ALTÉRATIONS ANATOMIQUES
Desbois (do Rochefort) dit avoir trouve des inlususcoptions intestinales h l'autopsie de deux sujets qui avaient été atteints de colique de plomb. Mais les plombiers peuvent être atteints d'ilcus, d'étranglement interne. Est-il donc raisonnable de rapporter à l'empoisonnement saturnin les altérations analomiques que l'on rencontre cbez ceux d'entre eux atteints de cette lésion intestinale?
Troncbin prétend que dans une lettre que lui écrivit Senac, en 1 7Ôo, celui-ci affirme avoir ouvert le cadavre de cinquante individus morts de la colique de plomb, cbez lesquels il ne trouva aucune altération dans les organes. Chez un seul, il a remarqué que la partie concave du foie et les parties environnantes étaient teintes par une bile très-verte. Mais il est impossible que Senac, qui n'était point médecin de la Charité, ait pu faire l'ouverture de cinquante individus qui aient succombé à des accidents de l'empoisonnement saturnin. Cela supposerait qu'il a vu deux à trois mille cas de colique, ce qui est impossible.
Chez le peintre dont parie Fernel, qui fut atteint de colique saturnine très-intense, pendant trois ans , et qui mourut dans le marasme, on ne trouva à l'ouverture du corps aucune altération des organes abdominaux qui pût expliquer ses souffrances.
Dehaen a rapporté cinq observations où non-seulement il dit avoir reconnu des dilatations et des étranglements altcr natifs des intestins , mais encore des cellules de ces organes retenant les matières, et leur imprimant les formes des crottes de brebis.
Leroux a inséré dans son Cours de Médecine deux observations de colique de plomb, compliquées, l'une d'encéphalopathie saturnine, et l'autre de péritonite, dans lesquelles il dit que les intestins étaient, dans beaucoup d'endroits, froncés, sillonnés, comme une membrane qu'on aurait exposée au feu,
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M. Mérat a eu plusieurs fois l'occasion de faire des autopsies d'individus qui avaient succombé pendant qu'ils étaient atteints de colique de plomb. Dans les observations xxm,xxrv, xxvi, xxvn de son ouvrage, le tube digestif et surtout l'intestin colon était diminué de calibre , mais facile à distendre par un courant d'air ou par la traction. Plusieurs rétrécissements et des invaginations, au nombre de quatre, furent rencontrés chez le sujet de l'observation xxix. Mais cette observation, par qui a-t-elle été recueillie ? Ce n'est pas par M. Mérat, puisqu'elle se trouve datée de 1798, époque à laquelle ce médecin n'était point encore attaché au service de la Charité. La rédaction de cette observation semble faire croire que ce ne fut pas une colique de plomb qui fut constatée pendant la vie. L'estomac était sain, et l'intestin grêle offrait seulement une légère injection dans l'observation xxv. Chez le sujet de l'observation xvm, le tube digestif était marqué de taches plus ou moins larges, d'un violet pâle, siégeant dans la tunique musculeuse, tandis que la muqueuse n'offrait aucune rougeur ni épaisseur; on rencontra aussi quinze lombrics dans toute l'étendue du canal alimentaire. Enfin, dans l'observation xl, on trouva des traces de péritonite et de pneumonie; pendant la vie, le malade avait éprouvé tous les symptômes d'une phlegmasie des poumons et du péritoine, qui avait compliqué la colique saturnine.
Enfin, M. Mérat a constaté une contraction un peu marquée des intestins chez un chien qui succomba en proie à une colique de plomb.
Dans la première des observations de colique de plomb terminées par la mort, que rapporte M. Andral, le tube digestif fut trouvé sain dans toute son étendue. Chez le sujet de l'observation 11, l'estomac, l'intestin grêle et le colon présentèrent une injection sous-muqueuse, légère, quoiqu'ils eussent conservé leur couleur et leur consistance normales.
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Dans l'observation m la membrane interne de l'estomac se trouvait ramollie; l'intestin grêle ainsi que le ccecum légèrement injectés. On constata, dans l'observation iv, une coloration ardoisée de l'estomac vers le pylore , une blancheur remarquable de l'intestin , un ponctué noir sur une plaque de Peyer, l'état sain du colon. Dans l'observation v, on rencontra un ramollissement d'une portion de la muqueuse stomacale. Le tube digestif du sujet de l'observation vi était sain dans toute son étendue. Enfin des taches rouges dans l'estomac, une hypertrophie légère des follicules de Brunner furent les seules altérations rencontrées chez le sujet de l'observation vu.
Le tube digestif était dans un état parfait d'intégrité chez le malade dont M. Louis a rapporté l'histoire , si ce n'est que la muqueuse stomacale était jaunâtre, épaissie, et les follicules hypertrophiées.
Le malade affecté de colique saturnine, de l'observation in de M. Corbin, offrit un épaississement grisâtre, sans ramollissement delà muqueuse de l'estomac; cinq à six taches rouges ou ecchymoses existaient dans cet organe ou le duodénum , tout le reste du tube digestif était sain.
M. Rufz a constaté un amincissement, sans autre altération, de la muqueuse du grand cul- de-sac de l'estomac, chez l'individu affecté de colique de plomb dont il fit l'autopsie. La muqueuse du gros intestin était grisâtre dans le ccecum et dans un tiers du colon.
Dans les trois observations rapportées par Laè'nnec , il n'y avait aucune altération appréciable du tube digestif.
La muqueuse stomacale se trouvait épaissie, l'intestin un peu injecté, et le colon sain, dans l'observation x de M. de La Pommerais. ( Thèse sur la colique saturnine. )
M. Grisolle affirme n'avoir trouvé aucune altération dans
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le tube digestif «le deux individus atteints de colique de plomb. ( Thèse. )
M. Nivet a inséré dans la Gazette Médicale, année 1837, plusieurs cas de colique de plomb , suivis de mort. Dans l'observation v de ce travail, on a trouvé la muqueuse stomacale épaissie , d'un rouge brun. L'intestin grêle offrait une couleur rosée , les follicules de Brunner étaient hypertrophiées, et quelques plaques de Peyer très -apparentes. Chez les individus des observations vin et x de ce mémoire, l'intestin grêle était un peu rouge et un peu injecté, les follicules de Brunner et les plaques de Peyer paraissaient un peu hypertrophiées. L'estomac et l'intestin grêle des sujets des observations vu et xn présentèrent une rougeur légère. Dans l'observation vi , des lignes brunâtres indiquaient le trajet des vaisseaux de l'estomac , la muqueuse de ce viscère était grisâtre et pointillée de rouge dans quelques endroits; la muqueuse du colon, grisâtre, offrait sa consistance ordinaire; on observait que le sommet d'un grand nombre de villosités se trouvait marqué d'un point noir. Chez le sujet de l'observation ix, dont l'autopsie fut pratiquée deux jours après la mort, des lignes brunâtres marquaient le tissu des vaisseaux du grand cul-de-sac de l'estomac , dont la muqueuse était ramollie et épaissie; dans l'intestin grêle, le long de la petite courbure, on apercevait des arborisations vaseulalrcs , de petites ecchymoses étendues jusqu'au tissu cellulaire sous-muqueux, et en même temps une infiltration de quelques bulles d'air; la muqueuse du colon présentait un aspect grisâtre , et ses follicules étaient hypertrophiées. Dans l'observation xi, l'auteur parle encore de follicules hypertrophiées , de plaques rouges et de ramollissement de la muqueuse intestinale, d'ecchymoses, et de traînées noirâtres le long des vaisseaux.
L'estomac était sain : et il y- avait de légères arborisations
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dans quelques parties de l'intestin des malades atteints do colique saturnine, qui l'ont le sujet des observations v et x de notre travail sur la paralysie saturnine. (Voy. t. n.) Le colon n'offrait aucune altération sensible. Dans l'observation vi du même travail, l'aspect général de l'intestin était blanchâtre, et il se trouvait assez légèrement distendu par des gaz. INous n'avons rencontré que des arborisations dans l'estomac , l'intestin grêle et le cœcuin des sujets des observations xxv ot et xxvi de colique do plomb , consignées dans ce volume.
Dans notre observation xxm d'encéphalopalhie saturnine (voy. t. n), on trouva (le malade avait été aussi affecté, pendant la vie, de colique de plomb) dos rétrécissements très-sensibles du gros intestin à la jonction de l'S iliaque avec le colon descendant gauche , ainsi qu'à la réunion de cette même S avec le rectum. Les parties intermédiaires et supérieures à ces rétrécissements étaient dilatées par des gaz. On apercevait une très-belle arborisation sanguine sur toute la surface extérieure du tube digestif, plus marquée, cependant, vers l'ileum. Les épiploons offraient une teinte rosée ; quelques glandes mésentériques paraissaient hypertrophiées. Le tube digestif ouvert nous laissa voir, à notre grand étonnement , un développement prodigieux des glandes de Brunner et de Peyer. Dans toute la longueur de l'intestin grêle, on apercevait un très-grand nombre de plaques saillantes de follicules agminées; les glandules de Brunner étaient fort volumineuses. Dans le gros intestin cette disposition anatomique était beaucoup plus rare. On n'apercevait aucune dépression noirâtre au centre des follicules; nous ne pûmes rencontrer une seule ulcération ; la muqueuse digestive ne présentait ni injection ni ramollissement; on ne rencontrait point non plus , au-dessous d'elle , cette matière jaune, cassante, qui s'observe dans la dothinenterie.
Notre observation xxx d'encéphalopalhie saturnine (voy.
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t. il ) nous fît voir un état remarquable du tube digestif. Le malade qui en est le sujet était atteint , pour la deuxième fois , de colique saturnine , lorsqu'il mourut. Tout le paquet intestinal était tassé sur lui-même; on eût dit qu'un poids énorme l'avait comprimé ou affaissé ; cependant , le canal digestif ne paraissait pas sensiblement aplati; il était généralement d'un petit diamètre, rétréci comme celui des individus affectés d'un cancer] ou de toute autre tumeur de l'estomac , mettant obstacle au cours des matières alimentaires. Nous insufflammes de l'air dans toute l'étendue du tube digestif, qui alors se distendit sans effort, et partout également bien, mais qui se rompait facilement. Depuis l'iléum jusqu'au rectum, la membrane interne était tapissée par un mucus épais, gluant, jaunâtre , tellement adhérent, qu'on ne pouvait l'enlever qu'en raclant fortement et pendant long-temps; on eût dit que c'était une espèce de vernis appliqué à la surface de la muqueuse. Une partie des matières fécales, dans le gros intestin, était délayée, mélangée intimement avec ce mucus, Ce n'était qu'avec la plus grande difficulté qu'on parvenait à enlever les matières fécales combinées avec le mucus; il fallait, pour cela, se servir du tranchant du scalpel; le simple frottement, ou le lavage, n'en venait pas à bout. Çh et là on observait des arborisations à l'intérieur du tube digestif; à l'extérieur, on apercevait, de distance en distance, de petits points noirs, auxquels venaient aboutir quantité de petits vaisseaux. Cet individu avait été affecté, pendant la vie, d'ictère saturnin; aussi , rencontrâmes-nous une teinte d'un jaune terreux dans le foie, les reins, les poumons et le cerveau.
Dans nos observations xx, xxv et xxviii, également d'encéphalopathie et de colique saturnines, nous avons constaté aussi un tassement du paquet intestinal; quelques arborisations se dessinaient à l'intérieur. On retrouva, comme chez le sujet
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de l'observation précédente , dans tout le tube digestif, un mucus gluant, fort épais, etc., très-adhérent à la membrane interne.
De plus , on observa chez le sujet de l'observation xx , que les parois des intestins étaient dures et très-épaissies dans chacune de leurs membranes.
Sur le cadavre de l'observation xxv les ganglions du grand sympathique, contenus dans la cavité abdominale, avaient acquis un volume double et quelquefois triple de l'état normal; ce dont nous nous assurâmes en les comparant aux ganglions de deux sujets morts de maladies étrangères au plomb. Ces ganglions, h l'extérieur et à l'intérieur, avaient un aspect gris-jaunâtre, et ne paraissaient pas sensiblement plus durs. Les plexus, du reste, ne présentèrent rien de particulier a noter. Les ganglions de la cavité thoracique et du cou ne semblaient pas devenus proportionnellement aussi volumineux que ceux de l'abdomen. Les ganglions nerveux des trous de conjugaison ne différaient pas de ceux des deux autres sujets avec lesquels nous établissions nos comparaisons.
Si nous résumons toutes les nécropsies précédentes de colique saturnine non compliquée , au nombre de quaranteneuf, nous voyons que dans vingt cas on n'a trouvé dans le tube digestif aucune altération, ou seulement quelques traces de congestion, telles qu'on en rencontre chez la plupart des sujets dont on fait l'autopsie , et chez lesquels > pendant la vie , on n'a constaté aucune lésion fonctionnelle des voies digestives. Dans cinq cas, on a rencontré des ramollissements partiels, sans autre altération, dans les parties les plus déclives du tube digestif. Ce sont encore de ces lésions cadavériques qu'on observe chez une infinité de sujets. (Voy. nos Recherches sur les caractères physiologiques et anatomiques des congestions sanguines et des inflammations. In- 8% 1808.) On peut donc dire que dans ces
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vingt-cinq autopsies, on n'a rencontré aucune lésion anato miqueen rapport avec les symptômes observés pendant la vie.
Six fois le tube digestif a été trouvé épaissi, partiellement ou dans toute son étendue. C'est encore une lésion anatomique qu'on rencontre fréquemment dans toute espèce d'autopsie. ( Voy. le mémoire cité plus haut. )
L'hypertrophie , ou le développement considérable des glandes de Brunner, a été observé dans sept cas. Les plaques de Peyer se trouvaient aussi plus développées dans trois de ces nécropsies. Dans le choléra , on a signalé également le développement extraordinaire de l'appareil glandulaire de l'intestin. On ne peut donc regarder cette lésion anatomique comme uniquement caractéristique de la colique de plomb. Mais, du reste, on ne peut la considérer que comme une lésion consécutive, puisqu'on ne l'observe pas dans tous les cas de colique.
Seize fois un tassement ou un retrait du paquet intestinal a été noté. Dehaen, Leroux et M. Mérat ont interprété l'origine de cet affaissement des circonvolutions intestinales, en l'attribuant à une contracture de ses parois. Celte interprétation est toute hypothétique, puisque nous avons vu que des tractions légères, ou des insufflations, pouvaient faire disparaître cette diminution du calibre de l'intestin.
Nous regardons cet état du paquet intestinal comme un des caractères anatomiques de la colique de plomb 3 car nous ne l'avons trouvé aussi prononcé dans aucune autre maladie , et cependant ce tassement des circonvolutions intestinales n'a été noté que dans le tiers des autopsies; c'est ce qui prouve , à notre avis , qu'il n'est qu'un des effets de la colique, et non la cause des accidents observés pendant la vie. Il peut donc manquer dans bon nombre de cas; car on sait que les altérations anatomiques , qui sont les effets et non les causes d'une maladie , sont assez inconstantes.
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La même observation s'applique aux quatre autopsies on nous avons rencontré la muqueuse intestinale tapissée par une couche de mucus épais, comme coagulé, qui tenait adhérentes les matières fécales du gros intestin. Nous ne pouvons regarder celte lésion de sécrétion que comme un effet de la maladie, et non comme la cause anatomique.
Enfin , le développement plus considérable des ganglions du grand sympathique, que nous n'avons constaté qu'une seule fois , ne nous semble encore devoir être considéré que comme effet et non comme cause anatomique des phénomènes observés pendant la vie.
Dans toutes ces autopsies , les reins et la vessie ont été trouvés à peu près à l'état normal ; car quelques arborisations ne constituent pas , pour ces organes , un état morbide. Dans les deux cas où nous avons trouvé un tassement considérable du paquet intestinal, la vessie semblait aussi retirée sur elle-même; elle avait un très-petit volume.
D'après toutes ces investigations , qu'il nous soit permis d'affirmer que ce ne sont point des altérations anatomiques, appréciables à nos sens, qui donnent naissance à tous les phénomènes pathologiques de la colique de plomb , et que les altérations matérielles que l'on peut rencontrer, ne sont que des effets et non des causes des accidents observés pendant la vie.