CAVERNES ET FISTULES
La prostate, comme nous Pavons vu à propos des abcès périprostatiques, est séparée du rectum par une couche ceilulo-fibreuse qui s'étend de la face inférieure de Taponévrose pelvienne et du culde-sac recto-vésical à la face supérieure de Taponévpose moyenne. Cette couche décrite par Denonvilliers, qui lui a donné le nom d'aponévrose prostatopéritonéale, se confond insensiblement avec le tissu cellulaire qui enveloppe les plexus vésicaux et ferme fin arrière la loge uréthro-prostatique. Cette loge, îui a pour paroi supérieure l'aponévrose supé-
^©ure du périnée, pour paroi inférieure l'aponé- ^ose moyenne, est close, de chaque côté, par les aponévroses pubio-rectales ou latérales de la pros- ^te. Tous ces plans fibreux sont partout si exacte- ^ont appliqués sur la glande, qu'on dirait qu'ils lui ^^ustituent une enveloppe spéciale.
Cette description sommaire de la loge fibreuse ^^ la prostate était nécessaire pour faire compren- ^ï"€ le mécanisme de la formation des cavernes t^t^ostatiques. La résistance des aponévroses qui la
%n MAUDIES DE U PROSTATE.
constituent oppose, d'une part, à la suppuration une barrière que celle-ci ne détruit jamais sur une grande étendue, et empêche, de Tautre, ses parois de revenir sur elles-mêmes, quand un abcès inflammatoire simple ou tuberculeux a détruit leur contenu. Elles ne présentent plus alors qu'une coque aponévrotique, dont les parois toujours écartées ne combleront jamais le vide qu'elles limitent. Béraud fait remarquer avec juste raison qu'il existe là une disposition analogue à celle de la fosse ischiorectale, dont les parois ostéo-fibreuses, impuissantes à se rapprocher, ne comblent pas non plus le vide formé par la fonte du tissu ceilulo-adipeux qu'elles contiennent.
11 existera donc là une cavité plus ou moins vaste, plus ou moins anfractueuse, cavité à laquelle on a donné le nom de caverne et où séjourneront le pus, la matière caséeuse, l'urine. Intactes, dans bien des cas, les parois finiront, dans d'autres, par être ulcérées et détruites sur certains points, et il en résultera des fistules qui s'ouvriront soit au périnée, au pourtour de l'anus ou au scrotum, soit dans la vessie ou dans le rectum, en sorte que les matières fécales pourront arriver jusque dans la caverne prostatique et s'y mélanger aux produits énumérés tout à l'heure.
Les cavernes de la prostate, succédant à une suppuration simple, doivent être rares, quand le tissu glandulaire n'a pas été complètement détruit; nous avons vu, en effet, en traitant des abcès de
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cet organe, la réparation suivre ordinairement et très-vite Févacuation du pus. Le plus souvent, en 3ffet, la cavité se comble de bourgeons charnus ; il le forme un tissu inodulaire, dont le noyau, se rétractant peu à peu, n'entrave en rien les fonctions de Forgane.
Les cavernes prostatiques résultent bien plus M>uvent de la fonte tuberculeuse de Forgane que ie la suppuration simple. Que trouve-t-on,eneflFet, ians la prostate, comme produit ultime de la tuberculose ? Des masses caséeuses disséminées, isolées ou réunies entre elles par des traînées de même nature. Or, la disparition de cette matière caséeuse laisse à sa place une caverne plus ou moins spacieuse, communiquant le plus souvent avec Furèthre par un orifice étroit, ouvert sur la muqueuse uréthrale. Ce n'est pas, d'ailleurs, toujours par un orifice fistuleux, mais par une large ouverture, résultant de la destruction de la muqueuse dans une grande étendue, que la caverne communique avec le canal. Ces cavernes, une fois formées, ont une tendance presque invincible à s'agrandir. C'est qu'en eflfet nous n'avons plus affaire ici à une suppuration simple aiguë, dont la réparation commence aussitôt la cause occasionnelle disparue ; luais à une inflammation sinon spécifique au moins spéciale, s'étendant plus ou moins vite, mais d'une manière incessante, sans permettre aux parties saiues de jamais se réparer. Aussi, les observations ^6 manquent pas danslesquelles, à l'autopsie, on ne
trouvait plus, à la place de la prostate, qu'une coque fibreuse, ne contenant que de Turine et de la matière caséeuse, rassemblée dans des petits culsde-sac. Cette coque se tapisse d'une membrane pyogénique, dont la présence explique la production incessante du pus. D'autre partjl se forme souvent du tissu (.onjonctif sous les bourgeons charnus, et, par suite, une rétraction s'opère dans l'organe, en sorte que la glande n'est plus représentée que par des masses crétifiées et quelques noyaux indurés et fibreux. Peut-être doit-on attribuer à ces modifications de structure la diminution de volume de la prostate signalée par les auteurs dans la tuberculose de cet organe (1).
Les cavernes de la prostate ont un volume variable, puisqu'elles peuvent n'occuper qu'une partie de la glande ; cependant il n'est pas rare, quand celle-ci est entièrement détruite, de leur voir acquérir le volume d'un œuf de poule ou de dinde. Leur cavité, dans tous les cas, est tantôt unique, tantôt divisée en plusieurs loges distinctes ou communiquant entre elles. Le fait suivant, rapporté par Giviale, résume assez bien les divers caractères que nous venons d'exposer : « La prostate, » dit- il, « était criblée d'ouvertures dont plusieurs très-larges, et toutes anciennes, car elles étaient tapissées par une membrane muqueuse, aussi bien que les cavités placées
(i) Reclus, loc. cit.
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dans rîntérîeur de cette glande, qui avait été le siège de nombreux abcès. Depuis Forifice vésical jusqu'au niveau de Tarcade pubienne, les parois de Furèthre étaient entièrement détruites, d'où résultait une cavité allongée, assez large pour contenir un gros œuf de poule. Les parois de cette cavité étaient sillonnées, en tous sens, de saillies, de brides, entre lesquelles on voyait des excavations irrégulières, dont quelques-unes très-profondes. Du reste, cette cavité était tapissée d'une membrane muqueuse très-mince. y>
Les cavernes prostatiques peuvent très-bien ne pas être limitées à la prostate, mais commimiquer avec d'autres cavités creusées dans les organes voisins. Velpeau en rapporte un cas, et, malgré son silence sur ce point, on est en droit de penser que ces cavités avaient une origine tuberculeuse. Voici Tobservation : un homme âgé de trente-trois ans, pris d'une gonbrrhée et d'une rétention d'urine deux ans auparavant, vit, quelques jours après un cathétérisme difficile, un abcès s'ouvrir au fond de l'urèthre ; un peu plus tard, le même abcès se fit jour aussi dans le rectum. En essayant de se sonder lui-même, le malade est toujours arrêté sous le pubis, dans une sorte de cul-de-sac d'où il sortait un mélange de pus et d'urine. Ce jeune homme mourut à l'hôpital de la Faculté, par l'effet d'une inflammation gangreneuse d'un des membres supérieurs. A l'autopsie, je trouvai des cavernes purulentes dans le périnée ; la paroi inférieure du commen-