CONTUSIONS
On les observe rarement dans la portion pénienne, si ce n'est quand la verge est en érection ; les raisons que nous avons données plus haut l'expliquent suffisamment : l'extrême mobilité de la verge lui permettant de fuir devant les violences extérieures, et les cuisses lui servant de rempart contre ces violences, il faut que l'érection vienne faire saillir l'urèthre en avant et lui donner la résistance nécessaire à la production de la contusion. Ici, d'ailleurs, il est assez difficile de savoir si la contusion a porté uniquement son action sur l'urèthre : cet organe est, en effet, si intimement uni aux corps caverneux, si profondément caché entre eux, qu'il est presque impossible que l'un soit atteint, sans qu'il en soit de même de Tautre. Aussi, quand la
872 MAUDIES DE L'URfrTHRE.
verge a été contusionnée, est-il ordinaire que Turèthre le soit en même temps, sans que cependant on puisse toujours se prononcer d'une manière positive à ce sujet; il est donc fort difficile de distinguer nettement les contusions de la verge de celles de Turèthre.
Dans la contusion de la partie libre de la verge, il se produit une ecchymose plus ou moins considérable, consécutive à Tépanchement sanguin sous-cutané qui se forme avec d'autant plus de facilité que les tissus sont plus lâches et le traumatisme plus violent. La couleur de la verge, au dire de Demarquay, peut devenir d'un noir si foncé qu'elle simule celle de la gangrène ; mais cette coloration se modifie assez promptement pour revêtir les diverses teintes des ecchymoses en état de régression. Si le choc a été très-violent, il se forme des extravasations sanguines circonscrites, extravalt sanguins de Billroth, dans les corps caverneux ou dans le tissu spongieux de l'urèthre. On a vu parfois apparaître une véritable tumeur qui suppurait par la suite.
La crépitation peut exister dans les cas dont nous parlons, mais ce n'est pas un phénomène constant. Quant à l'emphysème, il faut, pour qu'il se produise, qu'il y ait eu attrition des tissus et déchirure de la peau.
Nous avons dit qu'il était difficile de distinguer les contusions de l'urèthre de celles de la verge, et que, le plus souvent, les unes, se confondant avec
BLESSURES DE LlIBKTHnE. 373
les autres, présentaient les mêmes symptômes, et, par conséquent, exigeaient le même traitement. En voici un exemple ;
A. B , jeune homme récemment marié, était
depuis quelques jours accidentellement séparé de sa femme. Un matin, éveillé en sursaut et voulant s'habiller ix la hâte, il sauta précipitamment hors de son lit. Il le fit si malheureusement qu'il alla buter contre la colonne du lit. Son pénis, à ce moment en vigoureuse érection, reçut toiile la violence du choc. H entendit immédiatement un bruit sec, comme si quelque chose se rompait, et la verge devint aussitôt plus souple. 11 crut tout de suite s'être fracturé le pénis. Une extravasalion de sang suivit immédiatement cette contusion ; la verge acquit rapidement un volume double ou triple de celui à l'état normal, sa couleur devint livide; l'organe prit un aspect elfrayant. L'anxiété du malade était à son comble. Pendant plus de vingtquatre heures la tuméfaction augmenta; elle devint telle que le prépuce se rabattit autour du gland, comme dans les infiltrations séreuses ou urinaircs de cette région.
Le repos absolu au lit fut prescrit au blessé ; un traitement antiphlogislique général lui fut conseillé. Le pénis fut maintenu contre le pubis et incessamment recouvert d'applications froides.
Sous rinfluence de ce traitement simple, au bout de quelques jours, la résorption sanguine s'effectua rapidement; la résolution fut prompte, et lo
874 MAUDIES DE LURÈTHRE.
membre recouvra bien vite sa configuration et ses fonctions normales (1).
Comme on le voit, il n'y eut dans ce cas aucune hémorrhagie par Turèthre. C'est à peu près là le seul signe qui différencie la contusion simple de cet organe de la contusion compliquée de déchirure. Car s'il est impossible ou à peu près de savoir si Turùthre est atteint dans la contusion de la verge, il n'est quelquefois pas facile de reconnaître si cette contusion est simple ou accompagnée d'une solu* tion de continuité du canal.
Le traitement des contusions de la verge est simplç et consiste dans l'application de quelques topiques résolutifs : eau blanche, solution d'alun. Si le sang est épanché en quantité considérable, une compression douce pourra être exercée sur l'organe au moyen d'un bandage. En cas de suppuration du foyer sanguin, il ne faudrait pas hésitera rouvrir; cette pratique, qui a effrayé quelques chirurgiens, est conseillée par Demarquay(2) et par Voillemier (3). Cependant, d'après le premier de ces auteurs, on a vu un cas de mort par hémorrhagie, à la suite de l'ouverture par le 'bistouri d'une de ces tumeurs des corps caverneux.
Contusion de la portion périnéale. — Difficile à distinguer de la contusion de la verge, il Test encore bien davantage, au dire de M. Voillemier, de sa-
(1) Gazette des hôpitaux, i8o2, p. i5o.
(2) Malad. chirurg, dupéniSy p. 15*
(3) Malad. de Vuréthre, p. 437.
BLESSURES DE L'UR^THRE. tn
voir à quoi s'en tenir quand la violence extérieure s'est exercée sur le périnée ou sur le scrotum. L'étendue de Tecchymose n'indique ici pas grand'*chose, et l'embarras de la miction peut aussi bien tenir à la tuméfaction des tissus uréthraux qu'au gonflement extérieur qui vient comprimer le canal.
Ici, comme dans le cas précédent* c'est encore l'hémorrhagie uréthrale qui sera le meilleur indice de la lésion existante.
Le traitement sera, d'ailleurs, le même : des liquides résolutifs appliqués sur les parties contuses, des bains, peut-être des cataplasmes, sont les seules indications à remplir. Si la suppuration se déclarait, l'incision du foyer devrait être pratiquée, comme dans le cas précédent.
PLAIES DE l'uRÊTHRE.
Los plaies de l'urèthre sont, comme celles des autres organes, faites avec des instruments piquants, tranchants et contondants. A rencontre des contusions, d'ailleurs, la distinction en plaies de la région pénienne et plaies de la région profonde n'est plus aussi utile au point de vue étio« logique, car, comme nous le verrons, l'érection n'est pas aussi nécessaire à leur production.
Plaies par instruments piquants. — Ces plaies sont aussi rares dans la portion pénienne que dans la portion périnéale, parce que, comme nous l'avons dit h propos des contusions, l'ur^hre te trouve
376 MÂIAMES DE LDRÈTHRE.
protégé^ dans la première, par sa mobilité, et dans la seconde par sa situation profonde. De plus, les instruments piquants, agissant par une surface très -peu large, sont évidemment beaucoup moins susceptibles de produire des blessures. Mais, d'un autre côté, celte forme même, Tacuité de Tinstrument piquant, fait que son action, pour se produire, n'exige pas Térection de la verge. Moins fréquentes que les plaies par instruments tranchants ou contondants, les plaies par instruments piquants sont aussi moins dangereuses, la lésion n'ayant, dans ce cas, qu'une très-petite étendue. Les plaies dont nous nous occupons peuvent être produites par des agents bien différents; tantôt, c'est un clou, comme dans un cas rapporté par Demarquay(l); tantôt une épingle oubliée sur un siège sur laquelle le blessé s'est assis par mégarde. Quelquefois, et la chose n'est pas tout à fait rare, c'est un fragment d'os qui, à la suite d'une fracture du bassin, vient traverser l'urèthre. Ici, quoiqu'il puisse ne pas y avoir plaie contuse, dans le sens propre attaché à cette désignation, il n'en est pas moins vrai que la blessure est beaucoup plus étendue que quand elle est le résultat d'une piqûre d'épingle. Il en est à peu près de même quand c'est une épée ou une baïonnette qui a produit la lésion. D'ailleurs, dans les circonstances précédemment exposées, le corps vulnérant agit le plus souvent de
(I) Demarquay. Malad, chirurg. du pénis^ p. 30.
la face iaférieuK et esterai de ForètliK à sa surface interne ; (rfos ranment il exerce son aetioa de la face sapérieore à cette mrme surface interne*
Quand il s'agit d'un ccHip d>pêe ou de iMûonnette, Tactîon de Finstrunient rulnêrant peut se produire tout autrement et s>tie d^aboid fait sentir sur une région éloignée des organes génito-urinaires. Témoin ce fait, rapporté par Gaiengeot. Il s^agit d*un officier qui, ayant reçu un coup dVpée dans la région lombaire gauche, eut Furéthre percé par sa pointe et urina du sang.
La douleur, rarement Wolente, sera le plus souvent à peine sensible, si bien que, diaprés M. Voillemier, sans recchymose qui révèle Texistence de la lésion, celle-ci pourrait passer inaperçue. Mais le meilleur signe d'une piqûre de Turèthre, c'est Técoulement du sang par le méat, comme dans le fait de Garengeot ; c'est cet écoulement qui, dans les cas embarrassants, viendra lever les doutes. Du reste, si Thémorrhagie peut être insignitianto, quand ils^agit d'un instrument piquant trés-mince, il n'en est plus de même si c'est une épée ou une baïonnette; l'écoulement sanguin peut être alors abondant à ce point qu'il n'est plus suspendu que par la syncope. 11 va sans dire qu'il peut se produire une ecchymose plus ou moins étendue, une tumeur sanguine d'autant plus inquiétante, que l'urine peut se répandre dans le foyer et en provoquer ou en activer la suppuration. On doit alors redouter l'iniiltration urineuse. Celle-ci sera plus
378 MALADieS DE LHIRÊTHRE.
à craindre, comme le fait très-bien remarquer Demarquay, si la poche sanguine est placée en avant de la plaie uréthrale; car alors Turèthre se trouvant comprimé en avant de la solution de continuité, Turine qui ne peut plus s'échapper par sa voie ordinaire s'épanche dans Tintérieur des tissus.
Ici, le traitement est celui de toutes les plaies uréthrales; nous le décrirons tout à Theure. Mais heureusement les piqûres de Turèthre présentent très-rarement ce degré de gravité et leur traitement est très-simple, comme les symptômes auxquels elles donnent lieu. Quelques résolutifs appliqués sur la partie blessée, une compression légère, au besoin, seront généralement des moyens tout à fait suffisants.
Plaies par instruments tranchants. — Les plaies de Turèthre par instruments tranchants peuvent être longitudinales, obliques ou transversales.
Les plaies longitudinales sont intentionnelles ou acci' dentelles. Les premières, beaucoup plus fréquentes que les secondes, sont Tœuvre du chirurgien. 11 les pratique dans plusieurs circonstances : quand il va à la recherche d'un corps étranger, par exemple, quand il pratique Turéthrotomie externe, la boutonnière ou la taille. Ces différentes incisions de Turèthre, qui constituent de véritables opérations, seront décrites avec ces dernières.
Les plaies longitudinales accidentelles sont rares aussi bien dans la région périnéalo que dans la portion pénienne. Les symptômes auxquels elles
BLESSURES DE LTilÉTlIBR. sts
donnent lieu sont peu nombreux; la sortie par la plaie d'une urine mêlée de sang constitue le signe caractéristique de ces blessures.
Quand elles siègent dans la région prostatique ou membraneuse, les plaies de l'urètlire guérissent assez facilement; dans la région pénienne, le peu' d'épaisseur des tissus rend Taccolement de leurs lèvres assez difflcile et s'oppose à leur guérison, Il faut, dans le cas de blessures de la région pénienne, avoir recours à la suture avec dos fils d'argent très-fins pour affronter les bords de la plaie. Dans tous les cas, une sonde devra être placée à demeure dans la vessie. Ce dernier moyeu, aidé de quelques topiques froids ou astringents, serait le seul à euiployer dans le cas de blessure de la partie profonde. Cependant, si quelque artère venait, malgré l'application du ft-oid, A donner trop de sang, il faudriiit en faire la ligature, ou bien, en cas de trop grande difficulté, tamponner la plaie.
Plaies transvertoles et obUijUeii. — Ces plaies sont beaucoup plus fréquentes que les précédentes, on pourrait presque dire qu'elles constituent fi elles seules toutes les plaies uréthrales accidenteUes. C'est sur la partie libre de l'uréthre qu'on les observe en général, parce que c'est sur cette partie que s'exécutent les mutilations inspirées par la jalousie, la vengeance, la manie; quelquefois elles sont U conséquence d'un accident fortuit.
Aussi, nous devons faire ici les mêmes réflexions qu*A propos des contusions, c'esl-rt-dire que l'urè-
880 MALADIES DE L'URÊTHRE.
thre ne peut guère se trouver coupé obliquement ou transversalement, dans sa portion pénienne, sans que les corps caverneux du pénis ne soient eux-mêmes plus ou moins lésés. De plus, les instruments tranchants, ayant ordinairement une surface •plus étendue que les instruments piquants, s'insinuent moins facilement entre les parties; aussi rérection est-elle ici une condition plus favorable aux blessures de Turèthre, à moins qu'elles ne soient faites avec intention. Cet organe, en effet, est bien rarement blessé par les instruments tranchants sur sa face supérieure, car, pour cela, le pénis devrait être tranché dans toute son épaisseur, ce qui ne s'observe pas souvent; d'un autre côté, sa face inférieure étant protégée par les cuisses, ce n'est que pendant l'érection qu'elle peut être atteinte.
Quand Turèthre n'a été divisé que dans une partie de sa circonférence, la première indication à remplir c'est de placer une sonde dans la vessie. Cette opération est alors assez simple^ car Turèthre, retenu par la partie intacte, ne peut se rétracter, et en ayant soin de faire suivre au cathéter la paroi saine du canal, on l'engage facilement dans le bout postérieur. Une fois en place, on laisse la sonde h demeure, si c'est possible, jusqu'à la cicatrisation complète, cicatrisation qui s'opère le plus souvent assez promptement.
Si malheureusement l'urèthre a été complètement sectionné, c'est encore à la sonde à demeure qu'il faudra recourir. Seulement, ici ropération
BLESSURES DE L'URËTHRE. 381
n'est plus aussi simple, et les deux bouts s'écartant Tun de l'autre et se rétractant, il n'est souvent pas facile de retrouver le bout postérieur, quand on a traversé le bout antérieur. Dans ce cas, une sonde métallique et conique sera préférable à une sonde molle, parce qu'elle sera plus facilement dirigée. Une fois en place, on la laisse à demeure aussi longtemps qu'il est possible. Ici se présente une question résolue différemment par les auteurs : faut-il réunir la plaie ou laisser la cicatrisation s'opérer sans suture préalable? I/étendue de la plaie permet seule de répondre à cette question. Si la plaie est limitée à l'urèthre, on pourra peutêtre, après avoir arrêté Thémorrhagie par des lotions froides, se borner à la sonde à demeure. Mais ce cas est le moins fréquent; car il est bien difficile que tout l'urèthre soit divisé, sans que les corps caverneux du pénis soient atteints en môme temps. 11 faut alors, selon M. Voillemier, avoir recours à la suture avec des fils d'argent très-fins. Cette conduite serait assurément la seule à suivre si la plaie du pénis était fort étendue et si surtout il avait été impossible de retrouver avec la sonde le bout postérieur de l'urèthre. Un médecin s'étant divisé l'urèthre au moyen d'un rasoir, Reybard, qui avait été appelé pour lui porter secours, n'ayant pu parvenir à introduire une sonde dans le bout postérieur, se résolut néanmoins h faire la suture. Son opération fut suivie d'un heureux résultat, car vingt-quatre heures après, à la première mie-
ati MAUDIËS DE L*UR&THBfi.
tioû^ le malade urina par le méat, et sept jours après la réunion était opérée.
Si la division des corps caverneux était trèsétendue, il faudrait bien se garder d'imiter certains praticiens qui ont été assez imprudents pour retrancher le bout antérieur. Dans des circonstances semblables, la conduite à suivre serait la même que celle indiquée dans le paragraphe précédent; on débarrasserait la plaie des caillots qui pourraient y être contenus, on lierait les vaisseaux, on arrêterait par la compression Thémorrhagie en nappe des corps caverneux du pénis et du tissu spongieux de Turèthre. Puis, des tentatives seraient faites pour introduire une sonde dans la vessie. Qu'on y fût parvenu ou non, il faudrait réunir par la suture avec des fils d'argent. On a obtenu dans ces cas des succès inespérés. La seule précaution à prendre, c'est d'affronter les deux lambeaux du pénis dans une position aussi régulière que possible, afin que plus tard la copulation ne soit pas empêchée par une cicatrisation vicieuse.
Comme il est très-difficile, dans la plupart des cas, de retrouver le bout postérieur du canal avec la sonde, et que cependant c'est là un point d'intérêt capital, il pourrait être utile quelquefois de faire à la partie postérieure de l'urèthre une boutonnière par laquelle on pourrait pousser d'arrière en avant, dans lo canal, une sonde qui viendrait au-devant d'une seconde introduite par le méat dans le bout antérieur.
Une fois en contact^ cette dernière» liée à Tanterieure, servirait à l'amener dans le bout antérieur. Il ne resterait plus qu'à la placer dans la vessie, ce qui s'accomplirait avec facilité.
Demarquay a eu recours, dans les cas de cette espèce, à Topération suivante : Il pratique une incision courbe enveloppant Tanus et passant à 8 ou 10 millimètres en avant de lui. Il coupe les fibres qui, du sphincter anal, se portent sur le bulbe, décolle le rectum de Turèthre et, quand il est arrivé sur la région membraneuse, il incise cette dernière en avant ou en arrière de la prostate; c'est la taille prérectale de Nélaton.
Quand le pénis a été complètement sectionné, ce qui se voit encore assez souvent, la première indication est d'arrêter rhémorrhagie. On y parviendra de la manière que nous avons indiquée tout à l'heure. Les artères étant liées, Thémorrhagie en nappe des corps caverneux et du tissu spongieux uréthral cédera bientôt à la compression et aux topiques froids.
Ici, d'ailleurs, comme dans les différents cas que nous avons passés en revue précédemment, on placera une sonde à demeure pour empêcher, autant que possible, la rétraction du méat cicatriciel. Car celui-ci se rétrécit avec une si grande rapidité et une force si énergiciue, que ces instruments euxmêmes sont bien souvent impuissants. Aussi a-t-on proposé pour remédier à cette fatale conséquence une opération assez simple, à la vérité, mais ingé*
384 MAUDIES DE L'URËTHRE.
nieuse et efficace. Elle consiste à rabattre, de chaque côté des parois uréthrales, la muqueuse de Turèthre, et à Funir avec la peau au moyen de quelques points de suture.
Dans un cas semblable à ceux que nous décrivons, — il s'agit d'un homme qui avait eu la verge coupée par une morsure de cheval, — M. Voillemier, pour remédier à la stricture du méat, entreprit l'opération suivante : « Le 17 février, après avoir introduit assez profondément dans Turèthre une sonde cannelée, il glisse dans sa rainure un bistouri droit avec lequel il divise complètement la paroi inférieure du canal dans l'étendue de 5 millimètres. 11 obtient de cette façon une large ouverture. Mais les lèvres de la plaie pourraient se rejoindre... Pour empêcher cette réunion, on saisît, avec des pinces à érignes, la muqueuse placée en dedans de chacune de ces lèvres, et on Punit à la peau du côté correspondant, au moyen de deux points de suture. L'opération terminée, il existe un véritable hypospadias. — Pour tout pansement, on enveloppa le moignon de compresses imbibées d'eau fraîche. Le 19, la plaie est en bon état ; les bords sont seulement un peu tuméfiés. I-e malade urine facilement par un jet large et plat, à la manière des vaches. Le 21, on enlève les fils qui commençaient à amener de la suppuration. Le 23, la muqueuse et la peau sont très-légèrement écartées par places, au niveau des points de suture, et il existe entre elles un petit liséré rouge recouvert de
BLESSURES DE L'URËTHRE. tSt
pus. Le 28, cette ligne de réunion présente des bourgeons charnus très-flns et de bonne nature. Mais à la commissure de la p'iaie, ta réunion de la . muqueuse et de la peau a été complète sur chacune des lèvres dans l'étendue de 3 millimètres. Le malade urine sans douleur, et le jet de l'urine , a la forme qui a déjà été notée. 15 mars. I^a cica- i irisation est presque complète. On touche légèrement avec le nitrate d'argent quelques bourgeons charnus qui existent tout à fait en avant. Le malade a quitté l'hôpital. Il se présente à la consultation le 23 mars, et l'on touche un point qui n'est point encore cicatrisé. 5 avril. La guérison est complète; la miction s'opère très-largement (1). »
La même opération eût pu être tentée sur ce militaire dont la verge, tranchée à environ un centimètre et demi du pubis, fut retrouvée dans Vestomac d'un chien, et dont l'histoire a été rapportée dans la Gaselte des kApitaux (2).
Du reste, les rétrécissements uréthraux sont aussi bien la conséquence des sections incomplètes que des sections complètes et transversales de l'urèthre par instruments tranchants. Tôt ou tard, il y a coarctation, et coarctation d'autant plus redoutable, qu'elle est cicatricielle. Aussi, Turéthrotomie interne est-elle presque fatalement réservée aui individus qui ont subi l'une des lésions que nous venons de décrire.
[() Voillemier. Malad. de l'uràlkre. p. Wl. (t) 1861, \i. 38.
U. Cietni. 2E
Un accident redoutable des plaies transversales de l'arèthre par instruments tranchante, c'est Tinfiltratîon urineuse. La rétraction de Turëthre^ quand elles sont complètes, s^ oppose dans une certainie mesure; la preuve, c'est qu'on ne Ta pas observé dans le cas de Reybard où non-seulement Tufèthrei mais les corps caverneux, av^ent subi les atteintes de rinstrumenf tranchant. 11 n'en est pas moins vrai que si une sonde n'a pu ôtre mise dans la plaie, il faut surveiller attentivement le malade et se tenir prêt à lui porter secours et à combattre l'envahissement des tissus parPurine.
Je n'ai pas parlé jusqu'ici des plaies transversales ou obliques, par instruments tranchants, de la partie postérieure de Turèthre, parce que ces plaies sont plus rares et qu'elles offrent un moins grand intérêt. L'urèthre ne peut guère être divisé en arrière des bourses, que si le blessé s'est a<^sis sur un instrument tranchant, un tranchet de cordonnier, par exemple, comme dans un cas rapporté par Velpeau. Alors c'est la prostate (1) ou la portion membraneuse qui se trouve divisée. Mais les blessures de ces portions n'offrent pas une grande gravité, quand elles sont nettes et pas contuses. Jl y a écoulement de sang immédiatement; plus tard, quand le malade urine, ce liquide s'échappe par l'ouverture anormale. Si la plaie n'a entamé que la prostate, l'infiltration urineuse est peu à craindre,
I .. H. Pio«ird. Traité tifn iiiainfiù's ///' hi ]n'OStfitf\ 1877.
tiUL^l HRS liK L'imKTHHË.
fiarce que le tissu dense et serré de cette glande lui * otfrs une barrière difficile à franchir. Si c'est dans ' la portion membraneuse que l'urélhre a été ouvert, ia netteté de In division est une condition favorable: o>8t une véritable boutonnière par laquelle rurine. peut s'échapper. Du reste, comme il est rare que cet | organe soit alors compli'tement divisé, comme d'ailleurs les deux bouts sont moins susceptibles de s'écarter Van de l'autre et de se rétracter, une soode pourra être facilement placée dans la vessie. Ici, contrairement â ce qui se fait pour ta portion pénienne, on ne tentera point de réunir, par ues points de suture, les lèvres de la plaie, maison fera un pansement simple.
Ptaiei nmtuxes. — Les plaies confuses de l'urèthrc sout de beaucoup les plus Importantes sous tous les rapports : mécanisme, diflîcultè du diagnostic, l'onséqueDces et traitement.
Contrairement aux précédentes, elles sont plus fréquentes dans la partie postérieure du canal que dan» la partie libre.
Pour que la partie antérieure de l'urèthre soit contuse. il faut qu'elle soit comprimée entre le corps agissant et un plan résistant, le pubis, par exemple; les individus qui se rompent la coriU appuient la verge sur une table ou un banc, et la &>appent d'un coup de poing; ou bien que l'érection lui permette de s'opposer, dans une certaine mesure, au choc extérieur.
On trouve dans les antpius un certain nombre
$88 MAUDIBS DB LIJBtTHIffi.
d'exemples de ces deux mécanismes. IXaDS un cas de M. Voillemier^ c'est un individu frappé d^un coup de pied de cheval qui écrase Turèthre contre le pubis ; un autre du môme auteur nous montre un valet de chambre qui se brise Turèthre, la veille de ses noces, en poussant, avec ses cuisses, un tiroir de sa commode (1). Dupuytren a soigné un individu qui, étant pris de vin, au retour d'une noce, voulut uriner par Touverture d^une fenêtre à guillotine ; la partie supérieure de cette fenêtre, mal assujettie, lui retomba sur le pénis en écrasant rurèthre (2).
L'urèthre a pu être dilacéré d'une autre manière, quoique le pénis ne fût pas en érection : c'est ce qui se produit chez les individus qui se sont introduit la verge dans un anneau ; tantôt c'est une bague de mariage, tantôt un robinet de bain ; d'autres fois, un cheveu enroulé plusieurs fois autour de ^()^ gane, ou bien une ficelle chez les enfants qui craignent de pisser au lit.
Les plaies contuses de la portion pénienne de rurèthre sont, assez souvent, la conséquence de morsures qui n'ont pas eu pour résultat la section complète de la verge, comme dans les cas cités plos haut. Tel est le fait rapporté dans la Gazette des hôpitaux. 11 s'agit d'un enfant qui, en revenant de l'école, fut attaqué par un chien qui lui fit à la verge plusieurs morsures. L'une d'elles, située à un
(1) Voillemipr. Maladies de Vuréthre, p. 473.
(2) Lancette française, «833, p. 423.