I. Lécorché, TraiU des maladies des reins. Paris
H. PlGAlD. 20
cas, qui sont d'un pronostic moins gnTe, h langue est ^ipse, bumide, rarement sèche ; dans d'antres, otL organe est roqge sur tonte sa surface, avec nn pointillé pins foncé, qm s'étend ju^ue sur le voile du palais et sur ses piliers. Cette odoration indique uc état plus grave, surtout si à la rougeur vient s'ajouter la sécheresse de Torgaoe. Quand il en est ainsi, la salive n'arrive pas dans la cavité buccale, la langue qui était collante devient sèche, et le peu de liquide dont la bouche est imprégnée donne une réaction acide ^ On comprend quelle est la gravité d'un pareil état ; il provoque une d jsphagie qui empêche le malade d'avaler ses aliments, quand ceux-ci ont pu être mastiqués ; car la salive ne pouvant plus les humecter, ils sont tournés et retournés dans la bouche sans pouvoir être convertis en bol alimentaire. De là un manque de nutrition, et par conséquent une cause d'afCûblissement et d'amaigrissement pour le malade. L'impossibilité d'avaler des aliments solides et la répugnance qui en résulte n'existent pas pour les boissons. Celles-ci, en effet, soulagent le malade en humectant sa bouche, sa langue et son pharjnx; aussi, alors que tout aliment solide est rejeté, on voit passer fiacilement les potages, le lait et le bouillon '.
La langue se recouvre souvent, dans le cas dont nous parlons, de muguet, sans qu'on puisse attacher à sa présence un pronostic plus défavorable.
Si de la bouche nous descendons au tube digestif, nous arrivons à l'estomac qui nous offre à étudier des symptômes tout aussi importants. Ce sont d'abord des nausées persistantes apparaissant à toute heure de la journée, mais principalement au réveil. Ces nausées sont bientôt suivies par des vomissements d'abord alUnentaires, puis séreux et bilieux et, par conséquent, Acres et amers. Un signe caractéristique de ces vomissements, c'est leur persistance, leur facilité et leur moment d'apparition, qui a lieu principalement au réveil. Les vomissements peuvent, d'ailleurs, survenir d'emblée, sans avoir été précédés de nauséesi et alors que la digestion s'était opérée convenablement jus* qu'alors. Quand les matières rejetées sont liquides, bilieusesi
i. Guyon, Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, i878. 2. Gayon, lac, cit.
TROUBLES Gfilf&Rf^HX. sa7
non alimentaires, la digestion peut même s'Ôtre, au préalable, parfaitement accomplie. Guyon semble attacher aux vomissements une importance moins grande qu'à l'état buccal. Ce n'est pas ma manière de voir, et je suis en cela d'accord avec la plupart des auteurs, de Rosenslein en particulier, quand il dit : Le médecin ne doit pas oublier que, dam les affections rénales, ks phénomènes de gaslrorrhée ont parfois une grande valeur téméiologique.
Les matières vomies contiendraient, suivant Frerichs, du carbonate d'ammoniaque et, par conséquent, seraient alcalines ; quand elles sont acides, il suffit, au dire du même auteur, d'y ajouter de la potasse pour en faire dégager l'ammoniaque.
Du reste, on le comprend, les vomisËements entravent la QDtritioQ aussi bien que la sécheresse de la iangae, puisqu'ils empêchent comme elle l'alimentation.
Ces vomissements peuvent être accompagnés d'une constipation plus ou moins prononcée et persistante, mats ce n'est pas ce qui se voit ordinairement, tant s'en faut. Avec les vomissements, en effet, on observe plutôt la diarrhée. Celte diarrhée offre certains caractères analr^es aui vomissements, c'est-à-dire que les selles sont fréquentes, abondantes, et surviennent souvent sans cause appréciable. Les matières rendues par l'intestin sont muqueuses, séreuses, quelquefois bilieuses, striées de sang, sanieuses, noirâtres, et peuvent contenir des lambeaui mortifiés.
Ces accidents dont nous venons de tracer le tableau, du Eooins la diarrhée et les vomissements, affectent la forme aigué OQ chrùnique. Dans le premier cas, ils offrent quelquefois un oaractëre de gravité qu'ils n'ont pas dans le second, parce que leor intensité, leur persistance et leur résistance à la médication, peuvent alors être telles qu'ils entraînent en peu de temps la mort du malade. Cette terminaison s'observe aussi dans la forme chronique, mais il n'en est pas ainsi ordinairement, parce que les symplômes présentent plus de prise à la thérapeutique, qui a plus de temps pour agir sur eux.
Du reste cette forme chronique ne se présente pas toujours, tant s'en faut, avec l'apparence de granité à laquelle notre description pourrait faire croire. Souvent, en effet, il existe sim-
TROUBLES CfeWÉRADX.
ptementde l'inappôteace, de l'anorexie, de la pesanteur stomacbale, une difûcullé de la dige^tioa qui est longue et pénible. Il y a du balloanement du ventre, des éructations, parfois de la somnolence.
Les troubles digestifs accompagnent presque toujours la £èvra urineuse, mais ils peuvent exister sans elle. Quelquefois ce n'est pas une élévation, mais un abaissement du ttiermomètre qu'oD observe.
Ces mêmes phénomènes se montrent aussi simultanément aux accidents cérébraux de l'urémie, accidents cérébraux que chacun sait pouvoir être très-graves, mais qui bien souvent se présentent sous la forme d'une simple pesanteur de tôte ou de migraine.
Dune manière générale il est certain que tous ces accidents, quand ils ne sont pas la conséquence directe d'une maladie des reins, mais de l'urèthre, de la prostate ou de la vessie, n'apparaissent qu'au moment où l'affection a fait déjà assez de progrès pour amener une rétention d'urine plus on moins complète et surloul ce qu'on a appelé la stagnation d'urine. On pourrait dire qu'en dehors du rein, c'est là la condition sine ijua non, Guyon rapporte à ce propos ' les observations de deux malades qui virent l'un sa diarrhée, l'autre sa migraine disparaître à la suite d'une urélhrotomie qui rendit au canal son calibre et par conséquent à l'urine son libre cours.
Traitement. — 11 résulte de ces deuï exemples que, quand les troubles gastro-intestinaux ont pour origine la stagnation de l'urine dans la vessie par suite d un obstacle à son courft régulier : rétrécissement ou valvule prostatique, c'est cet obstacla qu'il faut détruire. Dans le premier cas, il sera facile d'arrivei; au but : la dilatation temporaire et surtout l'uréthrotomie interne l'atteindront facilement ; dans le second il n'en sera plus, de même, les opérations qui ont pour objet la destruction de; l'hyperlropliie prostatique n'étant ni faciles à accomplir, ni san», danger pour le malade. Mais, dans ces cas, le cathëtërismA prudemment pratiqué, quoique fréquemment répété et avec let
1 , Giiyon, lue. cit.
hi
TROUBLES GtSrtERAUX. S09
précautions décrites en parlant du catarrhe, cathétérisme qu'on fera suivre de lavages antiseptiques, rendra les plus grands services.
Si les reins sont seuls malades ou simultanément aux organes qui les précèdent, on comprend que le traitement ne sera plus aussi simple, l'intervention chirurgicale étant alors souvent dangereuse. Aussi, avant d'y avoir recours, faudra-t-il s'efforcer de placer le malade dans des conditions telles qjoTû puisse la supporter et qu*elle ne soit pas pour lui un coup fatal. C'est alors au traitement médical qu'il faut avoir recours. Ce traitement consistera à venir en aide à la nature en favorisant l'élimination des principes morbides et en reconstituant les forces du malade.
Pour chasser le poison urineux, les purgatif salins à petites doses, fréquemment répétés, sont les meilleurs agents; toutefois il résulte de l'observation que ce ne sont pas ces sels artificiellement préparés, mais leurs dissolutions dans les eaux minérales, qui devront être préférées ; telles sont surtout les eaux de PuUna, de Birmenstorff, de Friedericshall ; on les administre à la dose d'un verre tous les trois, quatre ou cinq jours, suivant les cas. S'il se manifestait des symptômes d'empoisonnement aigu, un Verre ne suffirait pas, et il faudrait obtenir, au moyen d'une plus forte dose, une purgation complète.
Si l'empoisonnement se manifeste surtout par des vomissements, administrez l'ipécacuana à une assez forte dose : 2 éL 3 gr. en trois paquets. Ce médicament n'a pas les propriétés irritantes de Témétique, et il semble avoir une certaine action sur le foie qui est aussi souvent malade dans l'empoisonnement urémique, la créatine et la créatinine ne s'éliminant plus complètement.
On combinera aux purgatifs les toniques et les amers : gentiane, quassia amara, columbo surtout, et principalement le quinquina en macération, en extrait ou même sous forme de vin.
Si les voies digestives le permettent, on administrera de l'acide benzoîque, du benzoate de soude ou de chaux, car, comme nous l'avons déjà dit, ces diverses substances ont le privilège de neutraliser le carbonate d'ammoniaque de l'urine, en
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le transformant en hippnrate d^ammoniaqoe inoffénsif . On administre Tacide benzolque dans une grande quantité d'eau ; pour cela, on prépare une solution concentrée de cet acide dont on délaye une cuillerée contenant 2 grammes , dans une tasse de tbane d'uva ursi ; c'est qn en effet l'acide benzolque est trèspeu soluble. Le benzoate de soude se donne de même ; quant au bensoate de chaux, il peut se prescrire en granuleSi de manière à en prendre 4 à B grammes par jour.
On aidera la médication précédente par des bains alcalins ou •ulfureux, l'hydrothérapie, si elle peut être supportée, et s'il n'existe aucune complication du c6té du cœur; des frictions •èches, de manière à ranimer les fonctions de la peau.
On prescrira un exercice musculaire consistant en promenades au milieu du jour et, autant que possible, au soleil.
Pour nourriture, on prendra des viandes rôties, si elles sont digérée» ; dans le cas contraire, de la pulpe de viande crue ou délayée dans du bouillon ; comme boisson, on ne proscrira pas emnpiélcment le vin, ni même un peu d'alcool sous forme de fftof^ léger. Si cette alimentation n'était pas supportée, on mettrait le malade au régime lacté, dont j'ai déjà parlé plusieurs fois, et qui est excellent.
Si l'état de la bouche s'oppose à l'alimentation, s! la langue' est menacée par le muguet ou si elle en est couverte, Guyon conseille, avec juste raison, de l'eau de Vichy en boisson, à petites doses ou en gargarisme seulement. Cette eau, celle de Fougues, de Gapvern, peuvent ètre^administrées avec avantage, quand le malade n'a pas une tendance trop grande à la diarrhée.
Et, en effet, quoique celle-ci constitue un mode d'évacuation des matières septiques, il faut Tenrayer quand elle est trop violente ou trop abondante et, pour cela, avoir recours au diascordium, au bismuth, à l'opium, aux lavements laudanisés : 16 gouttes, deux fois par jour dans un très-petit lavement. Contre les vomissements : la glace, l'eau de seltz, la potion de Rivière; des vésicatoires sur Testomac, des injections souscutanées de sulfate de soude, de chloroforme, de morphine.
tMOn^S GÉNteAUX. 311
PHLEGMASIES CONSÉCOnVES AUX OPÉRATIONS PRATIQCÉKS SUR
l'appareil tRIlfAlRE.
Ces phlegroasiesy dont il est dit peu de chose dans les auteurS| et que presque tous ont confondues dans une même description avec les accidents fébriles auxquels donnent lieu le3 maladies de l'appareil urinaire ou les opérations pratiquées sur Tun des organes qui le constituent, méritent un chapitre séparé, parce qu'on les voit souvent apparaître isolément et n 'entraîner avec eux que la fièvre commune à toute espèce de phlegmasie.
Je ne ferai d'ailleurs, en agissant ainsi, que suivre Texemple de Civiale, Philips, Morel-La vallée et Marx *.
Ces phlegmasies n'ont qu'un point de ressemblance avec les accidents fébriles dont nous avons parlé dans le chapitre précédent : c'est leur origine, c'est-à-dire Tempoisonnement urémique. En dehors de cette origine, les symptômes, le diagnostic, le pronostic, l'anatomie pathologique^ le traitement sont dijfôrents. Les phlegmasies urineuses dont nous nous occupons apparaissent dans des organes n'ayant aucune relation anatomique avec celui qui a été opéré, c'est-à-dire dans les masses musculaires, les articulations, celles des membres inférieurs surtout, et les séreuses.
Symptômes. — Peu de temps après ou vers la fin d'un traitement chirurgical appliqué aux organes urinaires, plus rarement spontanément pendant une maladie de ces organes, accompagnée ou non de fièvre urémique, apparaît un frisson quelquefois unique, le plus souvent quotidien, mais diminuant alors chaque jour d'intensité. Ce frisson s'accompagne d'une fièvre plus ou moins intense^ mais toujours continue. Dans presque tous les cas, le frisson finit par disparaître, malgré la persistance du mouvement fébrile, et le malade ressent une douleur soit musculaire, soit articulaire, qui s'apaise à la suite de l'administration de boissons légèrement excitantes, d'applications émollientes et d'une diète plus ou moins sévère.
Dans des cas plus graves, la douleur, au lieu de se calmer ;
i. E. Marx. Thèse, Paris, 4861.
SIS TROUBLES GËNÉRlinL
augmente, le malade est abattu ; il y a de la soif, quelquefois un peu de délire. La phl^^masie se montre alors dans une étendue considérable et peut même envahir un membre tout entier jusque dans sa profondeur, ou se borner au tissu cellulaire superficiel, quand les téguments eux-mêmes ne sont pas seuls pris. Cette inflammation donne lieu à la rougeur, au gonflement particulier à toutes les phlegmasies, et à un emp&tement qu'il est quelquefois difficile d'apprécier, à cause de la douleur causée par la pression des doigts. La fluctuation ne tarde pas à apparaître franche et incontestable. Qu'on ouvre alors la partie, il en sortira la sérosité teintée de sang, qui précède la formation du pus.
Quand l'afifeclion en est arrivée à ce point, de deux choses l'une : ou les symptômes généraux s'aggravent, accompagnés de diarrhée, et le malade meurt en quelques jours ; ou ils s'amendent pour disparaître entièrement.
Les collections séro-purulentes qui se forment dans les séreuses s'annoncent par les mêmes symptômes ; seul l'état local difTère. La douleur, au lieu d'être articulaire ou musculaire, se fait sentir dans le ventre ou dans les parois thoraciques, absolument comme dans la péritonite ou la pleurésie ; puis l'épanchément se forme dans l'une ou l'autre de ces cavités.
Si ]a terminaison a été fatale et qu'on puisse faire l'autopsie du cadavre, on trouve, dans la région phlegmasiée, les mêmes éléments que sur cette même partie vivante : une sérosité abondante mélangée de sang, et du pus exhalant une odeur urineuse plus ou moins prononcée. Du côté de Turèthre, les lésions sont trop peu marquées pour expliquer des désordres aussi considérables. La rate et les reins sont les seuls organes dont l'aspect puisse, jusqu'à un certain point, expliquer la maladie : ils sont ordinairement congestionnés d'une manière plus ou moins intense ; quelquefois, au contraire, on les voit ratatinés, revenus sur eux-mêmes et comme atrophiés.
Le diagnostic des phlegmasies qui nous occupent se tirera en grande partie des antécédents du malade et des circonstances au milieu desquelles elles sont apparues. Y avait-il aflection de l'appareil urinaire, a-t-on pratiqué une opération sur un organe quelconque de cet appareil? D'un autre côté, on aura encore
TBOUBLBS GtNÈRAUlL SIS
pour guide rextréme mobilité de ces sortes de phl^masies. Ainsi, dans une observation citée par Marx, nous voyons Tinflaromation débuter par le bras, se porter ensuite sur la verge, puis à lliypocbondre et de là au testicule et au scrotum. Civiale a observé plusieurs cas du même genre.
Une douleur rhumatismale se distinguera toujours d'une phlegmasie urinaire par sa persistance non suivie de suppuration. Car, outre la mobilité, c'est un caractère distinctif des inflam* mations produites par une affection ou une opération des vdes urinaires, que la rapide succession des trois symptômes prédominants ; on voit, en effet, apparaître presque simultanément la douleur, le gonflement, la suppuration.
Cette apparition si soudaine et cette marche si prompte de la maladie accompagnant une affection des voies urinaires seront les seuls points de repère susceptibles de guider le médecin quand il y aura épanchement dans une des grandes cavités séreuses, péricarde, plèvre ou péritoine ; à eux seuls ils permetrtront d'affirmer, presque à coup sûr, que le froid n'est pour rien dans leur origine. Et c'est là une distinction importante, car le malade qui a ressenti un frisson sera, sans le vouloir, porté à induire le médecin en erreur^ en attribuant sa maladie à un refroidissement.
Les épanchements dans les séreuses sont toujours reconnus en raison des troubles fonctionnels graves auxquels ils donnent lieu ; mais il n'en est pas de même des phlegmasies musculaires, qui peuvent être méconnues. Dans quelques cas, en effet, on les a vues ne provoquer aucun phénomène appréciable, et passer inaperçues du médecin et du malade lui-même, et n'être reconnues qu'à Tautopsie.
Le pronostic des phlegmasies urinaires est généralement grave, tant à cause de la rapidité de leur marche que de leur étendue. Quand elles ont pour siège l'une des cavités séreuses, ce pronostic est d'autant plus sérieux que l'épanchement ne reste jamais séreux et passe, presque aussitôt après son apparition, à Tétat purulent. Aussi, à moins d'être reconnues tout à fait au début et combattues sans retard par les moyens les plus énergiques, sont-elles presque fatalement mortelles.
$îê nocfus GisfiÊLkVt.
Les phlegmasîes des masses nrasoilaires sont ën^mment moins grtLveSj parce qn'elles sont pins (iiciles à enrayer. Celles qnt siègent dans les articnlations. quoique pins redoutables, sont encore susceptibles de guérir, mais on Toit souvent alors la terminaison par ankylose.
TKAfTExnrr. — Dans les phlegmasies ayant pour cause une opération pratiquée sur les organes urinaires ou une maladie d'un de ces organes, la première indication c'est de provoquer dans l'économie tout entière une réaction énergique et, pour y arriver, d'employer les excitants et les sudorifiques. Les boissons aromatiques chaudes, additionnées de rhum : thé, menthe, mélisse^ feront la base de ce traitement; on aidera leur action en enveloppant le malade avec des couvertures de laine chaudes. Sous l'influence de ces seuls moyens, on a vu souvent la maladie enrayée*
Quand elle persiste, c'est à l'état local qu'il faut s'adresser. Des cataplasmes tiëdes sur la partie douloureuse^ et des sangsues seront appliqués sur le muscle ou l'articulation malade. Enfin, comme ces moyens ne seront pas souvent suffisants, on aura recours à l'incision hâtive pour les muscles, à la ponction capillaire aspiratrice pour les articulations.
Les sangsues ou les ventouses scarifiées, renouvelées plusieurs fols, constitueront à peu près le seul moyen susceptible d'être opposé aux phlegmasies des séreuses. Civiale et Syme ont obtenu quelques succès en suivant cette méthode de traitement.
L'épanchement formé, l'aspirateur de Dieulafoy ou encore mieux celui plus portatif de Potain^ seront pour le chirurgien un précieux agent de traitement, car ils lui permettent non-seulement de retirer presque sans risque le liquide purulent, mais même au besoin de laver la cavité séreuse ou d'y injecter un liquide antiseptique ou substitutif.
PARAPLÉGIES URIMAIRBS.
Les inflammations de la moelle et même les simples parésies consécutives aux affections des voies urinaires avaient passé sous les yeux des anciens médecins sans avoir été rattachées par eux à leur cause véritable. Aussi Rayer avait->il raison quand, dans
TIlOOBUn UlRfellADX. Slg
son traité des maladies des reins, il constatait Hgnorance da pins grand nombre des praticiens sur ce sujet. Depuis l'époque ob écrivait Rayer, les investigations scientifiques se sont un peu portées de ce côté, et on sait mieux aujourd'hui à quoi s'en tenir sur le sujet qui va nous occuper ^
Les paraplégies urinaires peuvent être divisées en deux catégories, suivant la manière dont elles ont pris naissance.
Dans un premier groupe, on doit ranger les paraplégies nri-* naires paralytiques survenant comme conséquence d'une aflBfietion tangible de la moelle épinière, c'est-à-dire les paraplégies dans lesquelles l'autopsie fait constater une véritable myélite, siégeant primitivement au niveau du renflement lombaire ob Budge et Giannuzzi placent, comme nous l'avons dit, le centre génito-spinal.
Dans le second, nous avons plutôt affaire à une parésie des membres inférieurs, n y a faiblesse, perversion de la sensibilité plutôt que paralysie véritable. Un autre caractère distinctif de cette catégorie, c'est la rapide invasion des accidents et leur brusque disparition. Â l'autopsie on ne trouve dans la moelle épinière aucune lésion susceptible d'expliquer la maladie.
I. Les maladies des voies urinaires de longue durée sont la cause des paraplégies comprises dans la première catégorie, quoique, dans quelques cas rares, on ait vu ces dernières apparaître pendant le cours d'une affection aiguè.
Parmi les affections chroniques de l'appareil urinaire donnant
1 . Consnlter snr ce sujet intéressant : Jaccoud, Les paraplégies et Vataxie des mouvements, Paris, f K64. Rrown-Séqaard, Sur le diagnostic et le traitement des prinapaks formés
de paralysies des membres inférieurs^ traduit de l'anglais^ par Gordon, 1864.
GoUy Mémoire de 1856, In med. chir. trans,, on paralysis of the lower
extremitis conséquent upon disease of the bladder and hidneys. (Goy's
hospital report, 1861.) Spencer Vl^ells, incomplète, Paralysis ofthe lower extremitis oonnectid with
disease of the urinary organ, {Med, times and gai., 1857.) Koasmaul, Zur lehre von der Paraplegia urmaria Wurz, burger med.
Zeitschflridt, VI, 1863.
Charcot, Leçons faites à la Salpétrière. Paris, 1870.
lieu à une paraplégie consécutive, à une phlegmasie de la moelle épiniëre, il faut ranger, en première ligne, celles du col vésical et de la prostate. L'hypertrophie de cette glande, par l'entrave qu'elle apporte au cours régulier de l'urine, provoque le plus souvent une inflammation chronique non-seulement de la muqueuse de la vessie, mais des différentes enveloppes de cette poche, inflammation à la suite de laquelle l'urine décomposée produit les symptômes aujourd'hui mieux connus de rurémie, dont nous avons décrit les plus importants dans les pages précédentes. Mais cette phlegmasie vésicale ne reste pas limitée ; elle remonte vers les reins et les enflamme ; aussi est-ce bien plus souvent à une néphrite interstititielle, à une pyélite ou à une hydronéphrose, qu'il faut attribuer l'espèce de paraplégie dont nous nous occupons, qui est surtout, cela se conçoit, l'apanage des vieillards. Toutefois il n'est pas rare, quoique moins fréquent, d'observer les mêmes symptômes chez des sujets plus jeunes. C'est, dans ce cas, une blennorrhagie qui en est l'origine. Mal guérie, par suite d'une mauvaise médication ou d'une prédisposition du sujet, elle a été suivie d'un rétrécissement et par suite d'une inflammation de tout l'arbre urinaire postérieur ; en sorte que^ finalement, la paraplégie, dans l'un comme dans l'autre cas, est la conséquence d'une lésion identique.
Il n'y a guère raison de s'arrêter à la description des symptômes de la maladie, car ce sont ceux de la myélite subaiguë ou chronique, décrits dans tous les livres de pathologie interne. Presque jamais celle-ci ne suit une marche rapide. Il est toutefois utile de savoir que la paralysie, caractérisée au début par une flaccidité complète des membres inférieurs, s'accompagne plus tard d'une excitabilité très-accrue, pouvant faire place ensuite à une inexcitabilité absolue. D'ailleurs cette paralysie ne reste pas toujours localisée aux membres inférieurs, dont les divers muscles ont également perdu leur pouvoir contractile, et on la voit, dans quelques cas, envahir graduellement les supérieurs.
A ces divers symptômes, on peut ajouter la paralysie complète ou à peu près complète de la vessie et du rectum ; l'apparition de spasmes^ de crampes et tout au moins de contractions fibrillaires^ une douleur spontanée ou provoquée ; la sensation
d'une corde forteiiient serrée autour du corps, au niveau de la limite supérieure des parties paralysées; de fourtuillement, de piqûres, ou les deux sensations opposées de froid et de chaud. Au milieu de cet ensemble symptoma tique si grave, la digestion s'opère bien tant que la lésion médullaire n'a pas gagné les parties supérieures de la moelle.
 l'autopsie, on découvre les caractères propres à ta myélite c'est-à-dire le ramollissement de la moelle. Quelquefois ce ramollissement nest pas visible à l'œil nu, et c'est alors le microscope seul qui , en taisant découvrir dans cet oi^ane des corpuscules granuleux, donne la raison de la maladie : ramollissement ou corps granuleux siégeut toujours, au commencement du moins, au-dessus du renflement lombaire dans le point central d'innervation de la vessie. Un reste, le ramollissement ne reste pas toujours limité au point que nous venons de désigner, mais il envahit encore les régions placées au-dessus de lui, ce qui donne lieu à la paralysie des membres supérieurs.
Le mécanisme au moyen duquel la paralysie se propage des oi^anes urinaires à la moelle épinière, n'est pas encore eiactemeot connu. On a pensé, et c'est l'opinion de Charcot, que l'inflammation avait les nerfs pour conducteur. Certains faits d'eipérimentation physiologique viennent à l'appui de cette idée; ainsi on a pu produire un ramollissement de la moelle au point d'insertion du nerf sciatique, en irritant ce nerf à son autre e-itrémité, au moyen d'agents divers.
Ne voit-on pas souvent, à la suite de la lésion d'un nerf ou même de la blessure d'un membre ou d'une amputation, une paralysie et même une atrophie survenir dans les muscles animés par ce nerf, ou dans le membre blessé ou amputé. Comment expliquer un pareil effet, si ce n'est par la propagation de la phlegmasie des nerfs, directement ou indirectement blessés, & la moelle épinière, phlegmasie qui marche de la périphérie vers le centre, en sorte que la moelle reste insensible aux sollicitations de la volonté.
II. Les paraplégies qui constituent la seconde catégorie diflurent complètement des précédentes. C'est plutôt, en eBet, d'une parésie que d'une paralysie que sont atteints les membres inlé-
>fS TBOBMfB GtWtBiWf
rieors. Ceiii*ci sont fubles, ma» le moafcmeDt y est rarement anéanti ; du resie ils ne sont jamais atteints d'eieitabililè lélleie ni de oontractnre.
L'anesthésie des membres infteîeiirs est raie, mais n'est jamais ecnnplète : il y a des foarmillements dans les [âeds, des démangeaisons dans la région fessiers.
La douleur en ceinture n'existe jamais ; la vessie et le rectom conservent leurs sensations et leurs fbnetioDS intactes; par contre, on observe souvent des désordres gastriques opinifttres.
Le caractère essentiel de l'affection dont nous parlons, c'est la possibilité de 's'amender en même temps que s'apaise&t les symptAmes de la maladie urinaire auquel elle est due.
On a cherché à expliquer ces sortes de pbénonsènes ea disant que rinflammation d'un des organes de l'appareil urinaire avait pour conséquence la contraction des vaisseaux capillaires, et que dès lors la modle, ne recevant plus la quantité de sang suffisante à ses fonctions, se trouvait dans l'impossibilité de les remplir. C'est l'opinion de Brown-Séquard, mais les ^périences de Gull ne l'ont pas confirmée. Du reste, quand même il en serait ûnsi, cette anémie ne persisterait pas durant toute la maladie. 0 résulte, en effet, d'autres expériences, celles de Donders en particulier, que la dilatation des vaisseaux de la pie-mère suit leur contraction quand on excite artificiellement le sympathique cervical. De plus, comme le fait remarquer Jaocoud ^, si l'ischémie persiste^ il devrait y avoir lésion matérielle, ce qui n'existe pas. Du reste, dans l'ischémie consécutive aux hémorrhagies, ce ne sont pas des phénomènes paralytiques, mais convulsifs qui se produisent.
Cert'iins physiologistes ont attribué ces perversions de la sensibilité et du mouvement à un arrêt de l'influx nerveux. U se produirait alors quelque chose de semblable à ce qui a lieu dans certains organes quand on irrite les nerfs qui les anime. Ainsi le cœur ne s'arrête-t-^il pas quand on irrite le nerf vague; l'intestin n'est-il pas paralysé quand on exerce la même action sur le splanchnique ?