ANAÏOMIE ET PHYSIOLOGIE DE LA LANGUE. — GLOSSITES
SOMMAIRE. — Anatomie et physiologie de la langue.
aiossites en général : Définition. — Etiologie — Svnonymie. — Division.
Glossite aiguë superficielle : Définition. — Symptômes Marciie. — Durée. — Terminaison. — Diagnostic. - 'Pronostic — Traitement
Glossites aiguës profondes : Définition. — Etiologie — bymptômes. — Anatomie pathologique. — Marche — Terminaison. — Diagnostic. — Pronostic. — Traitement. —
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
Messieurs,
Anatomie. - La langue est un organe à fonctions multiples, occupant la cavité buccale, et se mouvant librement dans cette cavité ou même en dehors d'elle.
Sa souplesse est extrême, et évidemment en rapport avec les fonctions nombreuses et délicates qui lui sont dévolues. C'est elle, en eflfet, qui joue le rôle le plus actif dans les phénomènes de la déglutition, de l'articulation des sons, et même de la mastication; enfin, c'est d.ans une partie de sa muqueuse que réside le sens du goût.
Sa forme, quoique irrégulière, peut être comparée à celle d'un cône aplati, dont la base, largement évasée, serait fixée aux diverses parties environnantes : maxillaire inférieur, os hyoïde, apophyse styloïde, etc., et dont le reste, mobile, change de forme à chaque instant.
Cependant, pour la facilité de la description, et malgré cette irrégularité et cette variabilité de forme, les anatomistes lui décrivent une face swpérieure, une inférieure, deux hords, une hase et un sommet.
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Sa structure, sauf une membrane fibreuse, le septum lingual, est exclusivement musculaire; ce qui explique son excessive mobilité, soit qu'il s'agisse tlo ses déplacements ou seulement de ses changements de forme.
Le sepium lincjual, partant de la base de l'os hyoïde, se termine vers la pointe de l'organe. Son épaisseur ne dépasse pas quelques millimètres; sa longueur, quelques centimètres; et sa hauteur, un centimètre environ.
Ses muscles, que la plupart des auteurs divisent en intrinsèques et en extrinsèques, sauf un, le lingual vertical, sont tous pairs. Leur nombre peut s'élever à dixneuf; mais il varie d'après les auteurs, l'indépendance et l'existence propre de quelques-uns de ces muscles n'étant pas acceptées par tous. Les intrinsèques sont : le lingual supérieur, le lingual inférieur, le lingual tr'ansvérse, tous pairs, et le lingual vertical, qui est impair; soit en tout sept. Quant au groupe des extrinsèques, il comprend ; les hyo-glosses, les génioglosses, les stylo- glosses , les glosso-staphylins , les pharyngo-glosses et les mnygdalo- glosses, soit en tout douze.
Tous ces muscles, d'importance variable, assez souvent mêlés entre eux d'une manière inextricable, surtout vers la pointe, sont recouverts par une membrane muqueuse.
Cette OTMgMe^^se, continuation de celle de la cavité buccale, présente les mêmes couches, et dans le même ordre de superposition; mais cependant, je dois le dire, avec des différences nécessitées par ses fonctions spéciales, et qui, ne serait-ce qu'à ce point de vue, exigent qu'elle soit étudiée séparément.
La couche épithéliale présente une épaisseur tan-
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tôt moindre (à la base), et tantôt plus grande (sur la face dorsale) ; le chorion, épaissi sur ledos delalangue, devient très mince sur les côtés et à la base; enfin, la ceUideuse, également presque nulle sur le dos, devient épaisse et lâche sur la face inférieure.
Mais ce ne sont jusque-là que des différences légères; les plus importantes sont celles qui dépendent des papilles, des glandes et des follicules clos.
D'abord, les imipilles se présentent ici avec des caractères qui les distinguent nettement de celles de toutes les autres régions. Elles affectent trois formes principales, auxquelles les auteurs s'accordent à don- . ner les noms de filiformes, de fongiformes et de caliciformes.
Les filif ormes sont réparties sur toute la surface de l'organe. Elles ont un axe cylindrique, d'une hauteur égale à deux ou trois fois son diamètre, et. portent une série de cinq à dix prolongements filiformes, recouverts d'une épaisse couche épithéliale, à laquelle se mêlent toujours des filaments de leptothrix. — Les fongiformes, plus volumineuses, sont parsemées au milieu des précédentes en nombre variable, mais surtout du côté du V lingual, sur- les bords et à la pointe. Elles sont à peu près hémisphériques, constituées par une partie du derme, et revêtues de papilles secondaires, mais peu développées et n'ayant qu'un mince revêtement épithélial; ce qui leur laisse une couleur rouge, tandis que les précédentes sont rendues blanches par l'épaisseur de l'épithélium. — Enfin, les troisièmes, ou calici formes, ont un siège d'élection bien précis. Ce sont elles qui forment le V lingual; leur nombre varie de seize à vingt. Comme les précédentes, elles sont constituées par une portion du derme,
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qui fait saillie; mais, d'abord, elles sont plus larges et moins hautes ; et, en outre, elles sont toujours placées dans une dépression de la muqueuse, dont elles sont séparées par un espace circulaire, qui reste libre. Enfin, lait des plus importants, la face externe de la papille et la face interne de la rainure présentent des cellules spéciales découvertes, presque en même temps, par Loven et par Schwalbe; ce sont les cellules sensorielles ou organes du goût. Elles sont cylindriques, au lieu d'être polyédriques ou aplaties, reçoivent une librille nerveuse par leur extrémité adhérente, et se terminent, de leur côté libre, par un bâtonnet.
Chacune de ces papilles contient des vaisseaux et des nerfs; et ces derniers, très abondants dans les papilles qui possèdent des organes du goût (les caliciformes et les fongiformes, d'après Ranvier), semblent se terminer presque entièrement dans leur intérieur.
Ensuite, les glandes ont bien la même structure que celle de la muqueuse buccale ; mais elles affectent une distribution spéciale. On les trouve, d'abord à la base de la langue, en arrière du V lingual, et aussi sur ses bords, où elles forment une ligne non interrompue, d'avant en arrière, avec cette différence, toutefois, qu'elles sont plus nombreuses en avant, où elles constituent les glandes de Blandin et de Nuhn, et en arrière, où leur réunion, à l'extrémité de chaque branche du V, est décrite sous le nom de glandes de Weber.
Enfin, comme dernier caractère distinguant la muqueuse linguale de la muqueuse buccale en général, je dois mentionner des follicules clos, qui manquent sur cette muqueuse, et qui, au contraire, existent en grand nombre sur toute la portion de la langue située en arrière du V lingual.
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Les arééres viennent de la linguale; et les veines, ayant pour origine les ranines, suivent le même trajet que les artères.
Les lymjjhatigues, très nombreux, se rendent aux ganglions profonds de la région sous-hyoïdienne.
Quant au système nei'veux, la langue, on le sait, reçoit son innervation de quatre sources : de \'hj/2Joglosse, du lingual, du glosso-pharyngienQiàw facial, par l'intermédiaire de la corde du iym2mn. Le premier, exclusivement moteur, préside à tous ses mouvements, et les trois autres se partagent sa sensibilité. Le lingual se distribue à la partie antérieure, le glossopharyngien à la partie postérieure, et enfin la corde du tympan sur les bords. Quant à la distinction à établir entre la sensibilité tactile et gustativo, quelques doutes existent encore. Cependant, il semble résulter, aussi bien des observations cliniques que des expériences de physiologie, que la sensibilité tactile appartient plus spécialement au lingual, et la sensibilité gustative au glosso-pharyngien. C'est, en effet, la partie antérieure de la langue dont le toucher est le plus délicat; et nous goûtons mieux par sa base que par sa pointe.
Physiologie. — La langue contribue à quatre fonctions :
1° La mastication; 2' la déglutition; 3' V articulation, ei 4° le sens dit goût.
1" Sous le rapport de la mastication, c'est elle qui ramène d'une manière constante sous les arcades dentaires le bol alimentaire, tant qu'elle le juge divisé d'une manière insuffisante.
Ce bol, en effet, après avoir subi la pression de ces arcades, est rejeté, soit en dehors, dans le vestibule,
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soit en dedans, dans la cavité buccale. Or, les lèvres, d'une part, en se fendant comme une sangle et en procédant du bord adhérent au bord libre, le chassent du vestibule ; et, d'autre part, la langue, par des mouvements d'une souplesse admirable, va chercher ce bol dans les divers points de la bouche; et, après l'avoir réuni, le replace de nouveau sous les dents.
•2» Déglutition. — Ce n'est que lorsqu'elle juge ce bol assez divisé qu'elle cousent à le porter dans le pharynx; et encore n'est-ce pas sans en faire un habile triage. Ce travail de séparation des aliments est un des plus dclicals qui soit conflé aux mouvements involontaires. Quand ce triage est fait, la langue se charge de la partie à déglutir ; elle applique sa pointe sur la voûte palatine; et, appuyant ensuite contre cette surface résistante, elle chasse ce bol d'avant en arrière, jusqu'à ce qu'il arrive au niveau du voile du palais; moment où une contraction inévitable se produit, celle des piliers antérieurs et de ce voile, qui, par sa brusquerie, lui fait franchir l'isthme du gosier, comme s'il était projeté.
30 Articulation. — Plusieurs fois déjà, dans l'étude des maladies précédentes, j'ai signalé les troubles qu'elles apportent dans l'articulation des sons ; mais, nulle part, ces considérations ne trouvent mieux leur place qu'ici.
C'est qu'en effet, de toutes les parties de la cavité buccale, il n'en est pas qui entre dans cette fonction pour une plus large part. Il est peu de sons, qu'il s'agisse de voyelles ou de consonnes, pour la production desquels cet organe n'entre pas plus ou moins en jeu.
Il me suffira de citer les sons suivants -.parmi les
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voyelles, c è, é, et i que Fouruier a désignées sous le nom de linguo-palatines, ainsi que eu et u, auxquelles il a donné le nom de labio-linguo-palatines ; et parmi les consonnes : le g, ng, k, appelées par le même auteur Hnguo-palalines 2:)ostérieurss; le ch, j, gn, d,ich, ou linguo-palatines moyennes; les s, z, n, d, t, ou linguo-palatines antérieures, et le Y, II, r, ou linguopalatines latérales. C'est en tout plus de vingt soris dans lesquels la langue intervient. Aussi ne devronsnous pas nous étonner des troubles considérables constatés dans l'articulation, dés qu'une lésion quelconque viendra, soit gêner ses mouvements en les rendant douloureux, soit diminuer sa souplesse.
4° Goût. — Enfin, nous ne devons pas oublier que c'est à la langue qu'est dévolu le sens du goût. C'est, en effet, grâce aux celhdes sensorielles que j'ai signalées, que nous pouvons apprécier tout ce qui a trait à ce sens. Aussi l'abolition ou du moins la diminution de l'acuité du goût, ou enfin sa perversion, constituent-elles les symptômes les premiers observés dans toute altération de sa muqueuse.
GLOSSITES
Définition et Étymologie. — On donne le nom génénéral de glossites (r).ai,aa, langue) à toutes les maladies inflammatoires de la langue, quelle que soit leur cause, la nature de leur processus, -et leur étendue.
Synonymie. — Avant l'adoption de ce nom, qui est maintenant générale, vous trouverez les mêmes affections décrites par les auteurs sous les noms divers do paraglossa, glosso -mégis ta, inflatio, tumor et abcès-
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SUS linguœ, gonflement, abcès, pJdegmon gangréneux de la langue, et enfin, clans quelques cas spéciaux, sous celui de glossanihrax.
Aujourd'hui, je l'ai dit, l'expression de glossite a généralement prévalu. Cependant, il est encore assez fréquent de voir dans les auteurs le nom {\ abcès, de pJilegmon ou de gangrène de la langue, employés de préférence h ceux de glossilc supjntrce ou gangreneuse. Qu'il vous suffise de savoir que ces expressions sont synonymes.
Division. — Les divers processus anatomiques compris sous le nom de glossUes se répartissent, tout d'abord, en deux groupes : les aiguës et les chroniques ; et chacun d'eux, selon la profondeur de leur processus, se subdivisent ensuite en superficielles et en profondes.
Quelques-unes de ces divisions, pour les besoins de la clinique, ont même dû être de nouveau subdivisées, et c'est ainsi que, d'une part, les glossites superficielles peuvent être dites : papillaires ow folliculaires, selon que ce sont les papilles ou les follicules qui sont plus spécialement atteints, et enfin que, d'autre part, chacune des quatre principales divisions peut, à son tour, présenter deux formes : l'une primitive, l'autre secondaire.
Mais, il faut le reconnaître, la plupart de ces formes ne constituent que des variétés; et je pense que l'on peut mettre une clarté suffisante dans la description de CCS affections en se contentant des quatre divisions principales. Pour éviter de nombreuses redites, ce sont donc les seules que j'admettrai, me promettant d'indi-
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quor les autres variétés au fur et à mesure qu'elles se présenteront clans le cours de cette étude.
Je décrirai donc successivement les glossUes aiguë<, suiierflcielles, les glossUes aiguës ^wof ondes, les glossUes chroniques superficielles et les glossUes chroniques profondes.
Mais, en outre, pour parcourir tout le cadre des maladies de la langue, je devrai vous parler, en terminant, de quelques autres affections intéressant cet organe, et dont la plupart, du reste, ont été également considérées comme de nature inflammatoire; ce sont : le groupe des affections douloureuses : glossodynie, nécralgie linguale , ulcérations imaginaires , les glossUes desquamatives ; et enfln l'affection singulière connue, jusqu'à présent, sous le nom de langue nob^e.
Glossite aiguë superficielle.
Définition. — La glossite aiguë siçperficielle est celle qui n'atteint que la muqueuse. Elle est primitive ou secondaire.
La forme primitive peut reconnaître pour causes toutes celles que j'ai déjà énumérées en traitant de la stomatite (chaleur, irritants, caustiques), qui, généralement, donnent lieu à un simple érythème ; je n'y reviendrai pas. Mais je dois, en outre, citer les érosions produites par les dents cariées, déviées ou en saillie, qui peuvent donner lieu à la forme ulcéreuse.
Il en est de même pour la forme secondaire. C'est, en effet, autant sur la langue que sur le reste de la muqueuse buccale que se montrentles traces de l'inflammation dues à toutes les affections du tube intestinal,
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gastrite, diarrhée et dyssenterie, ainsi qu'aux fièvres graves, éruptives et autres.
Symptômes. — Les symptômes présentés par ces affections varient.
Dans les formes superficielles les plus simples, on constate une rougeur diffuse, et soit une accumulation de l'épiderme, soit plus fréquemment sa desquamation. Dans ces cas, parfois, la muqueuse delalangue semble présenter de véritables pertes de substance. Son exfoliation, en effet, a lieu par places, et en formant des dessins au:c bords arrondis, souvent réguliers, se rapprochant des ulcérations serpigineuses.
Plus tard, si la cause persiste, la desquamation se généralisant, la muqueuse linguale devient lisse et brillante, et ne rappelle en rien son caractère velouté normal. C'est seulement dans ces conditions que l'on peut voir des vaisseaux parcourir sa surface; car, tant que les couches superficielles de l'épithélium persistent, même dans les états inflammatoires les plus intenses, le réseau sanguin reste caché.
Dans les formes primitives aiguës, surtout celles de causes externes, le malade éprouve de la cuisson et une sensation de brûlure plus ou moins intense. Dans les formes secondaires, les douleurs sont moins vives ; mais, cependant, la langue est assez sensible pour que le contact de tout aliment ou même de toute boisson soit pénible et quelquefois douloureux.
Dès lors^ on le comprend, toutes les fonctions de la langue sont plus ou moins gênées. Le goût est aboli; la mastication est presque impossible, la déglutition douloureuse, et la parole embarrassée.
Telle est la glossite superficielle ordinaire, celle qui
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atteint, le plus souvent, la partie antérieure de cet organe; mais parfois aussi, je l'ai dit, son aspect varie.
Dans quelques cas, en eflfet, la langue se hérisse d'aspérités, les unes aiguës, les autres fongiformes, toutes séparées par des sillons, et qui, s'entre-croisant en sens divers, donnent à la muqueuse un aspect fendillé. Ces saillies sont d'un rouge plus ou moins foncé, et souvent douloureuses aux frottements. C'est la ^7/05site iiaxiillaire de Requin, qui la regarde comme surtout fréquente chez les femmes nerveuses vouées à l'hystérie, opinion partagée, plus tard, par Grisolle.
D'après Toulmouche, ce sei^ait le même processus qui ouvrirait la scène dans de la glossite chronique, constatée chez les fileuses de chanvre ; et, d'après Bouisson, cette forme papillaire se montrerait surtout sur les parties antérieures et latérales de la langue.
Dans d'autres cas, au contraire, c'est la partie postérieure qui est plus spécialement affectée ; et c'est la couche gandiilo-folliculaire qui est atteinte. Sous l'influence de ce processus inflammatoire, ces organes, glandes et follicules, font une saillie sensible ; et une sécrétion purulente épaisse et verdâtre apparaît ; c'est la.. glossite folliculaire.
■ mis qu'il s'agisse des formes papillaires ou follicul.aines, ce ne sont là que des variétés, qui, du reste, dans la pratique, ne se montrent que bien rarement isolées. Aussi, d'accord en cela avec Dechambre et Demarquay, les auteurs des deux articles Langue du mcAionnaire encyclopédique et du nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, me paraît-il inutile de leur accorder une place plus étendue.
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Marche, Durée, Terminaison. — La glossite superficielle de cause externe ne dure souvent que quelques jours; il est môme rare qu'elle nécessite notre intervention. Ce n'est qu'une gène qui disparaît d'ellemême. Plus étendue, elle peut réclamer nos soins; mais elle tend encore d'elle même vers la guérison.
Quant aux formes secondaires, leur marche, leur durée et leur terminaison, on le comprend, sont liées à celles de l'affection, dont elles ne sont qu'un symptôme.
Diagnostic, — Le diagnostic de la glossite superficielle présente peu de difficulté. Il ne laissera, d'abord, que peu de place au doute toutes les fois qu'il s'agira d'une glossite de cause externe, comme celles qui résultent des brûlures, des corps irritants, etc. ; et il en est de même pour beaucoup de cas de glossites secondaires. Il suffira de constater la cause générale pour que la relation se présente tout naturellement à l'esprit.
Quant aux différentes variétés : papillaires, folliculaires, etc., leur siège et aussi leur aspect me paraissent également des guides suffisants.
Pronostic. — La glossite superficielle, par elle même, n'est jamais grave. Dans ses formes légères, d'abord, elle n'entraîne qu'une gêne de quelques jours; dans ses formes plus étendues, elle peut gêner la plupart des fonctions de la cavité buccale, mais seulement d'une manière passagère ; et si, dans ses formes secondaires, elle cause de longues' souffrances, son pronostic est dominé par celui de l'affection principale.
Traitement. — Pour toutes les formes simplement érythémateuses, tant que les douleursj persistent, ce n'est qu'aux émollients qu'il faut avoir recours. Ce trai-
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tement, du reste, se confond d'une manière complète avec celui, que j'ai donné avec détail, de la stomatite érythômateuse simple } et je n'y reviendrai pas. Sachez principalement qu'il faut, avant tout, éviter les traitements irritants. Ces inflammations ne sont pas de celles pour lesquelles vous puissiez compter sur la méthode substitutive.
Employez donc les émollients; et n'en venez au chlorate de potasse et aux astringents que lorsque l'épithélium reformé servira de membrane protectrice au chorion muqueux, et aura supprimé ainsi son excessive sensibilité.
Glossites aiguës profondes.
Définition. — On donne le nom de glossites aiguës 'profondes ou parenchymateuses aux divers processus inflammatoires de la langue dépassant la muqueuse, et faisant sentir leur influence, soit dans le tissu musculaire, soit, le plus souvent, dans le tissu cellulaire intermusculaire.
Cette appellation, comme nous allons le voir, s'applique donc à des processus bien différents au point de vue clinique.
Etiologie. — Comme les superficielles, celles-ci sont primitliies o\x secondaires.
Les primitives peuvent bien reconnaître les mêmes causesquelesprécédentes ; mais il est rare que ces causes agissent assez fortement pour modifier les tissus profonds. Celles qui appartiennent le plus spécialement à la forme que nous étudions sont, d'abord, les piqûres de certains animaux (guêpes, vipères), le contact de
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quelques autres (bave de crapaud), et surtout les morsures faites par mégarde, dans les chutes, ou pendant les attaques nerveuses.
Quant aux secondaires, elles apparaissent principalement dans la variole, la scarlatine, la fièvre typhoïde, le rhumatisme, les oreillons, l'otite, etc., et dans le paludisme.
Symptômes. — Parmi les symptômes, les uns sont communs à toutes les formes, et d'autres, au contraire, sont propres à chacune d'elles. Nous allons les étudier successivement.
Quelle que soit la cause, le plus souvent le développement de la glossUe est rapide. Dans douze heures, l'augmentation de volume est déjà très sensible; dans vingt-quatre heures, toute la cavité buccale est envahie ; et dans trente-six ou quarante-huit heures, le plus souvent, l'organe a acquis sou plus grand développement.
Cependant, dans certains cas plus rares, l'affection subit dans sa marche des temps d'arrêt. Chaque nouvelle augmentation est séparée de la suivante par un moment de repos, et parfois même d'amélioration. Dans ces cas, l'affection peut mettre six à huit jours pour atteindre son développement maximum.
Quelle que ce soit de ces deux marches celle qu'adopte l'affection, les symptômes suivants sont les mêmes. Le gonflement est considérable. Non seulement toute la cavité buccale peut être envahie, de telle manière que la langue appuyant contre les arcades dentaires en garde les empreintes ; mais, de plus, cet organe peut faire à l'extérieur une saillie de plusieurs eentimètres, Sous l'influence de cette augmentation
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de volume, bien entendu, toutes les fonctions de la bouche sont entravées; la mastication et la déglutition sont impossibles; et seuls les liquides peuvent encore passer en suivant les parties latérales. Non seulement ici la prononciation des consonnes n'est plus possible, mais il en est de mémo, ou à peu près, de celle des voyelles; la parole est donc ainsi presque supprimée. Il peut môme se faire, lorsque la partie supérieure de l'organe est atteinte, que la respiration devienne assez difflcile pour que l'on pense à la trachéotomie.
Tels sont, à des degrés divers, les symptômes communs à toutes les formes de glossites aiguës profondes; voyons maintenant ceux qui sont spéciaux à chacune d'elles.
Au point de vue clinique, les formes que nous devons reconnaître sont les suivantes :• 1° la forme œdémateuse; 2= la forme stqjpurée; 3' la forme gangreneuse.
La forme œdémateuse la plus fréquemment observée, est souvent secondaire. C'est elle qui succède aux fièvres graves, et surtout à la variole et quelquefois aux accès paludéens. Cependant, je dois le dire, elle est encore assez rare. En dehors, en effet, des cas provoqués par les morsures de la langue dans les attaques nerveuses, je n'en ai vu que quatre cas : un cas de cause externe après la morsure d'un animal venimeux, probablement d'une mygale, pendant le sommeil; un cas. après un accès de fièvre intermittente; un cas dans le décours d'une variole, et un dernier pendant la troisième période d'une fièvre typhoïde.
C'est celle qui atteint les plus fortes proportions. Sous son influence, il est fréquent de voir la langue dépasser les arcades dentaires de 4 à 5 centimètres.
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Rien entenda, avec de pareilles dimensions, toutes les fonctions, matiscation , déglutition, prononciation, goût, sont-elles suspendues. La respiration, je l'ai dit, peut même être gênée, d'abord, par le gonflement de la base de la langue, qui ne peut se faire qu'en se reportant en arrière, et en diminuant, par conséquent, l'espace glosso-pharyngien ; et ensuite par l'œdème du ligament glosso-épiglotique, dû à la gêne de la circulation veineuse.
Au toucher, on trouve, le plus souvent, la langue de consistance molle; et une pression un peu prolongée laisse une trace sensible; elle est manifestement œdémateuse. On s'en convainct, du reste, facilement, sil'on invite le malade à la sortir davantage. On voit alors sur les bords une série d'empreintes profondes dues à la pression des dents.
Cet état œdémateux se reconnaît également à sa couleur; la muqueuse est comme gélatineuse et transparente; et on sent l'inflUrat au-dessous d'elle.
La partie qui dépasse les arcades présente souvent une teinte diftérente de celle qui est en arrière : tantôt elle est plus foncée et même bleuâtre, manifestement congestionnée, ce qui s'explique facilement par la gêne de la circulation en retour; d'autres fois, au contraire, mais plus rarement, cette partie est plusjpâle, comme exsangue, ce qu'il faudrait expliquer, d'après les auteurs qui ont signalé cet état, par l'arrêt de la circulation artérielle. Dans les quatre cas que j'ai vus, c'est toujours de l'état congestifœdémateuxdontil s'agissait.
Dans la forme secondaire (variole, fièvre typhoïde ou paludéenne), il est rare de constater le gonflement des ganglions. Il est plus fréquent, je crois, de le trouver dans les cas consécutifs à des morsures. Ce sont
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surtout alors les sous-hyoïdiens qui cont pris, et leur gonflement augmente notablement la gêne du malade.
La forme supjmrée ou abcès de la langue est beaucoup plus rare. II me faut remonter à mes premières années d'étude pour en trouver un cas; et je dois même me considérer comme privilégié, puisque Demarquay en a été réduit à citer un cas do Dlandin et un cas d'un de ses élèves, le D'' Cousin; deux cas qui, du reste, furent pris pour des kystes jusqu'à l'incision; et que, de plus, Maisonneuvc flj, dans sa thèse d'agrégation, déclare n'en avoir jamais vu (2'i.
Les symptômes éprouvés par le malade doivent évidemment varier avec la partie atteinte, le volume et la période de l'abcès. Cependant, les phénomènes d'acuité doivent souvent ne pas être bien marqués, et la marche phlegmoneuse bien peu nette, puisque dans les deux cas de Blandin et de Cousin, je le répète, on les a pris pour des kj'stes, ce qui, certainement, n'eût pas eu lieu, si ces abcès avaient eu une marche inflammatoire franche. C'est là une particularité, qui doit vous rester d'autant plus présente à l'esprit, quand vous aurez à discuter le diagnostic, que la richesse charnue de la langue devrait faire penser que tout processus inflammatoire de cet -organe dût se révéler par des symptômes d'une grande intensité.
La forme gangreneuse n'est guère plus fréquente. Elle apparaît , le plus souvent , d'après Demarquay , dans les formes secondaires; et cela probablement parce qu'aux phénomènes de compression, qui sont les mêmes dans tous,les cas, s'ajoute alors uneinfluence
(1) Tumeurs de la langue ; 1848.
(2) Depuis que cette leçon a été faite, le docteur Tapie, professeur à l'Ecole de médecine, en a publié un cas intéressant (Rôvite médicale de Toulouse, 15 novembre 18S9.
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générale typhoïde ou variole), qui, nous le savons, prédispose au travail de mortification.
La partie la plus souvent atteinte est celle qui dépasse l'arcade dentaire; mais la gangrène peut également prendre, comme point de départ, les parties qui sont en contact permanent avec les dents, et surtout les inférieures.
Cette forme, il faut que vous le sachiez, est souvent insidieuse; elle a fréquemment fait des progrès notables avant que le malade s'en aperçoive. Ce caractère doit donc vous être connu ; et vous inviter à surveiller tous les points de portage, pour intervenir à la première menace.
Vous pouvez, du reste, être guidé par une autre indication que la douleur : la j^erte de la sensibilité. Dès que vous la constaterez, il faudra exciter la partie menacée par des affusions chaudes; et, si vous n'obtenez rien, en venir rapidement aux scarifications, dont je vais, du reste, vous parler.
Si la mortification se produit en arrière des arcades dentaires, il vous sera encore plus difficile de vons en rendre compte; et souvent vous ne serez averti que par la fétidité de l'haleine, et par l'écoulement d'un liquide ichoreux, mais qui est caractéristique.-
Anatomie pathologique. — La description des caractères macrographiques de ces lésions se confond, en partie, avec celle des symptômes objectifs; je n'y reviendrai pas. ,
Quant aux lésions micrographiques, elles ont été peu étudiées. Cornil et Ranvier n'en parlent pas, et Laboulbène ne leur consacre que quelques lignes, dont il semble, du reste, laisser la responsabilité à Fœrster;
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je les reproduirai textuellement : «Les altérations anatoraiques sont : un infiltrât abondant de sérosité et de granulations protéiques, des leucocytes placés le long des vaisseaux, et le ramollissement des fibres musculaires. »
Evidemment, cette courte description a trait à la glossite que j'ai appelée oedémateuse. Quant aux autres, la phlegmoneuse et la gangreneuse, leur processas doit être celui du phlegmon et de la gangrène en général; et ces processus sont trop connus pour que je m'y arrête.
Marche. — La glossita œdémateuse reste généralement stationnaire pendant plusieurs jours, puis elle disparait graduellement; et, sans le faire avec la même rapidité que pour son augmentation de volume, elle diminue cependant assez vite pour qu'elle nous étonne. Quatre à cinq jours suffisent, en effet, pour que la langue puisse de nouveau être contenue dans la cavité buccale.
Vabcès trouve une détente toute naturelle dans une ouverture chirurgicale ou spontanée ; et dès lors l'affection marche rapidement vers la guérison.
Il en est de même de la forme gangreneuse à partir dumoraentoLifescarre estdétachée;maiscette dernière, néanmoins, me paraît être la plus longue.
Terminaison. — De plus, comme terminaison, tandis que l'œdémateuse ne laisse habituellement aucune trace de son passage, que l'abcès n'occasionne qu'une gêne passagère, la gangrène peut entraîner une gêne permanente par la perte de substance qu'elle fait subir.
Cependant, je dois dire qu'assez souvent cette gêne est moins grande que ne semblait le faire supposer
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l'étendue de la perte de substance; surtout quand elle n'intéressequel' extrémité de la langue, et non ses bords.
Diagnostic. — Le diagnostic de la glossite, s'il s'agit seulement de la distinguer des autres aflfections, ne me paraît offrir aucune difficulté ; il s'impose au médecin. La difficulté ne peut se présenter que dans certains cas, quand il s'agit d'en déterminer la cause.
Les cas les plus fréquents étant consécutifs à des morsures, il faudra examiner l'organe avec soin, et voir s'il n'existe aucune plaie. Il est rare, alors, que vous ne trouviez pas aussi quelques traces d'hémorrhagie. Il faut que vous sachiez qu'il ne vous sera pas toujours possible de vous en rapporter aux renseignements fournis par le malade, quelques-unes de ces attaques pouvant avoir lieu sans qu'il le sache, et d'autres fois le malade désirant vous les cacher. La constatation de ces plaies sera d'autant plus importante, que non seulement elle nous fixera sur la cause de la glossite, mais aussi qu'elle pourra nous faire reconnaître une affection autrement grave qui, jusque-là, peut-être, n'avait pas été soupçonnée.
Quant au diagnostic de V abcès et de la gangrène, ]e pense que ce que j'ai dit à propos de la symptomatologie doit suffire. On aura surtout, pour se guider, les phénomènes de la suppuration pour le premier, et la perte de sensibilité, ainsi que l'odeur, pour la seconde.
Pronostic. — La glossite parenchymateuse est une affection plus effrayante que grave. La forme œdémateuse guérit, le plus souvent, sans intervention sérieuse. C'est ce que j'ai vu dans les quatre cas que j'ai observés. Mais elle demande à être surveillée ; comme
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
VOUS le savez, en effet, elle peut menacer les malades d'asphyxie.
Il en est de môme de la forme su^jpwée, quand la collection existe dans la partie postérieure. Mais, en outre, vous aurez ici à surveiller la marche de l'affecj tion au point de vue de toutes les complications des j suppurations; et cela d'autant plus qu'il s'agit d'une j région dans laquelle l'antisepsie est difficile. I Quant à la forme gangreneuse, aux craintes précéj dentés s'ajoute le danger des cicatrisations vicieuses j après les pertes de substance.
I Traitement. — U alimentation doit être ici un des I sujets les plus importants de votre préoccupation.
Dans un certain nombre de cas, laglossiteêtantsecondaire, les malades sont, par leur maladie principale, déjà condamnés à une alimentation liquide , lait , bouillon, etc.; et dans ces cas, vous pourrez souvent continuer ces aliments en les faisant glisser sur les parties latérales de la bouche.
I C'est également, du reste, la seule alimentation qui sera permise aux malades dans les formes primitives; enfin, pour les secondaires comme pour les primitives, si le passage de ces aliments eux-mêmes devenait difficile, sachez qu'il vous reste la ressource de nourrir les malades par la sonde œsophagienne, et même que vous pourriez la faire pénétrer par la voie nasale.
Quelle que soit la forme dont il s'agisse, œdémateuse, pblegraoneuse ou gangréneuse, vous trouverez, le plus souvent, un avantage à donner un %)urgaiif; et parmi ces agents, c'est aux purgatifs salins que je vous conseille de donner la préférence. Dans la forme œdémateuse, vous pourrez même y revenir, quand l'état stationnaire semblera devoir se prolonger.
SIXIÈME LEÇON'
Le traitement local varie pour chaque forme.
S'il s'agit de la forme œdémateuse, l'indication de combattre le gonflement est si formelle, qu'il faut y satisfaire sans retard.
Quoique, dans bien des cas, l'on ait vu le gonflement disparaître presque de lui-même, je vous conseille d'avoir recours aux émissions sanguioies locales. Vous pouvez le faire de plusieurs manières : soit en appliquant des sangsues aux angles des mâchoires, ou en collier, en passant entre la saillie du menton et le cartilage thyroïde ; soit en faisant prendre ces annêlides sur la langue elle-même, comme on le fait quelquefois ; sôit en ouvrant les ranines; soit, enfin, en pratiquant des scarifications profondes, ce qui semble ôtre la médication adoptée de préférence en ce moment. Les scarifications peuvent être seulement au nombre de deux, une de chaque côté, ou bien multiples, deux et trois de chaque côté. Dans le premier cas, la longueur et la profondeur de l'incision suppléeront au nombre. Pour donner une indication un peu plus précise à cet égard, je puis dire que ces incisions, quand elles sont simples, peuvent atteindre 4 centimètres de longueur et 4 millimètres de profondeur. Ces incisions saigneront, en général, beaucoup ; et il n'y aura qu'à laisser l'écoulement continuer jusqu'à ce qu'il s'arrête de lui-même. Vouspouvez même malaxerla langue pour le favoriser. C'est là, disent tous les auteurs qui l'ont employé, un moyen des plus efficaces et des plus prompts.
Je dois vous signaler ici une application récente du pouvoir anesthésique de la cocaïne. Si vous étiez appelés à faire ces scarifications, je ne saurais trop vous engager à en faire bénéficier votre malade.
Vous injecteriez, au préalable, dans la langue, en
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pénétrant à une profondeur qui dépasserait de quelques millimétrés celle à laquelle doivent arriver vos incisions, trois ou quatre injections intra-musculaires de chlorhydrate de cocaïne, en ayant soin de faire pénétrer chaque fois de cinq à dix gouttes de votre solution, et cela en retirant graduellement la canule. Le sel de cocaïne pourrait, dans ce cas, être employé à la dose de 10 p. 100.
Enfin, si malgré ces scarifications, que vous pouvez répéter, si malgré des sangsues que vous pouvez ajouter au traitement, des phénomènes d'asphyxie survenaient, il ne faudrait pas hésiter à pratiquer la trachéotomie. Elle s'imposerait d'autant plus à vous dans ces circonstances, que vous savez que cette gène respiratoire est tout à fait passagère ; et que faire respirer le malade pendant quelques jours, c'est lui sauver sûrement la vie.
Les êmollients seront toujours indiqués, soit qu'ils constituent la partie principale du traitement ; soit qu'au contraire ils ne viennent qu'ajouter leur action à celle, beaucoup plus énergique, des émissions sanguines.
Les désodorants et les antiseptiques seraient surtout indiqués dans les cas de scarifications.
Parmi les désodorants, c'est" toujours au permanganate de potasse que vous devrez donner la préférence ; et parmi les antiseptiques, ce seraaux solutions d'acide borique et de bichlorure de mercure.
Dans la forme phlegmoneuse, si elle est reconnue à temps, l'indication la plus urgente est évidemment l'ouverture de l'abcès. Ma.is cette opération, il faut que vous le sachiez, sera souvent difficile. J'ai à vous signaler ici deux précautions qui pourront vous aider. La première est l'introduction d'un abaisse-langue qui,
SIXIÈME LEÇON
déprimant fortement l'organe, vous donnera un peu de jour; et la seconde l'emploi d'un bistouri courbe sur le tranchant, dont vous pourrez apprécier la commodité toutes les fois que vous aurez à opérer dans la cavité buccale.
Dans cette forme, de même que dans la précédente, les désodorants et les antiseptiques trouveront leur utilité.
Enfin, dans la forme gangrëneuse, si l'eschare n'est pas encore tombée, et surtout s'il s'agit de la gangrène congestive, il ne faudra pas hésiter à pratiquer sur le point menacé lui-même des scarifications dépassant, autant que possible, la limite du mal. Vous pourrez ainsi diminuer souvent son étendue. Mais, dans ce cas, je n'oserais vous conseiller l'emploi de la cocaïne. Je vous ai déjà signalé son action puissante de contraction sur les vaso-moteurs. Or, je ne sais pas si cette action ne favoriserait pas le travail de gangrène des parties qui ne sont encore que menacées.
Lorsque l'eschare est formée, il suffira de favoriser sa chute. On y arrivera, soit par l'emploi des êmollients, soit par des manœuvres chirurgicales. Pendant tout ce travail d'élimination, et jusqu'à la complète cicatrisation, les désodorants et les antiseptiques trouveront encore leur utilité. Enfin, j'ajouterai que, dans ce cas, la marche de la plaie devra être surveillée, pour éviter des cicatrisations vicieuses.
SEPTIÈME LEÇON