‹ Traité des maladies de la bouche (pathologie interne) suivi d’un précis d’hygiène de cette cavitéChapitre 15 sur 26 · ULCÉRATIONS IMAGINAIRES DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

ULCÉRATIONS IMAGINAIRES DE LA LANGUE

mens répétés vingt fois par jour ; il le verra grossir ou diminuer tour à tour; et sous l'influence de ces constantes obsessions, ces douleurs imaginaires peuvent prendre dans son esprit une importance telle, qu'il n'est rien qu'il ne tente pour leur échapper.

L'idée la plus fréquente est que cette fausse sensation est le point de départ d'une affection de mauvaise nature, ou une manifestation tardive d'une syphilis ancienne, parfois, du reste, tout aussi imaginaire que sa prétendue manifestation elle-même.

Quant aux phénomènes objectifs, je le répète, l'examen le plus attentif n'en fait constater aucun. La muqueuse a sa couleur, sa souplesse et sa disposition normales.

Etioiogie. — De la discussion qui suivit la communication de Verneuil, et qui fut reprise à la séance suivante par Hardy (1), il semble résulter que la cause la plus commune de cette affection est un état névropathique, qui, du reste, s'est parfois manifesté dans la suite d'une manière indiscutable, un des malades ayant été atteint de paralysie générale et l'autre d'ataxie.

Diagnostic. Pronostic. — Le diagnostic est tout entier dans ce qui précède. Or, comme je l'ai dit en commençant, si on laisse à l'expression de névralgie linguale la valeur que le mot névralgie a dans le langage médical, on verra que des différences caractéristiques la séparent des deux autres affections qui, comme elles, sont douloureuses.

Dans la névralgie, la douleur suit un trajet fixe ou occupe tout un côté de la langue ; elleest toujours vive; et, si parfois le mouvement l'augmente, elle n'en existe pas moins au repos. Déplus, le maladeacon-

NEUVIÈME LEÇON

science de l'intégrité de la muqueuse; il sent qu'il s'agit bien d'une douleur névralgique.

L'ulcération imaginaire, au contraire, ne se révèle quepardes douleursmoins vives; souventmème, ce n'est qu'une gêne dont le caractère le moins tolérable est la continuité. Enfin, le malade a la sensation d'une lésion qui n'existe que dans son imagination.

Quant à la glossodynie , sa douleur n'est point localisée en un point fixe; elle occupe soit tout l'organe, soit un côté seulement; et, si elle est continue, elle est au moins considérablement augmentée par les mouvements.

Le pronostic dépend surtout de la cause dont cette fausse sensation n'est parfois qu'une manifestation précoce. Il faut nous rappeler, en efl"et, que souvent il s'agit ici de névropathes voués aux altérations les plus graves des grands centres nerveux. Quant à la douleur tion elle-même, il est rare de ne pas en venir à bout.

Traitement. — Ce qu'il faut au médecin, dans ce cas, ont dit la plupart des membres de l'Académie qui ont pris la parole à ce sujet, c'est de l'autorité pour rassurer le malade.

Le traitement est donc surtout moral, soit qu'il ne consiste qu'en des affirmations bien nettes, soit que le médecin se donne la peine de convaincre le malade, en lui faisant constater que telle disposition, qu'il considérait comme morbide, existe chez lui sur l'autre côté, ou chez tout le monde; soit enfin qu'il croie préférable de pratiquer quelques manœuvres pour agir sur son imagination, et puiser ainsi l'autorité nécessaire pour affirmer dès lors que tout état pathologique a disparu.

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