contiennent quelques documents utiles pour la solution de ce problème. L'Institut royal de Paris a fait imprimer, depuis ]>lus de quinze anà , une série de questions adressées aux parents des élèves, et auxquelles ceux-ci doivent répondre exactement. Cet exemple a été suivi en Allemagne, en Italie, en Hollande et ailleurs; mais ces diverses questions n'ont pas été rédigées d'après un plan uniforme : elles sont loin de satisfaire le médecin qui recherche rigoureusement la vérité. Aussi, jusqu'à ce jour, n'a-toi) retiré que peu de fruit de ces renseignement s.

Je suis convaincu qu'on ne pourra jeter quelque lumière sur ce point qu'en suivant. une marche méthodique, régulière, et en interrogeant avec soin tout ce qui se rapporte à l'origine des individus. La science possède déjà un certain nombre de faits généraux qui doivent servir de. base aux opérations consécutives. On sait, par exemple, que certaines localités présentent plus de sourds-muets que d'autres ; que la Suisse , prise en masse et proportion gardée, en contient plus que la France; que quelques cantons de la Suisse en possèdent beaucoup plus que d'autres, etc. On sait encore qu'il y a des familles privilégiées, en quelque sorte , sous ce rapport; et ces faits acquis, reste à en trouver l'explication. Je ne prétends pas soulever le voile qui couvre ces mystères, mais je pense que l'on peut l'essayer, et avec quelques chances de succès. Voici les motifs sur lesquels je me fonde.

Les résultats statistiques consignés dans l'ouvrage de

SO

htt ADDITIONS DU TRADUCTEUR.

Schmalz, ceux qui ont été publiés dans la troisiétne circulaire de rinstitut rdyal des sourds-muets de Paris, prouvent que la proportion des sourds-muets aux entendants èât loin d*étre la même dans les divers états de TEurope. Il y a même A cet égard des difFérences si considérables , qu'on serait porté à croire qu'elles tiennent à des recensements inexacts. Entre un sur cent et un sur trois mille, la marge est grande, comme on le voit, et s'il fallait accepter ces chiffres comme réels, officiels, 1 etiologie de la surdi-mutité seraitbien moins difficile. En effet, si certains cantons de la Suisse comptent un si grand nombre de soUrds^ttiuet6,on se trouve naturellement porté à en conclure que cette localité offre des conditions spéciales qui occasionnent cette plus grande fréquence, et il ne s'agit plus que de la déterminer d'une manière positive. Si, d*une autre part, l'Angleterre, la Suède, la Prusse, voient diminuer le nombre des sourds-muets et ceux-ci devenir une rare exception, il faudra bien reconnaître que là se trouvent deç circonstances Eeivorables qui manquent plus ou moiùs dans d'autres pays. Ceci se réduit donc à une questioU d'hygiène générale , et c'est le premier point sur lequel je crois devoir insister.

Tout le monde sait que Thomme, quelque habile qu'il soit h lutter contre les influences climatériques , subit de profondes modifications de la part des milieux ambiants. Les peuples qui occupent les principales divisions du globe doivent aux pays qu'ils habitent des caractères physiqued spéciaux, des formes générales qui constituent les races et se conservent en dépit des migrations les plus lointaines. Cette première vérité conduit à une autre que voici. Les climats exagérés, exclusifs , où régnent constamment certains états atmosphériques , produisent bien* plus efficacement encore des dispositions organiques qui rompent l'équilibre et constituent des individualités très tranchées et voisines de l'état maladif. Or, ces diverses

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manières d*étre se propagent et s'accroissent dans les générations successives ; elles deviennent aux yeux de lobservateur, de grandes expériences dont la nature feit les frais, et qui contribuent singulièrement à dévoiler lorigine de beaucoup de maladies constitutionnelles.

Pour nous borner ici au point en question , peut-od dire que certains climats favorisent la Surdi-mutité congéniale? L'observation directe prouve-t-elle que quelques localités renferment un plus grand nombre de sourdsmuets que la plupart des autres pays? Les renseignement? recueillis jusqua ce jour démontrent clairement Taffirmatite , et Ton ne peut rien opposer à ces chiffres positifs. L'Europe centrale et les États-Unis d'Amérique ont procédé à des recensements dont l'exactitude est sufB-^ samment garantie pour que l'on doive en tenir compte dans un travail comme le nôtre, et nous nous en contenterons jusqu'à nouvel ordre.

Il y a , dans le canton de Berne (i), un Sourd-muet sur deux cents habitants; dans le canton de Zurich, la pro^ portion est d'un sur neuf cents. Nous avons lieu de croire que la plupart des autres cantons flottent entre ces deux limites, et qu'en somme la Suisse offre beaucoup plus de sourds-muets que les autres États de l'Europe. Voilà le fait tout simple ; mais quelle en est la cause , et peut-on l'apprécier?

Tous Ceux qui ont parcouru la Suisse et qui ont exa* miné avec soin l'espèce de maison appelée chaki^ ont été frappés des inconvénients nombreux de ce genre de construction. Tout, dans ces sortes d'Iiabitations , semble avoir été disposé pour empêcher l'action bienfaisante de l'air et de la lumière. Je ne parle pas de ces chalets de plaisance, pavillons élégants destinés aux

(i) Voir les Annalêê de VidncaHon d$$ êo%»rdê^mu$t$ et 4ê$ av$u§U$ (reme des institutions qui leur sont consacrées en France et à Pétran* ger) i par M. £d. Mord. Paris, rue de fEst, 21.

&68 ADDITIONS DU TAADUCTEUfi.

gens riches y aux voyageurs, et qui offrent en général tous les petits perfectionnements dus aux progrès du luxe et à la nécessité du confort. Il s agit des chalets obscurs, écrasés, noircis et moisis par le temps et l'humidité, percés de petites fenêtres rarement ouvertes, coiffés de ces toits immenses qui nfettent la famille, les bestiaux et les fourrages à Tabri de la pluie; il s'agit de ces maisons en bois qui constituent de pauvres villages perdus dans les vallées de Thun, de Signau et de Schw^arzenburg; et ceux qui ont pris la peine de pénétrer dans ces sombres demeures se demandent comment on peut vivre dans ces tristes boîtes où Ton respire à peine un air imprégné dételles odeurs. JËn voyant s'agiter dans cette demi-obscurité dé nombreuses familles mal vêtues, mal nourries , offrant de toutes parts la preuve d'une malpropreté originelle et permanente, on se demande comment l'espèce humaine résisteaux causes de destruction qui sont accumulées dans ces pauvres maisons. £n voyant tant d enfants rachitiques, scrbfuleux, idiots, sourds-muets , on cesse de s'en étonner, parce que, aux yeux de l'observateur, tout se rétmit pour con^itucr un séjpur insalubre au plus haut degré. Cette cause de détérioration de l'espèce est si évidente , si palpable, que l'on ne peut la méconnaître, et que des personnes étrangères à l'hygiène déplorent une telle incurie et plaignent ceux que la misère ou l'ignorance réduisent à s'accommoder d'habitations semblables.

En voyant les tristes résultats que produisent , sur certains ouvriers , le séjour prolongé dans des caves hufnides et obscures, l'étiolement des races parmi les tisserands , les mineurs , la détérioration profonde que subissent, dans les grandes villes, tant d'artisans qui travaillent en chambre , on arrive à cette conclusion, que le genre de vie a une influence énorme sur la constitution des individus. Tous les inconvénients précédents se ren-

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