RECHERCHES CHIMIQUES
que la matière gris-ardoisée qui recouvre les dents et les gencives du plus grand nombre de plombiers atteints de colique saturnine, est du sulfure de plomb. (Voy. p. G.)
Enfin, M. Alphonse Devergie , qui, comme on sait, a découvert dernièrement, à l'aide de l'incinération, destracesde plomb et de cuivre dans le tube intestinal des individus qui avaient succombé a une cause étrangère aux émanations saturnines , a bien voulu soumettre h l'analyse chimique les parties suivantes d'un sujet mort de colique , d'arthralgie et d'encéphalopathie saturnine , que je lui ai remises (Voy. Oùs. xi d'Encépk. saturn., t. 2.)
Les organes soumis h l'analyse ont été les suivants : estomac, intestins, matières fécales , vésicule biliaire contenant une certaine quantité de bile; reins pesant huit onces, un gros; vessie; poumons du poids de vingt-deux onces trois gros; une livre de cerveau; une livre de chaire musculaire; sept onces de sang; enfin une portion delà matière noire que l'on observe sur le collet des dents chez les individus qui sont en contact avec les émanations saturnines; elle a été évaluée h deux grains environ.
Tous ces organes et le sang lui-même ont donné des traces de plomb et de cuivre. Mais le résultat de l'analyse a été remarquable sous ce rapport que la quantité de plomb a été généralement beaucoup plus grande que la quantité de cuivre, eu égard h ce que M. Devergie a observé sur les sujets étrangers h loule maladie salurnine. Celle circonstance a surtout été très-évidente pour les intestins. Ici le cuivre se trouvait en si pelile proportion , que le ferro-cyanure jaune de potassium en décelait h peine des {races, tandis que le plomb ob'.enn c!a!l sept ou huit uns plus abondant que dans les intestins des autres personnes, non atteintes de maladies saturnines. Il en a été de même à l'égard du sang. Quatre livres et demie de sang ordinaire donnent à peine des traces de cuivre
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et de plomb, et cependant la présence de ce dernier métal a pu être constatée en quantité notable dans sept onces de ce liquide provenant de notre malade. L'existence du plomb et ûu cuivre a été démontrée, non-seulement à l'aide des réactifs chimiques, mais encore au moyen de la révivification de ces deux métaux.
Ce qui doit encore appeler l'attention , c'est que les matières fécales contenaient beaucoup de cuivre , tandis que les parois intestinales en renfermaient h peine. Les purgatifs, mis en usage dans le traitement de la maladie à laquelle cet individu a succombé, auraient-ils donc eu quelque influence sur le départ du cuivre , par le fait de la sécrétion abondante qu'ils auraient amenée , aux dépens de la membrane muqueuse intestinale? Gela est peu concevable. Mais enfin, c'est une circonstance que l'on interprétera comme on voudra.
De cette analyse, M. Devergie tire cette conséquence qu'il y a de fortes raisons de croire que la très-grande proportion de plomb, retrouvée dans le tube intestinal, provient de l'ingestion du plomb dans l'économie, pendant le travail journalier auquel se livrait cet individu.
Quant aux procédés opératoires qui ont conduit M. Devergie a trouver le plomb là où des chimistes fort habiles avaient échoué , on les trouvera exposés a l'observation xi d'encéphalopathie saturnine, t. n de cet ouvrage.
Il était certainement très-important de pouvoir constater matériellement la présence du plomb dans les organes présumés le siège de la colique saturnine. Et cependant, avant cette découverte, nous étions aussi assuré de sa présence dans le ventre que nous le sommes maintenant ; car il est impossible d'admettre des effets sans cause. Des individus qui viennent à avaler ou à respirer des particules de plomb sont affectés d'une maladie qu'on ne rencontre que chez eux;
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il faut Jonc admettre que dans leur économie se trouve le poison qui donne naissance h ces accidents.
Jusqu'à présent les chimistes de profession n'ont pu encore retrouver, dans le sang, la bile, la salive, le lait, les urines et les solides de l'organisme, le mercure qu'ont avalé les individus soumis à un traitement syphilitique , et dont ils ont éprouvé les phénomènes caractéristiques de l'absorption , salivation , coliques, diarrhées , etc., etc. (Christison , Mayer, Mirabelli, Rlaproth , Bergmann , Devergîe, Chevalier, etc.) Malgré l'impossibilité où l'on est encore actuellement de saisir ce poison, qui cause de si grands ravages dans l'économie, en conclue-t-on qu'il n'y est pas présent? Non assurément. Avant les recherches des chimistes dont je viens de parler, grand nombre de savants, étrangers pour la plupart aux analyses chimiques , avaient avancé que l'on retrouvait le mercure en nature dans l'économie des individus qui avaient fait usage de ce poison. Depuis que l'on a prouvé que ces découvertes étaient illusoires , croit-on moins a la présence du mercure dans l'organisme ?
L'analyse chimique avait été insuffisante jusqu'à ce jour pour découvrir de petites quantités de poison, qui agissent violemment dans l'économie après avoir été absorbées. MM. Orfila et Devergîe viennent de découvrir, à l'aide d'analyses plus parfaites , des particules d'arsenic et de plomb qui agissent sur l'homme après leur absorption; c'est un service immense rendu à la médecine. Puissent ces découvertes s'étendre à tous les autres poisons dont jusqu'à présent on n'a pu découvrir les traces.
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