COLIQUE SATURNIN
RePOKT. . . . 590
Juillet 190
Août 127
Septembre 92
Octobre 81
Novembre 78
Décembre 59
Il résulte de ce relevé que les mois de juillet, de juin et d'août, les plus chauds de l'année, sont ceux où l'on observe le plus grand nombre de coliques de plomb. Par nos fréquentes visites dans les fabriques de céruse et de minium , ainsi que dans les divers autres ateliers où l'on travaille les préparations saturnines, nous nous sommes assuré que, toute proportion étant égale d'ailleurs, le nombre des ouvriers malades était plus grand pendant les saisons chaudes que pendant les saisons froides de l'année. Tout en tenant compte de la différence d'activité des travaux et du nombre des ouvriers employés, il faut donc enfin convenir que la chaleur prédispose à contracter la colique de plomb , soit en favorisant la dissémination du plomb, soit surtout en rendant plus perméables les diverses voies d'introduction de ce poison.
Il est des individus qui contractent tous les ans, à peu près à la même époque, la colique saturnine , quoique cependant ils fassent toujours absolument le même travail depuis le commencement de l'année jusqu'au moment où ils tombent malades. L'été est la saison la plus ordinaire de ces attaques presque périodiques.
Climats. — Pour pouvoir s'assurer d'une manière positive si le climat influe également sur le développement de la colique de plomb, il faudrait ou que nous eussions visité les principaux pays du monde , ou que les médecins qui habitent les différentes contrées du globe nous eussent donné des renseignements nombreux et précis à ce sujet. Privé de pareilles
données, nous 110 pouvons rien avancer do positif. Seulement l'analogie porte h croire que dans les régions chaudes , on doit observer un plus grand nombre de coliques saturnines que dans celles dites tempérées et froides. Les relations que nous avons eues avec les médecins de plusieurs pays, nous ont appris que la colique saturnine n'était pas modifiée dans sa physionomie suivant tel ou tel climat; elle a la même expression symplômatique clans tons les pays du monde.
Slge. — Les ouvriers qui travaillent dans les fabriques de céruse et de minium, et les peintres en bâtiments, qui forment la* majorité de nos malades , sont en général des hommes âgés de trente à quarante ans , parce qu'il faut, pour exercer ces professions, des hommes vigoureux, et que les individus de cet âge sont plus nombreux que les autres; on pourrait en conclure que celle période de la vie prédispose a contracter la colique saturnine. Aussi, cette considération ne nous fait pas attribuer confiance entière au relevé suivant pour prouver que tel ou tel âge prédispose au développement de la colique.
Age de nos 1217 malades.
De 5 à 10 ans, 8
De 10 à 20 80
De 20 à 30 244
De 30 à 40 445
De 40 à 50. . 277
De 50 à 60 118
De 60 à 70 39
De 70 à 80 , . . 6
Les enfants sont généralement peu employés dans les diverses professions où l'on travaille les préparations de plomb ;
l80 COLIQUE SATURN1XL.
nous nous sommes cependant assuré qu'ils contractent la colique avec la plus grande facilité. Dans la fabrique de cartes et de papiers de fantaisie, rue Meslay, appartenant à M. Hangrand, on remarque que les cinq h six enfants qu'on y emploie se trouvent souvent atteints de cette maladie, tandis que les adultes le sont plus rarement. On a été h plusieurs reprises obligé de renvoyer momentanément tous les enfants, parce qu'ils tombaient trop fréquemment malades. Plusieurs chefs d'ateliers de peinture en bâtiments se sont vus forcés de faire cesser momentanément 1 apprentissage h des enfants , parce qu'ils contractaient trop souvent la colique: plus tard ces mêmes individus ont repris les mêmes occupations, et l'affection toxique ne s'est plus développée ou très -rarement. Les enfants du premier àgc , ne se trouvant point ordinairement dans les circonstances qui favorisent le développement de la colique saturnine, on ne peut savoir s'ils y sont plus ou moins prédisposés. M. Baron, médecin de l'hôpital des Eui'anls nouveau-nés, m'a affirmé n'avoir jamais observé la colique de plomb chez les enfants a la mamelle. Chaussier [Encyclopédie, chim., t. 5) prétend que la céruse employée h saupoudrer des excoriations aux cuisses chez de jeunes enfants a produit la colique des plombiers. L'arrivée de la constipation , de la dureté et de la dépression du ventre, des vomissements, de la dysurie , des cris , et d'une grande agitation, ainsi que l'abandon du sein par l'enfant, a la suite de l'emploi de la céruse, ont pu sans doute faire diagnostiquer la colique saturnine chez ces petits êtres. Cependant il faut avouer qu'ici le diagnostic devait être enveloppé de grandes difficultés.
Plusieurs fois nous avons rencontré des vieillards qui n'étaient plus atteints de colique depuis qu'ils étaient parvenus à un âge avancé , et cependant ils se trouvaient dans les conditions de contact où jadi^ ils étaient tombés malades, Dans
PREDISPOSITIONS. 101
la fabrique de eéruso de Courbcvoic , nous avons remarqué deux vieillards qui y ont travaillé, l'un dix-huit mois, l'autre deux ans , sans contracter la colique, tandis que les adultes ne pouvaient y travailler plus d'un à deux mois sans éprouver les atteintes de ce mal.
Nous nous garderons bien de généraliser les quelques laits qui précèdent, car nos propres observations pourraient même donner à cette règle un démenti dans plus d'un cas. Nous avons voulu seulement établir qu'il semble qu'un assez grand nombre d'hommes sont d'autant plus prédisposés à ressentir les atteintes de la colique qu'ils se rapprochent davantage de l'enfance et qu'ils s'éloignent de la vieillesse. Le seul fiait qu'on puisse établir avec certitude , c'est que la plus grande partie des malades qu'on rencontre atteints de colique saturnine sont des adultes.
Sexe. — Les femmes se trouvant, par lanaturede leurs travaux habituels , peu exposées au contact des émanations qui produisent la colique saturnine, doivent par cela même contracter beaucoup moins souvent cette maladie que les hommes. Sur nos douze cent dix-sept malades , nous ne trouvons que cinquante-sept femmes , qui étaient Trotteuses de caractères d'imprimerie , femmes de peintres ou employées dans les fabriques de céruse. En général les femmes , toute proportion gardée, sont moins souvent atteintes de colique que les hommes ; ce résultat provient-il en partie des moyens préservatifs dont elles font plus volontiers usage que ces derniers, ou bien de la nature de leur organisation? Quelques praticiens ont avancé que les femmes, n'étant point employées aux mêmes opérations que les hommes dans les établissements où on admet des individus des deux sexes, il pourrait bien se faire qu'elles soient moins souvent malades, parce qu'elles sont occupées, en raison de leur faiblesse , h des travaux moins fatigants et moins dangereux.
l82 COMQtiJi SATliRMKJï.
A la fabrique de céruse de Courbevoie, les femmes sont employées aux mêmes opérations que les hommes , et cependant la colique les atteint moins souvent que ces derniers.
Constitution. — Les individus chez lesquels on observe la colique de plomb sont de toutes les constitutions , et offrent les attributs de tous les tempéraments. Cependant, comme la plupart des professions où l'on travaille le plomb en grand, exigent, de. la plupart des ouvriers, beaucoup de force, il n'est pas étonnant que l'on rencontre fréquemment des malades à forte constitution.
Sur nos douze cent dix- sept malades, cinq cent quatrevingt-cinq offraient une constitution moyenne; quatre cent vingt-quatre étaient doués d'une forte constitution, deux cent huit avaient une constitution faible.
Tempéraments. — Les individus sanguins, nerveux, lymphatiques, paraissent à peu près également susceptibles d'être atteints par le poison.
Propreté. — La malpropreté peut, comme nous l'avons fait pressentir, contribuer au développement de la colique. Ainsi la plupart des ouvriers en plomb , s'ils n'ont pas soin de se nettoyer souvent les mains, surtout avant de prendre leurs repas, pour débarrasser leur peau des particules saturnines dont elle se trouve recouverte , sont susceptibles de contracter la colique de plomb , puisqu'ils avalent avec leurs aliments du poison qui se détache de leurs mains.
Régime. — On croit généralement qu'une mauvaise nourriture , et des écarts de régime , tels que des excès d'alimentation, de boissons, prédisposent beaucoup les ouvriers à contracter la colique. Voici le résultat de nos recherches à cet égard :
La plupart des fabricants , chefs d'ateliers et ouvriers , pensent que les excès de boisson prédisposent puissamment
PJl^DISPOSITIONS. I 8
ceux qui s'y livrent, à être atteints de la maladie. La majeure partie des cérusicrs et des peintres en bâtiments mènent une vie fort irrégulière , et passent rarement une semaine sans s'enivrer au moins une lois; il en résulte que Ton doit fréquemment trouver des malades adonnés à la boisson. Cependant, parmi {os ouvriers, ivrognes môme d'habitude, nous en avoqs vu qui ont résisté des années et même toute leur vie; jamais ils n'ont été malades. Mais ces cas sont les plus rares; le plus habituellement ces hommes contractent facilement et promptement la colique. Le plus souvent les individus sobres sont épargnés par le mal, ou, s'ils en éprouvent les atteintes , ce n'est que fort tard, et les attaques ne se renouvellent qu'à d'assez longs intervalles. Il y a toutefois encore des exceptions qui ne sont pas très-rares : des individus d'une vie régulière et sobre , à peine travaillent ils quelques jours, quelques mois, qu'ils contractent la colique.
Dans un bon nombre de cas nous avons remarqué que la maladie se développait le lendemain , et même le surlendemain d'une ribote. Le lundi est le jour de la semaine où les ouvriers de Paris font le plus souvent des excès de boisson ; aussi , avons-nous vu plusieurs fois les salles de la Charité recevoir un plus grand nombre de malades le mardi et le mercredi.
Dans les hôpitaux on obtient difficilement des renseignements exacts sur les habitudes des malades. Souvent ils trompent le médecin par leurs réponses, pour ne pas lui dévoiler la turpitude de leur conduite; le seul moyen pour avoir des données positives sur ce sujet, c'est de questionner les chefs d'ateliers, les contre-maîtres, et les chefs ou conducteurs d'ouvriers, sur la conduite des malades dont on veut étudier le genre de vie.
Nous n'avons pu parvenir à savoir d'une manière précise, si les ouvriers qui travaillent à jeun contractent plus vile la
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colique que ceux qui ont coutume de manger avant de se livrer h leurs travaux.
Maladies étrangères au plomb. — Nous n'avons pas remarqué que les diverses maladies étrangères au plomb , dont les ouvriers ont pu être affectés précédemment, aient eu de l'influence sur le développement ultérieur de la colique. On pourrait croire que les individus habituellement constipés sont de préférence et plus souvent affectés de l'empoisonnement saturnin abdominal; il n'en est rien, nous l'affirmons de la manière la plus positive , car nous avons dirigé fréquemment nos recherches sur ce point. Nous avons rencontré des individus atteints de diverses maladies du tube digestif et de l'appareil uriuaire , parmi les ouvriers qui travaillent le plomb; nous n'avons pas trouvé qu'ils fussent plus ou moins souvent attaqués de colique saturnine que leurs camarades , dont les organes étaient en bon état.
Maladies saturnines. — Les autres maladies saturnines prédisposent a l'arrivée de la colique. En effet , tant que subsiste une des formes de l'empoisonnement saturnin, le poison existe dans quelques points de l'économie; par conséquent il peut , d'un moment à l'autre , se diriger vers les organes digestifs , pour donner naissance à la colique. On voit beaucoup plus souvent la colique succéder à l'arthralgie qu'à la paralysie et a l'encéphalopathie saturnines.
Nous avons vu des ouvriers qui , pendant dix, vingt , trente ans , ont travaillé le plomb sans être atteints par cette maladie pendant tout ce temps-là , et finir alors par en être affectés, quoique les circonstances dans lesquelles ils se trouvaient n'eussent pas changé. Leur constitution seule semblait s'être modifiée lentement.
Le plomb produit chez certains individus, toutes circonstances étant les mêmes d'ailleurs , la colique plus promptcmcnt et plus gravement, sans qu'on puisse en saisir la cause.
Tel individu , après des années entières de travail, éprouve une attaque de colique dans sa vie , tel autre en est atteint au bout de quelques jours ou de quelques mois du même travail. Celui-ci a une attaque légère, celui-là, chaque fois qu'il tombe malade, souffre horriblement, etc.
Récidives. — La colique offre souvent de récidives , c'est-àdire que les mêmes individus s'exposant encore , après la guérison, au contact du plomb, sont de nouveau atteints de cette maladie. Entre les récidives existe un intervalle variable, pendant lequel les malades ont été exposés à la cause toxique. Ainsi , une première attaque de colique , loin de mettre les sujets à l'abri d'une seconde , comme on le voit dans plusieurs autres maladies , les dispose , au contraire, à en être atteints plusieurs fois. Les récidives deviennent d'autant plus fréquentes, c'est-à-dire plus rapprochées que le malade a éprouvé un plus grand nombre d'attaques. Nous avons assez souvent observé que des ouvriers qui , pendant huit, douze, vingt-cinq ans d'exercice de leur profession, n'avaient jamais contracté cette maladie , s'ils venaient à en être attaqués une première fois , dès lors tous les cinq à six mois ils en étaient atteints de nouveau; plusieurs même ont été obligés d'abandonner leur état, devenu tout-à-coup si funeste, on ne sait pourquoi.
Une des causes les plus puissantes de ces récidives promptes , provient de ce que les malades , à peine guéris , quittent l'hôpital pour aller travailler ou habiter dans leurs ateliers , au milieu des émanations saturnines. La faiblesse dans laquelle est tombé le malade, à la suite de vives souffrances, d'un traitement énergique , de la diète, favorise-t-elîe l'absorption saturnine , et l'économie ne s'oppose-t-elle plus avec autant de force à la manifestation de la présence du plomb?
On croit généralement que les récidives dépendent du
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mode de médication employé. Nous n'avons pu reconnaître une pareille influence au traitement.
Les récidives sont plus ou moins nombreuses chez chaque individu ; tel ouvrier a une seule colique dans sa vie, tel autre en est atteint tous les ans, tous les mois. Il nous est arrivé assez souvent de rencontrer des malades qui étaient à leur sixième et septième colique. Un de nos malades avait été atteint trente-une fois de la colique. (Obs. vin. ) Desbois de Rochefort , Doasan, Stoll et M. Mérat ont vu des individus être atteints de colique de plomb pour la seizième , dix-septième , vingt deuxième , vingt-sixième , vingt-huitième et trente-deuxième fois. Sur nos douze cent dix sept malades , neuf cent quatre-vingt-cinq avaient déjà été atteints , antérieurement à l'attaque de colique que nous observions, une ou plusieurs fois d'empoisonnement saturnin abdominal.
Rechutes. — On voit assez souvent des malades qui, après avoir été guéri radicalement en apparence, et sans s'exposer de nouveau, au contact du plomb, sont atteints de nouveau de colique; c'est ce qu'on appelle une rechute. Il ne faut pas confondre les expressions de récidive et rechute. Le sens que nous leur attachons doit être maintenu, si l'on ne veut pas confondre deux actes morbides tout-à-fait différents. L'espace qui sépare la guérison apparente de la rechute est ordinairement d'un ou plusieurs jours; nous l'avons vu de plusieurs années. {Observation xiv et xvm.) Chez tous les malades qui ont éprouvé des rechutes de colique, nous avons constaté un ou plusieurs traits qui caractérisent la présence du plomb dans l'économie, intoxication saturnine primitive. Comment s'opère de nouveau cette mystérieuse manifestation morbide? Où se trouve le poison pendant que la santé subsiste? Quelle est la cause de son action nouvelle? Peut-on penser qu'une partie du poison a été évacuée par l'influence du traitement , tandis que l'autre partie, extirpée des lieux où elle
produisait clos accidents, vient à circuler de nouveau aveela masse des liquides , jusqu'à ce que, par une cause inconnue, elle vienne de nouveau se fixer sur les organes de l'abdomen pour y déterminer les mêmes accidents?
Nos observations nous apprennent que les rechutes ont lieu chez un vingtième des malades environ. Le plus ordinairement, les rechutes sont provoquées par des écarts de régime et par le traitement. Les individus qui , du jour au lendemain de leur guérison, viennent à faire usage d'une nourriture abondante , sont exposés aux rechutes. Aussi conseillons-nous de ne donner les aliments qu'avec mesure et par gradations journalières. Il est aussi pour nous hors de doute que la plupart des médications , autres que la méthode des vomi-purgatifs , sont la cause la plus ordinaire des rechutes. On observe aussi quelquefois des rechutes, si les médicaments vomi-purgatifs ne sont pas donnés plusieurs jours de suite, même après que les symptômes de la colique ont disparu. Enfin, il est un très-petit nombre de cas de colique traités avec énergie, et pendant un temps suffisant par ce traitement, qui sont également suivis de rechule. (Yoy. Traitement.) A quoi attribuer alors ces rechutes? Est-ce à l'influence du tempérament, de la constitution, de la quantité de plomb absorbé, au nombre des récidives, c'est-à-dire des coliques antécédentes , etc.? Nous n'avons pu élucider ce point à l'aide de nos observations. Les traits caractéristiques de cette idiosyncrasie, qui facilite cette réapparition de la colique, nous ont échappé dans ce petit nombre de cas que nous venons d'indiquer.
Stoll prétend qu'un purgatif ou un vomitif donné hors le temps cause facilement et fréquemment des rechutes. Je n'ai rien vu de semblable. Tout au contraire, comme je viens de le dire , celte pratique met h l'abri des rechutes.
11 est rare que chaque indhidu éprouve plus d'une rechute.
188 COLIQUE satirmm:.
Nous avons vu un ancien peintre en bâtiments en éprouver chaque année une ou plusieurs , pendant sept ans. (Obs. xiv.) Cet homme, pendant tout ce laps de temps, ne s'est point trouvé en contact avec le plomb. Il avait abandonné sa profession de peintre en bâtiments pour devenir machiniste à l'Opéra.
On a parlé de coliques de plomb épidémiques. On ne peut donner ce nom qu'à cette affection qui règne d'une manière endémique dans les localités où l'on travaille le plomb en grand, comme les mines de plomb , les fabriques de céruse et de minium, etc. On a aussi donné le nom d'épidémies à ces coliques qui sont survenues à la suite de l'usage des vins sophistiqués avec la litharge,
Colique de plomb chez les animaux.
Les animaux, lorsqu'ils se trouvent en contact avec les substances saturnines , peuvent contracter la colique de plomb dans les mêmes circonstances que l'homme. Ainsi nous avons vu des chats, des poules, des chiens et des chevaux atteints de cette maladie.
C'est principalement dans les fabriques de céruse et de minium , les vastes ateliers de peinture en bâtiments , les fonderies de plomb, etc. , qu'on observe cette affection sur les animaux qui y séjournent d'une manière continue.
On a remarqué, dans ces établissements, que les animaux sont surtout atteints de colique, lorsqu'ils viennent à remuer plusieurs jours de suite, avec leurs pattes, des monceaux de poussière saturnine pour s'y coucher, s'y rouler ou chercher quelques aliments. Dans ces diverses manœuvres, une grande quantité de molécules de plomb se répand dans l'air ambiant de ces animaux.
PREDISPOSITIONS. 189
il y a (les fabriques de minium, de cérusc, où on a renfermé , clans des cages , des chats auxquels on faisait manger d'excellentes viandes fraîches. Ces animaux ont contracté la colique saturnine. M. Trousseau a été témoin, ainsi que nous, de ces expériences.
Ces animaux ne contractent-ils pas évidemment la colique, dans toutes ces circonstances, en respirant et en avalant un air chargé d'émalions saturnines ? Les poils dont leur peau se trouve recouverte met un obstacle presque absolu h l'absorption cutanée du plomb.
On a également observé que lorsque ces bêtes viennent à boire de l'eau qui lient en suspension une grande quantité de particules saturnines, elles sont facilement atteintes de colique.
Burzérius et Slockhusen ont été des premiers auteurs qui aient signalé les affections saturnines, et entre autres la colique,dans les classes inférieures des animaux. Wilson et Stokes ont fait d'intéressantes observations sur les animaux des environs des mines de plomb , en Ecosse , qui sont atteints de colique saturnine, Ils ont trouvé que les vaches, les chevaux, les brebis, les chiens et même les poulains qu'on élevait dans les pâturages des montagnes de plomb et de leurs environs, étaient sujets à cette maladie. D'après ces auteurs, à une dislance de quelques milles de la vallée de plomb, les animaux sont tout-à-fa'it bien portants; mais si, par malheur, ils vont paître aux alentours, surtout aux endroits bas qui sont arrosés en hiver par une rivière qui pa^se par les mines de plomb , et dont les eaux laissent probablement des eftlorescences de préparations saturnines, ils sont immanquablement atteints de la maladie.
En général, tous les médecins qui ont surveillé la santé des ouvriers des grands établissements de plomb, ont observé la colique chez les animaux.
](jO COLIQUE SATURNINE.
PRODROMES
Le plus souvent les phénomènes caractéristiques de l'intoxication saturnine primitive, précèdent et annoncent plus ou moins prochainement l'arrivée do la colique de plomb. Parmi nos douze cent dix-sept m aladcs, onze cent quatrevingt-cinq avaient dû présenter, avant l'apparition de la colique, un ou plusieurs des traits calactéristiques de l'action primitive du plomb sur l'économie. On peut donc considérer les signes de l'intoxication saturnine primitive comme de véritables prodromes de la colique.
Tous les caractères de l'intoxication saturnine primitive (p. 2) et la colique se manifestent le plus ordinairement dans les professions qui exposent l'homme au contact d'une grande quantité d'émanations toxiques ; il en résulte que l'on doit constater, comme phénomènes précurseurs de la majorité des cas de c olioue , tous les signes réunis de l'intoxication primitive/Aussi, lorsque tous les caractères de l'intoxication saturnine primitive apparaissent chez le même individu , on peut presque a nnoncer a l'avance la prochaine arrivée de la colique.
Assez souven t l'ictère et la saveur sucrée n'apparaissent qu'un ou plusieurs jours avant le développement de la colique. Aus si , les directeurs des grandes fabriques de plomb , lorsqu'ils s'aperçoivent qu'un de leurs ouvriers acquiert toutà-coup une teinte d'un jaune terreux, l'engagent à quitter de suite son travail^ persuadés qu'ils sont, parleur expérience journalière, qu'il va bientôt être atteint de colique. Les ouvriers eux-mêmes , lorsqu'ils éprouvent pour la première fois un goût sucré, styplique, ou si cette sensation existant déjà devient beaucoup plus prononcée, craignent la manifestation prochaine de la colique.
PRODROMES. 10,1
L'arrivée de la colique saturnine se trouve ordinairement annoncée à l'avance par des phénomènes morbides du côté du ventre, qui sont déjà le commencement des symptômes qui plus tard décèleront l'entier développement de la maladie. Ainsi, les ouvriers menacés de la colique commencent h ressentir un poids à l'épigastre, de sourdes et fugaces douleurs de colique dans le reste du ventre, qui augmentent surtout après le repas; quelquefois aussi des nausées se déclarent h l'avance , ainsi que des borborygmes et des éructalions; l'appétit diminue et finit par disparaître; le ventre, qui auparavant était libre, perd insensiblement la faculté de se débarrasser des matières fécales, qui prennent une forme globuleuse, et acquièrent souvent plus de dureté et une couleur noirâtre ou jaunâtre; les urines sont expulsées aussi avec un peu de difficulté, et même avec un léger sentiment douloureux.
Les ouvriers restent ainsi pendant plusieurs jours, et quelquefois même des semaines ou des mois entiers, tourmentés de ce mal abdominal léger , sans cependant quitter leur travail. C'est ce qui arrive surtout lorsque ces prodromes , non continus, quittent et reprennent ces individus à des intervalles plus ou moins éloignés, tels que des heures, des jours ou même une semaine.
Enfin tout-à-coup, brusquement, les douleurs acquièrent ordinairement plus d'intensité, et reviennent à des intervalles plus rapprochés. De nouveaux accidents surviennent. L'ouvrier, fatigué par de cruelles et continuelles souffrances , ne peut plus poursuivre ses travaux; l'affection est déclarée complètement.
Dans quelques cas rares, les prodromes augmentent constamment d'intensité et se multiplient par gradation successive jusqu'à l'entier .développement delà colique.
Quelquefois, de?, excès de boissons alcooliques, d'aliments
10/2 COLIQUjs SATURNINE.
ou de travail, hâtent l'aggravation des phénomènes précurseurs , et contribuent au développement complet et rapide de la maladie.
Du reste, on ne peut établir aucun rapport entre l'intensité de la colique et la durée plus ou moins longue de ces phénomènes précurseurs.
11 est très- rare que celte colique parvienne sur-le-champ a un très-haut degré; cela arrive cependant dans quelques cas (trois fois sur cent environ) , surtout lorsque c'est une rechute qui a lieu. Le moment d'auparavant, le malade ne s'apercevait d'aucun dérangement dans l'exercice de ses fonctions digestives eturinaires, lout-à-coup les symptômes delà colique se manifestent avec violence, et l'obligent do suspendre de suite ses occupations.
Quelquefois la diarrhée , bientôt suivie de la constipation, peut annoncer l'arrivée de la colique. Nous avons eu occasion d'observer ce signe précurseur dix-huit fois. Dans tous ces cas, le dévoiement a duré d'un à huit jours, et aussitôt l'arrivée de tous les autres accidents caractéristiques de la colique, il a cessé pour ne plus reparaître. Chez plusieurs malades qui ont présenté du dévoiement comme prodrome, nous avons constaté qu'ils avaient fait une rihote la veille ou la surveille de la manifestation des accidents.
Dans certains cas, avant la manifestation de la colique, l'ouvrier, de gai qu'il était, devient morose; ses trails s'affaissent plutôt qu'ils ne se grippent. Tout exercice devient fatigant; le sommeil est fugace et non réparateur. Deux des malades que j'ai observés avaient éprouvé un froid inaccoutumé, et par moment un frisson, pendant les quelques jours qui précédèrent l'arrivée de la colique.
Assez souvent il arrive que l'arthralgie saturnine (douleurs névralgiques des membres) précède l'arrivée de la colique. 11 nous a été possible d'observer cent quatre-vingt-quinze
ibis cette forme de l'empoisonnement de plomb comme accident précurseur de la colique saturnine.
Trois fois nous avons vu la paralysie des membres supérieurs et une fois l'amaurose précéder la colique, L'anesthésie des membres et du tronc a pu être regardée comme un phénomène précurseur de la colique chez deux de nos malades.
Enfin, dans deux cas, l'encéphalopalhie saturnine s'est déclarée avant la manifestation des accidents du côté du ventre.
La maladie débute la nuit chez le tiers environ des sujets, dont elle interrompt le sommeil. Dans un certain nombre de cas, ce ne sont pas les prodromes qui se manifestent la nuit , et cependant le complet développement de la colique s'effectue à cette époque,
Le malade est pris de cette affection au milieu de ses occupations ou dans toute autre circonstance, lorsqu'il prend ses repas , boit ou se eouchc , etc.
Les phénomènes morbides qui peuvent nous révéler l'existence de la colique saturnine sont nombreux. Les voies digestrces et urinaires , ainsi que l'appareil circulatoire, sont le siège des altérations fonctionnelles, caractéristiques de cette maladie.
Douleur. — Le symptôme le plus important, celui qui caractérise la colique de plomb, c'est la douleur. Elle siège le plus habituellement à l'ombilic, moins souvent à l'épigastre ou h i'hypogaslre ; plus rarement elle occupe la région rénale, le» hypocondres, les flancs, les fosses iliaques, l'anus, les testicules et leurs cordons , le thorax.
I96 COLIQUE SATURNINE.
Sur les douze cent dix-sept cas de colique saturnine observés par nous , relativement au siège de la douleur, nous avons trouvé que le mal occupait exclusivement l'ombilic, deux cent deux fois; dans cent soixante-sept cas , il se bornait à l'épigastre, chez cent quarante-neuf malades il avait envahi seulement l'hypogastrc , vingt-deux fois c'était la région rénale qui se trouvait atteinte uniquement; douze malades accusèrent exclusivement des coliques , soit dans les hypocondres, les flancs, ou les fosses iliaques,
Chez cinq cent soixante-treize individus affectés de colique, la douleur occupait en même temps plusieurs points du ventre, à des degrés différents, mais toujours dans le même rapport de fréquence. Ainsi, l'ombilic, puis l'épigastre , l'hypogastre , etc., furent trouvés plus souvent endoloris simultanément.
Dans quatre-vingt-douze cas seulement la douleur s'étendait à tout le ventre.
Sur quarante-cinq des malades précédents, nous avons constaté que les testicules , leurs cordons et la verge, étaient douloureux. Enfui , dix-neuf fois nous avons constaté que la douleur abdominale s'était propagée au thorax.
Jamais nous n'avons vu la douleur de colique suivre exactement et complètement le trajet de l'intestin colon.
Dans les cas de douleurs simultanées de plusieurs parties, il y a presque toujours un point du ventre , dont se plaignent davantage et spécialement les malades, et qui varie de siège , d'après nos observations , de la manière suivante : Ombilic, habituellement, région la plus
douloureuse , il\b fois.
Epigastre, 184
Hypogastre, i5o
Tous les autres points du ventre, la région rénale et les testicules , etc. , 90
Quelquefois il est difficile de circonscrire à tcllo ou telle région la douleur; elle occupe alors les limites de deux régions cou ligués. Dans quelques cas nous l'avons vue décriro une ceinture complète autour du ventre et de la partie du tronc correspondante.
Assez souvent il arrive que la douleur n'envahit qu'une portion des régions que nous venons de lui assigner pour siège.
Ainsi , le siège de la douleur de colique correspond le plus ordinairement à la ligne médiane du ventre , à l'ombilic , l'épigastre, ou l'hypogaslre. Lors même qu'elle occupe tout le ventre, les points les plus douloureux sont habituellement ceux que je viens de citer, qui sont comme le centre , le point de départ d'où rayonnent des éclairs de douleur.
Cette douleur de colique consiste le plus ordinairement en une sensation violente de tortillement. Dans d'autres cas, moins nombreux, c'est un sentiment aigu de dilacération , d'arrachement , d'élancements , de brûlure , de terrébration. Quelquefois enfin, celte exaltation de la sensibilité est comparée par le malade à une simple constriction, ou bien à une compression produite par un poids qui pèserait sur le ventre.
Dans ce dernier cas les douleurs abdominales sont ordinairement obtuses; elles affectent une marche uniformément ou presque uniformément continue.
La douleur, dans tous les autres cas, a une si grande intensité , qu'elle jette les malades dans la plus grande agitation; mais alors elle n'est pas toujours la même; elle revient plus aiguë par accès, soit le jour, soit la nuiî.
Si l'accès de colique est très -douloureux , c'est alors qu'en proie à l'anxiété la pius vive, la face toute décomposée, les traits grippés , les yeux enfoncés , ternes et égarés, ces malheureux malades poussent des cris déchirants t des gémisse-
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ments affreux , quelquefois une sorte de mugissement , suivant la remarque de Stoll. On les voit eh même temps s'agiter sans cesse , et changer à chaque instant de situation , dans le but de s'étourdir sur la violence de la douleur, et dans l'espoir de trouver quelque soulagement à l'aide d'une position nouvelle. Les uns se couchent à plat ventre , quittent et reprennent alternativement la position horizontale. D'autres se placent transversalement sur leur lit , et en sortent subitement pour se promener en soutenant un instant leur ventre avec leurs mains; mais bientôt l'atrocité de la douleur les force a discontinuer leur marche. Quelques-uns se roulent dans leur lit ou même par terre, se mettent en double , se pelotonnent sur la face antérieure du tronc , en prenant mille autres attitudes aussi bizarres. Nous en avons vu accrocher leurs mains à un point d'appui fixe, puis se livrer à un mouvement de balancement continu. Il n'est pas rare de voir de ces individus, dont le corps entier se trouve agité de mouvements saccadés ou tremblotants, analogues à ceux d'un violent frisson de fièvre intermittente, se cacher profondément , se ramasser sous leurs couvertures. Nous avons observé de ces infortunés qui se portaient eux-mêmes des coups sur l'abdomen , la figure et les membres, se mordaient les doigts , etc., etc.; presque tous portent leurs mains sur le ventre , y exercent des frictions , ou appliquent vigoureusement leurs poings sur le nombril , l'hypogastre ou l'épigaslre. On en voit qui se mettent couvertures , oreillers , matelas, chaises, etc., sur l'abdomen. Il yen a qui se serrent au moyen de cravates , de cordes , etc. Enfin , nous avons vu, comme quelques auteurs (Fernel, Mérat), des malades faire monter de leurs camarades sur leur ventre.
Toutes ces attitudes, qui varient à l'infini, peuvent être prises alternativement parle même malade , pendant le cours de plusieurs accès de colique.
Parfois, les souffrances de ces malheureux les maîtrisent à un tel point qu'ils ne voient rien de ce qui se passe autour d'eux. Souvent alors ils ne répondent qu'incomplètement , et même pas du tout , aux questions qu'on leur adresse. L'acuité de la douleur est portée si loin chez quelques-uns , qu'ils ne sentent pas de l'eau chaude , ou des corps brûlants appliqués sur le ventre. Un nommé Poulain ( Obs. xn ) était si exaspéré par l'acuité de la colique, qu'il voulait se couper la gorge avec un rasoir, ou se jeter par la fenêtre.
Au tout de quelques secondes , quelques minutes , el même, dans quelques cts rares, d'heures entières, cet appareil formidable de douleur disparaît , ou du moins diminue d'une manière sensible. Pendant la rémission, les cris se taisent, les contorsions s'arrêtent; le calme se rétablit; le visage se recompose en partie; le malade est immobile, fatigué, brisé, comme anéanti; il se plaint à peine, et cependant il ressent encore dans l'abdomen soit une constriction ou compression douloureuse , soit une sorte de pincement, ou bien un diminutif de la sensation violente de. tortillement de l'accès. Dans des cas excessivement rares , pendant la rémission , il n'y a plus de traces de douleur.
Mais le moment de calme , de relâche fait bientôt place a un nouvel accès de colique , auquel succède de nouveau un instant de rémission , et ainsi de suite. L'intervalle de rémission varie depuis quelques secondes jusqu'à des heures et même des jours entiers. En général, plus la douleur de colique est violente, plus les accès sont marqués et rapprochés; cette règle souffre quelques exceptions.
Les accès de douleur de colique, qui se suivent, ne sont pas séparés par des intervalles parfaitement égaux. La violence de chacun d'eux varie souvent aussi, Quelquefois il arrive que dans deux accès qui se auecèdept, le point !e plus douloureux no m trouve pns être le même , do sorte que la pliyjûtiftojftÎQ
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de chacun diffère un peu. D'un jour à l'autre, la violence des exacerbations varie considérablement, souvent sans cause apparente ; le siège de la douleur la plus vive quelquefois n'est, pas le même non plus.
A mesure que la colique fait des progrès , les accès se dessinent davantage; lorsqu'au contraire elle marche vers sa terminaison, la douleur devient continue ou presque continue.
Les accès reviennent sans cause connue ; ils nous ont paru souvent devenir plus fréquents et plus violents la nuit que le jour. Quelquefois il nous est arrivé de voir des malades souffrir cruellement pendant l'obscurité de la nuit. A peine le jour venait-il h poindre, que leurs souffrances disparaissaient en grande partie comme par enchantement. Presque jamais nous n'avons vu l'effet contraire se produire. Hors ces circonstances , nous n'avons pu saisir la cause du retour des accès. Ce n'est pas ici qu'il faut appliquer cette maxime : Post hoc , ergo propter hoc , si on ne veut arriver aux conclusions les plus opposées. Nous avons vu, en effet, dans l'espace de quelques heures , au milieu des circonstances les plus contraires et les plus variées, arriver tout-à-coup cette formidable douleur de colique. Quelques malades s'imaginent que tousser, parler, respirer largement, boire., remuer , etc. , sont autant de causes productrices du retour des accès de colique.
Dans un très-petit nombre de cas, nous avons observé que la douleur, quoique violente, était uniformément continue, c'est-à-dire qu'elle se trouvait aussi vive dans un moment de la journée que dans un autre. Cependant, même dans ces circonstances, presque toujours le malade semble par moments souffrir un peu moins, quoiqu'il dise le contraire.
On dit que la colique est violente ou légère , suivant que la douleur a plus ou moins d'acuité. Le degré de cette maladie se mesure par l'intensité de la souffrance qu'éprouve le
malade. Aussi la force de la colique varie h l'infini. Il s'en faut beaucoup que l'on rencontre toujours cette maladie au degré que nous venons d'indiquer. Sur nos douze cent dixsept cas de colique, il y en avait quatre cent soixante-dix de violents, quatre cent quatre-vingt-cinq de modérés, et deux cent soixante-deux de légers.
Lorsque la douleur de colique se trouve modérée , le malade est encore agité. Mais cette agitation ne ressemble pas a celle que nous venons de décrire dans le cas de colique violente. Au moment des accès , le malade pousse parfois quelques gémissements ou plaintes, se tourne et retourne dans son lit , se couche sur le ventre , le côté, etc., sans se livrer à aucune extravagance.
Dans le cas de douleur de colique légère , le malade est le plus souvent calme dans son lit; au moment des accès, lorsqu'il y en a quelques-uns de bien dessinés , il se livre à peine au moindre mouvement; rarement il change de position. Sa figure , qui se grippe un peu à l'époque du retour des accès, est le seul indice e visa pour l'observateur, de l'existence de la souffrance.
Le caractère de la douleur est de ne pas augmenter à la pression ; il est même assez ordinaire de la voir diminuer lorsqu'on comprime l'abdomen. Les diverses manœuvres que nous avons dit que le malade exerce instinctivement sur son ventre, au moment des accès, nous indiquent h l'avance que la compression pratiquée sur les parois abdominales doit souvent calmer la colique. Mais, pour obtenir ce résultat, c'està-dire du soulagement, il faut mettre quelque soin dans le mode d'exploration.
En général, lorsqu'on veut examiner l'influence de la pression sur la douleur du ventre , il faut varier a l'infini le mode d'application de cette méthode cxplorative; car elle fait éprouver des effets différents chez un grand nombre de ma-
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lades , suivant qu'elle est exercée de telle ou telle manière , et dans tel ou tel point de l'abdomen.
Ainsi , lorsqu'on vient à déprimer tout-à-coup et avec force le ventre dans un point limité, on exaspère ordinairement la souffrance , tandis que lorsqu'on comprime sur une large surface, avec la face palmaire entièrement déployée, d'abord doucement, puis avec force, d'une manière graduelle, on obtient bien plus souvent une diminution notable de la douleur, ou du moins on ^accroît pas son acuité. Dans quelques cas cependant, la compression exercée avec le poing diminue la douleur, tandis que, pratiquée avec la main déployée , elle l'augmente. Il est important de recommander au malade de ne pas contracter les muscles abdominaux pendant cette exploration. Plusieurs fois il nous est arrivé , en faisant fléchir préalablement les membres inférieurs sur le bassin, d'obtenir alors, à l'aide de la compression, du soulagement que nous ne pouvions déterminer tant que les muscles de la paroi abdominale se contractaient. Quelques malades se trouvent soulagés par une pression forte, tandis qu'une pression légère aggrave leur souffrance. Plus souvent, au contraire, de simples frictions' opèrent une diminution de la douleur, tandis qu'une compression profonde et énergique augmente son acuité.
Dans des cas où la pression exalte la douleur, celle-ci n'est pas accrue d'une manière très -marquée; il y a seulement un peu d'accroissement de la colique. Dans ces cas-là même, les malades , au moment des accès, se couchent le plus ordinairement sur le ventre, qu'ils compriment avec leurs mains, leurs poings, ce qui prouve que la douleur n'est pas vivement accrue par ces manœuvres,
Dans un très-petit nombre de cas de colique simple, franche et légitime , la douleur se trouve augmentée d'une manière excessivement marquée à la moindre pression, à tel
SYMPTOMliS. 20 1
point qu'on pourrait d'abord croire qu'il s'agit d'une péritonite aiguë. Mais tous les autres symptômes de l'empoisonnement saturnin abdominal existent; et puis, malgré cette douleur si violente à la pression, le malade se couche encore quelquefois sur le ventre ou sur le côté , au moment des exacerbations; d'un moment à l'autre, d'un jour a l'autre aussi, elle augmente ou diminue d'intensité par la compression.
Je n'ai pas remarqué , comme l'ont avancé quelques auteurs, que le ventre fut toujours sensible à la pression au moment des tranchées. Tout au contraire, j'ai observé en général que le soulagement était plus prononcé au moment des exacerbalions que pendant les paroxysmes. Quelquefois même j'ai vu la douleur diminuer par la pression au moment des exacerbations, et augmenter un peu pendant sa rémission. Mais il ne m'a pas été donné d'observer l'inverse.
Dans certains cas, la pression du ventre déplace le siège de la douleur, soit qu'elle la fasse remonter vers l'épigastre ou descendre vers l'hypogastre ; et alors elle ne change pas son intensité, ou bien elle l'augmente ou la diminue.
L'influence de la compression sur la douleur n'est pas toujours la même dans tous les points du ventre. Ainsi, dans quelques cas de colique où la douleur se fait sentir sur plusieurs régions du ventre, il arrive que la compression augmente la douleur dans un point, tandis qu'elle est suivie d'un soulagement plus ou moins marqué dans un autre. En général , là où la douleur est la plus vive , là aussi la compression fait sentir le plus son influence , par la diminution ou par l'augmentation de la souffrance.
Quelquefois, il arrive que d'un jour à l'autre, l'influence de la pression sur le malade se modifie ; aujourd'hui il en éprouve du soulagement, demain cette opération ne changera pas l'acuité de la douleur ou l'augmentera même.
L'intensité de la douleur ne fait pas varier le résultat de
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la compression. Cependant, dans deux cas de coliques, dont l'une légère et l'autre violente , diminuées ou augmentées par la pression , l'effet de cette dernière manœuvre se fait plus vivement sentir en apparence dans le cas de colique violente. Les coliques qui s'exaspèrent par suite de l'application de la main ne sont pas plus graves, plus intenses que les autres.
Ces variations dans l'influence de la compression sur la douleur, à quoi tiennent-elles ? Est-ce h la constitution du sujet? Son idiosyncrasie, etc.? Sa manière de sentir, etc.? Nous serions assez porté à le croire ; car, lorsque nous avons observé plusieurs attaques de colique chez le même individu à diverses époques, toujours ou presque toujours nous avons obtenu le même résultat à l'aide de la compression. Lorsque des complications de maladies inflammatoires ou autres des organes abdominaux existent, elles font varier l'effet de la pression et en rendent un compte suffisant.
Sur nos douze cent dix-sept cas de colique de plomb, nous en avons rencontré sept cent trois que la compression soulageait. Chez trois cents malades l'action de comprimer n'augmentait ni n'allégeait la douleur; dans cent soixante-quinze cas la souffrance se trouvait un peu accrue parla compression ; dans trente-neuf cas l'accroissement de la douleur était considérable; mais, chez trente-quatre de ces malades, il y avait une complication qui rendait compte de ce résultat. Ainsi, chez presque les deux tiers des individus atteints de colique , la douleur se trouve diminuée parla pression; chez un quart environ , il n'y a ni diminution ni augmentation de la souffrance ; enfin un sixième h peu près de ces individus éprouve un peu plus de douleur, quelques-uns seulement ressentent des souffrances beaucoup plus vives à la suite de la compression.
Constipation, — La constipation est, après la douleur, le
phénomène le pins fréquent, qui caractérise la colique de plomb. Ce symptôme offre divers degrés comme la douleur. Dans le cas de colique violente, lorsque la maladie est arrivée h son maximum d'intensité , la constipation est tellement forte que pour la vaincre il faut faire usage de purgatifs drastiques, administrés par la bouche; de simples lavements même purgatifs ne peuvent la faire disparaître. Beaucoup plus rarement, dans les coliques très-légères, on constate seulement de la difficulté à l'évacuation des matières alvines.
Souventles malades croient par moment qu'ils vont rejeter des matières fécales ; alors ils vont se mettre sur le vase de nuit, font des efforts considérables, mais tout est inutile; rien n'est évacué. Ce sentiment trompeur, qui engage les malades a aller a la garde-robe, les fatigue extrêmement; quelques-uns même voient survenir des hémorroïdes après ces efforts, et elles ne disparaissent que lorsque tout est rentré dans l'ordre naturel. Cet accident arrivait souvent, au rapport de Wilson, aux ouvriers des mines de plomb de Lead-IIill, lorsqu'ils se trouvaient atteints de colique saturnine.
Les selles manquent en générai depuis plusieurs jours ; dans un cas par nous observé , il y a eu suppression des matières fécales pendant deux semaines.
Quelquefois, au lieu de constipation , il y a du dévoiement.
Sur nos douze cent dix-sept malades , onze cent quarante ont été atteints de constipation , trente-trois allaient régulièrement h la selle, vingt-cinq ont eu du dévoiement pendant les deux premiers jours de la maladie, et dix -neuf en ont eu pendant toute la durée de l'affection.
On pourrait croire que les individus qui avaient le dévoiement étaient tous atteints d'une colique de plomb compliquée ; il n'en est rien pour trente-un d'entre eux, chez lesquels on n'observa que les autres symptômes caractéristiques, concomitants de cette forme de l'empoisonnement saturnin ; le
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traitement purgatif ordinaire dissipa prompiement et complètement le dévoiement, ainsi que toutes les autres altérations fonctionnelles. Dans trois des cas où il existait de la diarrhée sans complication, les douleurs étaient atroces.
Le plus ordinairement, l'intensité de la constipation est en rapport avec la violence de la douleur. Cependant nous n'avons pas vu un seul cas de colique de plomb qui, exempte de complication, fût plus violente que celle dont un peintre nommé Cabotoer (voy. obs. xvn ) est affecté chaque année, et de laquelle il se trouve guér chaque fois à la Charité, à l'aide de purgatifs drastiques. Toujours la colique saturnine de cet individu s'accompagne de dévoiement.
Pendant le mois de décembre 1837, régnait une petite épidémie de diarrhée. Plusieurs des individus (six) que nous vîmes atteints de colique de plomb pendant ce temps avaient du dévoiement, sans autre complication étrangère an plomb. Le génie épidémique imprimait à la colique sa physionomie caractéristique. Le traitement ordinaire dissipa avec autant de facilité que par le passé cette colique saturnine diarrhéique.
Lorsque par suite du traitement , ou par les seuls efforts de la nature, les malades vont à la selle, l'excrétion des matières alvines s'effectue d'abord avec la plus grande difficulté , quelquefois au milieu d'efforts inouis. Divisées en petites portions arrondies, les premières matières que les malades parviennent à évacuer se trouvent ordinairement sèches, durcies, jaunes ou noires , semblables h des crottins de chèvre {scybata). Reçues dans un vase de nuit, elles nagent au-dessus de la petite quantité de liquide qui a été évacuée en même temps qu'elles. Elles ne deviennent liquides le plus souvent qu'après l'administration des purgatifs drastiques, ou lorsque la cessation des douleurs a été obtenue à l'aide de tout autre traitement.
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Quelquefois cependant, lorsque surtout la colique dure depuis long-temps, les selles, d'abord obtenues en petit nombre à l'aide de purgatifs, ne consistent qu'en un liquide muqueux plus ou moins épais. Ce n'est que plus tard, h l'aide de purgatifs drastiques fréquemment répétés , qu'on parvient à déloger ces matières endurcies qui apparaissent alors en quantité considérable , après de nombreuses garderobes. Ce résultat doit engager le médecin à continuer l'emploi des médicaments purgatifs énergiques , quoique d'abord les selles ne paraissent pas indiquer la constipation.
Chaque selle ne produit pas beaucoup de matières alvines. Dix-huit selles ne donnent qu'environ six livres d'excrément, suivant M. Mérat.
Luzuriaga a remarqué qu'elles noircissaient l'argent; mais l'analyse chimique a appris les raisons pour lesquelles toutes ont cette propriété.
Rétraction et dureté du ventre. — La rétraction ou dépression duvenlre est un phénomène qui s'observe fréquemment dans le cours de la colique de plomb.
Sur nos douze cent dix-sept malades, six cent quarante-neuf avaient le ventre rétracté ; quatre cent quarante-cinq ne l'avaient ni volumineux ni déprimé; enfin, chez cent vingt-trois, il était plus gros, plus développé, plus saillant que de coutume; mais jamais nous ne l'avons trouvé ballonné. Ces résultats numériques sont certainement conformes à ce que l'expérience journalière nous apprend; car, sans avoir additionné tous ces faits, notre impression générale était à peu près conforme à ce relevé. À quoi tient cette différence dans l'état ou la forme du ventre ? ce serait commettre une erreur d'observation d'admettre que la rétraction du ventre est toujours d'autant plus forte que les douleurs sont plus vives. Il résulte des faits que nous avons recueillis, qu'on ne peut établir de rapport constant d'intensité proportionnelle entre ces deux
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données, comme Je veut M. Mérat. La dépression du ventre se trouve beaucoup plus marquée dans la colique chronique que dans celle à marche aiguë. Il est rare que dans la première on ne l'observe pas.
La rétraction du ventre peut offrir une infinité de degrés. Tantôt le ventre se trouve tellement déprimé, qu'il .semble comme collé sur le rachis, qu'on peut sentir à l'aide du toucher. Tantôt les parois abdominales paraissent seulement un peu moins saillantes que dans l'état normal. Le ventre peut être uniformément et considérablement déprimé. Dans d'autres cas, au contraire, cette dépression est plus prononcée dans tel point que dans tel autre; le plus souvent l'ombilic, qui semble enfoncé en godet , ou bien l'épigastre et l'hypogastre, sont surtout le siège de cette rétraction.
Si l'on vient à explorer, à l'aide de la main, ces parois abdominales ainsi déprimées, on observe qu'elles sont ten. dues, dures quelquefois comme uue pierre; elles donnent la même sensation au toucher que les muscles du mollet affectés de crampe. En faisant fléchir les membres inférieurs sur le bassin, et en détournant l'attention du malade, on ne fait pas cesser celle dureté, celte tension du venlre. Les intestins paraissent faire partie de ces masses musculaires contractées énergiquement; quoique l'on ne puisse s'en assurer toujours d'une manière positive à l'aide de la compression. Dans de violents accès de douleur, la main appliquée sur le venlre semble quelquefois en être repoussée par les mouvements brusques el énergiques, dont il est agité. J'ai vu des cas de colique où le ventre était visiblement agité en tous sens, de mouvements brusques, précipités, comme convulsifs , surtout au moment des accès de douleur. {Oùs. x.)
Le ventre peut être uniformément ou partiellement tendu, c'est-à-dire affecté de contracture.
Dans quelques cas, la région du ventre correspondant aux muscles droits de l'abdomen , en se contractant d'une manière presque permanente, détermine, sur la ligne médiane, une saillie très-dure, un peu concave, tandis que les parties latérales paraissent aplaties ou avoir conservé leur forme presque normale.
11 résulte de la tension et de la dureté inégales et partielles du ventre des individus atteints de colique de plomb , qu'à travers les parois de l'abdomen , on distingue des tumeurs ou bosselures variables en volume et en tension.
La dépression et surtout la contraction de l'abdomen paraissent plus marquées au moment des accès de colique. Dans l'intervalle des paroxysmes, le ventre est moins déprimé et plus souple. Celte observation, que nous avons eu souvent occasion de vérifier, et qui est contestée par M. Grisolle, nous donne la raison de la disparition momentanée, signalée avec beaucoup de soins par d'anciens auteurs , de ces soi-disant tumeurs inégales , mobiles que l'on peut sentir à travers les parois de l'abdomen. « Chez un malade , dit M. Andral (Clinique médicale), une tumeur très-dure semblant formée par des anses intestinales agglomérées, se montrait dans un point de l'abdomen ; cette tumeur persistait tant que la douleur se faisait sentir ; elle disparaissait avec elle, et l'abdomen devenait de nouveau souple et indolent. » Nous avons plusieurs fois observé de pareilles tumeurs , pour ainsi dire rémittentes, qu'on apercevait môme sans les toucher, tellement elles étaient saillantes. (Voy. Obs. vi.)
Quelquefois , comme nous le verrons plus bas , ces tumeurs, formées par la contraction partielle du ventre, contiennent une certaine quantité de gaz ; alors elles peuvent rouler et changer de lieu.
Nous n'avons pas vu , comme Stoll , la peau du ventre se rider par suite de la douleur.
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La dépression et la contraction du ventre se trouvent, en général, plus prononcées lorsqu'elles s'étendent à tout le ventre que lorsqu'elles sont bornées à une seule région.
Je n'ai rencontré que cent trente-cinq cas de colique de plomb où le ventre et les parois abdominales fussent souples, arrondis comme ils doivent l'être dans l'état normal. Dans tous les autres cas j'ai noté de la tension, de la dureté, de l'inégalité , une contraction plus ou moins énergique du ventre. Le retrait de l'abdomen nous a paru le plus souvent être en rapport avec le même degré de tension et de dureté de celte cavité viscérale. Cependant, dans bon nombre de cas de contracture du ventre, il n'ya pas de dépression sensible sans qu'on puisse toujours en trouver la raison. L'embonpoint des parois abdominales , l'accumulation des gaa dans les intestins, sont autant de causes qui peuvent mettre obstacle au retrait apparent de l'abdomen. Ainsi , la dureté ou. la contraction comme spasmodique du ventre est un phénomène beaucoup plus général que sa dépression.
En général , plus la douleur de colique a d'acuité, plus la dureté et la contracture du ventre se trouvent prononcées. Il existe quelques exceptions à cette règle dont il est difficile de saisir l'origine.
Le siège de la rétraction et de la dureté du ventre est en rapport avec celui de la douleur; là où un de ces phénomènes est plus marqué , les autres le sont aussi davantage.
La compression des parois de l'abdomen ne lait pas éprouver des sensations en rapport avec la rétraction et la dureté du ventre. Ainsi, la pression ne soulage pas plus lorsque l'abdomen est déprimé, très-dur et très-tendu, que lorsqu'il se trouve souple, bombé ou qu'il a conservé son volume nature!.
Des ténesmes douloureux se font parfois sentir vers l'anus. Il paraît souvent enfoncé, contracté sur lui-même, surtout
au moment des accès violents de colique; il semble à quelques malades qu'une corde le serre en travers.
Plusieurs auteurs ont cherché a prouver que dans la colique de plomb, le tube intestinal se trouvait dans une espèce de convulsion ou contraction spasmodique. Pour prouver la réalité de cette opinion , quelques-uns ont avancé que le rectum, c'est-à-dire la partie la plus inférieure du canal digestif, était contractée convulsivement. Si , en effet , il était certain que le rectum fût affecté d'un resserrement convulsif, on pourrait affirmer , avec quelque raison , qu'il en est ainsi de la partie supérieure^du tube intestinal, où siège principalement la douleur.
Nous avons examiné le rectum d'un grand nombre d'individus affectés de colique de plomb ; et, pour éviter toute espèce d'erreur, chaque fois que nous faisions cet examen, nous avions soin également de pratiquer la même exploration chez des malades qui n'avaient aucune affection des voies digestives.
Dans le cas de colique de plomb violente, si l'on veut, au moment d'un accès , introduire le doigt indicateur dans le rectum, on éprouve d'abord une assez grande difficulté à l'y faire pénétrer delà part du sphincter de l'anus, qui est si vigoureusement contracté, que le doigt éprouve une sensation de resserrement et d'engourdissement comme s'il était pris dans un étau. Enfin, en poussant avec un peu d'énergie, on surmonte la force de résistance de l'anus, et on arrive à la partie inférieure du rectum, dont on trouve les parois rapprochées les unes des autres. A quelques lignes , et même un pouce au-dessus, on observe encore que les parois opposées de l'intestin se touchent presque, et il faut alors les écarter mécaniquement avec le doigt, si l'on veut pénétrer plus loin. Si l'on maintient le doigt ainsi engagé pendant plusieurs accès de colique, on éprouve d'une manière très-sensible, au 1. 14
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moment Je chaque accès, dans toute l'étendue du rectum en contact avec le doigt , la même sensation de resserrement et d'engourdissement qu'au pourtour de l'anus, mais à un degré rnoimire. Pendant la rémission, celte sensation de constriction subsiste toujours, quoiqu'elle soit beaucoup moins prononcée , pour revenir bientôt plus forte pendant l'accès. Cette alternative de resserrement et de relâchement légers est, en général, très-facile à constater dans le cas de coliqne violente ; mais on l'observe difficilement dans les coliques de peu d'intensité.
Le resserrement de l'anus et du rectum gène l'administration des lavements sans l'empêcher complètement. Les infirmiers eux-mêmes s aperçoivent qu'ils sont obligés d'employer plus de force que chez les autres malades , lorsqu'ils ont à faire pénétrer des lavements dans le rectum des individus atteints de colique de plomb. Les lavements peuvent être aussi moins long-temps conservés, et sont rendus plus précipitamment.
L'introduction du doigt dans le rectum soulage habituellement le malade, provoque les envies d'aller à la selle, et l'excrétion des gaz.
Ainsi, pour nous, il est constant que l'anus et le rectum des individus atteints de colique de plomb sont affectés d'une constriction spasmodique analogue à ce qu'on appelle une crampe. Cette espèce de contracture donne lieu à un resserrement d'autant plus prononcé, qu'elle-même est plus forte.
Des observateurs modernes , d'un grand mérite, ont mis en doute l'existence de la contraction morbide des muscles de la région anale et du rectum, et par suite, la diminution de calibre de ces organes dans la colique de plomb. Il faut probablement attribuer cette assertion à ce qu'ils n'ont pas exploré un assez grand nombre de recluni d'individus atteints
île colique saturnine, et h ce qu'ils n'ont pas maintenu leur doigt assez long-temps pour éprouver celte alternative de resserrement et de relâchement, qui a lieu pendant l'accès et la rémission de la colique.
Nausées et vomissements. — Les nausées apparaissent beaucoup plus souvent que les vomissements, qu'elles précèdent presque toujours. Nous les avons notées chez neuf cent huit malades. Elles font éprouver à plusieurs individus une fatigue extrême. Dans quelques cas , la compression exercée sur le ventre de bas en haut , de l'hypogastre vers l'épigastre , en môme temps qu'elle fait remonter la douleur, excite des nausées.
Les vomissements existent assez fréquemment, puisque nous avons observé cet accident quatre cent douze fois chez nos douze cent dix-sept malades. La durée, la fréquence et l'abondance des vomissements ne sont pas toujours proportionnées à l'acuité des douleurs et des autres symptômes. Cet accident semble lié surtout au siège de la colique vers l'épigastre. Ainsi, chez trois cent quatre-vingt-cinq malades qui éprouvèrent des vomissements, nous avons noté une douleur plus ou moins violente vers l'épigastre? quatre-vingthuit seulement vomirent sans ressentir quelque souffrance marquée dans la région qu'occupe l'estomac; mais chez eux les vomissements ne furent pas , en général, très- opiniâtres ni très-abondants. Nous n'avons rencontré qu'un pe tit nombre de cas de colique épigastrique (vingt-deux) non accompagnés de vomissements; la douleur à l'épigastre était légère ou modérée.
Les vomissements s'effectuent souvent avec la plus grande difficulté. Dans bien des cas , ce n'est qu'après des efforts inouïs, suivis ou accompagnés d'un sentiment d'anxiété et même d'angoisse , que le m alade vient enfin à rejeter les matières contenues dans l'estomac. On voit fréquemment de
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ces malheureux qui se mettent les doigts dans la bouche pour favoriser cette évacuation, dont ils espèrent quelque soulagement; ce qui arrive assez souvent, mais pas toujours. Les matières vomies laissent quelquefois sur leur passage un sentiment douloureux, et la langue se colore de leur enduit.
Les vomissements se répètent, en général, h de courts intervalles, tantôt au moment des accès de colique, tantôt pendant la rémission , ce qui est le cas le plus commun. Chaque fois une petile quantité de matière est rejetée. Mais la réunion de ces matières vomies à plusieurs reprises forme souvent a la fin une masse de liquide considérable. Dans un petit nombre de cas , une compression un peu forte ou le moindre mouvement ramène les vomissements. Il y a des malades que l'action même de cracher fait vomir.
Tantôt les boissons introduites dans l'estomac soulagent directement ou donnent lieu à des vomissements qui soulagent un peu; tantôt, au contraire, elles aggravent les souffrances, excitent des vomissements pénibles ou font éprouver un sentiment de plénitude qui va quelquefois jusqu'à la suffocation, surtout si elles ont été introduites en très-grande quantité a la fois. Il y a des malades qui vomissent les tisanes douces, et qui ne rejettent pas les boissons toniques, excitantes, et vice versa. Enfin, le plus souvent, l'introduction d'une boisson quelconque dans l'estomac ne fait éprouver aucune modification aux vomissements lorsqu'ils existent primitivement, ou ne provoque pas leur manifestation, s'ils n'existaient pas antérieurement.
M. Mérat pense que les vomissements sont provoqués ordinairement par le traitement. Nos observations sont en contradiction avec cette opinion. Le plus souvent, les vomissements ont lieu dès le début de l'affection, aussitôt que quelques douleurs se font sentir; ils cessent ordinairement de bonne heure au bout d'un ou deux jours, avant qu'on ait
commence le traitement. Dans un assez grand nombre de ces cas, les malades apportés à l'hôpital sont déjà débarrassés de cet accident , lorsqu'on commence à leur administrer les premiers soins, qui contribuent, du reste, a faire cesser et non à provoquer les évacuations. Dans un certain nombre de cas, quelquefois les vomissements persistent jusqu'au déclin; c'est ce qu'on observe principalement lorsque la colique siège à l'épigastre, et qu'elle est très-douloureuse; cette persistance des vomissements peut mettre obstacle à l'emploi d'un traitement administré par la bouche.
Les matières vomies sont d'un vert porracé, d'une consistance visqueuse, d'une odeur très-fétide, sai gencris , d'une amertume extrême , érugineuse , que certains malades disent être analogue au plomb, d'autres au vert-de-gris, etc. , selon l'idée qu'ils se forment de la substance qui a produit leur colique. Chez aucun de nos malades , la matière du vomissement n'a produit dans la bouche la même sensation qu'un corps sucré. C'est un symptôme que plusieurs observateurs disent avoir rencontré , mais qu'ils ont probablement confondu avec le goût sucré qu'éprouvent quelques malades, lorsqu'ils rendent des gaz par la bouche, ou lorsqu'ils ont travaillé dans un atelier où ils respiraient et avalaient un air chargé de poussière de céruse (voyez p. 9) ; mais ce ne sont pas les vomissements qui donnent cette sensation douceâtre.
Quelques malades, après avoir fait de grands efforts de vomissement, et rejeté une grande quantité de bile, d'abord claire, puis très-épaisse, qui dépose en grande quantité au fond du vase , finissent par rendre une matière sanguinolente , un mucus strié de sang.
Gaz. — On constate le plus souvent la formation trèsconsidérable de gaz chez les individus atteints de colique saturnine ; ils s'échappent le plus habituellement par la bouche avec bruit (éructations). Rarement ils sortent
2l4 COLIQUE SATURNINE.
par l'anus; et même, dans ce cas, ils sont excrétés en moins grande quantité que par la partie supérieure du tube digestif. Nous avons noté des borborygmes chez les trois quarts de nos malades, dans les divers points du ventre, mais surtout dans la fosse iliaque droite. M. Mérat dit, au contraire, que les borborygmes sont rares à cause de la contraction presque générale du tube digestif; évidemment cette proposition ne découle pas de l'addition d'un certain nombre de faits, mais d'idées purement théoriques et préconçues.
Les gaz , en s'accumulant dans quelques points du tube digestif, forment une saillie ou tumeur que la percussion, la compression et leur mobilité font distinguer des tumeurs formées par des contractions spasmodiques des intestins. Parfois ces tumeurs sont formées simultanément par des gaz et par des régions du ventre contracturées. Ces gaz sont souvent en mouvement; ils parcourent quelquefois, surtout pendant la rémission de la douleur, le canal alimentaire avec une rapidité étonnante , accompagnée d'un bruit plus ou moins sensible ; c'est une espèce de gargouillement. Quelques malades indiquent eux-mêmes le trajet de ces gaz dans les diverses parties de la cavité abdominale. Quelquefois on aperçoit un mouvement alternatif de resserrement et de dilatation des intestins et des parois de l'abdomen, pour donner passage a ces vents. Lorsque le ventre se trouve volumineux , cela dépend en partie de la grande quantité de gaz qui y est contenue; nous n'avons point vu leur accumulation devenir générale (ballonnement). Dans quelques cas, la compression du ventre fait circuler avec une très-grande facilité et avec bruit, ces gaz, et occasionne une diminution ou une augmentation des douleurs.
Quelques malades éprouvent un sentiment pénible de la distension des instestins par les gaz accumulés. Aussi , leur
excrétion s'accompagne-t-ello souvent d'un soulagement passager. Le plus ordinairement les éructations fréquentes fatiguent beaucoup. Dans certains cas, de temps en temps, de l'épigastre à la gorge s'élève une sensation douloureuse , qui est accompagnée d'une évacuation de gaz; quelquefois des nausées ou des vomissements lui succèdent ou la précèdent.
Ces gaz ont assez souvent une odeur et une saveur amères, fétides , ou spécifiques, comme la matière des vomissements. Chez plusieurs individus atteints de colique , qui venaient de quitter leurs travaux, et surtout chez des ouvriers encore au milieu de leur atelier, nous avons observé des éructations excessivement fréquentes , qui , au rapport de ces malades, produisaient dans la bouche la même sensation qu'un corps sucré. Cette circonstance, fort rare , avait déjà été mentionnée avant nous par M. Orfila.
Hoquet. — Nous n'avons pu constater le hoquet que cent quinze fois; presque toujours nous l'avons vu coïncider avec des vomissements , des éructations et la douleur épigastrique. En général , les individus chez lesquels se déclare le hoquet sont atteints d'une colique intente. Il apparaît par moment , au retour des accès do douleur, ou à leur suite , en même temps que les nausées et les vomissements, qu'il peut précéder aussi. Certains malades en éprouvent une incommodité remarquable; d'autres ne s'en plaignent point. Des gaz (rots) sont souvent rendus au milieu des secousses du hoquet , qui impriment à tout le ventre , et surtout à l'épigastre, une agitation comme convuisive.
Langue.' — La langue er.t ordinairement humide, rosée sur les côtés et à sa pointe, recouverte d'un léger enduit blanc et quelquefois jaune dans son milieu et h sa base. Assez souvent nous l'avons trouvée plus grosse que dans l'état normal.
Au début de la colique la surface de la langue est nette. Mais au bout de quelques jours, cet enduit blanchâtre, peu
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épais , et fortement adhérent , se montre presque constamment. Ce résultat ne peut être attribué à l'usage des boissons ; car il apparaît également chez les individus qui ne boivent aucune tisane.
Nous avons vu des malades tourmentés pendant quatre mois par la colique, chez lesquels la langue était toujours dans l'état que nous venons d'indiquer.
Les cas où la langue devient rouge , grisâtre , fendillée , sèche , et où ses papilles se développent d'une manière exagérée, sont ceux où il y a complication inflammatoire, ou bien un trouble général de la circulation , par suite de violentes coliques , ou de l'arrivée d'une attaque de délire , d'épilepsie ou de coma. ( Voy. Encéphalopathie saturnine. ) Cependant, il n'en est pas toujours ainsi. Nous avons observé chez quelques malades une langue rouge , grosse et sèche , sans complication inflammatoire et sans encéphalopathie saturnine; les autres phénomènes morbides étaient ceux d'une colique simple , franche , légitime , et le traitement ordinaire , par les purgatifs drastiques , réussissait à merveille à anéantir l'affection et à faire disparaître cet état de la langue. A quoi attribuer la différence d'aspect de cet organe ?
Ces résultats sont conformes à ceux de tous les observateurs qui ont fait attention, sans idée préconçue , à l'état de la langue dans la colique de plomb. (Mérat, Louis, Grisolle , etc. )
Dents. — Dans la colique, on observe le plus ordinairement cet état particulier des gencives et des dents, que nous avons décrit à l'article Intoxication saturnine primitive. (Voy. page 3. )
Quelquefois les malades se plaignent de douleurs dentaires , semblables à celles que l'on éprouve après avoir mangé des fruits acides ; elles se font remarquer principalement chez les malades en proie à de grandes souffrances ( Palais) . Vingt-
huit fois il nous a été donné de rencontrer ce symptôme. Les malades n'avaient point de dents cariées auxquelles on pût rapporter cette douleur; ils ne souffraient pas non plus dans d'autres points de la face et de la tète. Mais ce phénomène, nous l'avons constaté aussi souvent dans les coliques légères que dans les coliques violentes.
L'haleine, chez la majeure partie des individus atteints de colique saturnine, a une odeur spécifique toute caractéristique. (Voy. p. 9.)
Assez souvent le goût styptique ou sucré, qu'éprouvaient les ouvriers avant d'être atteints de colique, se trouve remplacé par une sensation d'amertume extrême. Quelquefois enfin le malade n'éprouve dans la bouche aucun sentiment désagréable.
Salive. — Nous n'avons rencontré que cinq cas de colique franche , simple et légitime , où la salive fût acide. Il nous a été impossible de trouver la cause de cette acidité exceptionnelle dans tout le cortège des symptômes de la maladie. Ordinairement la salive est alcaline comme dans l'état de santé.
Quelques malades accusent un sentiment de sécheresse très-marqué dans la bouche , et disent que leur salive se trouve sensiblement diminuée. Cette diminution dans la sécrétion salivaire peut s'observer dans le cas de colique violente ou légère. D'autres malades disent, au contraire, qu'ils salivent plus que dans l'état normal. Nous n'avons pas observé un seul exemple de supersécrétion salivaire , salivation ou pytalisme, à moins de complication de stomatite, d'angine, etc. Je me rappellerai toujours qu'en i856, à l'hôpital de la Charité se trouvait, un cérusier atteint d'une colique de plomb assez violente, et d'une salivation peu douloureuse. Plusieurs personnes qui visitèrent ce malade m'apprirent avec empressement que chez cet homme il y
âl8 COLIQUE SATURNINE.
avait une salivation saturnine, accident que je n'avais point encore rencontré. Après avoir examiné cet individu , je m'aperçus qu'une fistule dentaire, déterminée parla carie de l'avant-dernière molaire de la mâchoire supérieure du côté gauche, avait occasionné une inflammation delà muqueuse bucco-pharyngienne et des amygdales. Cette phlegmasie latente était la source de la salivation; car d'après les réponses du malade , nous nous assurâmes que cet accident était survenu un mois avant l'arrivée de la colique. Au bout de quelques jours de traitement, cet homme sortit parfaitement guéri de la colique; mais la stomatite et la salivation étaient à peu près dans le même état qu'au moment de l'entrée à l'hôpital.
Soif. — La soif, le plus communément, est assez vive; quelquefois elle se trouve nulle ; enfin , dans un petit nombre de cas , elle est violente. Ces diverses modifications de la soif ne semblent liées à aucun phénomène particulier; nul rapport n'existe entre elle et le plus ou moins d'intensité des coliques. Dans le cas même où la colique dure depuis long-temps, le désir des boissons ne se fait pas sentir plus impérieusement que dès le début de l'affection saturnine. Il n'est pas très-rare de voir arriver un peu de soulagement , lorsque la soif est calmée par l'usage des boissons ; il y a d'autres malades qui, tourmentés par la soif, n'osent boire, parce qu'ils éprouvent un sentiment de suffocation , d'étouffement, aussitôt qu'ils ont avalé un liquide quelconque.
yjppétil. — Il est excessivement rare que l'appétit soit conservé. Cependant , nous avons observé quelques malades qui, au milieu des plus atroces douleurs, demandaient h manger. Lorsqu'on vient a céder à ces instances , les accidents s'aggravent, acquièrent encore plus d'énergie sous l'influence de la présence des aliments dans l'estomac.
Nous avons vu fréquemment une petite quantité de nour-
SYMPTOMES. 1 I f)
riture introduite trop tôt daus les voies digestives , rappeler avec rapidité des coliques qu'on croyait apaisées complètement. Ainsi, avant de permettre des aliments, qu'on s'assure bien de la disparition complète de l'affection saturnine. L'inappétence ne s'accompagne pas ordinairement de debout pour les aliments et les boissons. Le malade ne se plaint point d'un goût pâteux de la bouche, à moins qu'il n'ait lait un grand usage de boissons sucrées, gommées, etc.
Dans quelques cas , les malades ont un sentiment de conslriction , ou d'un corps étranger dans l'œsophage , et éprouvent quelquefois de la difficulté à avaler. Nous avons vu trois malades, hommes, qui éprouvèrent, pendant tout le cours de la colique, la sensation d'une boule remontant de l'épigastre au thorax et h la gorge.
Organes et fonctions urinaires. — Lorsque la douleur de colique siège à l'hypogastre, ou à la région rénale , presque toujours on constate les altérations fonctionnelles suivantes, du côté des voies urinaires.
Dans certains cas, pendant le paroxysme de la colique , une sensation douloureuse de resserrement (lénesme) se déclare vers le col de la vessie , et l'on éprouve quelque difficulté à introduire une sonde dans la poche urinaire. À peine l'accès de douleur est-il passé, que l'algalic pénètre avec la plus grande facilité. L'introduction d'une sonde aggrave considérablement les souffrances; j'ai vu un malade en éprouver une agitation qui allait presque jusqu'à la convulsion: après la cessation de la colique saturnine , on le sondait sans qu'il témoignât de douleur un peu marquée.
Assez souvent l'envie d'uriner se fait sentir; et cependant, quoique le malade, pour satisfaire à ce besoin, fasse des efforts inouis, il n'y a point d'excrétion d'urine, pendant le paroxysme , ou elle sort goutte à goutte. Un de nos malades se levait plus de vingt fois , jour et nuit, sans pouvoir
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satisfaire complètement au besoin impérieux d'uriner; il rendait seulement parfois quelques gouttes de liquide. Pendant la rémission de la douleur, l'urine sort plus librement, quelquefois elle vient à couler lout-à-coup, après que le malade a fait de vains efforts pendant un temps plus ou moins long.
Au moment d'un accès de douleur vésicale , si le malade urine , on observe dans certains cas une interruption subite du jet de l'urine. Stoll etDance avaient déjà noté ce symptôme, qu'ils attribuaient a une contraction forte et instantanée de l'urètre. Ce qui semble confirmer celte opinion , c'est que l'on voit quelquefois , au moment de l'arrêt subit de l'écoulement de l'urine , la verge se retirer, devenir très-petite , disparaître presque entièrement ; il semble aussi , à quelques malades, que leur pénis se trouve alors serré à sa racine ou dans toute son étendue, comme avec une corde.
Dans le canal de l'urètre, une cuisson ou une chaleur vives se font assez fréquemment sentir, soit avant, soit pendant, ou après l'émission de l'urine. Il en est de même de la sensation de constriclion dont nous venons de parler.
La rareté et la suppression de l'évacuation de l'urine peuvent dépendre du défaut de sécrétion , ce qui arrive surtout lorsque la douleur de colique siège à la région rénale. Cette douleur, dont les accès correspondent avec ceux de la partie autérieure de l'abdomen, diminuée parla pression, sMrradie quelquefois le long des flancs jusqu'à la vessie , et ne doit pas être confondue avec celle qui peut envahir les lombes et que les mouvements exaspèrent (Artkrplgie saturnine). D'autres fois, au contraire, le réservoir de ce liquide , devenu douloureux, ne peut parvenir à se débarrasser complètement. Le calhétérisme et la percussion font alors constater la présence de l'urine dans la vessie. Je n'ai jamais observé de distension de cet organe, produite par l'accumulation d'une
grande quantité d'urine , comme cela se voit dans le cas de paralysie de la vessie. Les efforts fréquents que fait le malade pour uriner , suivis de l'évacuation de quelques gouttes d'urine, et la sécrétion qui, presque toujours, est ralentie, s'opposent à cette accumulation.
Desbois de Rocheibrt rapporte l'observation d'un peintre qui avait une rétention d'urine complète depuis trois jours; l'urètre, très-contracté, ne permettait pas l'introduction de la sonde; en moins de vingt-quatre heures le traitement des peintres lui fit recouvrer la liberté des urines.
Sur nos douze cent dix-sept malades, nous avons noté séparément ou simultanément ces phénomènes quatre cent quatre vingt-huit fois. Presque toujours nous avons constaté, en mémo temps , une douleur plus ou moins intense aux régions hypogastrique et rénale. Dans quelques cas de colique hypogastrique et rénale , il n'y a pas toujours altération dans les fonctions des reins, de la vessie et de l'urètre.
Dans les cas où l'on observe un obstacle à l'excrétion de l'urine, et qu'elle est suivie de douleur, le liquide sécrété est plus rouge que dans l'état normal; nous ne l'avons rencontré que très-rarement décoloré. L'urine était mélangée d'une grande quantité d'acide rosacique chez sept de nos malades. Nous n'avons rencontré que deux cas dans lesquels l'urine était alcaline; il n'y avait pas d'autre affection à laquelle on pût rapporter celte alcalinité. La douleur de colique siégeait a l'hypogastre et à la région rénale; il y avait dysurie. Après la cessation de la maladie, l'urine redevint acide. Chez tous les autres sujets , l'urine n'était pas plus acide qu'avant l'arrivée de la maladie. Nous n'avons pas remarqué non plus que la cuisson du canal de l'urètre coïncidât avec une plus grande acidité d'urine.
Dans aucun cas nous n'avons observé de sédiment qui
^22 COÏ.IQE SATUURNÎNE,
tut indépendant d'une complication quelconque. Ce que les auteurs ont dit de la fréquence des sédiments rouges, verdàtres , nous paraît inexact.
Organes et fonctions de la génération. — Nous avons déjà parlé des douleurs qui attaquent quelquefois les organes génitaux. Les testicules , le cordon speraiatique , la verge , l'utérus, le vagin et les seins peuvent en être le siège. Ces douleurs fout éprouver une sensation de tiraillement, de dilacération , ou de constriction.
Le plus souvent la douleur occupe les deux testicules à la fois ; très-rarement un seul d'entre eux se trouve affecté. Mais plusieurs fois nous avons observé que l'un était plus douloureux que l'autre. Le plus ordinairement , lorsque la douleur est forte , il y a en même temps rétraction de ces organes vers l'aine au moment des exacerbations. Si le gauche se trouve seul endolori , il vient occuper une position plus rapprochée de l'anneau que celui du côté droit , ce qui est l'inverse de la disposition normale. La compression diminue assez souvent la douleur; aussi, plusieurs malades serrent avec les mains leurs testicules, ou les soutiennent; presque toujours la suspension produit eu effet le même résultat. Quelquefois aussi le scrotum se ride au moment des accès de douleur, et se relâche pendant la rémission. Je n'ai jamais observé de rougeur ou de tuméfaction des testicules devenus douloureux.
Dans sept cas nous avons constaté que la douleur siégeait a la base de la verge; toute l'étendue de cet organe était douloureuse chez vingt-quatre malades. Nous avons déjà parlé de la rétraction du pénis; lorsqu'il se trouve retiré sur luimême , il est comme caché dans la peau du scrotum , quand celui-ci n'est pas contracté. Les désirs vénériens paraissent anéantis , et nous n'avons jamais observé d'érection ,
ni d'évacuation de sperme pendant les plus violents accès de douleur, même lorsque les testicules étaient fortement tirés vers l'anneau inguinal.
Plusieurs fois, il nous a semblé que la douleur occupait le trajet du cordon spermatique, et qu'elle remontait vers l'aine. Chez deux femmes atteintes de colique saturnine, la douleur se faisait fortement sentir vers le vagin et la matrice. L'une d'elles comparait cette souffrance a celles de l'enfantement. Je n'ai pu constater d'une manière évidente de tension ou de contraction passagère dans le vagin et la cloison recto-vaginale de ces femmes , pendant les exacerbations de douleur. Je regrette de n'avoir pu répéter cette exploration , qui a été faite trop rarement, et par conséquent trop imparfaitement , pour pouvoir, d'une manière générale, affirmer ou nier l'existence de cette contracture dans les cas dont il s'agit. Nous n'avons pas remarqué, comme quelques médecins des siècles précédents , que l'aménorrhée et même la stérilité surviennent à la suite de la colique de plomb. Parmi nos malades , chez une femme atteinte de ses règles an moment de l'invasion de la maladie saturnine . les menstrues cessèrent subitement; mais le mois suivant elles reparurent comme auparavant. Dans un autre cas les règles , dont l'arrivée devait coïncider avec celle de la colique , ne se déclarèrent qu'après la cessation de l'affection toxique du ventre. Une de nos malades devait avoir ses règles pendant le cours de la colique saturnine dont elle était atteinte; la menstruation n'eut point lieu cette fois. Enfin , une frolteusc de caractères d'imprimerie , qui était en proie à une colique saturnine des plus violentes, fut soulagée comme par enchantement par l'arrivée inespérée de ses règles.
Les accès de douleurs des parties génitales s tantôt s'exaspèrent avec celles de l'abdomen , et tantôt reviennent plus aiguës îi des intervalles tout-à-fait différents. Ce dernier cas
22^ COLIQUE SATURNINE.
est beaucoup plus commun. Dans les coliques saturnines, où l'on constate des douleurs aux testicules ou dans la verge, il y a quelquefois des douleurs violentes à l'hypogastre ; dans d'autres cas ces dernières sont très-légères, ou même n'existent pas. Nous ne pouvons donc, comme quelques auteurs , considérer les douleurs des parties génitales comme des irradiations de celle de l'abdomen. Pour nous, ce sont deux points . rendus simultanément douloureux par l'influence du plomb.
Respiration. — Quelques malades se plaignent d'une sensation de constriction, de resserrement à la région précordiale * ou tout autour de la poitrine. D'autres ressentent des douleurs dans diverses parties de la poitrine, qui sont de véritables irradiations de celles du ventre. Chez la femme , une des mamelles, ou môme toutes les deux, éprouvent parfois une espèce de contraction douloureuse, qui les rend plus dures momentanément. Stoll est le premier qui ait fait cette remarque. Mais je n'ai point observé comme lui qu'il y eût alors augmentation du volume de la glande; loin de la, elle semblait se rapetisser au moment des accès de douleur.
Le plus souvent ce sont d'autres altérations fonctionnelles que la douleur que l'on observe vers les voies respiratoires.
Il est rare que la respiration soit parfaitement tranquille pendant tout le cours d'une colique violente, le plus souvent elle s'accélère d'une manière passagère pendant toute la durée des douleurs du ventre. Pendant la rémission , les mouvements respiratoires se ralentissent, au point de revenir assez souvent à leur fréquence normale. Nous avons pu compter jusqu'à soixante et soixante-dix inspirations par minute , dans quelques cas de colique. Cette dyspnée peut provenir de ce que le malade retient sa respiration , qui semble exaspérer les douleurs de colique. Il n'est pas rare d'ailleurs de voir une grande inspiration ramener un accès de douleur.
Quelquefois les mouvements d'inspiration ne sont pas seulement précipités , ils sont de plus incomplets , pénibles, bruyants , suspirieux; le malade se plaint d'une sensation d'étouffement et môme de suffocation. Assez souvent, et autant que faire se peut, il ne se sert point alors des muscles des parois de l'abdomen , pour âggrandir la poitrine , la douleur l'en empêche ; aussi rcmarque-t-on que la cavité thoracique se dilate avec effort dans toute son amplitude, tandis que les parois abdominales, fortement tendues, se soulèvent à peine. D'autres fois, lorsque la respiration se trouve embarrassée, les mouvements des poumons et du diaphragme semblent eux-mêmes gênés; car les malades dilatent leur ventre en bombant leurs parois abdominales, afin de faciliter les mouvements respiratoires. Quelques auteurs, entre autres Ilsmann , pensent que la respiration est parfois rendue difficile par les convulsions du diaphragme. Cette hypothèse leur a fait admettre un asthme convulsif produit par le plomb. Dans quelques cas , un violent accès de colique arrête pour ainsi dire brusquement la respiration , qui [devient entrecoupée, suffocante.
J'ai vu un malade , atteint de colique de plomb chronique, qui éprouvait par accès une oppression extrême, au moment où des éructations venaient à se répéter Irès-fréqncmment. Cet individu était alors obligé de se mettre sur son séant, d'egiter les bras, pour respirer un peu plus à son aise.
Enfin quelques malades éprouvent des palpitations , une petite toux nerveuse, fatigante, et même des symptômes analogues h ceux de l'angine de poitrine. Ainsi chez l'individu qui fait le sujet de notre observation xxvn,,au moment des exacerbations de la colique , la douleur remontait de l'épigastre vers la poitrine, et s'étendait dans toute la longueur des bras; cet individu éprouvait alors des palpitations et un sentiment d'étouffement excessivement marqué ; on compi. i5
22Ô COLIQUE SATURNINE.
tait trente-cinq à quarante inspirations par minute. Desbois de Rochefort et M. Andral ont mentionné aussi de pareils accidents.
La difficulté de la respiration revenant par accès avec les exacerbations des douleurs de colique, quelques auteurs l'ont regardée comme un véritable asthme, asthme métallique ou saturnin.
Quelquefois la respiration au lieu d'être accélérée., se trouve ralentie. J'ai compté dans un cas seulement douze inspirations par minute. Le malade avait assez d'empire sur sa respiration pour la retenir, dans la crainte d'augmenter ses souffrances.
Toutes les modifications morbides de la respiration que nous venons dépasser en revue ne surviennent ordinairement que lorsque la douleur de colique siège à l'épigastre.
Voix. — Quelquefois il arrive que la voix du malade a perdu une grande partie de l'intensité de son timbre habituel ; elle est comme étouffée. Ce symptôme se trouve ordinairement d'autant plus marqué, que la colique est plus violente ; il s'observe surtout au moment des accès. Il est nécessaire de savoir distinguer cette aphonie passagère, rémittente, et de peu de durée, de celle continue et persistante, produite par la paralysie des muscles du larynx.
La voix se trouve assez souvent entrecoupée par des plaintes, ou essoufflée, haletante, comme dans la pleurésie diaphragmatique.
Il y a des malades qui n'osent parler, ou qui ne le font qu'à voix basse, dans la crainte, fondée ou non, de déterminer le retour des accès de colique. Tout entiers à leur douleur lors des accès , absorbés complètement par elle , ils répondent à peine a l'observateur qui les interroge; ou ils le font le plus brièvement possible, sans tourner leurs regards vers lui.
Ictère. — J'ai vu cinquante-une fois la jaunisse survenir au milieu d'horribles souffrances, sans qu'il y ait eu aucun amendement dans les symptômes.
Il ne faut pas confondre cette jaunisse, suite des douleurs de colique , avec l'ictère saturnin , résultat de l'altération du sang par le plomb. Dans le premier cas , il y a simplement extravasation de la bile de ses réservoirs habituels, expansion de son principe colorant dans les liquides et les solides de l'organisme ; tandis que dans le second , l'ictère dépend de l'altération directe du sang par le plomb. L'ictère de la colique saturnine ne diffère pas, quant à sa physionomie, de l'ictère nerveux, ou par cause morale; il ne peut donc être confondu avec l'ictère saturnin. (Voy. p. i5.)
Habituellement, la jaunisse qu'on observe dans le cours de la colique saturnine n'est pas aussi prononcée que celle de l'ictère vulgaire dit nerveux , ou de celui produit par un obstacle au cours de la bile.
L'ictère simple a coïncidé trente-cinq fois avec des douleurs à l'hypocondre droit , quinze fois avec des douleurs à l'épigaslre, et dans quatre cas la souffrance ne s'étendait point h ces deux régions abdominales.
Du reste, dans le cas de coïncidence de la colique de plomb et de l'ictère saturnin, la teinte jaune terreuse, caractéristique de l'intoxication saturnine primitive, ne se trouve pas ordinairement plus prononcée pendant le cours de l'affection abdominale qu'avant son développement; mais elle disparaît lors de l'arrivée de la jaunisse , suite des douleurs de colique.
Circulation. — N'est-ce pas une chose fort remarquable que de voir la circulation se ralentir, ou conserver son rhythme normal au milieu des souffrances les plus atroces qu'endurent les individus , et au milieu de l'agitation la plus forte qui en est la suite? Sur nos douze cent dix-sept malades,
228 COLIQUE SATURNINE.
six cent soixante-dix-huit ont présenté un pouls battant de trente à soixante fois par minute ; trois cent soixante-seize ont offert soixante-cinq à soixante-dix pulsations; enfin, chez cent vingt-cinq de ces malades , nous avons compté de quatre-vingts à cent battements par minute , quoiqu'il n'y eût aucune complication inflammatoire , ni de lésions organiques concomitantes. Chez trente-huit malades, des complications inflammatoires et autres ont rendu compte de l'accélération de la circulation.
Tous les auteurs, à l'exception de quelques médecins modernes, ont observé également, dans la colique de plomb , une diminution de la fréquence du pouls , ou du moins ils ont reconnu que les pulsations artérielles n'étaient pas plus rapprochées que dans l'état normal.
Le pouls, dans les premiers jours de la maladie , se trouve moins souvent ralenti que vers le milieu. Quelquefois on voit le pouls s'élever au-dessus du rhythme normal, après l'administration du traitement purgatif.
La dureté du pouls, telle qu'on ne l'observe dans aucune autre maladie, existe chez plus delà moitié des individus atteints de colique. Stoll compare les pulsations artérielles à un fil de fer très-tendu , qui frapperait le doigt par un mouvement égal, lent et vibrant. Suivant lui, lorsque le pouls reprend sa fréquence et sa souplesse ordinaires, c'est un signe que le malade entre en convalescence , et que les rechutes ne sont plus à craindre. Nous avons , ainsi que plusieurs autres auteurs , vérifié cette remarque de Stoll dans un certain nombre de cas. Ajoutons, néanmoins, que le médecin de Vienne a exagéré , lorsqu'il a dit qu'il n'avait observé aucune exception à cette loi. En même temps que la dureté , on observe la largeur du pouls.
Chez deux cent soixante-neuf malades, nous avons observé un pouls irrégulier, rémittent pour ainsi dire. Par moments
SYMPTOMKS. 229
les pulsations se succèdent avec une rapidité étonnante, puis tout-à-coup elles se ralentissent d'une manière sensible, et ainsi de suite. Dans vingt-deux cas nous avons noté un pouls dicrote; dans cinq , un pouls onduleux. Lorsque le pouls est irrégulicr, ordinairement il n'a pas de dureté , le plus souvent il bat soixante à quatre-vingts fois par minute, rarement il est ralenti. Cet état du pouls coïncide assez souvent avec les divers troubles de la respiration , dont nous avons parlé plus haut; mais il apparaît dans bon nombre de cas de colique, qui ne sont pas accompagnés de lésions fonctionnelles des organes respiratoires.
Tous ces états du pouls ont disparu avec la colique , ou peu de jours après, et il n'y avait pas d'altération des valvules ou des orifices du cœur, ni d'inflammation , qui pût expliquer ces accidents du côté de la circulation artérielle. Rien dans l'état du malade , hors l'influence du plomb , n'a pu nous en rendre compte.
Chez vingt-neuf de nos malades qui ont été saignés, le pouls a présenté les mêmes caractères après les émissions sanguines : dureté, lenteur et irrégularité; ce qui prouve encore évidemment que le plomb exerce une action spécifique sur la circulation.
Dans quelques cas, on sent et on aperçoit un battement plus ou moins énergique de l'aorte, à l'épigastre; ces violentes pulsations peuvent se prolonger jusqu'à l'ombilic.
Suivant quelques-uns , le pouls offre d'autant plus de lenteur et de dureté , que la colique est plus vive. Je n'ai point rencontré constamment de rapport direct entre la rareté, la dureté des battements artériels , et l'acuité de la colique. Cependant, il est vrai de dire que toutes les modifications de la circulation artérielle, que nous venons d'indiquer, sont, engènéral, plus prononcées dans la colique violente que dans celle qui est légère , quoique nous ayons trouvé quel-
ô5o COLIQUE SATURNINE.
qucs rares exceptions. Mais cette proposition, vraie pour les degrés extrêmes d'intensité de la colique, ne l'est plus pour des coliques violentes, et cependant à des degrés divers.
Dans treize cas de colique , où j'ai vu survenir l'épislaxis , cet écoulement de sang n'a pas changé l'intensité et la physionomie de l'affection toxique.
Le caillot du sang extrait de la veine ne se recouvre point ordinairement de couenne. Dans six cas seulement de colique franche , légitime, simple, nous avons observé cette altération du sang. Le sérum ne présente non plus aucune lésion physique appréciable ; si on observe simultanément avec la colique l'ictère saturnin, on constate alors l'aspect jaunâtre de ce liquide. ( Voy. p. 1 1 . )
Température et sueurs. — La peau des malades atteints de colique de plomb n'offre , en général , aucune modification de température. Le plus souvent elle conserve sa calorification normale. Dans cinquante-cinq cas de colique seulement, exempts de complication inflammatoire , nous avons noté , à l'aide du toucher ou du thermomètre, une chaleur un peu plus prononcée que dans l'état normal ; mais elle n'était pas accompagnée de cette sensation d'âcreté , de sécheresse, qu'on remarque dans les maladies inflammatoires. En même temps que cette exaltation de la chaleur, nous avons le plus souvent observé des sueurs plus ou moins copieuses. Un cérusier, de nos malades , était chaque matin couvert de sueurs ; habituellement il transpirait très-peu ; du reste , sa colique ne fut pas suivie de la manifestation de la paralysie ; après la guérison de l'empoisonnement abdominal, la sécrétion cutanée rentra dans ses limites ordinaires. Cette modification de la chaleur et de l'exhalation cutanée est accompagnée d'une activité plus grande de la circulation et se montre surtout à la fin ou au milieu du cours de quelques coliques trèsviolentes , mais ne dure pas pendant tout le cours de l'affec-
tion. Quelques auteurs parlent de l'augmentation delà chaleur bornée au ventre; c'est un accident que nous n'avons rencontré sur aucun de nos malades , à moins de complication.
Dans cinquante-huit cas, les malades se plaignaient d'un froid intense; aussi cherchaient-ils tous les moyens pour se réchauffer; et lorsqu'on venait à les découvrir, ils affirmaient que leurs douleurs redoublaient d'intensité ; et cependant, la peau de ces individus ne donnait pas la sensation du froid qu'ils disaient percevoir. D'autres malades, au contraire, accusent une sensation de chaleur très-prononcée, qui n'est pas appréciable pour le médecin. La plupart des malades disent que le froid augmente l'acuité de leurs douleurs.
Il ne faut pas confondre le frisson vulgaire, qu'on ne remarque presque jamais dans la colique saturnine , avec cette agitation musculaire qui caractérise assez souvent la souffrance vive dans laquelle est plongé le malade. Ce tremblottement, trémoussement des anciens, est beaucoup plus long, plus prononcé et plus général que le frisson de la fièvre intermittente , et il se répète d'un moment à l'autre, surtout lors des exacerbations de la douleur. Une seule fois nous avons constaté , en même temps que des crises violentes de colique , un accès de fièvre , frisson , chaleur et sueur, qui ne modifia point le cours de la colique.
Forces. — Les forces paraissent anéanties, ou plutôt opprimées par la violence de la douleur; car à peine la colique a-t-elle cessé de tourmenter le malade, qu'aussitôt il recouvre toute l'intégrité de sa puissance musculaire. C'est surtout au bout de quelques jours de douleur qu'un brisement général, une fatigue extrême se déclarent quelquefois, malgré la cessation de la colique.
Céphalalgie. — La céphalalgie n'est point un accident lié
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à la présence de la colique. Lorsqu'il existe , il se trouve être le résultat d'une autre maladie produite par le plomb (arthralgie, encéphalopathie saturnines).
Fièvre. — Ainsi, le mouvement ou l'état fébrile n'existe point dans la colique de plomb , a moins qu'il n'y ait quelque complication inflammatoire ou organique. Qu'on se rappelle en effet que l'accélération , la fréquence insolite de la circulation ne suffisent pas pour caractériser la fièvre ; il faut de plus noter, pour constater l'existence de cet accident , une augmentation de chaleur à la peau qui devient d'abord acre , sèche , et se couvre de sueurs ; il faut encore qu'on puisse constater de la céphalaî^i, un malaise général, de la lassitude , une diminution dans les foces musculaires , ainsi qu'un trouble de toutes les fonctions.
Nutrition. — On observe très- promptement une diminution de la nutrition générale , lorsque la colique dure pendant quelque temps; l'amaigrissement fait de rapides progrès , et le malade , si l'affection se prolonge pendant des mois , des années entières , finit par tomber dans une espèce de marasme qu'on a nommé cachexie métallique. La maigreur devient alors extrême, la peau dure , écailleuse et jaunâtre; les muscles diminuent de volume et s'atrophient. D'autres individus , au lieu d'être émaciés , sont bouffis , atteints d'anasarque.
Faciès. — La face offre un aspect tout particulier dans la colique de plomb , et qui souvent suffit pour faire deviner la maladie. On observe , en effet , une altération profonde des traits , laquelle annonce la plus vive souffrance et l'anxiété la plus grande. Il est presque impossible de méconnaître cette physionomie, quand on l'a observée une seule fois; mais il est difficile delà décriie. Ce n'est point le simple faciès grippé des individus atteints de péritonite. Il y a dans la figure du malade affecté de colique saturnine , des contractions muscu-
laircs plus vives, des changements plus brusques, une agitation plus marquée; en un mot, un bouleversement plus complet. L'angoisse qu'elle exprime indique aussi une plus grande acuité delà souffrance. Les yeux sont enfoncés profondément dans les orbites , ou bien forment saillie hors de ces cavités; ils se trouvent entourés d'un cercle bleuâtre, et sans cesse en mouvement, comme les autres organes de la face; ils sont troubles, égarés, et expriment vivement les divers degrés de la douleur que le malade éprouve. Le nez s'effile un peu, les joues se cavent; en un mot, il y a une tension et une rétraction des muscles et des traits de la face analogues à celles du ventre. Cette expression de la figure se trouve surtout bien dessinée au moment de l'exacerbation; car dans les rémissions elle offre une altération beaucoup moins marquée ,• elle se recompose en partie. Ajoutons enfin que la peau de la face, ainsi que la conjonctive, présentent encore, ordinairement, à un haut degré, la teinte jaune terreuse, caractéristique de l'ictère saturnin. Nous avons trouvé la figure injectée à six malades atteints de colique de plomb non compliquée ; chez deux d'entre eux seulement, il y avait un peu d'accélération du pouls.
Facultés intellectuelles. — Le moral se trouve aussi profondément altéré que la physionomie. Les malades du caractère le plus gai, le plus indifférent, le plus impassible , ne peuvent s'empêcher de concevoir de très-grandes inquiétudes sur leur existence. Ceux qui sont atteints pour la première fois de colique , sont ordinairement plongés dans le plus violent désespoir,, dans les plus cruelles angoisses ; ils se promettent d'abandonner leur profession , cause de tant de douleurs. Pendant la rémission , lorsque la souffrance n'agite pas le malade, il y a chez lui une langueur excessirement marquée, un abattement extrême.
Ordinairement l'intelligence n'est pas troublée; seule-
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ment le malade, maîtrisé par la douleur, ne peut faire un usage aussi étendu que dans l'état normal de ses facultés intellectuelles. Quelquefois, dans les coliques de plomb violentes, après un très-grand nombre d'accès, le malade, abattu par la douleur , vient à divaguer pendant quelques heures ; mais tout rentre bientôt dans l'ordre. C'est un effet sympathique de la colique, et non de l'action du poison sur le cerveau.
Lorsque les malades souffrent long-temps, des semaines, des mois entiers , quelquefois ils tombent dans le désespoir, désirent la mort; les sens s'affaiblissent, la face prend l'expression de celle d'un maniaque ou d'un idiot.
Insomnie. — Presque toujours, lorsque la colique se trouve intense, il y a insomnie complète. 11 existe cependant des exceptions à cette règle. En effet, dans quelques cas très-rares, la colique peut être violente pendant le jour, et la nuit elle cesse presque complètement; il n'est donc pas étonnant que le malade puisse dormir un peu. Dans certains cas, la douleur de venlre est fort légère, et cependant l'insomnie est rébelle , absolue. Quelquefois même il arrive qu'après la cessation complète de la douleur et des autres symptômes , une insomnie continuelle , opiniâtre, persiste pendant plusieurs jours. En un mot, il n'y a pas toujours un rapport constant entre l'intensité de la colique et le degré de l'insomnie.
Lesymptôme de lacolique saturnine'qui apparaît'le premier, celui qui persiste un des derniers , c'est la douleur. Dans tous les cas de colique que nous avons observés, la douleur du ventre a toujours ouvert le cours de l'affection abdominale. Ce fait n'a pas frappé les auteurs; ils disent tous, ou presque tous, que la constipation précède les douleurs abdominales. Cette croyance erronée est le résultat d'un examen et d'un interrogatoire des malades trop superficiels. Les médecins, en effet,
ne sont point ordinairement témoins du développement des premiers accidents du côté des voies digestives ; ils ne peuvent donc obtenir des renseignements à ce sujet que du malade lui-même; mais les praticiens, étant généralement convaincus à priori que la constipation précède la douleur, d'après la connaissance qu'ils ont des vertus héroïques des purgatifs contre cette colique , dirigent dans le sens de leur opinion préconçue la question qu'ils adressent à leurs malades. Mais qui ne sait avec quelle facilité on fait dire à ces derniers tout ce que l'on veut ? Il n'est donc pas étonnant que la plupart des individus atteints de colique auxquels on dit : Vous avez été constipé avant de souffrir dans le ventre, répondent par l'affirmative, et ce d'autant plus facilement qu'ils peuvent avoir oublié au'moment de l'interrogatoire, un endolorissement du ventre, léger mais progressif, auquel ils ont fait peu d'attention primitivement, et qui cependant a donné le premier signal de l'arrivée de l'empoisonnement abdominal. Après avoir été témoin dans bon nombre de cas de l'apparition des premiers symptômes delà colique au milieu de nos visites des établissements où l'on travaille le plomb; après avoir posé aux malades de l'hôpital, dans des sens tout-à-fait opposés, des questions relatives à l'époque du développement de la douleur et de la constipation , nous nous sommes assuré que toujours la douleur du ventre précédait l'arrivée de la constipation et des autres accidents de la colique.
Aussitôt que la douleur du ventre a cessé , il n'y a plus, à proprement parler, de colique. Mais tant que ce phénomène existe, la maladie n'a pas disparu. L'exactitude de cette proposition n'est point généralement reconnue; grand nombre de médecins pensent encore , d'après les succès qu'obtiennent contre cette maladie les purgatifs , qu'en détruisant la constipation, on fait disparaître la douleur et les autres accidents. Gette opinion est erronée. En effet , le
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premier jour de l'entier développement de la colique, si l'on vient à administrer des purgatifs drastiques, on peut obtenir nnesuperpurgation ; et cependant presque jamais la guérison n'arrive immédiatement, c'est-à-dire la disparition delà douleur et des autres symptômes. Ce n'est ordinairement qu'après l'administration de cette médication répétée plusieurs jours de suite que la douleur finit par disparaître, alors il n'y a plus de maladie; ce qui prouve que les purgatifs attaquent la douleur aussi bien que la constipation. On voit quelquefois des cas de colique de plomb où, après avoir rétabli le cours des matières fécales, la douleur subsiste encore quelques jours , des semaines et même des mois entiers, malgré l'emploi fréquemment réitéré des purgatifs drastiques. Dans les cas de colique de plomb non compliquée , dans laquelle on observe de la diarrhée, tous les autres symptômes subsistent malgré l'évacuation fréquente des matières fécales. Enfin, lorsque la colique vient à disparaître spontanément par les seuls efforts de 'a nature, ou lorsqu'on parvient à guérir cette maladie à l'aide de tout autre traitement que les purgatifs, la douleur cesse d'abord, puis les autres symptômes, et en particulier la constipation. Quand ce dernier accident survit encore quelques jours, ce qui est rare, le malade n'en est pas moins, en apparence, guéri. Il boit, mange , reprend des forces , etc. ; en un mot , il n'y a plus d'état morbide chez lui, toutes les fonctions se régularisent, malgré la présence de la constipation. Nous u'avons pas vu ce symptôme subsister plus de trois à quatre jours après la cessation de la douleur.
Ce que nous venons de dire de l'époque de l'apparition et de la cessation relatives de la constipation et delà douleur, s'applique parfaitement au dévoiement , lorsqu'il existe non comme prodrome , mais comme symptôme de colique de plomb simple, exempte de complication.
La durelé, la contraction cl la dépression du ventre et des testicules n'existent d'une manière appréciable qu'après le développement complet de la douleur de colique. Lorsque celle-ci commence à diminuer, la rétraction et la tension du ventre disparaissent. Les nausées et les vomissements se montrent ordinairement aussitôt que la douleur de ventre s'est manifestée, en même temps que la constipation ; jamais je ne les ai vus survivre à la douleur.
Après la cessation de la douleur, les malades demandent de suite à manger, et cela avec opiniâtreté; la digestion a bientôt repris toute son énergie.
Les éructations, les borborygmes et le hoquet ne se déclarent habituellement qu'après l'entier développement delà douleur , et ils disparaissent avec elle. Le hoquet ne subsiste ordinairement que tant que la douleur est maintenue h son plus haut degré d'intensité. Les borborygmes et les éructations ne cessent pas lorsque les matières fécales sont évacuées en plus ou moins grande abondance, si la douleur elle-même ne s'éteint pas,
Aussitôt que la douleur se fait sentir à l'hypogastre et à la région rénale, la difficulté de l'excrétion et la diminution de la sécrétion urinaires deviennent sensibles. Ces divers accidents disparaissent très-rapidement avec la douleur ou immédiatement après elle; souvent alors l'urine, qui avait été rendue goutte à goutte , est évacuée en grande quantité en une ou plusieurs fois.
La dyspnée , c'est-à-dire les divers troubles de la respirations et l'aphonie arrivent à la suite de la douleur du ventre, lorsque celle-ci a acquis son plus haut degré d'intensité. Quand la douleur diminue, et avant son entière disparition, les altérations fonctionnelles de la respiration ne s'observent plus.
La jaunisse pe se manifeste jamais qu'après plusieurs jours
de douleur intense ; mais elle survit de quelques jours à la souffrance du ventre, tout en diminuant continuellement et progressivement à partir du moment où la douleur de colique commence elle-même à diminuer d'intensité.
L'ictère saturnin, s'il est devenu plus prononcé lors de l'arrivée de la colique, diminue, en général, après la cessation de la douleur. Mais ce n'est que plus tard, long-temps après, qu'il disparaît complètement. (Voy. p. 21.) Car ce n'est pas la colique qui donne naissance à cet ictère; il est un des effets directs de la présence du plomb dans l'économie. Les autres phénomènes de l'intoxication saturnine primitive suivent une marche semblable à celle de l'ictère relativement à la colique.
La dureté, le ralentissement et l'irrégularité des pulsations artérielles ne se font bien sentir que lorsque la douleur subsiste déjà depuis un ou deux jours , et qu'elle est arrivée à son summum d'intensité. Le pouls reprend insensiblement sa souplesse et sa régularité lorsque la douleur commence à diminuer. Le retour de la circulation à son état normal indique la guérison de la maladie , mais non le maintien de la convalescence, comme le prétendait Stoll; car il peut y avoir des rechutes. Dans quelques cas, nous avons vu la circulation s'accélérer considérablement, le pouls donner cent et cent dix pulsations , quoique la douleur et les autres accidents eussent disparu, et que la fréquence des pulsations artérielles n'eût pas été observée pendant l'existence de la colique. Nous n'avons pu saisir la cause de ce phénomène morbide qui durait rarement au-delà de quelques jours.
Les forces , un moment affaissées , reviennent avec une rapidité étonnante. Nous avons vu quelques-uns de nos malades travailler avec ardeur le lendemain de la disparition d'une colique atroce.
La cachexie métallique , si elle n'a pas précédé la coli-
que , une fois cette dernière guérie, disparait promptement. La nutrition s'active avec énergie , et les organes réparent leurs pertes avec une activité étonnante.
Ainsi donc , tous les symptômes de la colique ne se développent qu'après, l'arrivée de la douleur. Aussitôt que celleci diminue , ou qu'elle a cessé , les autres accidents disparaissent rapidement, et toutes les fonctions reprennent leur marche régulière. En général aussi , tous les symptômes de la colique sont d'autant plus prononcés, que la douleur est plus vive; et l'époque de la malauieoùtous ces accidents sont le plus prononcés , est la même. La convalescence s'annonce toujours par la cessation des douleurs, suivie du rétablissement du cours des matières fécales, des urines et de la souplesse du ventre.