SURDI-MUTITÉ
contrent dans les chalets suisses , et leur mode d^action sur leurs habitants est singulièrement fevorisé par d'autres conditions dont il feut tenir compte. La nourriture des familles suisses se compose presque exclusivement de laitages , de légumes , de pain grossier, mal cuit, et ces moyens de réparation sont loin de pouvoir contre-balancer Faction débilitante des causes générales. Les individus mal nourris sont Sujets à une foule d'incommodités graves ; nulle part on ne trouve autant d'afFections vermineuses chez les enfants ; le tœnia est endémique daps beaucoup de cantons de la Suisse; et enfin lexagération du système lymphatique entraîne comme conséquence les affections strumeuses les plus caractérisées. La scrofule se montre partout ; elle détermine le goitre dans le canton de Vaud , le crétinisme dans le Valais; la taille se rapetisse, les articulations s'engorgent, les dents s'altèrent, l'organisme tout entier porte le cachet spécial de cette diathèse immonde^ l'espèce s'abâtardit,- l'intelligence se déprime, et sous l'influence de cette cause active, l'humanité ne présente plus A l'observateur qu'un spectacle profondément déplorable.
Et comme si toutes ces circonstances ne suffisaient pas pour assurer ce triste résultat, il s'y joint une autre cause plus grave peut-être, et qui, dans l'ordre physique' est plus efficace encore pour vicier les générations futures dans leur source même : je veux parler des mariages mal assortis, qui donnent lieu à des produits faibles, altérés, et compromettent l'avenir des races. Les mariages, en effet, pris dans le sens matériel et au point de vue de leur résultat physique, doivent remplir certaitàes conditions qui assurent leur succès et garantissent la valeur des enfants qui en proviennent. L'expérience des siècles prouve que les races se perfectionnent ou se détériorent, suivant que les unions ont lieu dans certaines conditions d'une appréciation facile. Le plus simple bon sens, l'analogie la
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plu« vulgaire devraient conduire les hommes àlobserva* lion dç certains piîncipes danslassociation des êtres quç Ton m^iie^ on devrait croiser les races i corriger les défauts d'que famille par un état contraire pris dans un autre famille, de façon à obtenir des produits moyens per* fectionnés par cette combinaison de qualités opposées, 11 n est pas un agronome , pas un éleveur qui ne connaisse cas éléments vulgaires de toute bonne exploitation rurale; on sait varier les produits suivant le sol, renouveler les semences dans les terrains épuisés ; on sait accoupler telle espèce avec telle autre pour obtenir à coup sur des individus possédant certaines qualités ; pn sait c«la et bien d'autres choses encore; mais on oublie ces simples leçons deTexpérience quand il s agitde l'espèce humaine» On marie un garçon blond et délicat à une jeune 611e lym* phatique, et Ton déplore la faiblesse originelle des en&nt^ qui en résultent On compose ces sortes de réunions sans tenir compte des antécédents de la (amille. On oublia quM y a des scrofuleux, des phtbisiques, des idiots; on ne veut pas compter une longue suite d enfants morts en bas âge de convulsions, de méningites, de fièvres cérébrales, et Ton choisit un. survivant de cette famille à système nerveux exagéré pour le marier à un indiyidu qui présente des conditions semblables. Et l'on s étonne après cela devoir ce mariage afQigé de nombreux. décès parmi les enfants qui en naissent ; on se plaint d une union stérile , on regrette de voir s'éteindre une famille % un nom, et Ton ne songe pas à la cause qui a entratoé ces funestes résultatSt
jl y a là, comme on le voit, une balle tlièse ji soutenir, pt les arguments ne nianqueraient pas plus que les faits pour démontrer la nécessité de suivre une autre voie. Le temps nest j>as loin, je Fespère, oil la médecine inter^ viendra dans cette grave affaire. On consultera le médecin avant de 4^ider un mariage; on # enqu#rra soigpea-
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5eD3ent des antécédents d'une Famille avant de contracter ces unions intimes, on voudra assurer le sort des descendants , on prendra souci du bonheur de la progéniture , et Ton ne croira pas avoir tout fait en réunissant des fortunes égales y des héritages considérables* On s'occupera de léguer à ses enfants une constitution saine et robuste, une bonne santé, éléments de bonheur plus certains | plus positifs que largent.
Les pays pauvres, les populations peu nombreuses réunies dans des localités étroiMss, isplées par .des accidents de terrain , sans communications faciles et habituelles avec les grandes villes , où par conséquent le§ intérêts se concentrent, où le mouvement civilisateur est lent, où I9 routine exerce UQ empire souverain , où les mœurs se conservent pures, dit-oq, ces pays qui, comme la Suisse, sont partagés en provinces rivales, et où Fesp prit de caste , les idées religieuses dominent le corps social, ces pays sont préciséfnent ceuj^ où les mariages s'éloignent le plus desprinoipe^ médicaux ou physiologiques que je viens d'indiquer. Ils pèchent par divers points sur lescpiels je crois nécessaire 'de donner quelques détails*
L'âge des conjoints a une influence directe sur les produits de la conception. Les mariages entre individus très jeunes sont souvent stériles, ou du moins les enfants qui en naissent sont faibles > et succombent aux maladies du jeime âge, Gela s'observe surtout dans les familles où la puberté est tardive. Dans plusieurs cantons de la Suisse, la police est très sévère k l'égard du libertinage; I4 prostitutipp n'est ni tolérée ni organisée, comme cela se yoit partout ailleurs dans un but de salubrité pqblique : les jeunes gens que leur, position rend sédentaire3 doivent se marier de booue heure , et c'est ce qui arrive souvent A mesure que Ton pénètre davantage dans les locaUtés plus restreintes où tout le monde se connaît, s'observe et ^e sqrveille» la nécessité d'uoe upion précoce se fiiit
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sentir plus vivement , et de là le peu de valeur des produits d'une virilité prématurée.
La diflflérence d'âge entre les époux donne lieu à des remarques qui ne sont pas sans importance dans la question que nous traitons en ce moment. Void des faits qui ne sont pas encore assez nombreux pour entraîner la conviction, mais que Ion doit prendre en considération dans la reclierche des causes déterminantes de la surdi-mutité congénitale. J ai souvent noté que les parents des sourdsmuets offraient entre eux un rapport d'âge tout à fait remarquable. Dans beaucoup de cas , le mari est plus jeune que la femme; souvent ils ont, à très peu de chose près , uïï nombre égal d'années, et très rarement il existe un rapport contraire. Voici comment les choses se passent habkuellement. Ou sait que , dans les campagnes , beaucoup de filles laborieuses et économes amassent leurs gages , entassent leurs petits profits , grossissent sans cesse leur pécule, et arrivent ainsi à trente ou trentecinq ans sans avoir songé à se marier. La possession d'un petit trésor attire les prétendants, et, dans la plupart des cas, un jeune^homme de vingt à vingt-cinq ans, sans fortune, épouse la vieille fille, prend une ferme à exploita* tion et fonde une famille nouvelle. Ces sortes de mariages sont très communs dans les pays pauvres, et, pour ma part, j'ai eu l'occasion d'en constater un bon nombre parmi les ascendants de nos élèves sourds-muets. Cette grande différence d'âge entre le père et la mère doit-elle être regardée comme une cause de détérioration du produit de la conception ? peut-on tirer de feits semblables et assez nombreux une conclusion directe et formelle contre les mariages de ce genre? Je ne crois pas qu'il soit rigoureusement possible d'établir la chose en principe et de formuler d'avance les suites désastreuses que doivent avoir , pour les enfants à naître , ces mariages disproportionnés. Cependant, en se rappelant les faits
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consignés dans les divers mémoires de M. Girou (de Buzareingues), on devra regarder ces conditions d'âge comme défavorables et de nature à compromettre l'avenir de ces fomilles. Il est à remarquer que le rapport opposé, c*est-à-dire le mariage entre un homme de quarante à cinquante ans et une femme de dix-huit à. vingt-cinq, na pas autant d'inconvénients; du moins nai-je pas eu l'occasion de noter ce fait parmi les nombreux parents de sourds-muets que j'ai interrogés depuis huit ans. Tout le monde sait que la puissance fécondante de l'homme se développe plus tard et dure plus longtemps que celle de la femme. Ce fait, parfaitement exact dans la généralité des cas , rend* compte de Tinnocuité des mariages entre les hommes déjà âgés et les femmes très jeunes; il explique également le bon état des enfants qui naissent de ces unions , et sert de base à ce dicton proverbial que les vieux maris soptsouvent de jeunes époux. Les efforts tardifs de la puissance génitale sont d'ordinaire très efficaces , et beaucoup de jeunes femmes , en pareil cas , deviennent rapidement mères de plusieurs enfants robustes qui réjouissent la vieillesse du père et anéantissent les espérances de collatéraux avides.
Il est une autre circonstance que nous devons signaler ici , parce qu'elle nous a paru , dans beaucoup de cas, exercer une influence directe sur le développement de la surdi-mutité congénitale : je veux parler des divers degrés de parenté qui existent entre les deux époux. Il se fait beaucoup de mariages entre cousins germains ; les enfiants des deux frères , des deux sœurs ou du frère et de la sœur, se marient entre eux, et, à plus forte raison, dans des degrés de parenté moins rapprochés. La loi civile ne met aucune restriction à ces unions de familles , elle laisse à cet égard liberté complète aux contractants, et ne prend aucun souci des conséquences qui en peuvent résulter. Le respect pour la liberté individuelle est poussé
hlh AODITIOIIS ou TBADUCTEUR.
à Textréme , chacun choisit à son gré la femiQtf q|ii hii convient le mieux ; la science n'est pas consulte , et bf résultats de fexpérience sont comme non avenus en pa* reil cas. La loi religieuse nous semble beaucoup plus sage. On sait combien il existait autrefois d'empêchement^ dirimants aux mariages entre parents, et combien était rigoureux sur ce point le pouvoir des évéques et des papes. La sévérité dans les temps anciens était sans doute oaiorbitante , mais elle était basée , suivant nous , sur des principes exacts que Ton a eu le grand tort de méconnaître de nos jours. L église , en interdisant le mariage à tous les degrés de parenté , avait en vue le croisement nécessaire des races , la dispersion des familles et, par suite, le perfectionnement de Tespèce. Dans lantiquité, on avait promptement reconnu les inconvénients attachés à ces unions qui tendaient à rétrécir Je cercle de la fe* mille, à concentrer les mêmes intérêts dans un petit nombre de mains et à créer des puissances isolées et né* cessairement envahissantes. Aujourd'hui Tétat civil dor mine tout : les dispenses ecclésiastiques pour les mariages entre parents, à quelque degré que ce soit, s'obtiennent nécessairement ; les intérêts de fortune qui motivent ces sortes d'unions ne viennent plus échouer contre un pouvoir qui ne transigeait presque jamais : aussi voit-on se multiplier des mariages qui sont contraires aux [doi simples notions de l'expérience et du bon sens.
Ils sont surtout très nombreux dans des localités restreintes, comme le sont certains cantons de Id Suisse, quelques îles du littoral occidental de I4 France, certaines petites villes éloignées des grands centres de populatiou, et partout enfin où des habitudes sédentaires, une vûi calme et peu de besoins s'opposent aux migrations des jeunes gens. Il résulte de là que les familles ne cpntraC' tent pas d'alliances avec les étrangers, que le sang ne se renouvelle pas, que des oonstituUons id^ntiquf S s^ tnm-
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\Bm corroborées par des éléments semblables, et que les géoérations successives se perpétuent avec leurs carac* tères propres , jusqu'à ce que Texagération même de ces états originels entraîne la perte des individus et l'extinction définitive de la famille.
Il est de fait que beaucoup de sourds-muets sont nés dans des circonstances de ce genre. Je publierai plus tard le résultat de mes recherches sur ce point éuologique ; mais je puis affirmer dès aujourd'hui que les cas de surdimutité congéniale, observés dans des familles ainsi constituées , soqt assez nombreux pour être pris en sérieuse considération. Il importe donc beaucoup d être prévenu de la possibilité de ce fait singulier, afin de ne négliger aucune occasion d observer des faits nouveaux et de re* cueillir avec le plus grand soin les renseignements capables d'éclaircir cette question si intéressante.
En Suisse , dans les contrées où chaque subdivision d'un état comporte une population peu nombreuse , il serait facile d arriver promptement à la solution de ce problème. Les registres de Tétat civil ne sont peut-être pa^ tenus avec une régularité suffisante, peut-être aussi sout-ils entre les mains des ecclésiastiques; mais en tout cas ou pourrait avoir des renseignements sur les familles, sur leurs alliances, sur les naissances et enfin sur Tétat de santé des enfants. Si le gouvernement ordonnait une i^nquéte , si Ion notait avec soin tous les cas de surdi^ mutité qui se rencontrent, et si Ion recherchait toutes les circonstances qui s'y rattachent, je ne doute pas que Ion p arrivât promptement à des résultats importants.
4iusi donc il résulte de tout ce qui précède que la 9Prdi*mutité congénitale se rencontre très fréquemment dans des pays oit les habitations sont asses malsaines pour altérer gravement la santé générale des individus , où les familles, par suite de circonstances locales, contrfHi(ei}tde$ mariogM mal assortis pour Tâge, et enin eu
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ces mariages ont lieu entre les membres des méipes familles. Ces trois points principaux n'ont pas tous une égale importance ; ils ne sont pas également prouvés par des séries d'observations nombreuses et concluantes; mais ils le sont assez pour mériter d*étre pris en considération par les bons observateurs. L attention dirigée sur ce sujet ne tardera pas à découvrir de nouveaux rapports entre la surdi-mutité et les circonstances au milieu desquelles on la voit apparaître. Voyons, par exemple, si rhérédité , toujours invoquée comme cause dans les maladies congénitales, exerce une influence réelle quand il s'agit de surdi-mutité.
La question d'hérédité se présente toujours quand il s'agit de Téliologie des affections générales, des cachexies et autres altérations profondes de l'organisme. On sait combien il est difficile d'apprécier les causes qui exercent une influence notable sur l'espèce , et tout ce qu'il y a de gratuit et de banal dans les assertions des auteurs sur ce point. Cependant il faut bien reconnaître que certaines constitutions morbides sont héréditaires, que souvent le caractère physique du père se transmet aux enfants, etque les mêmes maladies affectent beaucoup de personnes de la même famille. Que cela soit une conséquence nécessaire de l'organisation des individus , ou le résultat de l'exposition aux mêmes influences extérieures, qu'il y ait hérédité directe ou simplement similitude organique par suite de la même modification locale ou générale, toujours est-il que ces ressemblances pathologiques sont chose commune , etque l'on ne peut négliger d'en tenir compte dans toute bonne pratique médicale. Or, cela étant, peut-on appliquer ces données à l'étiologie de la surdi-mutité? Peut-on dire -que telle disposition morbide du père ou de la mère entraînera la perte primitive de l'ouïe chez l'enfant? Cette assertion paraîtrait sans doute hardie jusqu'à la témérité; mais si Tonne peut, dans cette