COLIQUE DE PLOMB
OU SATURNINE.
DÉFINITION
Lorsque l'anatomic pathologique ne nous donne que des renseignements pour ainsi dire négatifs sur le siège et la nature Jd'une maladie, la méthode la plus sûre qui nous reste pour définir exactement cette affection , c'est l'énumération de ses traits caractéristiques pendant la vie. Nous définirons donc la colique de plomb :
Une névralgie des organes digestifs et urinaircs produite par l'introduction et l'absorption du plomb à l'état moléculaire dans l'économie. Cette névralgie se trouve caractérisée par des douleurs abdominales vives, continues , mais devenant plus aiguës par accès ou crises, diminuant ou n'augmentant pas ou peu par la pression , accompagnées de dureté et de dépression des parois de l'abdomen, de constipation opiniâtre, de vomissements ou de nausées, d'excrétion des gaz intestinaux par la bouche, d'anorexie, de dysurie, de lenteur et de dureté des pulsations artérielles , d'agitation et d'anxiété.
Ainsi dans la colique de plomb , il y a exaltation de la sensibilité , perversion de la contractilité , et des sécrétions des organes malades.
Notre définition, quoique un peu longue, ne renferme cependant pas encore rémunération de tous les phénomè es
DÉFINITION. 25
que l'on observe dans quelques cas de colique de plomb , comme l'expression symptomatique de cette affection.
Nous n'avons voulu faire entrer dans notre définition que les traits caractéristiques, c'est-à-dire les phénomènes qui traduisent le plus ordinairement l'existence de cette mala die. Dans tous les cas de colique saturnine , on ne constate pas non plus tous les symptômes indiqués dans notre ^définition; mais la plupart existent habituellement.
Toute définition d'une maladie, ayant pour base rémunération succincte de ses principaux symptômes, peut toujours mériter les reproches dont nous venons de justifier celle que nous avons donnée do la colique saturnine. Car quelle est la maladie du cadre nosologique qui se montre toujours avec le cortège de tous ses symptômes?
Notre définition fait connaître la cause, le siège , la nature, et les caractères palhognomoniques de la colique de plomb. Que peut-on demander davantage ?
La plupart des auteurs qui nous ont précédé n'ont point donné, à proprement parler, de définition de la colique saturnine.
M. Mérat donne le nom de colique métallique à celle causée le plus souvent par le plomb , le cuivre ou leurs préparations, et qui tend à se terminer en paralysie si l'on continue de s'exposer à la cause qui y a donné lieu, ou par défaut de traitement , ou par l'emploi d'une médication qui serait mal appropriée (Traité de la colique métallique). Cette définition n'en est pas une; puisque M. Mérat ne nous définit pas la colique causée le plus souvent par le plomb, etc. Dire que la colique de plomb est une colique qui tend à se terminer en paralysie dans telle ou telle circonstance, ce n'est pas définir la première de ces maladies , puisque la colique et la paralysie saturnines sont deux affections distinctes produites directement par le plomb. C'est comme sr l'on voulait
2^ COLIQUE SATLRMNL.
définir l'aliénation mentale une maladie de cerveau qui tend à se terminer en épilepsie.
Tronchin a défini également la colique des peintres, une colique qui se termine en épilepsie ou en paralysie.
Le plus grand nombre des autres auteurs ont défini la colique de plomb , une colique produite par les préparations saturnines. Evidemment ils n'ont rien défini.
M. Grisolle, seul, a essayé de donner une définition de la colique de plomb. « Cette maladie, dit-il, est caractérisée par des douleurs abdominales vives, exacerbantes, n'augmentant pas par la pression, accompagnées de vomissements bilieux, de constipation opiniâtre, de lenteur dans les pulsations artérielles , et enfin de crampes et autres sensations douloureuses du côté des membres thoraciques et pelviens. » ( Thèse sur la colique de plomb. ) Cette définition n'est pas assez complète, et elle comprend deux maladies distinctes, la colique et l'arthralgie saturnines.
Nos prédécesseurs, qui croyaient que les douleurs névralgiques des membre? , l'épilepsic , la paralysie saturnines , etc. , étaient des effets de la colique de plomb , paraissaient conséquents avec eux -mêmes en faisant entrer ces accidents dans la définition de la colique. Mais puisque aujourd'hui, comme nous l'avons déjà démontré et le démontrerons encore en mainte et mainte occasion, tous ces accidents produits par le plomb forment des maladies distinctes, ayant une commune origine, on ne peut les prendre pour termes de la définition de l'une d'elles, dont elles sont seulement, dans un grand nombre decas, les compagnes.
Si l'on avait a définir l'empoisonnement produit par le plomb , on devrait alors faire entrer la colique , la paralysie, l'arthralgie et l'cncéphalopathie saturnines dans la définition. Mais ici nous n'avions à définir qu'une des formes de 1 empoisonnement saturnin, la eoiique.
Les auteurs de l'antiquité, qui n'ont décrit la colique de plomb que lorsqu'elle survient a la suite de l'ingestion de préparations saturnines dans l'estomac, ne lui ont point donné de nom particulier. Mais ils ont décrit des coliques, probablement dues au plomb, qui ont la plus grande ressem. blance avec celle produite par ce poison , et qu'ils ont dénommées d'après l'idée qu'ils se formaient de leur nature , et non d'après la cause spécifique qu'ils ne connaissaient pas.
Ainsi la colique pestilentielle de Paul d'/Eginc , la colique séreuse de Lepois , la colique bilieuse de Milon , Citois, Cahagnasius , Sennert, Rivière , Craanen , Muys , la colique scorbutique de Schenkc, d'Engalenus , de Junken, ont tiré leur dénomination de l'origine présumée de leur cause.
Les médecins d'une époque plus rapprochée de nous, ayant observé la colique saturnine dans les pays où ils pratiquaient, et n'ayant point rencontré dans les auteurs de description détaillée de cette maladie, ont donné à cette colique le nom du pays où ils avaient eu l'occasion de l'observer; de là les noms de colique de Poitou, de Devons/lire , de Normandie, de Madrid. Citois , médecin du Poitou , est !e premier qui ait fait paraître une dissertation un peu étendue sur cette affection , aussi propose-t-il de l'appeler colique de Poitou , dénomination que la plupart des auteurs du dix-septième et du dix-huitième siècle ont adoptée.
Toutefois plusieurs auteurs ont voulu établir des variétés dans la colique de Poitou, colique végétale, et colique minérale, suivant qu'elle était produite par les cidres, les vins aigres, etc., ou par les préparations saturnines. La première de ces variétés de colique de Poitou, colique végétale, n'était le plus ordinairement autre chose que l'expression symptôma-
26 COLIQUE SATURNINE.
tique de la colique de plomb , dont les auteurs ignoraient la véritable cause, et qu'ils rapportaient à l'usage de cidres ou de vins de mauvaise qualité, dont ils ne savaient pas découvrir la falsification avec les préparations saturnines. Quelquefois ces vins, ces cidres, ainsi frelatés, lorsqu'ils étaient buS en grande abondance, occasionnaient non-seulement la colique de plomb , mais encore divers autres accidents, tels que la dyssenterie , etc. Evidemment la réunion de ces deux affections devait présenter une physionomie un peu différente de celle de la colique simple et légitime. Est-il donc étonnant qu'alors , en l'absence d'analyse chimique de ces boissons, on ait cherché par l'expression de colique végétale à établir, à part l'empoisonnement saturnin, une entité morbide formée par la réunion d'une colique saturnine et d'une affection étrangère au plomb ?
La maladie dont nous traçons l'histoire a été souvent appelée colique des peintres , des barbouilleurs , des potiers de terres, des fondeurs, des plombiers , etc., d'après la considération des professions qui la font naître le plus souvent.
Le nom de colica pictonum , et celui de colica pictorum , ayant quelque analogie, plusieurs auteurs ont donné a la colique saturnine le nom de colique de Poitou , colica pictonum , au lieu de colique des peintres , colica pictorum. Aussi dans des traités intitulés de Colica pictonum, c'est de la colique des peintres ou saturnine qu'il est question.
Les noms français de colique de Poitiers et de colique des potiers ayant aussi de l'analogie, sont souvent pris l'un pour l'autre par quelques auteurs , qui considéraient ces deux maladies comme identiques. Les écrivains, au contraire, qui pensaient que ces deux expressions indiquent deux maladies différentes , n'auraient pas dû accepter ces deux appellations comme synonymes.
Quelques-uns des médecins qui nous ont précédé ap-
pelaient cette maladie colique métallique , parce qu'ils présumaient que d'autres substances métalliques que les préparations saturnines pouvaient la faire naître. Il y a en effet une autre colique métallique que celle produite par le plomb, c'est la colique de cuivre, mais lout-à-fait distincte de la colique saturnine.
Astruc , qui plaçait le «iége de cette maladie dans la moelle , voulut lui imposer le nom de rachialgie saturnine, expressions que Sauvages a adoptées.
Le plus ordinairement, à l'époque où nous vivons , on se sert, pour dénommer cette maladie, d'expressions tirées de la cause qui lui donne naissance, colique de plomb, ou saturnine, parce que le plomb e6t connu sous le nom de saturne. Quelques auteurs ont voulu imposer a cette maladie un nom tiré de ses symptômes caractéristiques : colique spasmodique , convulsive*, colica. spasmodica (Baglivi) ; colique accompagnée de paralysie et d'épilepsie, colica pare tica-epileptica (Camerarius). Henkel prétend que quelques auteurs de son temps la désignent sous les noms de goutte intestinale, à'cpilepsie interne.
MM. Mérat et Palais, se fondant sur la nature présumablc de cette colique, l'ont appelée , le premier colique mctalliconerveuse , le second, entérite métallique.
Les Espagnols appellent la colique de plomb , entripado. Les Anglais lui ont assené le nom de Bellon, mil recch. Les Allemands la désignent par l'expression hulten katze, le chat des fonderies , parce qu'elle tourmente comme un chat qui déchirerait les entrailles.
De toutes ces expressions, les noms de colique de plomb, colique saturnine, sont les seuls dont il convient de se servir pour désigner cette affection; en effet, ils indiquent le siège, ainsi que la cause de cette maladie.
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Il est difficile de pouvoir affirmer d'une manière positive que la colique de plomb ait été connue dès la plus haute antiquité , par exemple avant Hippocrate. Cependant il est bien certain que cette maladie a dû exister long-temps avant cet auteur. Il suffit de parcourir les historiens sacrés et profanes, pour s'assurer que l'art d'exploiter les mines , de fondre , purifier et travailler les métaux, et surtout le plomb , a été plus ou moins cultivé chez tous les peuples et dans tous les temps. La peinture ne fut pas oubliée non plus des anciens peuples chez lesquels les beaux arts et l'industrie ont fleuri. On employa de bonne heure les couleurs , et certainement celles que fournit une substance aussi commune et aussi utile que le plomb, ne furent pas connues les dernières. Théophraste, en décrivant la manière de se procurer la céruse pour la peinture , etc., indique pour la fabrication de cette substance à peu près les mêmes procédés que ceux dont se servent les modernes. Or, puisque les individus qui, de nos jours , sont employés à ces divers travaux , contractent si facilement et si fréquemment la colique , comment se ferait-il que les hommes des premiers siècles eussent été plus heureux ? La colique de plomb a donc dû exister dans les temps les plus reculés, quand bien même les auteurs de ces époques ne l'auraient pas reconnue. Quelquefois, à l'époque où nous vivons, on découvre l'existence de maladies inconnues à tous les médecins qui nous ont précédés. Et cependant ces maladies existaient probablement depuis le commencement du monde (néphrite albumineuse, etc.).
Plusieurs écrivains ont cru reconnaître cette maladie dans le passage suivant d'Iîippocrate : « L'ouvrier qui travaillait à l'extraction des métaux (à lx ust«/),mv) éprouva une constriction
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dans la région de l'estomac ; sa rate se gonfla ; le ventre se durcit, devint peu libre, et se remplit de gaz ; les tissus se déco- Jorèrent; le mal se jeta sur le genou gauche, il reprit ensuite le ventre, et a la fin il se termina par une crise. » (De Morbo ralgari, lib. iv, art. 20, edente Foësio.)
On voit par un autre passage des œuvres du vieux médecin grec , qu'il semblait connaître les vertus astringentes des préparations de plomb: «Si une femme en couche est tourmentée par l'évacuation trop abondante du sang, il faut placer un suppositoire fait avec de la fiente d'Ane sèche , du minium, et de la coquille d'une sèche, broyée avec soin. » (De Super ft t., sect. 5.) Mais, du reste, Hippocrate ignorait probablement les propriétés délétères des médicaments saturnins.
Nicandrc, le plus ancien auteur après Hippocrate, dont les ouvrages sont arrivés jusqu'à nous, a donné dans le passage suivant de ses alexipharmaques , une description assez exacte de la colique saturnine , ocasionnéc par des préparations de plomb introduites dans l'estomac.
« On n'a pas plutôt pris intérieurement de la litharge et de la céruse, qu'on est constipé; les vents s'accumulent avec .bruit vers le milieu du ventre, et dans la région ombilicale; ils causent des douleurs de tortillements aussi cruelles que celles qu'on éprouve dans les coliques les plus rebelles; le malade ne rend plus l'urine ; il sent une chaleur brûlante dans ses membres; sa couleur devient plombée. »
Dans le même article intitulé Céruse, le médecin grec fait mention également de la paralysie, occasionnée par toutes les préparations de plomb introduites dans l'estomac. « L'homme ainsi tourmenté, abattu par tous ces maux, finit par perdre l'usage de ses membres , qui tombent. »
Quoique Cclsc n'ait pas décrit l'empoisonnement produit par les préparations saturnines, cependant il connaissait le danger de leur administration; aussi donne-l-ille conseil défaire
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vomir ceux qui ont avalé de la céruse. (DeBemedicâ, lib. y.) Dioscoride signale de la manière suivante les accidents qui résultent de l'ingestion du plomb dans les voies digestives : «On observe à la suite de l'introduction de la céruse, du minium , ou de la litharge dans l'estomac , le hoquet, la toux, la sécheresse de la langue, le refroidissement des extrémités, l'hébétude, la paralysie des membres, la pesanteur épigaslrique, des coliques très-vives, des déchirements d'entrailles , la suppression des urines , qui prennent une couleur plombée. » Il conseille, pour dissiper tous ces accidents, de faire vomir, de purger et d'exciter les urines. Dioscoride dit plus loin , que le minium qui s'exhale des métaux sous forme d'une poussière, resserre le gosier de ceux qui le travaillent ; aussi, de son temps, les ouvriers se garantissaient de cette poussière par des vessies avec lesquelles ils enveloppaient leur tète, et dont la transparence leur permettait d'apercevoir le métal et de le manier sans danger. Peu s'en est donc fallu que Dioscoride n'ait reconnu que la colique pouvait être produite par les émanations saturnines aussi bien que par l'introduction directe du plomb dans l'estomac. {Sert, de alexipharmacis. Dioscorid» Sarac. interpr. Vienn., 1 S98.)
Galien s'est borné à répéter et à commenter ce qu'avait dit Dioscoride au sujet de la maladie qui nous occupe. Le médecin de Pergame fait aussi l'histoire d'une colique particulière , qui ressemble beaucoup h celle que Gitois et plusieurs ailleurs ont appelée colique de Poitou et colique végétale, et qui ne semble être qu'une colique saturnine dont on a méconnu l'origine. (Mcth. med., t. vi.)
Arétée a décrit une colique singulière, mélancholico-nerveuse , qui a la plus grande ressemblance avec celle attribuée au plomb dans les siècles suivants : « Les malades, dit-il, ne dorment point et dépérissent; leur bas-ventre est sec et resserré; quelquefois cependant, ils rendent des matières ar-
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rondics, sèches, noires et comme teintes en jaune ; les urines ne coulent presque pas , et les hypocondres sont remplis de flatuosités; il faut administrer avec énergie les purgatifs contre de pareils accidents. Quelquefois la maladie devient incurable, c'est lorsque la contraction des nerfs , la paralysie et l'épilepsic se déclarent. » (Lib. 1 , de caus. et sing. morb. Diuturn. > et lib. n, de curât, morù.diuturn.)
Paul d'iEgine, comme la plupart des autres médecins grecs et latins précités, reconnaît les mauvaises qualités du plomb, du minium , de la céruse et de la litharge. La description qu'il fait des accidents produits par l'usage interne de ces substances est absolument la même que celle de Dioscoridc. (Lib. v, c. 60, etc., Devenen.)
Dans un chapitre séparé, Paul d'^Eginc rapporte l'histoire d'une colique assez semblable à celle que nous avons dit avoir été décrite par Galion. La plupart de ses symptômes semblent la rapprocher de ce que nous appelons aujourd'hui colique de plomb.
A la fin du même chapitre , on trouve l'histoire d'une colique épidémique , que Citois a cru être la même que celle qui régna dans le Poitou. Cette maladie se répandit du temps de Paul d'/Eginepar toute l'Italie comme une peste. Chez plusieurs sujets , elle se termina par la paralysie des extrémités ; d'autres devinrent épileptiques et en moururent. (Op. dere med. , 1. m, Demoib. intest. , plen. i49« — De résolut, ob. colic. dolor. )
Ainsi la description que nous donne Paul d'/Eginc de deux coliques dont il ne connaissait pas la cause , est absolument la même que celle qu'il nous transmet également de la colique causée par le plomb introduit directement dans les voies digestives.
/Etius mentionne avec exactitude les effets morbides résultant de l'ingestion dans l'estomac, de la céruse et de la li-
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thargc qu'il range dans la classe dos poisons; 1ns symptômes qu'il décrit ont le plus grand rapport avec ceux de la colique de plomb. « On observe, dit-il, de la pesanteur a l'estomac, ainsi que des douleurs atroces , tortillantes , semblables au volvulus, qui se fixent surtout autour du nombril ; il y a de l'anxiété, une agitation générale; le corps devient livide et prend une couleur plombée. Enfin des douleurs hrûlantes se font sentir dans les articulations. Si la maladie prend une tournure fâcheuse, la paralysie survient aux extrémités, du délire et un tremblement convulsif apparaissent. » (Tetrabibl. 1. iv, serm. iv).
Rhasès a connu les mauvais effets du plomb; ce qu'il en dit se rapporte à la colique saturnine. «Les symptômes de la litharge, prise intérieurement, sont la suppression des urines, la constipation , l'épaississcment de la langue , des douleurs dans le corps, et la paralysie des membres. «Ce médecin arabe veut qu'on excite les vomissements , et qu'on purge avec les drastiques si les symptômes deviennent plus violents.» (Oper. paiv., Albuîb fil. Zachar, etc. Tract., lib. vm). Haly-Abbas reconnaît que ceux qui ont avalé de la céruse se trouvent tourmentés par des douleurs de ventre , de la toux et du hoquet; les membres eux-mêmes se paralysent. Le même auteur affirme qu'on guérit ces accidents en faisant vomir le malade et en le purgeant fortement. (Theor., lib. iv, cap. 55.)
Ce médecin arabe décrit encore une autre colique sans fièvre, qu'il attribue à une humeur plâtreuse et flatulente , et dont les symptômes sont les suivants : «Douleur vive dans les intestins , comme si on les perçait avec un trépan ; rapports aigres, vomissements pituiteux; ventre fortement resserré; obstacle h l'excrétion des vents par le bas. » Dans lin autre passage, il dit que trop souvent la douleur et la paralysie des membres suivent Ja colique lorsque la maladie se
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termine par une crise. Hnly-Abbas trouve une parfaite ressemblance entre cette colique et celle que Paul d'-ZEginc appelle épidémique. (Gap. 27. De collcâ, etc.)
Avicennc est de tous les auteurs arabes celui qui a donné la description la plus étendue de la colique de plomb ; il a réuni tout ce que les Grecs avaient dit avant lui de cette maladie. Il croit encore, comme ses prédécesseurs, que celte maladie ne survient qu'a la suite de l'ingcalir n dans l'estomac des préparations saturnines, telles que la céruse et la litharge; cependant il insinue qu'elle peut se développer a la suite des émanations de ce métal imparfait. Cet auteur dit qu'on observe les phénomènes suivants dans cette colique : «Epaississement et dessèchement de la langue et du gosier, sentiment de pesanteur dans l'estomac et dans les intestins, douleurs par moment, semblables à celles de l'iléu¥ ou de la passion iliaque; constipation, quelquefois dévoicment; excrétion de crottins durs à la suite de grands efforts; suppression des urines; courte haleine, qui va même jusqu'à la suffocation; quelquefois épilepsie et paralysie. » (Lib. iv, fen. vi, Tract. 1.)
Il est impossible de ne pas reconnaître dans ce tableau la colique de plomb, et l'on doit être étonné que cette description n'ait pas fait connaître plus généralement celte maladie à cette époque,
Avicenne, avant cette description , en donne encore une d'une colique toute particulière , que les auteurs des siècles suivants ont voulu être la colique végétale. Cette colique sèche du médecin arabe provient de la privation du mucus intestinal et de l'endurcissement des matières , qui en est la suite. Du reste, la description de cette maladie est la même que celle de la colique de Paul d'/Egine , on y reconnaît presque tous les symptômes de la colique de plomb. Avicenne conseille contre ce mal les violents purgatifs, dont il veut 1. 5
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qu'on multiplie l'usage h raison de. l'opiniâtreté de l'affection. (Lib. m, fen. xvi, Tract, m, cap. vi.)
Telles sont les notions que nous fournit l'antiquité sur la colique de plomb et les autres formes de l'empoisonnement saturnin. Les auteurs grecs, latins et arabes connaissaient d'une manière positive la colique produite par l'ingestion des préparations saturnines dans l'estomac. Quant aux émanations de plomb , ils ne connaissaient pas leur influence bien autrement puissante, pour produire cette colique. Dioscoride et Avicenne ont seulement soupçonné ce mode d'action du plomb. La colique n'étant pas fréquemment occasionnée par les préparations saturnines, administrées à l'intérieur comme médicament, il n'est pas surprenant que les anciens, qui ne la reconnaissaient que dans ces circonstances, ne nous en aient pas donné une description plus complète. On doit même être étonné de leur sagacité , qui leur a permis de nous transmettre des renseignements aussi exacts sur les symptômes, les terminaisons et le traitement de cette maladie, quoiqu'ils n'en eussent vu qu'un petit nombre de cas.
Nous sommes tentés, du reste, de considérer comme des exemples de colique de plomb, cette colique singulière dont Galien , Paul d'/Egine, Arétée , Hally-Abbas, Avicenne nous ont transmis l'histoire. En effet nous voyons une conformité presque complète entre les symptômes , la marche, la durée , la terminaison et le traitement de cette colique et de celle due au plomb. La cause seule eût-elle été différente? C'est ce qu'il nous est difficile d'admettre; car aujourd'hui nous ne rencontrons plus de maladies pareilles, qui ne soient pas produites par le plomb. N'cst-il pas probable que ces coliques survenaient chez les individus qui travaillaient dans les mines ou à la peinture, etc. ? Les anciens, ne soupçonnant pas que des particules saturnines pussent se détacher pendant
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ces dîvol's travaux, et entrer dans l'économie sous forme de vapeurs ou de poussière pour donner naissance à ces accidents , n'ont pu noter le plomb comme cause de ces coliques. Alors ils ont cherché une cause inconnue pour expli» quer toute celte série de symptômes , traduction parfaite do la colique de plomb.
Il paraît que dans l'antiquité on ne connaissait pas l'art de frauder les vins et les cidres à l'aide de la lilhargc et des autres préparations de plomb. Mais Caton , Pline, Palladius, Columelle , etc. , nous apprennent que les Grecs , les Pio • mains et les autres peuples anciens avaient l'habitude de faire bouillir le jus de la grappe de raisin dans des vases de plomb, afin d'obtenir un sirop qu'on appelait car œn uni, sapa, defrutum, suivant que sa concentration à l'aide du feu était poussée plus ou moins loin. Ce sirop ou vin cuit ainsi obtenu, était ensuite mêlé avec les vins, pour les conserver, les rendre agréables , et prévenir la fermentation acide. Cette pratique était générale, les philosophes la recommandaient, tant on la croyait innocente. (Cato, De re rasticâ, cap. cvi. Plin. , Nat. Hist., lib. xiv, cap. xx. Palladius, October, tit. xviii. Columella, De re rusticâ, lib. xn, cap. xx.)
La chaleur nécessaire pour faire cuire le jus de la grappe de raisin devait oxider une partie du plomb métallique dont étaient confectionés les ustensiles de fabrication. L'oxidc de plomb ainsi formé, en se combinant avec l'ficide acétique du vin, empêchait la fermentation acide de s'effectuer; mais aussi les personnes qui faisaient usage de ces vins avalaient de l'acétate de plomb, et pouvaient de temps en temps éprouver les accidents de la colique saturnine.
Columelle nous apprend encore que les fermiers avaient l'habitude de mettre un plat de plomb dans chaque tonneau de vin pour empêcher ou retarder la fermentation acide , c'est-a-dire pour empêcher le jus du raisin! de tourner à
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l'aigre, car il se formait de l'acétate de plomb. (Inloco cit.).
Il nous paraît donc probable que dans l'antiquité un certain nombre de cas de colique saturnine pouvaient se développer chez les personnes qui faisaient usage du vin ; et que les médecins de ces époques auraient dû rapporter en partie à cette boisson ainsi frelatée, les coliques à cause mystérieuse dont ils nous ont transmis la description, qui est semblable, à peu de chose près, à celle de la colique saturnine.
Si d'ailleurs on trouve quelque légère différence entre les symptômes de ces coliques à cause inconnue décrites par les anciens et celle due au plomb , on ne doit pas en être étonné, car les auteurs de ces époques, dont les écrits sont arrivés jusqu'à nous, ne décrivaient pas avec autant d'exactitude ce qu'il observaient, qu'on le fait de notre temps. Ils ont donc bien pu nous transmettre sur les phénomènes symptômatiques de ces coliques quelques renseignements inexacts , qui seuls n'établissent qu'une minime différence , quanta la physionomie, entre la colique des anciens à cause mystérieuse et la colique saturnine.
Dans le moyen-âge , depuis le douzième jusqu'au seizième siècle inclusivement, plusieurs écrivains firent mention de la colique de plomb dans des ouvrages sur d'autres parties de l'art ; mais pendant tout ce temps on ne publia pas de travaux spéciaux propres a éclairer l'histoire de cette maladie. Nicolas Nicole (serm. v, tract, vm, cap. xi, et serm. ni, cap. v, 1412) ; Jean-Michel Savonarole (Practic, tract, vi, cap. xvi, i45o); Jean Arculan [Inpraci. med., apudForestum, 1480); Alexandre Bénédict (1496) n'ont rien ajouté a ce qu'avaient écrit sur ce sujet les médecins grecs et arabes. La même remarque s'applique à Dulaurent (i5oo), Andernac ( i55a ), Trincarellius ( i55o) , Léon Jacchin ( i55o) , Yoîchcr Coëter ( 1 555) , dont nous ne faisons mention ici
que pour ne pas interrompre l'histoire chronologique de la colique de plomb.
Fernel nous a transmis l'histoire pleine de détails intéressants d'un peintre d'Angers , atteint de colique et de paralysie saturnines , dont il ne put du reste parvenir h découvrir la cause dans la profession du malade (de Lue venereâ, cap. vu). Cet auteur parle encore dans un autre endroit d'une colique dont il ne sait pas davantage indiquer la cause, et qui avait des symptômes en tout semblables à ceux de la colique de plomb. (De Febribus, lib. iv, cap. x.)
La colique de plomb était très-fréquente en Bretagne au temps de Hollerius (De Morbis inter., lib. 1, cap. xli, De Colico dolore).
Paracelse , Droët , Craton de Krafthein , Engalenus ont parlé de la colique de plomb sans ajouter beaucoup aux notions déjà acquises sur cette maladie. Il leur arrive souvent de décrire les accidents de l'empoisonnement saturnin, tels que la colique et la paralysie de plomb , etc. , sans se rendre un compte exact de la cause de tous ces phénomènes morbides. En effet, à l'époque où écrivaient ces auteurs, les préparations saturnines étaient sans cesse employées comme médicament. C'est ainsi que Paracelse s'écrie saturnus purgat febres.
Enfin , le dix-septième siècle vit paraître plusieurs dissertations sur la colique de plomb , qui , comme nous l'avons vu, était encore jusqu'à cette époque une maladie à peine connue par quelques passages obscurs de plusieurs auteurs. Et encore ces endroits de grands ouvrages où étaient tracés, et pour ainsi dire perdus quelques traits de l'histoire de Gelte affection, étaient ignorés du vulgaire des médecins.
La fameuse diatribe de Citois sur la colique de Poitou parut vers le commencement du dix-septième siècle : De novo
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et populari apad plctones dolore colico b'dioso Diatriba. Poitiers (1616).
Dans cette description on trouve la plus grande partie des symptômes delà colique de plomb et l'indication des lésions fonctionnelles du système nerveux céivbro-spinal , qui se montrent souvent en même temps que la colique dans l'empoisonnement saturnin (paralysie, douleurs des membres, convulsions, épilepsie, délire, amaurose, etc.). La différence de quelques phénomènes morbides , peu importants , et l'absence de quelques symptômes dans cette dissertation ne suffisent pas pour faire croire à l'existence d'une maladie a étiologie différente de la colique de plomb. La non réapparition de cette colique épidémique dans le Poitou, et son absence à l'époque où nous vivons, doivent porter h admettre que la colique épidémique que Citois a décrite et qu'il attribuait à l'usage de vins acerbes , durs ou aigres , était une maladie produite par des vins frelatés avec des préparations saturnines, dans le but de corriger leur verdeur et leur aigreur, fraude fort en usage dans Ce temps-là (1). Il paraît aussi que la diarrhée et le mouvement fébrile qui existaient quelquefois au début peuvent être rapportés à l'usage immodéré de ces mauvais vins du Poitou, tandis que les autres accidents doivent être considérés comme le résultat d'un empoisonnement saturnin (voy. Causes). Citois ne connaissait pas la cause de la colique saturnine ; n'est-il pas probable encore qu'il aura considéré comme des exemples de colique de Poi-
(1) L'usage de frelater les vins avec la litliarge existait long-temps avant la publication du Mémoire de Citois. Dèsl/i87, on voit les empereurs d'Allemagne promulguer des ordonnances contre cette fraude pratiquée à Rotenberg, à Fribourg, à Francfort , etc. ; car des accidents en étaient la suite ( Epkémérides Germaniques). Le même recueil nous apprend que cette falsification avait lieu dans la plupart des contré9S de l'Europe.
tou tons les cas de colique de plomb qu'il a rencontrés chez les peintres , les potiers de terre, les plombiers , etc. ?
Dans un grand nombre de mémoires et de dissertations qui parurent, après le travail de Citois, sur la colique de plomb, on se servit de l'expression de colique de Poitou pour désigner la colique saturnine, tant la ressemblance entre ces deux affections paraissait grande, complète même.
Cahagnasius, dans son Traité des Fièvres, a consacré, pour décrire la colique de plomb, un chapitre entier, intitulé : De Colicâ pictaviensi (1616).
Charles Lepois nous a transmis l'histoire d'une colique toute extraordinaire, dont furent atteints, en 1G18, les religieux de l'abbaye de Beaupré ( Tract. Pisonis de morb. seros.). La cause de cette maladie fut inconnue; ses symptômes abdominaux et céphalo-rachidiens présentent la plus grande ressemblance avec ceux de l'empoisonnement saturnin.
Stockhusen , qui pratiquait dans un pays rempli de mines de plomb , a , le premier , fait connaître que la colique de plomb de Poitou, d'un grand nombre d'auteurs, est produite par les émanations ou particules qui se dégagent des préparations saturnines que travaillent les ouvriers. Aussi , après la publication de son ouvrage remarquable, la colique de plomb devint-elle une maladie beaucoup plus fréquente qu'autrefois. Pourquoi ? Parce que ses symptômes étaient mieux connus et que sa cause était découverte ; alors , l'attention des médecins fixée sur cette affection, ne la laissa plus passer inaperçue. Stockhusen nous a donné des renseignements précieux sur les diverses opérations des mines qui contribuent au développement de la colique, dont il trace une grande partie du tableau avec exactitude. Le médecin des mines de plomb de Goslar, comme nous le dirons plus tard, signale plusieurs des autres accidents <Je l'empoisonnement saturnin.
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[De Litharçyrii Fav.w, noxio, morbifico^ ejusque metallico frcquentiori morbo vulgo dicto Hutlen-Katze; Goslar, iG56.)
Jean-Jacques Wepfêre, qui vivait au milieu du dix-septième siècle, adressa une lettre au gouvernement de Wurtemberg, dans laquelle il parle d'une colique suivie de paralysie, occasionnée par des vins falsifiés avec la litharge , dans le but de les rendre plus potables. (Miscell. l\at. Curios., ann. 1671.) C'est le premier auteur qui ait reconnu la cause de ces coliques, qu'occasionnaient si fréquemment autrefois des boissons frelatées avec des préparations saturnines. Avant lui on ne savait h quelle cause attribuer ces coliques épidémiques.
On trouve dans les œuvres de Thomas Burnct , éditées par Daniel Puerarius , des observations particulières sur la colique de plomb, avec des considérations générales sur cette maladie. (Thésaurus Tltomct Burneti, lib. 5, sect. 48, subsect. i5.)
Lazare Rivière, Sydenham, de Helmont, Willis, Junken, Craanen, Muys, Baglivi ont mentionné en passant la colique de plomb, de Poitou, etc., dans leurs ouvrages, qui ont trait a d'autres maladies.
Le dix-huitième siècle vit éclore de toutes parts, sous des noms souvent fort différents, des traités de la colique de plomb , qui ont illustré leurs auteurs , et jeté quelques lumières sur cette maladie.
Je ne ferai que rappeler que Bianchus, Calmeth, Moursousmith, Théodore Van Zelst etBoerhave ont dit quelques mots de cette maladie , pour arrriver au travail de Henkel. Cet auteur signale avec soin, dans sa pyritologie, les maladies auxquelles sont sujets les ouvriers des fonderies de plomb; et il analyse les différents travaux qui contribuent spécialement a faire contracter cette maladie, à laquelle il donne le
nom de colique des fonderies 3 des fondeurs. Henkel a eu le mérite d'avoir contribué à démontrer par l'expérience que le plomb et ses composés sont les seules substances qui produisent la colique saturnine. Mais, du reste, la description de la colique, faite par cet auteur, a tant de rapport avec celle de Stockhusen, qu'on peut dire que la première n'est que la copie ou la répétition de la seconde.
Debaen, en 174^, publia une dissertation sur la colique de plomb , qu'il appelle colicâ pictonum. Quelques années plus tard, ce célèbre médecin mit au jour deux nouveaux mémoires sur celle affection (Diss. de Colicâ pictonum, in ratione medendi, t. 1 1 . — De Colicâ pictonum, cap. 1 1 , t. 1 . — De Colicâ pictonum , t. v).
Les travaux de Dehaen sur la colique de plomb sont fort remarquables, quoi qu'en aient dit quelques critiques. Où trouver , dans les siècles qui ont précédé le nôtre , une description plus exacte et plus complète de la maladie que dans les écrits du médecin de Vienne ? En ce qui concerne l'étiologie de cette affection, sans doute que ses recherches ne nous apprennent rien, et que même elles nous donnent des renseignements inexacts. Mais si l'on se reporte à l'époque où écrivait Dehaen, loin de faire h son travail un reproche sévère de ces défauts , on doit adresser des éloges à l'auteur qui a pu faire autant.
Huxham à peu près en même temps que Dehaen publia la relation d'une colique qui éclata dans le Devonshire, province d'Angleterre , et dont les symptômes étaient absolument ceux de la colique de plomb ainsi que des autres formes de l'empoisonnement saturnin. (Huxham, Traité sur les fièvres, 1745). Plusieurs médecins et chimistes anglais , entre autres Baker, ont prouvé, à l'aide de nombreuses et concluantes expériences , que cette maladie était produite par l'usage du cidre mélangé avec des préparations saturnines
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provenant des instruments avec lesquels on fabriquait cette boisson, ainsi que des vases dans lesquels on la recueillait, ou du plomb avec lequel on la frelatait. (Voy. Causes.)
Baker a également inséré plusieurs mémoires intéressants dans les Transactions du collège des médecins de Londres, sur les causes de la colique saturnine.
Weismann et Zeller sont auteurs d'une dissertation sur la colique de plomb , où l'on rencontre beaucoup de faits intéressants relatifs à l'étiologic de cette maladie. (Docimasia , signa , causœ et noxa vini lithàrgyrio mangonisati,etc; dans Haller, Disput., t. m). Ces médecins allemands ont signalé avec beaucoup de soin la colique et les autres accidents saturnins, qui résultent de l'emploi de la litbarge et de quelques autres préparations de plomb , dans le but de donner aux vins une saveur douce et agréable. Mais ils ont voulu rapporter au plomb une foule de lésions organiques, qui sont tout-à-fait étrangères à l'influence délétère qu'il peut exercer sur l'économie.
Usinann est l'auteur d'une thèse non moins intéressante. On y trouve un exposé, un peu trop minutieux peut-être, des diverses opérations qui ont lieu an sein des mines de plomb , et qui peuvent occasionner la colique. Ilsmann donne une idée générale de presque tous les accidents qui surviennent à la suite de l'introduction du plomb dans l'économie. Il insiste principalement sur la colique, qu'il décrit avec assez d'exactitude, mais un peu confusément. (De Colicâ saturninâ metallurgorum disputatio; Gœttinguc, 1725. Disput. de Haller, t. m. )
Astruc, dans une thèse qui fit beaucoup de bruit au moment où elle parut, chercha à prouver que la colique do Poitou ou saturnine était une rachialgie. Ce travail ne mérite pas, à beaucoup près, les éloges qu'il reçut à l'époque où il parut. C'est une série de raisonnements théoriques ,
destinés h étayer sa manière de voir touchant le siège et la nature de cette maladie; il admet que la colique de Poitou peut se développer sous l'influence de causes étrangères au plomb , par exemple a la suite d'un coup ou d'une chute sur l'épine dorsale. Enfin , Astruc fait l'éloge de la saignée. (Ergb morbo, colica pictonum dicto, venœ sectio cubito, 1751, dans Haller , Disput., t. m.)
La dissertation de Dubois , qui parut quelque temps après celle d' Astruc , jouit également d'une grande célébrité. Ce travail , fruit de l'imagination , ne repose sur aucune observation propre à l'auteur. C'est une thèse écrite en style emphatique, dans laquelle on ne trouve aucune découverte, ni même aucun renseignement utile pour l'histoire de cette maladie. Notre auteur dépeint sous des couleurs poétiques les souffrances des ouvriers en cuivre de Villedieu-les-Poêles ; car il attribue faussement au cuivre la production de la co lique saturnine ; s'il avait visité les établissements dont il parle, il aurait vu que la grande partie des ouvriers de Villedieu-les. Poêles travaillent simultanément le cuivre et le plomb , et que c'est cette dernière substance qui seule occasionne chez eux la colique saturnine. Les ouvriers qui ne manient que le cuivre ne sont jamais atteints d'accidents semblables à ceux de l'empoisonnement saturnin. Enfin, Dubois, médecin de la Charité , préconise avec enthousiasme le traitement de cet hôpital contre la colique saturnine ou des potiers. (Non ergb colicis figulls venœ sectio, dans Haller, Disp., t. ni.)
Bordeu fit paraître, quelques années plus tard, un mémoire intitulé : Recherches sur le traitement de la colique métallique, etc. (Œuvres complètes, t. 11). Son travail ne consiste que dans une suite de raisonnements à perte de vue , pour prouver que le traitement de la Charité contre la colique de plomb doit être abandonné à cause de ses dangers, tandis qu'on doit lui préférer les antiphlogistiques. Son récit est
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une diatribe continuelle contre la thèse de Dubois , et un éloge pompeux de la dissertation d'As truc.
L'opuscule de Bordeu est parsemé d'une foule d'épisodes totalement étrangers au sujet dont il s'agit. Enfin, cet auteur ne parle de la colique de plomb que d'après ce que lui en ont appris quelques confrères ; aussi lorsqu'il veut prou- Ter la nature inflammatoire de cette affection et la nécessité de la combattre par les antiphlogistiques , il va chercher ses preuves dans une dizaine d'observations qu'il trouve consignées dans les registres de la Charité. Est-ce avec de pareils lambeaux d'observations , qu'il était possible d'éclairer la nature et la thérapeutique de cette maladie ? Nous regardons donc le travail de Bordeu comme lout-à-fait insignifiant, et indigne du nom célèbre de son auteur.
Tronchin imprima à Genève , en 1756, un traité de la colique de Poitou. La réputation que s'était acquise cet auteur n'est pas justifiée par cet ouvrage, qui est aussi au-dessous du médiocre. Il a confondu dans la même description toutes les maladies désignées sous le nom de coliques , quelle que soit leur cause. Ainsi il reconnaît une colique des peintres , rhumatismale, scorbutique, végétale, etc.; pour lui, tout cela c'est la colique de Poitou. La description des symptômes est fort incomplète; ce qu'il dit du traitement de cette affection prouve qu'il n'avait vu qu'un petit nombre de cas de la maladie sur laquelle il s'imaginait faire un excellent travail. Bouvart fit de l'œuvre de Tronchin une critique méritée , mais un peu trop acerbe. (Examen d'un livre ayant pour titre : Tronchin, de Colicâ pictonum, par un médecin de Paris, in-8°, 1758.)
Combalusier a relaté en 1761, dans ses Observations et réflexions sur la colique de Poitou, ou des peintres, etc., la colique et les autres formes de l'empoisonnement saturnin,
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qui survinrent dans plusieurs familles , par l'usage do pain cuit dans un four qui avait été chauffé avec du bois de treillage peint avec des couleurs où entraient des préparalions de plomb et de cuivre. C'est a tort que quelques auteurs ont voulu attribuer au cuivre les accidents de la colique et autres qui survinrent chez ces individus. Jamais personne n'a vu la colique saturnine survenir à la suite de l'ingestion dans l'estomac des préparations do cuivre.
Gardane a traduit en français l'ouvrage de Stokhusen sur la colique des fondeurs, qui était peu connu jusqu'alors; il a accompagné sa traduction de notes judicieuses sur la colique de plomb. Plus tard, Gardane a encore fait paraître des Recherches sur la colique métallique, Paris, 1768 , où il fait un inventaire judicieux des travaux des anciens sur cette maladie; il a aussi dressé un tableau de tous les individus affectés de la colique de plomb, qui sont entrés à l'hôpital de la Charité, de 1755 à 1767. Enfin il combat l'opinion de Dehaën, relative aux bons effets du traitement antiphlogistique contre la colique , et préconise le traitement dit de la Charité.
Bonté, médecin de Coutances en Normandie, a inséré plusieurs articles remarquables dans l'ancien Journal de médecine , sur la colique de Poitou'; il distingue deux espèces de colique de Poitou, l'une métallique ou saturnine, et l'autre végétale. La cause seule , suivant notre auteur , différencie ces maladies , car leurs symptômes sont à peu près les mêmes , ainsi que leur traitement. Le travail de Bonté est un des meilleurs qui aient été publiés sur cette maladie; on y trouve une analyse fort exacte des symptômes de la colique métallique , et une discussion fort lumineuse sur plusieurs autres points. Du reste, Bonté n'a point fait d'analyse chimique des cidres de Normandie , qui autrefois produisaient une colique dite vègétoie, ayant la plus grande analogie avec la
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colique saturnine. Ces recherches pouvaient seules prouver que la colique de Coulances était produite uniquement par les cidres, et non par leur mélange avec le plomb.
Stoll a consacré un chapitre spécial à la colique de plomb dans le t. 2 de son Ratio medendi. Ce travail du grand clinicien de Vienne est digne de lui. La haute renommée de Stoll aurait dû recommander ce mémoire aux auteurs qui ont écrit après lui sur le même sujet; et cependant la plupart ne le mentionnent même pas. Stoll affirme que le plomb seul peut occasionner la colique saturnine. Tout ce qui a trait à la description de cette maladie y est relaté avec exactitude. Enfin ce grand observateur a signalé l'influence heureuse des opiacés pour la guérison de la colique ; toutefois il recommande simultanément les vomi-purgatifs.
Luzuriaga a publié sur la colique de Madrid une dissertation qui se trouve insérée dans les Mémoires de l'Académie de celte ville. (Dissertât io medica sobro et Coiico Madrid, por et doctor don Ignatio-Maria Ruiz de Luzuriaga, Madrid, 1796,) Ce médecin espagnol , qui jouit dans son pays d'une grande réputation, attribue cette maladie aux sophistications des vins de la Péninsule avec les préparations saturnines, et à l'usage des batteries de cuisine , dont l'étamage fait avec du plomb, mais mal préparé, se trouve souvent mélangé avec les aliments et les boissons. Plus tard, Thierry, Larrey , Coste, Pascal, médecins français, publièrent des mémoires sur cette même colique, qu'ils croient n'être point produite par le plomb. Toujours est-il que les symptômes de la colique de Madrid décrite par ces auteurs présentent la plus grande analogie avec ceux de la colique saturnine.
Desbois, de Rochefort, dans le tome 2 de sa Matière médicale, a inséré un article sur la colique de plomb , qui dénote un judicieux observateur. Desbois, médecin de la Charité, était en pos'tion de bien observer cette maladie; aussi
nous a-t-il laissé des documents précieux sur celte affection.
Nous arrivons enfin à notre siècle. M. Mérat publia en 1804 une Dissertation sur la colique métallique. (Thèses de la Faculté de Médecine de Paris.)
Plus tard , en 1814 , le meinc auteur, riche de nouvelles et nombreuses observations, fit paraître son Traite de la Colique métallique. Cet ouvrage, quia illustré h juste litre son auteur , mérite les éloges qui lui ont été décernés. À l'époque où écrivait M. Mérat, les médecins n'étaient point encore suffisamment pénétrés de la nécessité de baser la description des maladies uniquement sur les faits observés en grand nombre avec sévérité et exactitude. Et cependant notre auteur s'aperçut bien que le seul moyen de faire un bon livre c'est de le composer avec des observations particulières recueillies au lit du malade. Si le livre de M. Mérat laisse aujourd'hui à désirer sous plusieurs rapports, il ne faut pas s'en prendre h l'auteur; depuis cette publication la science médicale a marché, et il eût été étonnant que ses progrès n'eussent pas donné à quelques observateurs le désir d'y faire participer la colique saturnine.
M. Àndral, dans sa Clinique médicale, a rapporté douze observations de colique de plomb , accompagnées des diverses autres formes de l'empoisonnement saturnin. Ce célèbre auteur les fait suivre de remarques cliniques très-judicieuses, où l'on retrouve toujours cette haute critique philosophique avec laquelle il sait jeter une vive lumière sur tous les sujets qu'il traite.
M. Palais a fait paraître en i8g5 un mémoire intitulé; T'raitè pratique sur la Colique métallique. Le titre ne se trouve pas en harmonie avec le fond de l'ouvrage. Ce n'est qu'une suite d'observations fort incomplètes et recueillies avec peu
de sévérité dans lé but de prouver la supériorité du traitement antiphlogistique. Du reste ce travail ne contient aucune idée nouvelle, aussi ne nous a-t-il rien appris sur cette maladie.
Les articles Colique de plomb du Dictionnaire des Sciences Médicales, par M. Pariset, des deux Dictionnaires de Médecine, par MM. Chomelet Blache; du Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques, par M. Bouillaud ; du Compendium de Médecine pratique, par MM. de la Berge et Monneret, contiennent un résumé succinct des matériaux que possédait la science sur cette maladie à l'époque où chacun de ces ouvrages a été publié.
Plusieurs thèses sur la colique de plomb ont été soutenues depuis vingt ans devant les facultés de médecine de France et étrangères. Mais presque toutes ne sont que des répétitions ou des copies des ouvrages précités. Deux seulement méritent une mention particulière.
La dissertation de M. Canuet (Thèses de Paris, 182 5, n° 202 ) renferme des documents précieux sur l'action des préparations saturnines introduites à hautes doses chez les animaux. Mais dans ces cas la colique n'a pas lieu; ce sont des lésions inflammatoires qui sont le résultat de cet empoisonnement* M. Canuet s'efforce de prouver la nature phlegmasiquc de la colique de plomb, et cherche h soutenir les bons effets du traitement antiphlogistique. Du reste , ce travail renferme plusieurs bonnes observations , a part l'interprétation que l'auteur cherche à leur donner.
On trouve dans la thèse de M. Grisolle (Essai sur la Colique de plomb, i835, Paris, n° 189) des recherches intéressantes sur plusieurs particularités de la colique de plomb. Ainsi l'auteur, h l'aide d'une cinquantaine de cas de coliques qu'il a observés chez des cérusiers, a essayé d'appliquer la méthode numérique h la description de chaque symptôme, et aux autres parties de l'histoire de cette affection.
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Le plomb cl ses divers composés doivent pénétrer en nature dans notre économie pour donner naissance h la colique saturnine, c'est-à-dire à une affection, consistant dans une modification spéciale d'organes plus ou moins éloignés du point où ces poisons peuvent être primitivement mis en contact. Ces substances , après avoir été déposées préalablement sur une des parties du corps humain, sont prises par les capillaires et entraînées avec le sang , qui les fait arriver aux organes abdominaux, dont elles doivent aliérerlcs fonctions d'une certaine manière.
L'absorption animale ne peut s'opérer que sur des corps Irès-divisés , réduits h l'état moléculaire ou de particules. Aussi , les préparations saturnines , afin de pouvoir cire absorbées et produire la colique, ainsi que les autres maladies saturnines, ont besoin, avant de pénétrer dans l'économie, d'être dissoutes préalablement dans un liquide, ou bien d'être réduites à l'état de corpuscules solides très-ténus, ou de vapeur.
Les préparations saturnines , h l'exception du plomb métallique , sont plus ou moins sokibles dans une infinité de liquides des règnes minéral , végétal , et animal. Elles se réduisent très-facilement en une poussière très-ténue qui, en raison de sa légèreté, peut se disséminer dans l'atmosphère , surtout a. l'aide des courants d'air. Les composés saturnins sont peu susceptibles de se réduire par eux-mêmes en vapeur à l'air libre; le plomb métallique paraît être le seul capable d'éprouver un peu cette transformation. Mais ils peuvent se volatiliser, c'est-à-dire se dégager sous forme d'une vapeur plus ou moins épaisse , lorsqu'on les expose dans certaines circonstances à des courants de gaz ou de vapeurs. Et, dans ce cas, la dispersion des molécules saturnines
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dans l'atmosphère a lieu à l'aide d'un véhicule volatil, et non par elles-mêmes.
Quelquefois les expressions employées dans les sciences n'expriment pas nettement la pensée. Ainsi, originairement, le mot volatil a dû s'entendre de tout corps plus léger que rair. qui peut se disséminer (voler) dans l'atmosphère, quoique conservant son existence première, solide. On a donc détourné l'expression volatilisation de son sens propre en lui faisant signifier en chimie la transformation d'un corps solide ou liquide à l'état de vapeur. Nous ne pouvons par conséquent nous servir du mot volatiliser pour indiquer des particules de plomb solides qui se disséminent dans l'atmosphère à létat pulvérulent.
Les particules qui se dégagent des préparations de plomb sous forme d'une poussière plus ou moins ténue, ou de vapeur, ont reçu le nom d'émanations.
Les molécules saturnines solides, ou gazeuses, en contact avec les membranes d'absorption , doivent , comme toutes les autres substances étrangères au plomb - y être dissoutes préalablement par les liquides organiques , pour être absorbées.
Ce n'est qu'à la suite de leur absorption que les molécules de plomb peuvent donner naissance à la colique saturnine. C'est ce qui différencie beaucoup cette maladie de l'empoisonnement inflammatoire produit par l'ingestion d'une grande quantité de préparations de plomb dans l'estomac. Dans ce dernier cas , le poison n'est point absorbé ; il irrite la membrane avec laquelle il se trouve en contact immédiat, peut l'enflammer et finir par la détruire. Cet accident, qui rentre dans la classe des empoisonnements par des substances irritantes ou corrosives, ne doit point nous occuper ici.
Le plomb et tous ses composés paraissent susceptibles de donner naissance à la colique saturnine ; du moins toutes
les préparations saturnines, qui jusqu'ici ont été mises en contact avec les organes de l'homme, sont douées de colle faculté. Voici la liste de ces substances :
Plomb métallique (saturne).