ALTÉRATIONS ANATOMIQUES
Les médecins qui se sont occupés de tracer l'histoire de la colique de plomb, ou simplement de recueillir un certain nombre d'observations sur cette maladie, ont fait des recherches nombreuses pour lui assigner des caractères analomiques. Dans tous les solides de l'économie, on a été chercher les altérations matérielles de cette affection. Mais vains efforts, tentatives inutiles ; aucun observateur, jusqu'à présent, n'a pu découvrir une lésion organique constante qui puisse être regardée comme le caractère analomique de cette singulière affection. Lorsque quelques auteurs disent avoir trouvé telle ou telle altération anatomique, leur assertion gratuite a souvent pour but de faire concorder ces soi-disant lésions cadavériques avec la théorie qu'ils ont adoptée relativement h la nature de cette maladie.
Henkel , Zeller, Bordeu , Desbois de Rochefort , Broussais , Foderé, Palais, etc., prétendent avoir rencontré, ou qu'on a rencontré , des traces de phlegmasie vers le tube digestif, chez les individus qui succombent pendant le cours de la colique de plomb.
Henkel , Desbois de Rochefort , Foderé , Broussais et Palais ne rapportent aucune ouverture de cadavres pour prouver que les individus qui succombent pendant le cours de la colique de plomb , ont les intestins enflammés. Ainsi , l'étude seule des symptômes leur a suggéré cette hypothèse, que nous discuterons plus tard. (Voy. Nature et Siège.)
Que penser d'une observation que rapporte Zeller, d'un
ALTÉRATIONS ANATOMIQUIÎS. 0O()
individu qui avait gagné la colique métallique a boire du vin lithargiré , et dont Pouverliïre cadavérique fit reconnaître l'inflammation de l'estomac? Ce fait, cité par l'auteur allemand, n'est accompagné d'aucuns détails symplomatiques et anatomiques. Il est très-probable que Zeller prit , pendant la vie, une gastrite occasionnée par des vins fortement lithargirés , pour une colique de plomb , ou que des congestions cadavériques lui auront fait croire h la phlogose de l'estomac.
Zeller rapporte encore la désorganisation de la rate, du foie, du poumon, également à la colique de plomb. Il est superflu de notre temps de discuter de pareilles assertions. Bordeu rapporte l'autopsie de neuf cas de soi-disant coliques de plomb , où il affirme que les désordres les plus graves et les plus variés , depuis l'injection des membranes jusqu'à leur gangrène , se sont présentés. Sans cesse il parle , dans ces observations, d'intestins rongés, livides, gonflés , meurtris , gangrenés , troués , étranglés , etc. Le foie , la rate, l'épiploon , et même le poumon et le cœur, étaient également , au dire de notre auteur, le siège de ces altérations. Il rapporte même un cas de colique de plomb où il trouva les intestins livides. Voyez combien ce médecin était versé dans l'étude de l'anatomie pathologique, par la lecture de ses neuf observations, où il parle d'un engorgement d'un rouge fort pâle de l'Intestin , etc.
Il résulte de l'examen un peu sérieux de toutes les nécroscopies rapportées par Bordeu, que cet observateur ne savait pas reconnaître sur le cadavre les plus grossières altérations, et qu'il confondait, sous le nom d'inflammation, une infinité dé lésions anatomiques, vitales et cadavériques, fort différentes sous plusieurs rapports. Le plus souvent, au lieu de décrire la lésion qu'il a sous les yeux, il prononce le mot Inflammation ; ce qui lait que le lecteur ne peut juger en
3lO COLIQUE SATURNINE.
connaissance de cause, s'il ne se trompe pas, ce qui est probable ; car lorsqu'il veut décrire l'état morbide d'un intestin, il commet les plus grandes méprises, prend une congestion cadavérique noirâtre pour la gangrène, etc., etc.
Ce sont cependant ces faits tronqués et mal observés qui ont été reproduits de nouveau dans ces derniers temps par quelques auteurs (Palais) , pour prouver que la colique de plomb est caractérisée anatomiquement par des altérations phlegmasiques.
Si un médecin de nos jours publiait de pareilles observations anatomiques, qui croirait à leur exactitude? Personne, assurément; lorsque surtout les médecins de notre époque , versés dans les recherches d'anatomie pathologique, n'ont pu découvrir les plus légères traces d'inflammation, chez les individus morts des suites de la colique de plomb (Mérat, Lerminier, Andral, Orfila, Chomel, Louis, Corbin, Grisolle, Martin Solon). Dehaen, ce grand partisan du traitement antiphlogistique dans la maladie dont nous nous occupons ici, n'a pas trouvé que les intestins fussent enflammés chez les individus dont il a fait l'autopsie. Et cependant, ces altérations eussent merveilleusement concordé avec sa théorie thérapeutique. Mais Dehaen était homme de bonne foi autant que grand observateur; c'est ce qui ressort évidemment de son excellente dissertation sur la colique des peintres.
Quelques-uns des faits rapportés par Bordeu, commodes cas de colique de plomb, ne sont autre chose que des entérites, des péritonites qui s'étaient développées chez des plombiers.
Si l'on venait à rencontrer des traces de phlcgmasic chez les individus qui ont succombé pendant le cours d'une colique de plomb, ou pourrait, avec assurance, affirmer qu'une inflammation avait compliqué pendant la vie l'afleclion toxique.