‹ Traité des maladies de la prostateChapitre 13 sur 61 · II. PiCABD. u · texte numérisé non relu

II. PiCABD. u

81 INFUMMATIONS DE U VB8SIB.

l6 col qu'en déployant beaucoup de force et au prix de grandes souffrances. En attendant que le spasme soit calmé, la sonde entre d'elle-même dans la vessie, où elle est attirée par une sorte de succion. On s'aperçoit alors, eu promenant l'instrument dans la vessie, qu'il n'y produit aucune souffrance, tandis que, quand on veut le retirer, il est fortement serré dans le col, et son passage y renouvelle la douleur.

U vaut mieux, pour cette exploration, se servir d'une bougie à boule à tige molle. Ces bougies étant de divers diamètres ont l'avantage de fournir des sensations très-précises. On sait si on est dans le col ou dans la vessie, pourvu que la boule ait un diamètre suffisant.

Quand le col est sain , on sent le contact de la boule contre cet organe, et si cette boule est volumineuse, celui-ci se contracte, et le malade éprouve, en outre, une légère envie d'uriner.

Si le col est enflammé, la douleur est très-vive quand la boule le traverse, et l'envie d'uriner devient insupportable.

Quand la sonde est parvenue dans la vessie, on le reconnaît à la sensation du vide, et on voit qu'elle est saine, quand elle ne provoque aucune souffrance. Si elle est enflammée, une vive douleur se fait sentir.

L'index gauche introduit dans le rectum, pendant que la main droite palpera l'hypogastre, fournira des sensations utiles au diagnostic.

Le spasme du col vésicalj en amenant la contraction de ses fibres musculaires, pourrait faire croire à une cystite; mais, dans cette affection les urines sont naturelles, à moins qu'il ne survienne de la rétention d'urine. La fièvre n'a pas une grande importance pour différencier les deux affections ; l'allure de la maladie, tantôt très-légère, tantôt plus grave, a une importance plus grande.

Il sera souvent utile de remonter à l'origine du mal ; s'il y a Inflammation primitive, on pensera à la cystite ; si on a affaire à un sujet très-irritable> on songera plutôt au spasme idiopathique, et alors, pour s'éclairer plus complètement, on aura recours au cathétérisme.

Dans l'un et l'autre casj il y aura une très-vive douleur : dans

INFUlUiATlONS DB U VESSIE. 88

la cystite, cependant, on n'éprouvera que peu de difficulté à passer, mais il n'en sera pas de même de la contracture. Ici la 9onâe sera serrée dans l'urèthre, et plus on poussera l'instru* ment, plus on exagérera la douleur et la contracture. Mais^ en laissant la sonde à demeure pendant un temps plus ou moins long, on finira par vaincre les fibres musculaires et arriver dans la vessie sans occasionner presque aucune douleur. Le cathété* risme exaspère la douleur dans la cystite et la calme dans le spasme.

La névralgie du col peut bien, comme la cystite, donner lieu à quelques troubles de l'urine et rendre ce liquide muqueux, mais ce n'est que par intermittence et à des intervalles plus ou moins éloignés.

là'tirétkrite chronique profonde donne lieu à des cuissons au moment de la miction, cuissons dues au passage de l'urine sur la muqueuse enflammée et à une démangeaison plus ou moins oontinue des parties profondes du canal. Les envies d'uriner ne sont pas fréquentes, et si les dernières gouttes d'urine ne sortent pas aussi bien qu'à l'état normal, il n'existe pas d'épreinte convulsive, comme dans la cystite. On ne voit jamais de sang, et le muco-pus est souvent balayé par le premier jet d'urine, ce qui {ait qu'on ne l'aperçoit pas, quand on examine le malade aussi* t6t après la miction. Cette production de muco-pus qui constitue Iskilennorrhée ougouite militaire, est caractérisée par la présence au méat d'une petite quantité de matière d'un blanc plus ou moins foncé et d'une consistance variable, une sorte de suintement que nous avons étudié dans nos deux autres ouvrages.

Pronostic. — La cystite générale est une maladie sérieuse, d^autant plus qu'en se prolongeant elle se transforme en catarrhe qui est lui-même dangereux, quelquefois douloureux, et dans tous les cas très-tenace. Nélaton regarde la cystite aiguë comme plus grave que la cystite chronique.

La cystite blenciorrhagique est ordinairement sans conséquence, malgré les douleurs éprouvées par le malade.

La cystite due à un calcul disparaît souvent avec ce dernier, quand la maladie n'est pas très-avancée.

Toutes les affections qui s'opposent au cours de l'urine aggra*

S4 I?IFL\)1M.\TI0NS DE U ?ESSIK.

vent le pronostic et tendent à faire passer la maladie àTétat chronique. Les complications qui peuvent survenir pendant le cours de la maladie lui communiquent un haut d^ré de gravité. Les terminaisons par ulcération, rupture, gangrène de la vessie, amènent presque certainement la mort. Il en est de même quand les reins deviennent malades et que le péritoine est touché.

La cystite cantharidienne disparaît en quelques heures, à moins cei)endant qu*il n'y ait empoisonnement, auquel cas la mort peut en être la conséquence.

Traitement. — La cystite aigué survenant souvent à la suite des manœuvres opératoires pratiquées sur les voies urinaircs, il sera bon, quand on devra pratiquer Teiploration de ces organes, surtout chez les personnes âgées, de prendre certaines précautions. Le malade sera maintenu au repos quelques heures avant et après l'opération. Si, consécutivement, quelque douleur se manifestait du côté de la vessie, on lui appliquerait sur l'hypogastre des cataplasmes chauds fortement laudanisés. En cas de frissons, des boissons aromatiques chaudes seraient administrées^ et des sinapismes placés sur les lombe?.

La cystite déclarée, on aura recours aux antiphlogistiques : la saignée générale, trop négligée aujourd'hui, aidée d'une application de sangsues à l'anus, devra être emj^Ioyée quand le malade sera dans un état à pouvoir la supporter. Des cataplasmes de farine de lin seront ensuite appliqués sur l'hypogastre, et de très-petits lavements additionnés de 10 à 12 gouttes de laudanum de Sydeuham, administrés et répétés deux et trois fois par jour.

Si on a affaire à une cystite blennorrhagique généralisée, les grands bains et les boissons émollientes suffiront dans la plupart des cas. Quand cette cystite est fixée hur le col, qu'elle soit simple ou liémorrhagique, on retire au début de très-bons effets de l'administration des balsamiques, copahu et cubèbe^ à hautes doses à l'intérieur. Dans les mêmes circonstances, les instillations de nitrate d'argent, sur le col, ont donné de trèsbons résultats ; on peut les renouveler chaque jour, ou au moins tous les deux jours, avec une solution au cinquantième. Pour

prévenir la cystite cantharidienne, on saupoudrera les vésicatoires avec du camphre, et on administrera celui-ci à Tintérieur sous forme de pilules dans lesquelles on incorporera de l'extrait thébaïque : camphre pulvérisé, 20 centigrammes ; extrait thébaîque, 25 milligrammes. On pourra prendre deux de ces pilules pendant les douze heures que le véricatoire restera appliqué. Martin*Damourette a retiré, dans les cas de cystite caotharidienne, de très-bons effets du bicarbonate de soude donné à l'intérieur^ à la dose de 1 ou 2 grammes. Ce sel aurait la propriété de neutraliser l'effet de la cantharidine sur les voies urinaires.

Quelques praticiens recouvrent l'emplâtre vésicant d'une feuille de papier de soie.

CATARRHE DE LA VESSIE ET CYSTrFE CURONIQITE

Nous réunissons^ dans un même chapitre, la description du catarrhe de la vessie et de la cystite chronique, parce que ces deux maladies sont difficiles à séparer l'une de Tautre et qu'on ae peut indiquer, avec précision, le point où finit Tune et celui où l'autre commence. Elles sont, en effet, caractérisées, l'une et Tautre, par un flux muqueux plus ou moins abondant, fourni par les follicules de la muqueuse, mélangé à une quantité variable de pus et accompagné d'une desquamation épithéliale.

Nous rattachons, par conséquent, le catarrhe à l'inflammation, nous éloignant ainsi des idées anciennes et de quelques modernes qui envisageaient et envisagent encore cette maladie comme une affection catarrhale. Cependant, il faut bien le reconnaître, cet état morbide naît, de temps à autre, sous la même influence que la classe d'affections dont nous venons de parler, et en particulier sous celle du froid et des changements atmosphériques. Mais ces catarrhes sont relativement rares et cèdent généralement assez vite à une médication appropriée, qu(âqu'ils soient graves quelquefois. Dansie catarrhe d'origine inflammatoire, la marche de la maladie diffère aussi bien que son traitement.

Du reste, quelle qu'en soit l'origine, le catarrhe présente les mêmes altérations anatomiques. Plus rare chez les jeunes gens

86 lîîFLAMMATlONS DE LA VESSIE.

que chez les vieillards, le catarrhe vésical est beaucoup moins fréquent chez la femme que chez l'homme. Ceci tient à la disposition des organes, beaucoup plus compliquée chez ce dernier que chez la première, et, par conséquent, à la plus grande fréquence des maladies des voies urinaires chez Thomme. Chez la femme le catarrhe de vessie coïncide presque toujours avec une maladie de matrice.

Anatomie pathologique. — Les lésions diffèrent suivant l'ancienneté de la maladie ; mais, dans tous les cas, c'est la muqueuse vésicale qui est le plus profondément atteinte. Ordinairement elle est pâle, ramollie, boursouflée ; le réseau veineux est surtout très-développé, quand le malade succombe rapidement. Au bout de peu de temps, il est possible, outre ces lésions, de constater sur la muqueuse, en nombre plus ou moins considérable, des espèces de plaques dont la coloration est plus vive au centre qu'à la circonférence. Quant la maladie a duré plus longtemps, ces taches sont livides, ardoisées, violacées. Civiale a vu la muqueuse parsemée de granulations, de vésicules, de phlyctènes.

D'autres fois, la vessie est recouverte à l'intérieur de pus concret simulant des fausses membranes très-épaisses et trèsabondantes, surtout au col. Ce pus est originairement disposé par plaques ; mais d'autres fois il tapisse toute la surface interne de la vessie et on l'a môme vu s'avancer dans l'urèthre et arriver jusqu'au méat.

La face interne de la vessie est quelquefois recouverte de fausses membranes, semblables à celles de la dîphthérie. Ces fausses membranes, de dimensions et de formes variables, sont constituées par de la fibrine, des globules de pus et de débris de cellules épithéliales.

Dans les catarrhes très-anciens, la muqueuse présente des ulcérations et cette membrane est tellement épaissie aux points sur lesquels reposent ces ulcérations qu'elle forme des élevures noirâtres, qu'on a prises pour des polypes.

11 n'est pas tout à fait rare de voir, après une opération de taille, des lambeaux de la muqueuse être expulsés par Touverture artificielle.

I!fFLAM3l\TI0NS DE U VESSIB. 87

Dans certains cas la tunique musculaire est atteinte, et on peut voir alors la perforation de la vessie avec toutes ses conséquences. Un fait assez fréquent c'est que le tissu musculaire perde ses propriétés et se transforme en tissu fibreux. L'urine alors n'étant plus chassée de la vessie se décompose, forme des gaz qui peuvent s'introduire dans la circulation et donner lieu h ce qu'on a appelé rammoniémie.

L'inflammation se propageant jusqu'au péritoine peut rendre cette membrane moins glissante et moins polie. Quand il existe un calcul, la membrane muqueuse s'ulcère, s'épaissit, se vascularise et donne naissance à des tumeurs appelées fongus que nous décrirons plus loin.

Dans beaucoup de cas de catarrhe vésical, les parois de la vessie sont hypertrophiées et c'est alors surtout la tunique musculaire qui est plus épaisse. Elle devient proéminente et forme des saillies auxquelles on a donné le nom de colonnes, d'où les vessies à colonnes. Entre ces colonnes, sont des cavités ou enfoncements dans lesquels l'urine peut séjourner et finir, en se décomposant, par déposer un calcul. C'est sous l'influence des eflbrts considérables auxquels le malade est souvent astreint, par son catarrhe, pour satisfaire au besoin d'uriner, que les fibres musculaires prennent cet accroissement de volume. L'augmentation de volume des parois vésicales peut être à ce point considérable que, sa cavité étant presque effacée, elle vient cependant faire un relief facile à sentir au-dessus du pubis.

Quelquefois, comme Chopart et Morgagni en ont cité des exemples, le catarrhe vésical peut causer une gangrène de l'organe, gangrène dont il est facile de juger les conséquences, surtout si l'escarre s'ouvre dans la cavité péritonéale.

Pour peu que le catarrhe ait duré longtemps, la maladie ne se borne pas à la vessie ; les reins eux-mêmes sont atteints, on les trouve augmentés de volume et atteints d'une suppuration plus ou moins abondante. Le pus s'y trouve mêlé à l'urine ; le tissu cellulo-graisseux qui enveloppe ces organes est lui-même quelquefois atteint par rinflaramation ; il devient plus dense et peut même suppurer.

Dans d'autres cas, on trouve une atrophie des reins, portant

particulièrement sur la substance corticale. Les papilles des reins se déforment et s'atrophient, et Turée n'est plus séparée du sang, ce qui explique pourquoi les malades atteints de catarrhe présentent si souvent des manifestations urémiques.

Les uretères sont aussi injectées à leur surface interne et souvent augmentés de volume.

Symptômes. — Le catarrhe peut succéder à la cystite aiguë, mais c'est assurément le cas le plus rare. Bien plus souvent il arrive doucement, s'établit peu à peu en donnant lieu à des troubles auxquels le malade prête à peine attention et c'est seulement quand la maladie a déjà fait des progrès alarmants que le médecin est consulté.

Il existe des envies fréquentes et de la difficulté d'uriner, une gène plus ou moins considérable à Thypogastre et au périnée. Les douleurs, très-peu vives au commencement, deviennent peu h peu plus violentes. Les urines se troublent, les envies de pisser reviennent souvent et réveillent le malade qui est quelquefois contraint de se lever un grand nombre de fois. Quand le catarrhe est grave et qu'il survient une poussée aiguë, elles peuvent être incessantes.

Au début, il y a sensation pénible au pubis et au méat urinaire, surtout quand sortent les dernières gouttes d'urine.

C'est principalement sur le liquide de l'excrétion urinaire que doit porter l'attention, dans la maladie qui nous occupe. Ces urines. Mercier les a divisées en muqueuses, puriformes, puru* lentes ou glaireuses.

Ces divisions des dépôts urinaires ne sont pas toujours, tant s'en faut, aussi nettement distinctes, et bien souvent ceux-ci se trouvent mélangés l'un à l'autre, dans des proportions que l'homogénéité même de la masse empêche de reconnaître. Ou reste, Tabondance de ces dépôts n'est pas constamment la même et, chez certains individus affectés de catarrhe vésical, on voit même toute trace de sang et de pus disparaître complètement et les urines revenir, pendant un certain temps, à leur état normal. Aussi n'est-il point absolument vrai, si ce n'est à la dernière période de la maladie, qu'une diminution dans la quantité du dépôt indique une aggravation de TaCfection.

nfFLAMMATIO?(S I>B U VESSIE. 89

Dans les cas les moins graves et alors que la maladie est récente, l'uidne, transparente au moment de la miction, se trouble bientôt après et il s*y forme un nuage ordinairement peu épais.

La maladie persistant, Turine ne conserve pas longtemps cette apparence ; elle devient lactescente, grâce aux globules de pus disséminés dans sa masse, et bientôt ceux-ci se déposent en plus grande quantité en formant au fond du vase une masse épaisse d'un blanc gris ou jaun&tre. Dans cette masse, on peut voir quelques stries sanguinolentes et quelquefois des cristaux d'acide urique qui, ayant une couleur semblable, ne peuvent être distingués nettement qu'au moyen du microscope. L'urine surnageant, le dépôt contient de Talbumine qui la trouble. Acide encore au moment de son émission, l'urine devient bientôt alcaline, ce qu'elle doit à la transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque, transformation qui s'opère toujours, avec rapidité, en présence du pus ; car l'urée étant un amide, la diamide carbonique, n'a besoin pour devenir carbonate d'ammoniaque que de deux équivalents d'eau, et toutes les matières fermentescibles, le pus entre autres, favorisent au plus haut point la fixation de cette quantité d'eau.

D'autres fois l'urine est ammoniacale à sa sortie de la vessie et exhale dès ce moment une odeur très-désagréable.

Les urines ammoniacales ont une si grande influence sur la pathogénie de la fièvre urineuse, que nous devons nous étendre quelque peu sur leur description. Car si cette fièvre peut être la conséquence d'un état morbide du rein, elle peut naître aussi, comme nous le verrons dans un des chapitres suivants, à la suite de la résorption, par la vessie ou l'urèthre, d'une urine décomposée. On conçoit, s'il en est ainsi, qu'une opération pratiquée sur les voies urinaires acquerra une gravité spéciale dans le cas d'altération de l'urine.

L'urine ammoniacale est d'un jaune pâle. Si elle contient du sang ou du pus, elle prend une teinte rouge sale ou blanc jau- D&tre. La surface a un aspect irisée souvent dès son émission. Elle est épaisse, visqueuse, ne présentant plus quelquefois qu'une petite quantité de liquide surnageant, un magma glaireux et

filant, produit de la réaction de Taramoniaque sur le pus, le mucus et la mucosine.

La transparence de cette urine est troublée : !• au moment de son émission, parce qu'elle renferme non-seulement des globules de mucus, de pus et de sang, mais de la mucogîne, et surtout des cristaux microscopiques de carbonate de chaux, de phosphate de chaux et ammoniaco- magnésien; 2* quand elle a déposé les corps précédents, au fond du vase qui la contient, elle est encore louche, à cause des vibrions qu'elle renferme et des petits cristaux de phosphate ammoniaco-magnésîen qui s'y forment, au fur et à mesure de la décomposition de Turée, et cela, tant qu'il reste du phosphate de magnésie à saturer.

L'odeur de cette urine est celle de l'ammoniaque, à laquelle se joint une fétidité spéciale dont l'origine est jusqu'à présent inconnue.

Doit-on, comme le veut Pasteur, attribuer la transformation de l'urée de l'urine en carbonate d'ammoniaque h la présence dans ce liquide de torulacés et de vibrions? Évidemment non, puisque cette urine prend naissance chez des individus qui n'ont jamais été sondés, tandis qu'elle n'apparaît pas chez d'autres qui se sont passé des sondes malpropres. Peutêtre, comme le veut Gublcr, a-t-elle pour origine des éléments figurés, décomposés par la maladie, quoiqu'il paraisse plus sage d'en rechercher la cause dans la présence du pus qui joue, comme toutes les matières azotées, et comme nous l'avons dit tout à l'heure, le rôle de ferment vis-à-vis de l'urée qu'il transforme en carbonate d'ammoniaque.

L'urine ammoniacale est, par conséquent, alcaline ; elle bleuit le tournesol rouge et brunit le curcuma. Quand on la fait bouillir et qu'on expose à sa vapeur un papier de tournesol rouge, il bleuit pour redevenir rouge bientôt après.

La densité de l'urine ammoniacale est de 1,014, tandis que celle de l'urine normale varie de 1,018 h 1,020. C'est que la somme des principes solides diminue, l'urée surtout, dont 2 à 6 gramtnes par litre se transforment en carbonate d'ammoniaque. L'acide urique lui-même diminue ou disparaît.

nruMiuTions db u vessie.

nnCIFACX ÉLÉMEEITS QC'o:* APIBÇOIT AU UICBOSCOFB DANS L'UBINE AMXOIfUCALB ET CATAUBALE<

Pig. 18. Fig. n.

Spllbtiium do biuiaet et dn reio. Ëpilbélium de l'aretère;

[L ImI», Inul. OUivier et Bergeron, (L. Bexle, traJ. OlIKier et Bergeroa,

Rg. *3). flff, it).

Fig. 18.

CrUtui de pbosphate ammaiiiK

(LBcde, tnd. Olliiicr et Bergfi ng. 9G A»),

Fig. ao.

Crûlaai en ublier de pbMphite

de cbam.

[C. Belle, Irtd. OIlÎTier et Borgeron

dg. lOOJ.

Kp. 21.

Globules du ung : a,Ji, e, 'oorintui;

d, e, f, Irouïéi dtaa l'uriaBi

e, f, altérée, rélraclés et créoelés.

(L. Beale, tnd. OUtTÎer et Bei^vrw),

Sg. 109).

n lNFUIIMATiœ«S DE U VESiUB.

Quand on chauffe Turine ammoniacale, elle laisse échapper des bulles de gaz, puis abandonne un dépôt blanc de phosphate et de carbonate de chaux, et de phosphate ammoniacomagnésien. Ce dépôt est soluble dans les acides; mais si on chauffe de nouveau la liqueur, elle se trouble à cause de Talbumine provenant du pus ou du sang qu'elle contient et qui se coagule.

La réaction caractéristique de Turine' ammoniacale, c'est de dégager des vapeurs de chlorhydrate d'ammoniaque quand on approche près d'elle un bouchon imprégné d'acide chlorhydrique. Les acides azotique, acétique, chlorhydrique, versés dans une urine de celte espèce, produisent un dégagement d'acide carbonique assez abondant pour la faire mousser.

Les sédiments abondants, blanchâtres, floconneux, puriformes, laissent un dépôt adhérent sur les parois du vase, dépôt formé de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien, mélangé à une proportion très-minime de phosphate et de carbonate de chaux, puis de globules de mucus, de pus, de sang, d'épithélium de provenance diverse, d'organismes inférieurs : vibrions, torulacés, mycéliums, le tout enfermé dans une masse visqueuse, résultat de l'action de l'ammoniaque sur le pus. Au microscope, cette masse présente l'aspect d'un lacis filamenteux, enserrant un nombre considérable de cristaux *.

Le mélange de phosphate ammoniaco-magnésien, de phosphate et de carbonate de chaux, se détache quelquefois du dépôt sous la forme de taches blanc grisâtre plus ou moins larges, trèsvisibles à l'œil nu.

L'urine ammoniacale expose à une intoxication générale dans le cas de solution de continuité de la muqueuse vésico-uréthrale; elle peut aussi déterminer des accidents locaux : l'irritation, puis rinflammation de la muqueuse, la cystite^ et enfin la formation des phosphates. Le phosphate de magnésie surtout joue un rôle important dans l'économie, en raison de la propriété qu'il a de se combiner avec l'ammoniaque, qu'il fixe et sature dans les diverses humeurs. Dans l'urine, il s'empare de l'ara-

\. Goî^elin et A. Robin, Arch, gén. de médecine, 1874.

DCFlASUIATIONS de U vessie. 93

moniaque au fur et à mesure de sa formation et en neutralise ainsi ]cs effets en l'empêchant d'être libre. L'ammoniaque chassant l'équivalent deau du phosphate tribasique, donne naissance à du phosphate anmioniaco-magnésien (AzII',HO) 2 MgO. PhO^-f-12 UO. Malheureusement, le phosphate ammoniaco-maguésien étant insoluble, forme des calculs. Ces calculs se présentent sous divers aspects différents. Tantôt assez mollasses, ils peuvent être rejetés par Turëthre, après beaucoup d'efforts et de douleurs ; ils ont alors une forme allongée, ou bien ils tapissent les parois vésicales à la manière du mortier qui crépit les murs ; tantôt plus durs, ils restent daus la vessie où ils constituent une concrétion calculeuse, souvent d'un gros volume, mais heureusement assez peu résistante.

On a dit que le catarrhe vésical augmentait par les temps liroids et humides ; c'est là assurément ce qui a lieu le plus souvent sans que cette cause ait rien d'absolu .

Mabcue, dlbée, termlnaison. — La marche, comme la durée de la maladie, n'a rien de bien ILxe. Quand l'inflammation a été me au commencement, que les douleurs ont été violentes, le muco-pus abondant, l'affection peut parcourir proniptement toutes ses périodes et-araener la mort en peu de temps.

Cependant, même dans ces cas, la maladie dure quelquefois longtemps. Si les débuts de TafTection ont été insidieux et si le mal n'a pris que peu à peu son caractère d'intensité, il marche parfois beaucoup plus lentement et dure des années , surtout s'il Q eiiste qu'un obstacle léger au cours de Turine. Aussi l'hypertrophie de la prostate ajoute-t-elle au degré de gravité de la maladie, en empêchant justement Técoulement régulier de l'urine ; et comme cette hypertrophie est fort souvent l'origine de cette aSection, on conçoit que la durée en soit fort longue, puisque aucun remède ne peut arrêter la transformation de cette glande. C'est, dans tous les cas, une maladie tenace, qui ne disparaît qu'avec les causes qui la provoquent, mais dont la plupart persistent, malheureusement, souvent toute la vie.

On a prétendu que l'iTiflammation d'un autre organe pouvait opérer subitement la guérison du catarrhe vésical en agissant par métastase. Mais c'est là une assertion à l'appui de laquelle

94 IMFLAMMATIONS DE U VBSSffi.

de nouvelles preuves sont nécessaires et qu'il est diHicile d'ad* mettre dans l'état actuel de nos connaissances.

Diagnostic. — Il est facile. Quand, sur un malade affecté de trouble dans la miction, de douleurs en urinant, on aura lit marqué des urines muqueuses, purulentes ou ammoniacales, on saura à quoi s'en tenir, surtout quand on en aura fait l'examen microscopique et chimique.

La névralgie vésicale no pourra être confondue avec le ca« tarrhe, car elle ne donne pas lieu^ comme lui, à un dépôt de mucosités dans les urines. Ce n'est qu'à la longue, à la suite doi efforts qu'elle provoque, dans la miction, qu'il se forme une vi4* vule au col de la vessie, valvule qui est la conséquence d'une hypertrophie des fibres musculaires.

Si le catarrhe est facile à distinguer, il n'en est pas de même des causes qui lui ont donné naissance et ce sont cependant elles qu'il faut connaître pour le traiter convenablement. Pour y arriver, il sera nécessaire de se livrer h une étude attentive de la structure des organes urinaires.

Le cathétérisme, avec une bougie à boule, révélera l'existence d'un rétrécissement; avec une sonde coudée, d'une valvule ou d'un corps étranger.

Quand il y a atonie de la vessie, l'organe ne se vide pas bien et, en y introduisant la sonde, on peut encore en retirer du liquide, quoique le malade vienne d'uriner. Si la miction n'a pas eu lieu depuis longtemps, le jet d'urine ne sort de la sonde qu'avec mollesse. Du reste, quand on n'a trouvé ni un rétrécisse* ment, ni un gonflement de la prostate, ni un autre obstacle au cours de l'urine, il faut bien avoir recours, pour expliquer le catarrhe, à l'atonie de la vessie.

Étiologie. — Elle ressort de la description que nous venons de donner. Le catarrhe vésical a pour cau^e tous les obstacles au cours de l'urine : calcul, valvule du col, hypertrophie de la prostate, rétrécissement, atonie primitive ou consécutive à l'irritation des fibres musculaires.

L*habitation dans un lieu froid et humide, les abus alcooliques, la rétention d'urine par atonie, paralysie ou effort, sont encore des causes fréquentes de catarrhe vésical.

On a rangé parmi les causes de cette maladie la goutte, le rhumatisme, les dartres.

Chez la femme, les maladies de matrice^ les accouchements laborieux, la gestation, en sont l'origine fréquente.

Pbomo6tic. — Regardé comme fort grave par les anciens, en ee sens surtout qu'il ne pouvait guérir qu'avec la vie, nous sa-r voDs aujourd'hui que le catarrhe de la vessie dépend de la cause qui l'a fait naître. Aussi le considère- t-on comme moins sérieux qia'aatrefois. Quand l'obstacle au cours de l'urine est susceptible de di^arattre, il n'est pas redoutable, à moins, toutefois, que le milade ne soit affaibli par une déperdition trop considérable dfi mucosités.

Le pronostic devient surtout sérieux quand il existe une compGeatîon du côté du rein ou des uretères, ou que la suppuration M très-abondante, sanguinolente ou ammoniacale.

Quand il n'en est pas ainsi, un traitement convenable rend la vie des malades très-supportable.

Traitement. — Dans le traitement, il faut s'attaquer à la canse du catarrhe, et comme cette cause, la plupart du temps, est dans une stagnation plus ou moins prolongée de l'urine^ c'est à die qu^l faut s'adresser pour la combattre et faire en soi te que h vessie se vide complètement. II ne faut pas oublier, dans les cas de ce genre, que le malade urine souvent par regorgement, quoiqu'il y ait rétention d'urine, et ne pas hésiter à pratiquer le eathétérisme, et cela avec autant de légèreté et avec une sonde aussi douce que possible. Une précaution essentielle, en pareil cas, c'est de ne pas vider la vessie en une seule fois et le premier jour. Il est de toute nécessité de ne procéder qu'avec les plus grandes précautions et de n'arriver qu'au bout de plusiears jours à débarrasser complètement l'organe du liquide qu'il contient, et encore devra-t-on le remplacer en partie par Qoe injection antiseptique à la dose de 100 grammes environ.

Souvent il n'est pas possible de s'adresser immédiatement à la cause qui produit la maladie, parce que les organes sont trop irrités. Il est nécessaire alors, au préalable, de chercher à calmer cette excitation. Dans le cas de calcul, il serait impossible de pratiquer d'emblée la lithotritie ; aussi faudra-t-il bai-

96 U(FUMMATH>?(S DE U VESSB.

gner le malade, le faire reposer, lui appliquer des émollien^ lui en faire boire et lui administrer des calmants, au besoin avoir recours aux sangsues.

Si on ne par\'ient pas à trouver Torigine du catarrhe, c*est sur* tout à ce traitement qu*on aura recours. S'il y a absence de complications, on s'adres>era d'emblée à la cause du cataniie: la valvule du col que Ton coupera, la pierre que Ton brisera, le rétrécissement que Ton incisera.

Il importe, dans les cas d'hypertrophie de la prostate, de prendre bien des précautions. 11 faut, autant que possible, h combattre avant de pratiquer ou de conseiller le cathétérisme. Pour atteindre ce but, l'introduction de bougies Béniqué volu« mineuses dans la vessie rendra de grands services.

Dans les cas dont nous parlons, on devra apprendre aux malades à se sonder eux-mêmes, au moins chaque soir et chaque matin. Quand on aura évacué Turine, on pourra, dans tous les cas de rétention, pratiquer dans la vessie de légères et douces injections mucilagineuses.

Autant que possible, on activera les fonctions de la peau par la chaleur, la flanelle, les frictions, les sudoriûques.

On a beaucoup vanté, Trousseau surtout, l'usage des balsamiques dans le traitement du catarrhe vésical ; mais ce sont des médicaments sur lesquels il est nécessaire de s'expliquer, car il est bien évident qu'ils n'auront aucun effet sur le catarrhe con« sécutif h un obstacle matériel au cours de l'urine. Il en sera tout autrement quand la maladie existe sans complication ; alors ces médicaments retrouveront toute leur efficacité, à condition qu'il n'existe aucun phénomène aigu. La térébenthine molle de Yc« nise devra, dans ce cas, être préférée à la térébenthine liquide.

On a ajouté à l'emploi des balsamiques et des calmants, la belladone en particulier, l'usage des révulsifs. Ces révulsifs consistent dans des frictions, des vésicatoires, des sétons; quelquefois on a eu recours aux moxas. Civiale n'est pas, à juste titre, partisan des vésicatoires, après l'application desquels il a vu survenir des accidents; mais il a fait usage de la pommade stibiée^ et en a frotté les cuisses, la région hypogastrique, la région sacrée.

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Od a bit anssi des lotions froides sur le bassin, suivies de fricas aromatiques.

lîom a appliqué le séton à l'hypogastre et au périnée.

Od a encore employé contre le catarrhe les médicaments a tringenls: la gomme kino, le cachou, la busserole, la pareïiS' brara.

La médication tonique générale et reconstituante a ausû été, à juste titre, mise en usage, et c'est comme tels qu'on a administré l'huile de foie de morue, le quinquina, le fer. Si l'urine est trop alcaline, on pourra essayer de modifier sa réaction aU' moyen de l'administration des acides à faible dose, sous forme de limonade sulfurique, nitrique, citrique, tartrique, mais sans fonder sur eus de trop grandes espérances. Quand un catarrhe est ancien, il faut, de temps à autre, tous les huit jours, par exemple, employer les pui^atîli, l'eau de Birmenstorff, celle de Fulloa à dose légère; les eaux de Capvern, d'Êvian, de Contrexeville, de Vittel, sont aussi eicellentes. Les douches froides, simples ou sulfureuses, sont très-elïicaces dans les cas de catarrhe consécuUf à une inflammation du col ou de la partie profonde du canal de l'urèthre.

Nous devons, avant de terminer ce qui a rapport à la médication interne, nous étendre quelque peu sur une substance utile et fort employée, et étudiée dans ces derniers temps : c'est Vacide benzoique. Il s'agirait, dans te cas d'urines ammoniacales, de saturer le carbonate d'ammoniaque eu évitant cependant d'employer des corps susceptibles de former des sels insolubles ou toxiques par leurs combinaisons avec le carbonate d*ammoniaque ou d'autres éléments de l'urine. U serait assurément préférable d'empêcher la décomposition de l'urée; mais c'est dans l'état actuel de nos connaissances un résultat impossible h. obtenir ; nous en sommes réduits à saturer ce carbonate de manière à prévenir la résorption de l'uriae ammoniacale*.

Berzélius, au moyen de l'acide phosphorique, avait bien rendu l'urine acide en formant de l'acide urique ; mais les phosphates avaient très-vite reparu, le phosphate ammoniaco-magnésien

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