‹ Traité des maladies de la bouche (pathologie interne): suivi d'un précis dChapitre 14 sur 21 · ULCÉRATIONS IMAGINAIRES DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

ULCÉRATIONS IMAGINAIRES DE LA LANGUE

mens répétés vingt fois par jour ; il le verra grossir ou diminuer tour à tour; et sous l'influence de ces constantes obsessions, ces douleurs imaginaires peuvent prendre dans son esprit une importance telle, qu'il n'est rien qu'il ne tente pour leur échapper.

L'idée la plus fréquente est que cette fausse sensation est le point de départ d'une aflfection de mauvaise nature, ou une manifestation tardive d'une syphilis ancienne, parfois, du reste, tout aussi imaginaire que sa prétendue manifestation elle-même.

Quant aux phénomènes objectifs, je le répète, l'examen le plus attentif n'en fait constater aucun. La muqueuse a sa couleur^ sa souplesse et sa disposition normales.

Etiologie. — De la discussion qui suivit la communication de Verneuil, et qui futreprise àla séance suivante par Hardy (1), il semble résulter que la cause la plus commune de cette affection est un état névropathique, qui, du reste, s'est parfois manifesté dans la suite d'une manière indiscutable, un des malades ayant été atteint de paralysie générale et Tautre d'ataxie.

Diagnostic. Pronostic. — Le diagnostic est tout entier dans ce qui précède. Or, comme je l'ai dit en commençant, si on laisse à l'expression de névralgie linguale la valeur que le mot névralgie a dans le langage médical, on verra que des différences caractéristiques la séparent des deux autres affections qui, comme elles, sont douloureuses.

Dans la néiTolgie, la douleur suit un trajet fixe oa occupe tout un côté de la langue ; elleest toujours vive; et, si parfois le* mouvement l'augmente, elle n'en existe pas moins au repos. Déplus, le maladeacon-

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science de Tintégrité de la muqueuse ; il sent qu'il s'agit bien d'une douleur névralgique.

Vuicération imaginaire^ au contraire, ne se révèle que par des douleurs moins vives ; sou vent même, ce n'est qu'une gêne dont le caractère le moins tolérable est la continuité. Enfin, le malade a la sensation d'une lésion qui n'existe que dans son imagination.

Quant à la glossodynie^ sa douleur n'est point localisée en un point fixe; elle occupe soit tout l'organe, soit un côté seulement; et, si elle est continue, elle est au moins considérablement augmentée par les mouvements.

Le pronostic dépend surtout de la cause dont cette fausse sensation n'est parfois qu'une manifestation précoce. Il faut nous rappeler, en effet, que souvent il s'agit ici de névropathes voués aux altérations les plus graves des grands centres nerveux. Quant à la douleur tion elle-même, il est rare de ne pas en venir à bout.

Traitement. — Ce qu'il faut au médecin, dans ce cas, ont dit la plupart des membres do T Académie qui ont pris la parole à ce sujet, c'est de l'autorité pour rassurer le malade.

Le traitement est donc surtout moral, soit qu'il ne consiste qu'en des affirmations bien nettes, soit que le médecin se donne la peine de convaincre le malade, en lui faisant constater que telle disposition, qu'il considérait comme morbide, existe chez lui sur l'autre côté, ou chez tout le monde; soit enfin qu'il croie préférable de pratiquer quelques manœuvres pour agir sur son imagination, et puiser ainsi l'autorité nécessaire pour affirmer dès lors que tout état pathologique a disparu.

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phyte, que quelques auteurs ont rencontré dans cette affection, n'a pas été retrouvé par tous; et enfin, même dans le cas où on le trouve, il ne serait, pour quelques auteurs, qu'une conséquence de la maladie, et non sa cause.

Aussi, je l'ai dit, à ces deux appellations, ai-je préféré celle, moins savante, c'est vrai, mais ayant l'avantage de ne rien préjuger sur la nature de l'affection, que lui avaient donnée certains auteurs, celle de langue noire.

Toutefois, si l'on tenait à désigner notre affection par un nom ayant une apparence plus scientifique, on pourrait, en l'empruntant à la langue grecque, lu donner celui de glossomelanie ^ qui ne serait qu'une traduction du nôtre, et qui aurait par conséquent le même avantage.

Enfin, si comme quelques auteurs tendent à le croire, l'identité du parasite qui produit la langue noire, et du tricophyton était démontrée, on pourrait la désigner sous le nom de tricophytie linguale. Mais il faudrait, pour que cette dernière appellation fût justifiée, d'abord que la nature parasitaire de l'affection fût définitivement démontrée, et ensuite que l'identité de ce parasite avec la tricophytie le fût également ; et ce ne sont encore là, nous allons le voir, que deux hypothèses.

Quoique les auteurs qui ont parlé de la coloration de la langue ne l'aient pas tous considérée comme de même nature, et que leurs descriptions diffèrent sur quelques points, je pense que tous ces cas relèvent d'uiie affection unique, et que par conséquent tous doivent être englobés dans une description commune.

D'une part, en effet, la nature de l'affection, même

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