IMFLAMM. DU CORIUM OU PAVILLON DE L OREILLE
moins qu'il ne se développe quelque état inflammatoire éloigné, qui occasionne cette fièvre symptoraatique. Quelquefois la maladie parait se développer dans le méat auditif, et gagne peu à peu le pavillon. Lorsque le méat est le siège du mal, il en résulte toujours une surdité proportionnelle avec le degré d'occlusion de ce conduit.
La dégénérescence squirrheuse du pavillon débute * dans répaisseur de la peau. Sa marche , comme je Tai dit, est lente, ce qui la distingue nettement de la forme érysipélateuse. Elle donne lieu assez souvent à des ulcérations plus ou moins profondes, ayant une^tendance à fournir du pus de mauvaise nature , tandis qu'après Térysipèle, on rencontre seulement la forme phlegmoneuse aiguë. Enfin , cette dégénérescence squirrheuse a toujours une très longue durée, elle envahit peu à peu toute Toreille, si on ne lui oppose pas quelque traitement énergique. En pareil cas , la force médicatrice de la nature est tout à fait impuissante.
Cette maladie est due le plus souvent à une diathèse dartreuse ou lépreuse qui s'étend au pavillon et produit la dégénérescence squirrheuse de c'et organe. La malpropreté, les frottements rudes, Thabitude de se gratter, fiivorisent cette altération, qui est rendue plus facile par la rature vasculaire et celluleuse de cet organe. Si Ton y joint une nourriture malsoine, des aliments acres, irritants, on aura réuni toutes les conditions de son développement.
Le pronostic est fâcheux, car le traitement est peu efficace , surtout quand le mal est chronique. Fresque toujours le patient ne demande les conseils du médecin que quand laltération, déjà très ancienne, a envahi tout l'organe et produit une dégénérescence profonde des tissus qui le composent. Il ne faut pas oubUer que ces tissus sont doués d'une faible vitalité et qu'ils ne participent que fort peu aux mouvements généraux de l'économie.
Il feut d abord combattre la maladie de peau plus ou moins générale et dont la lésion de rofeille n'est que Tex^ tension. Les bains sulfureux et la décociion de Zittmann sont assez efficaces en pareil cas , et Ton doit y recourir sans délai. Les ressources de la thérapeutique générale doivent être employées avec persévérance afin de modifier la constitution du malade. Le traitement local devra consister en soins de propreté ; on fera tomber les croûtes qui recouverent le pavillon , on enlèvera avec soin tous les produits des sécrétions ichoreuses, et Ion soumettra le malade à un régime sévère. On donnera des purgatifs drastiques pour déterminer une dérivation puissante sur le tube intestinal ; enfin on établira une suppuration abondante au dessous de la région mastoïdienne, du côté malade, et Ton se servira pour cela de pommade stibiée. Ce moyen produit promptement une amélioration notable dans tous les symptômes. La douleur, le gonflement , la rougeur delà partie, diminuent, et le malade est très soulagé. Une pommade au zinc convient à merveille pour le pansement des excoriations ou ulcères. Ces moyens m'ont toujours suffi. Leç bainfi russes, vantés en pareil cas, n ont jamais, que je sache, produit de guérison^ leur action violente détermine pi^esque toujours une augmentation du mal (i).
Quand la lésion des parties constituantes du pavillon est portée à un point extrême, il ne faut pas balancer à enlever l'organe. On ménage autant que possible la peau saine des environs, et le bistouri détruit tout ce qui est profondément dégénéré. Dans ce cas extrême « il convient encore d'entretenir une suppuration au moyen de la
(1) On peut consulter pour la thérapeutique de ces maladies de U peau le même ouvrage de MM. Schedel et Gazenave. On troutera dans Ce traité des formules précieuses parfaitement applicables aux diverses «•péces de phlegmasies cuUnées qui envahissent le pavillon. M. Kramer me parait avoir trop facilement désespéré du succès dans le traitement de ces maladie*. P. M.
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poiiiiKiade stibiée, soit auprès de Foreille malade, soit plud lard à Fuii des bras. Le cautère peut dans ce cas prévenir les inconvénients de cette ablation subite d'une partie si gravement malade.
Observation //.— OJi trouve dans Fischer, f^om Krebse des Ohrs^ i8o4, le fait suivant : Un jeune paysan, affecté delà teigne, éprouva vers l'âge de Juiit ans, une vive «leniangeaison à Torcille droite , parce que la peau de cet organe avait été envahie par la maladie du cuir chevelu. Par suite de grattements ré|jétés,1a peau du pavillon s'idcéra, s'épaissit, et acquit un volume considérable. \.e jeune garçon était robuste, et loreille rouge et gonflée resta dans cet état pendant plusieurs années. VersTâge de qtiJnze ans, le mal fit de nouveaux progrès, et à vingt ans, le pavillon tout entier n'offrait plus qu'une masse informe, parsemée de tubercules à tous les degrés de développement. Il y avait de la suppuration vers la partie antérieure et supérieure de Tanthélix. Le docteur Fischer enleva l'oreille entière avec le bistouri, et la plaie qui résulta de cette ablation fut guérie au bout de six semaines. Ce chirurgien ne dit rien de l'influence que cetle opération dut avoir sur l'ouïe.
Obs: rvation III, — Elise Schiatter, âgée de trente ans , éprouvait depuis un mois une vive démangeaison dans le coiulutt auditif, elle se grattait sans cesse, et retirait du méat un fluide d*un blanc jaunâtre. Bientôt le cuir chevelu devint le siège d'une éruption pustuleuse, il se forma des écailles lenticulaires qui furent accompagnées (le la chute des cheveux. Cette maladie diminua bientôt , mais celle du conduit auditif devint plus incommode, t.e pavillon se tuméfia, la peau prit une teinte rouge, elle était chaude et douloureuse au toucher. I^e conduit auditif offrait les mêmes symptômes, et déplus il fournissait eu abondance une matière purulente, acre et f«tide. Toutes les parties malades se recouvraient de temps en
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temps de petites pustules qui, en se desséchant,formaieiit des croûtes minces. Bientôt survinrent des bourdonne* ments^ et louïe s'aFfiaiblit au point que ma montre n'était plus entendue. Je dilatai le méat au moyen de Féponge préparée, j'injectai chaque jour dans ce conduit- une solution de zinc ^ décigrammes de ce sel pour 60 grammes d^eau, et au bout de quatre jours oet écoulement avait disparu. La malade fut purgée et soumise à un régime tpès sévère, et le gonflement, la rougeur et la chaleur du pavillon disparurent également. Les tintements d'oi*eilles cessèrent d'eux-mêmes. L'ouïe se rétablit un |)eu, mais le fond du conduit restait un peu obstrué, parce que Téponge ne pénétrait pas jusque là. Si Ion omettait un seul jour d'employer cet agent dilatant , les parois membraneuses du conduit se gonflaient aussitôt et renouve* laieot la surdité. J eus recours à des frictions de pommade stibiée derrière le pavillon et à des injections sa* turnines dans le méat. Ces moyens eurent un grand succès 9 et le méat ayant repris son diamètre ordinaire, Touïe s'améliora beaucoup. Ma montre put être entendue à i5 centimètres de distance. Mais le tympan,. qui avaitété atteint par la maladie, conserva une opacité complète et un léger épaississement. Il est probable que la faiblesse del'ouïe était le résultat deces deux altérations organiques. Observation IF, — Madame Biirckner , âgée de cinquante-quatre ans , d'une bonne constitution , est deve* nue sourde à l'âge de seize ans , à la suite de la variole. L'oreille gauche s'affaiblit la première , la droite se prit ensuite, et cette surdité s'accompagna de tintements, de gonflement du pavillon et d'une otorrhée abondante. On a administré successivement les bains russes, les fomentations aromatiques , les instillations d'eau de Cologne, l'huile de Cajeput , les eaux thermales de Warmbrunn et de Carlsbad , enfin l'électiicité et une foule d'autres moyens, mais sans succt^s, et même le mai devint
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peu à peu fort grave. Je trouvai les deux oreilles d'un rouge brun, tuméfiées, couvertes de S(iuau)mes sèches et de pustules ulcérées envahissant la peuu des régions voisines. L'orifice du méat était rétréci au point de u admettre qu une sonde de la grosseur d'uqe plume de corbeau. Ce conduit fournissait une matière fluide d'un jaune ver^ dàti*e. 1^ malade était tourmentée par un bruit de ChIScadequi la privait qyelquefoisdu sommeil, et ma montre u était attendue que quand on lappuyait sur i oreille. Je prescrivis un régime sévère et des purgatifs drusticpies; je dilatai le méat au moyen de réponge][)réparée^-mais Tintroduction de ce corps produisit beaucoup de douleur et un suimement sanguinolent. Je dus pratiquer des cautérisations avec le nitrate d'argent pendant près d'iin mois avant de pouvoir intmduire fiicilement Téponge préparée, 0t encore me fallut-il Tenduire avec une pommade au zinc. Ces moyens amenèrent la résoluition du gonflement ; le flux purulent diminua peu à peu , les squames se détachèrent , et la peau reprit son caructèf^e normal. Le traitement dut être continué pendant deux mois encore; le régime fi|t toujours très sévère, on donna de fréquents purgatifs, et la maladie du pavillon et du méat disparut complètement. Mais il resta de la surdité et des bourdonnements , et Ton put se convaincre que cela dé- |>endait d'une altération profonde du tympan. Le mal était incurable.
C. — InflimmatioD do tisso cellulaire du pavillon de Toreille.
Le furoncle qui se développe sur le pavillon débute par une légère tuméfaction, de couleur plus ou moins rouge. Le malade i^essent des douleurs aiguës, presque déchirantes, et la partie affectée est le siège d'une chaleur brûlante. Le furoncle est assez ordinairement petit ,* de la grosseur d'un pois ; mais quelquefois il est gros comme une noisette , et alors le pavillon tout entier se gonfle , et même les parties voisines subissent un déve-
loppement accidentel considéi-ablé. Dans ce cas , il y a fièvre et insomnie. Cette inflammation occupe plus particulièrement la conque , Torifice du méat externe , la fosse scaglîoïde, et les lieux où le tissu cellulaire est plus abondant. Au bout de quelques jours , la rumeur phlegmoneuse a fait de rapides progrès, et la fluctuation devient manifeste. Quand le furoncle est de petit volume, on aperçoit un point jaunâtre qui indique la suppuration. La matière s'écoule mêlée ^e stries sanguinolentes, et presque aussitôt le malade est très soulagé. A la suite des gros furoncles , on observe une faillie dure et îrrégulière qui persiste assez longtemps , pendant plusieurs mois, et laisse une cicatrice. Cette maladie n'influe sur louïe que quand elle occupe lorifice du méat et lobstrue complètement. Elle a son siège dans le tissu cellulaire sous-Qutané,et se termine toujours par suppuration, ce qui ne se rencontre que rarement dans les deux formes phlegmasiques précédentes.
Il est assez difficile d'indiquer la cause des furoncles en général , et il ne paraît pas y en avoir de spéciales pour le furoncle de l'oreille. Bird (i) l'attribue aux passions tristes, mais celte étiologie n'a rien d'assez précis pour qu'on doive l'admettre. On a pu être trompé par des coïncidences tout à fait accidentelles. Je crois que les refroidissetnents ont une influence notable sur le développement de cette inflammation spéciale de la peau. Cette maladie n'offre aucun danger. Elle est fort doulou« reuse jusqu'au moment où le pus s'écoule. On doit dont hâter ia suppuration par l'usage des catajxlasmes émollients. Si la peau ne s'ouvre pas assez promptement , il faut y pratiquer une petite incision , en rapport avec le volume de la tumeur. On devra également administrer de léf ers purgatifs qui conviennent surtout quand il y a un peu de fièvre ; mais dans le plus grand nombre des cas ,
(1) Grœfê und Waliker Journ. Bd. 19. IV. p. 631-38.