‹ Traité des maladies de plomb ou saturninesChapitre 15 sur 51 · CHEZ LES OUVRIERS · texte numérisé non relu

CHEZ LES OUVRIERS

L'examen que nous venons de faire des diverses professions où l'on travaille le plomb , et de la facilité plus ou moins grande avec laquelle chacune de leurs opérations peut donner naissance à la colique saturnine, nous permet maintenant d'établir, sous forme de corollaires, les voies par lesquelles, dans ces divers travaux, le plomb s'introduit dans l'économie.

Absorption des muqueuses digestive, respiratoire et oculaire. Dans le plus grand nombre des professions , l'ouvrier , en travaillant les préparations saturnines , en détache quelques parcelles fort ténues, qui se disséminent sous forme de poussière ou de vapeur dans l'atmosphère qui l'entoure. Cette réduction du plomb en molécules ou émanations s'obtient de plusieurs manières. Tantôt la chaleur, la percussion, le broiement, le frottement, sont les moyens dont les ouvriers se servent pour disséminer dans l'air les molécules saturnines. Tantôt des substances mélangées avec le plomb , en se volatilisant , entraînent avec elles des parcelles saturnines ; telles sont l'huile essentielle de térébenthine , les gaz acide carbonique, hydrogène sulfuré, et une infinité d'autres vapeurs et gaz , qui se trouvent accidentellement en contact avec les préparations saturnines, ou que l'on met en contact pour les besoins des arts. Les ouvriers de ces professions sont d'autant plus fréquemment et plus promptement atteints de colique, qu'ils travaillent une plus grande quan-

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tilé de plomb, et que le poison est plus abondamment disséminé dans l'atmosphère sous forme de poussière et de vapeurs. Dans ces circonstances, les muqueuses qui revêlent les voies digeslives et respiratoires se trouvent en contact avec le poison qui doit donner naissance à la colique.

Chez les ouvriers qui se trouvent au milieu d'une atmosphère plus ou moins chargée de particules de plomb, l'air, passant continuellement par la bouche pour se rendre aux poumons et même à l'estomac, entraîne une certaine quantité d'émanations toxiques qui se trouvent alors en contact avec la membrane muqueuse buccale. La coloration des dents et des gencives qu'on observe sur ces individus , ainsi que le goût de plomb qu'ils perçoivent (voyez Intoxication saturnine ) , dénotent les traces du passage du plomb par la bouche. Or , on sait de quelle puissance d'absorption est douée la membrane qui revêt cette cavité (1). Il n'est donc pas étonnant qu'une certaine quantité de poison puisse y être absorbée. Ensuite, la salive gagnant sans cesse l'organe de la chymification , doit entraîner jusqu'à l'estomac une portion des particules de plomb qu'elle a dissoutes , et qui font éprouver une saveur sucrée, astringente. Enfin les expériences des physiologistes modernes (Bouvier, Bulletins de l'Athénée de Médecine) ont prouvé suffisamment qu'à chaque inspiration une portion de l'air qui passe par la bouche se rend dans 'les voies digestives; mais l'atmosphère de l'atelier est mélangé d'émanations saturnines ; ces dernières sont donc portées dans l'estomac de l'ouvrier avec l'air qui s'y rend. Tout le monde connaît avec quelle facilité les poisons , les médicaments j les boissons , etc., mis en contact avec la muqueuse de l'estomac , y sont absorbés.

V (1) La puissance d'absorption de celte muqueuse doit être attribuée en partie à la température élevée de la cavité buccale, et au grand nombre de capillaires veineux qui se voient sous l'épitjiélium des parois de la bouche, tj |

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Ainsi, chez les ouvriers, nous trouvons une grande quantité de molécules de plomb mises en contact avec la muqueuse de la partie supérieure des voies digestives , qui est douée d'une grande puissance d'absorption. Nous trouvons donc chez eux les deux conditions les plus importantes pour le développement de la colique saturnine.

Les notions fournies dans ces derniers temps par la physiologie et la pathologie sur l'activité d'absorption dont est douée la muqueuse des organes respiratoires (1), portent à admettre à priori que les préparations saturnines, divisées à l'état moléculaire, suspendues dans l'air, peuvent pénétrer très-facilement dans ^économie par cette voie , pour déterminer ultérieurement la colique de pîomb.

Il est certain qu'un ouvrier placé au milieu d'une atmosphère d'émanations ou particules saturnines , doit en absorber une grande quantité par les voies respiratoires. En effet, par suite de l'entrée continue dans cet appareil, d'air saturé de ce poison, un nombre considérable de molécules toxiques doit se trouver, presque sans cesse, en contact avec la muqueuse qui revêt les fosses nasales, le larynx et les bronches. Le mucus qui lubrifie toutes ces parties dissout facilement les molécules, et la muqueuse les absorbe très-promptement.

(1) Tous les poisons,qui absorbés à l'état de vapeur, de fumée, de gaz ou de miasmes, vont porter leur action délétère sur l'organisme, passent le plus ordinairement par les voies respiratoires. Ne suffit-il pas de respirer pendant quelque temps un air chargé des émanations de la térébenthine , pour que l'urine sente bientôt l'odeur de violettes, etc., etc. ? N'est-ce pas à cette facilité d'absorption propre aux voies respiratoires que l'on doit rapporter les nombreuses asphyxies produites par les miasmes délétères, connus sous le nom de mite , méphitisme ? N'en est-il pas de même des maladies que M. Magendie a développées sur des animaux, qu'il forçait à respirer des émanations putrides? L'absorption pulmonaire n'est-elle pas une des voies les plus fréquentes des contagions , des épidémies, de certaines endémies, etc., peste, typhus, fièvre jaune, dyssenterie épidémique, fièvre intermittente ?

Lorsqu'on fréquente ces ateliers, le poison fait bien vite sentir sa présence et son action sur la muqueuse de l'organe de l'odorat. Enfin l'air fétide, d'une odeur toute spécifique, qu'exhalent les ouvriers, qui plus lard seront atteints de colique saturnine, prouve directement le contact du poison sur les autres points de la muqueuse qui tapisse les voies respiratoires. (Voyez Intoxication saturnine primitive.)

Quelques auteurs ne veulent pas admettre l'absorption du plomb par les voies respiratoires chez les ouvriers. Ils pensent que s'il eu était ainsi, les poumons, au lieu des organes digestifs , seraient les premiers atteints par le poison. Mais une grande partie des poisons qui , absorbés a l'état de vapeur, de gaz ou de poussière, vont porter leur action délétère sur le cerveau, les organes digestifs ou urinaires, passent le plus ordinairement par les voies respiratoires sans en altérer primitivement les fonctions; tels sont la térébenthine, les émanations putrides, etc., etc. Le mercure, de ce qu'il peut être absorbé parla peau, n'occasionne pas tout d'abord ordinairement d'altération fonctionnelle de cette membrane.

M. Palais ne veut pas non plus admettre comme possible l'absorption pulmonaire des molécules saturnines; car s'il en était ainsi, dit-il, on rencontrerait Cirritation de La muqueuse pulmonaire. Mais l'observation de tous les jours démontre le peu de sensibilité dont est douée la muqueuse bronchique pour les corps solides , pulvérisés d'une manière impalpable (Andral). Si d'ailleurs les produits saturnins, réduits à un état de division extrême ou moléculaire, étaient des corps irritants pour la muqueuse bronchique, on ne voit pas pourquoi les muqueuse buccale, pharyngienne, nasale et oculaire , quoique plus exposées que les précédentes à l'action de celte poussière, seraient à l'abri de toute impression irritante de leur part. Or, nous n'avons jamais vu, chez les ouvriers plombiers, de stomatites, d'angines, de coryzas,

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ou d'ophthalmies , qu'on pût rapporter au plomb. Chez un cérusier, nous avons rencontré un pytalisme et une angine causés par une fistule, suite d'une carie dentaire. Cet individu, atteint d'une colique saturnine, fut regardé par quelques médecins qui le virent à la Charité, comme affecté d'une salivation due au plomb. Mais un examen attentif nous fit bientôt découvrir la véritable cause de ces accidents qui avaient précédé le développement de la colique.

Enfin les hommes et les animaux qui ont été affectés de colique pour avoir couché dans des appartements nouvellement peints, et les chiens chez lesquels nous avons occasionné la colique en leur ingérant du plomb dans les voies aériennes, n'ont point été atteints d'irritation delà muqueuse pulmonaire.

Stockhusen prétend que les individus qui travaillent le plomb réduit en vapeur, absorbent une certaine quantité de ce poison par les poumons , ce qui détermine chez eux des pneumonies, des pleurésies. Cette assertion n'a point été appuyée de preuves par son auteur. N'ayant point rencontré de faits confirmatifs de cette proposition , nous sommes obligé de la signaler comme une pure hypothèse. Du reste , nous n'avons jamais vu d'inflammations produites par les émanations saturnines.

C'est ici le lieu de nous élever contre l'opinion accréditée dans ces derniers temps sur la fréquence de la phthisis chez les individus qui travaillent le plomb , et en particulier chez les peintres (Broussais, Benoiston de Châteuneuf, Lombard de Genève). Nous pouvons assurer de la manière la plus positive que généralement ces ouvriers forment une des professions où l'on rencontre le moins de phthisiques; car sur douze cent dix-sept individus affectés de colique saturnine , nous n'avons rencontré que cinquante-cinq tuberculeux, dont quinze peintres sur trois cent quatre-vingt huit. 11 sem-

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jblerait même, d'après ce résultat numérique , que la profession de plombier préserve un peu de la phthisic pulmonaire, Mais nous ne voulons établir rien de positif à ce sujet, sachant combien il pourrait être imprudent de trancher de pareilles questions avec ces seules données.

Il serait difficile de dire, à l'aide de faits précis et positifs, laquelle des deux muqueuses des voies digestive ou respiratoire des ouvriers , absorbe le plus de molécules de plomb disséminées dans l'air pour donner naissance à la colique saturnine. S'il est vrai, cependant, que la muqueuse de l'appareil respiratoire soit douée d'une puissance d'absorption plus considérable que celle de l'appareil digestif; si, d'un autre côté, il est évident qu'une plus grande quantité d'air, et par conséquent de poison , se trouve en contact avec la première des membranes qu'avec la seconde , on peut croire à priori que les voies respiratoires absorbent une plus grande quantité d'émanations de plomb que les voies digestives. Pour corroborer encore cette proposition, ajoutons enfin que les préparations saturnines absorbées à la surface des voies respiratoires ont, en parcourant le système circulatoire, beaucoup moins de chemin à faire pour arriver au système nerveux abdominal, que les mêmes molécules absorbées à la surface de la muqueuse digestive.

La muqueuse oculaire , à raison de sa petite étendue , ne peut contribuer grandement à l'absorption des émanations saturnines, et par suite au développement de la colique chez les ouvriers. Cependant, il ne nous paraît pas impossible que des molécules saturnines , sans cesse en contact avec la conjonctive, douée d'une si grande puissance d'absorption, et dissoutes par le fluide lacrymal, ne puissent donner naissance h un empoisonnement, chez les ouvriers dont la bouche et les narines seraient, à l'aide de masques, préservées de l'introduction d'un air chargé d'émanations saturnines.

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Absorption cutanée. — Ce n'est que dans un très-petit nombre de professions que les préparations saturnines sont travaillées à l'état fixe, et qu'aucune de leurs parcelles ne vient à se disséminer dans l'atmosphère au milieu de laquelle travaille l'ouvrier (teinturiers, imprimeurs sur étoffes, perruquiers, lamineurs, etc.). Si chez ces individus on voyait apparaître la colique , on serait obligé d'admettre que cette affection est survenue à la suite du contact du poison avec la peau des mains , et de son passage à travers l'épidcrme. Mais je n'ai pas rencontré un seul de ces ouvriers qui ait été atteint de colique de plomb. Si cependant ces ouvriers venaient, en mangeant avec leurs mains recouvertes d'une grande quantité de molécules de plomb, à charger leurs aliments de ce poison, ils pourraient alors contracter la colique saturnine; mais, dans ce cas, l'affection toxique se déclarerait à la suite de l'absorption du plomb mis en contact avec les voies digestives , et non avec l'épiderme.

Dans les professions où plusieurs opérations s'exécutent, celle dans laquelle l'ouvrier manie le plomb à l'état fixe ne produit point la colique , tandis que celle où l'ouvrier réduit le plomb en parcelles qui se répandent dans l'atmosphère , donne facilement naissance a cette affection ( composeurs et frotteurs de caractères d'imprimerie, etc.).

La peau des ouvriers travaillant au milieu d'une atmosphère saturnine se trouve souvent recouverte, dans une grande étendue, d'un nombre plus ou moins considérable de molécules de plomb. Quelques auteurs ont prétendu que les vêtements des ouvriers pouvaient préserver leur surface tégumentaire , dans la plus grande partie de son étendue, du contact des émanations saturnines. Cette assertion de cabinet ne repose pas sur des faits. Nous avons vu que les molécules de plomb disséminées dans l'atmosphère en grande quantité se glissent facilement entre les vêtements des ouvriers et leur

épiderme. (Voy. Ouvriers des fabriques de ctruse, de minium.) Ces parcelles de plomb, appliquées sur la surface de la peau, peuvent-elles être absorbées par le tissu cutané , et donner naissance a la colique? On ne peut, h l'aide de faits positifs, répondre par l'affirmative. Cependant est-il impossible de concevoir à priori que des molécules de plomb, par leur contact prolongé avec l' épiderme de presque tous le corps, ne puisse finir par franchir cette barrière en quantité suffisante pour donner naissance à la colique saturnine ? Ou bien , serait-il plutôt permis de croire qu'une très-grande partie des émanations de plomb nécessaires à la production de la colique est absorbée par les voies digestives et respiratoires, tandis qu'une petite quantité du poison est absorbée aussi par la peau? Mais toutes ces suppositions en faveur de l'absorption cutanée, que prouvent-elles ? Rien de positif.

De tout ce qui précède, nous pouvons donc tirer les conclusions suivantes : i°Tous les ouvriers qui, dans leurs travaux, disséminent dans l'atmosphère des particules de plomb , ont leurs membranes muqueuses, et surtout celles des voies digestives et respiratoires, en contact avec ces émanations ; ces parcelles toxiques , après avoir été absorbées à la surface de ces muqueuses , donnent naissance à la colique saturnine. Les ouvriers, au contraire, qui travaillent le plomb a l'état fixe ne sont point attaqués de colique; la peau seule ne peut absorber une quantité de molécules saturnines capable de donner naissance h cette affection.

Les substances saturnines les plus facilement réductibles en poussière disséminable, ou en vapeur, sont celles qui occasionnent le plus souvent la colique de plomb chez les ouvriers ; telles sont la céruse , le minium et la

litharge.

Mais puisque nous avons vu également que dans le cas

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de colique survenue chez des personnes étrangères aux professions où l'on travaille le plomb , le poison , pour donner naissance à cet empoisonnement , a été uniquement absorbé par les muqueuses; il faut donc conclure, d'une manière générale, que la colique de plomb ne se développe qu'à la suite de l'absorption des préparations saturnines par les membranes muqueuses des organes de la respiration , de la digestion , de la vision et de la génération.

Dans les premières années où je commençai mes recherches sur les maladies saturnines, je croyais, comme la plupart des praticiens , que l'absorption du plomb pouvait s'effectuer par la peau, et produire la colique , ainsi que les autres formes de l'empoisonnement saturnin. Je ne trouvais en effet aucune raison à priori pour enlever à cette membrane sa faculté absorbante, et je ne concevais pas comment cette voie n'aurait pas servi de passage à la cause de la colique, lorsqu'on voit d'autres maladies produites par l'absorption d'un poison métallique à la surface de la peau. Mais les expériences que j'ai rapportées , et les visites que j'ai faites dans les établissements où l'on travaille le plomb , eurent bientôt détruit les idées que la théorie m'avait suggérées , et que j'ai consignées, en i833, dans ma thèse sur la paralysie de plomb. Ces éclaircissements sur mon opinion précédente étaient d'autant plus nécessaires à donner, qu'elle a contribué beaucoup à induire les médecins en erreur sur les véritables voies d'absorption du plomb.

Ainsi donc se trouve enfin résolu ce problème si controversé des voies d'absorption du plomb, dans le cas de colique saturnine. Jusqu'à présent , la solution de cette question n'avait pu être donnée; car on n'avait pas pris les moyens pour y arriver, l'expérimentation et l'observation. On comprend combien il nous a fallu faire de recherches de toutes sortes pour élucider cette vaste question.

11 serait fort intéressant de pouvoir calculer el préciser la quantité de particules de plomb qui est absorbée a la surface des membranes muqueuses, dans le cas de production de colique. Mais c'est un calcul qui le plus souvent est impossible a établir. En effet, tout prouve que celte quantité varie suivant tel ou tel individu , placés dans les mêmes circonstances d'absorption. Ainsi, de plusieurs malades qui avalent des préparations saturnines comme médicaments, à la même dose , les uns sont atteints de colique de plomb , d'autres n'en éprouvent aucun accident. Nous avons vu , p. 6 1 et suiv. ; que les préparations saturnines absorbées par les muqueuses à des doses fort diverses, depuis un jusqu'à cent quarante grains, pouvaient produire la colique de plomb.

Comment mesurer cette quantité chez les personnes qui absorbent le plomb disséminé dans l'air? Parmi plusieurs individus qui se trouvent dans les mêmes conditions d'absorption , les uns contractent la colique au bout de huit à dix jours de travail , tandis que d'autres n'en éprouvent les atteintes qu'au bout de plusieurs mois , et même de plusieurs années.

Les individus qui se trouvent en contact d'une manière à peu près continue avec les émanations de plomb, absorbentils nécessairement presque sans cesse dupoison? C'est une supposition qui paraît probable. Mais les excrétions intestinales, urinaires, cutanées et pulmonaires , qui agissent aussi constamment, doivent chasser le poison au fur et à mesure qu'il entre dans l'organisme pour s'y associer. Enfin, après un temps plus ou moins long, lorsque sans doute les excrétions ne suffisent plus pour rejeter la quantité de poison incompatible avec le jeu normal de nos fonctions , des phénomènes morbides apparaissent du côté des voies digestives, etc. Suivant donc que, dans l'organisme, il y a une force de réaction, d'expulsion plus énergique, il faut supposer qu'une quantité de

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plomb plus considérable doit être absorbée pour que la colique se développe. Aussi les individus qui se trouvent dans les conditions les plus propres à absorber beaucoup de plomb, dans un très court espace de temps , par exemple , les cérusiers , contractent beaucoup plus rapidement la colique que ceux dont les organes respiratoires et digestifs ne sont point en contact continu avec une grande quantité d'émanations, comme les peintres en bâtiments, etc.

M. Mérat soutient seul, à notre époque , que les particules de plomb n'ont pas besoin de pénétrer dans l'économie bumaine , pour qu'il y ail production de la colique saturnine. Pour soutenir cette opinion , il affirme que les ouvriers qui travaillent le plomb sans autre préparation que de le battre, et que les individus qui habitent des appartements nouvellement peints, contractent la colique sans se trouver en contact immédiat avec les préparations saturnines. Mais les ouvriers de la première de ces professions (nous nous en sommes assurés de visu) n'absorbent point, il est vrai, par la bouche et les voies respiratoires , de particules métalliques; aussi ne sont-ils jamais attaqués de colique saturnine, lorsqu'ils se livrent seulement à l'opération du battage du plomb métallique , tels sont les lamineurs.

Quanta la seconde proposition de M. Mérat, nous la trouvons erronée. Comment cet observateur n'a-t-il pas vu une absorption pulmonaire exercée sur les particules de plomb ? L'explication qu'il donne pour prouver la certitude des faits qu'il avance, ne repose pas sur des données plus positives; il dit : « Les seules émanations de plomb suffisent pour oc- » casionner la colique. Je ne donne pas ce nom aux vapeurs »qui s'élèvent du plomb en fusion, ou même dans l'ébulli- »tion de ses préparations, mais seulement à la partie odo- » rante , à un arôme qui lui est particulier , et qui est très- »fort, lorsqu'on le tient dans les mains et qu'on le frotte.»

Mais qu'est-ce que cet arôme , si ce n'est un composé de particules de plomb? Et cet arôme, en agissant sur nos sens, pénètre nécessairement dans notre économie. Cette assertion hypothétique est donc invraisemblable.

Enfin , de ce que ni les liquides ni les solides de l'économie soumis à l'analyse chimique, n'ont point encore accusé jusqu'ici la plus petite quantité de plomb , il ne faut pas conclure, avec l'auteur précité, que ce poison ne les a pas pénétrés. En effet, un grand nombre de poisons minéraux, etc. , après avoir été introduits et absorbés dans l'économie , produisent une série d'accidents tout particuliers ; et cependant l'analyse chimique n'a pu encore constater la présence de ces substances dans les solides et dans les liquides de l'organisme. En conclut-on pour cela qu'elles n'y existent pas en nature? Non, assurément.

Tous les faits de colique que nous avons rapportés , dan§ lesquels le plomb a e'té déposé et absorbé visiblement à la surface des muqueuses , prouvent aussi , contrairement h l'hypothèse de M. Mérat, que le piomb doit entrer en nature dans l'économie, lorsqu'il donne naissance à la colique saturnine.

Mais les composés saturnins une fois absorbés à la surface des muqueuses, doivent être entraînés dans le torrent général de la circulation , puis dirigés sur les organes qui seront atteints» C'est tout ce qu'il nous est permis de savoir. Il serait curieux de connaître le mode d'action intime du plomb sur les tissus de l'économie. Les anciens , avides d'explications, n'ont pas manqué d'enfanter mille hypothèses pour tâcher de découvrir cette action intime. Mais tous leurs efforts, et même ceux de quelques modernes, n'ont abouti qu'a nous faire avouer qu'elle échappe complètement à nos sens; de même que nous ne savons pas comment agit la strychnine sur le» centres nerveux, pour produire

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des convulsions, comment agit le quinquina pour enlever la fièvre intermittente , etc. Le plomb, après avoir été absorbé, va de préférence faire sentir son influence délétère sur les organes digestifs et urinaires, en vertu d'une attraction ou sympathie qu'il nous est impossible de pénétrer. Savons-nous davantage la raison pour laquelle l'opium fait sentir principalement son action sur le cerveau ?

Le plus ordinairement , la colique saturnine se manifeste chez l'homme pendant qu'il se trouve au milieu des circonstances d'absorption qui la font naître. Dans quelques cas , l'action toxique ne se révèle que lorsqu'il a cessé d'y être exposé depuis un temps plus ou moins long , ce qui prouve que les effets morbides du plomb ne se font pas toujours sentir immédiatement après son introduction dans notre économie , et qu'il peut y séjourner sans causer la colique. Nous avons même vu plusieurs individus (Obs. xix) qui, n'étant plus depuis longues années en contact avec le plomb , ont cependant contracté la colique et les autres formes de l'empoisonnement saturnin. Mais chez eux, existaient toujours un ou plusieurs des traits caractérisques de l'intoxication saturnine primitive.

Nous l'avons déjà fait pressentir dans plusieurs passages de cet article , tous les individus qui se trouvent dans les mêmes circonstances en contact avec le plomb , ne sont pas aptes également à contracter la colique saturnine. Il faut donc rechercher si, en dehors de la cause toxique , il y a quelques circonstances qui favorisent ou contrarient l'action délétère des préparations saturnines. Pour tâcher d'apprécier ces diverses influences , nous allons passer en revue les saisons, les climats, l'âge, le sexe, la constitution et le régime.

Saisons. — Nous avons remarqué, comme la plupart des auteurs , qu'à certaines époques de l'année , la colique saturnine devenait assez rare , et à d'autres , au contraire , très-fréquente. On doit attribuer en partie cette différence h l'activité plus ou moins grande des travaux, et par conséquent au nombre d'ouvriers employés. Ainsi, les fabriques de céruse sont quelquefois des mois entiers , en hiver , sans marcher, et plus de la moitié des peintres en bâtiments cessent leurs travaux à l'arrivée des grands froids.

Nos douze cent dix-sept malades ont été soumis h notre observation aux diverses époques de l'année , de la manière suivante :

Janvier 67

Février 77

Mars , 95

Avril 99

Mai 115

Juin 137

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