‹ Traité des maladies de plomb ou saturninesChapitre 29 sur 51 · SIÈGE ET NATURE · texte numérisé non relu

SIÈGE ET NATURE

Lorsque, dans une maladie, l'anotomie pathologique nous révèle, après la mort, la cause matérielle des phénomènes observés pendant la vie, on peut, à coup sûr, établir son siège dans le point où des lésions anatomiques ont coïncidé avec des lésions fonctionnelles. Mais dans les affections, comme la colique saturnine, où le médecin ne peut plus, le scalpe] à la main, trouver une altération organique qui puisse constituer un caractère constant, il est alors obligé d'avoir recours au raisonnement et à l'observation des désordres vitaux pour remonter au siège du mal.

Nous avons vu, h l'article Symptômes, que dans tous les cas de colique de plomb , il y avait divers troubles du côté des organes digestifs : douleur tortillante, correspondante aux intestins, constipation ou dévoiement; contracture du ventre; nausées, vomissements; formation d'une grande quantité de gaz; tenesmes à l'anus, hoquet. Il est impossible de méconnaître que ces accidents sont le résultat d'une lésion fonctionnelle de tout le tube digestif, depuis l'estomac jusqu'à l'anus. En elle!, comment reconnaissons-nous qu'un organe est malade, si ce n'est par le trouble de ses fonctions ?

Les organes de la sécrétion et de l'excrétion de l'urine sont souvent aussi le siège des accidents caractéristiques de la colique saturnine : douleur aux régions vésicaleet rénale; ténesme vésical, émission de l'urine difficile, douloureuse, sécrétion de ce liquide diminuée.

Des douleurs et des contractures dans la verge, les teslicules, le cordon spermatique , le vagin et l'utérus , avec divers

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troubles fonctionnels, indiquent d'une manière certaine que les organes de la génération peuvent être le siège des accidents qu'on observe dans le cours de la colique saturnine.

Qui pourrait douter de l'altération des fonctions de l'appareil biliaire, lorsqu'il la suite de douleurs violentes à lépigastre ou à l'hypocondre droit, le principe colorant de la bile vient à teindre en jaune les liquides et les solides de l'économie ?

Nous avons vu également des douleurs thoraciques et divers troubles de la respiration survenir quelquefois avec les autres symptômes de la colique. Dans ces cas, peut-on méconnaître que le mal siège en partie vers le diaphragme?

Ainsi donc , la colique de plomb e.-t caractérisée par des altérations fonctionnelles de tous les organes, auxquels se distribue le nerf grand sympathique.

Tous les symptômes pathognomoniques de la colique saturnine se réduisent à une exaltation de la sensibilité, et h une perversion de la conlraclilité et clés sécrétions des organes du ventre. Or, c'est le système nerveux ganglionnaire qui leur porte le sentiment et le mouvement. Il nous faut donc maintenant rechercher la nature de celle lésion du grand sympathique.

L'étude des symptômes, de la marche, de la durée, des terminaisons et du traitement, nous prouve que celte affection est de nature névralgique. En effet, dans les maladies appelées névralgies, la douleur est le symptôme caractéristique de ces affections; elle est très- vive, sujette à des exacerbations, et même à des intermittences; loin de l'augmenter, la pression la soulage; elle suit ordinairement le trajet de quelques gros Croncs nerveux. Après la mort, on ne peut découvrir de lésions matérielles dans les points qui ont été endoloris. Les substances qui agissent en jetant une vive

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perturbation dans le système nerveux, ou en le calmant., font disparaître tous les accidents.

L'altération fonctionnelle la plus caractéristique de la colique saturnine, c'est l'exaltation de la sensibilité des organes malades , qui s'élève dans cette affection à un degré extraordinaire. Ce symptôme domine tous les autres (voy. p. 190). Comme celle de toutes les névralgies, la douleur de la colique de plomb augmente par intervalles, revient par crises, et se trouve diminuée par la pression ; elle siège principalement et presque uniquement dans les parties correspondantes aux plexus et aux ganglions du grand sympathique , l'épigastre , l'ombilic, l'hypogastre, la région rénale; le scalpel ne nous fait découvrir aucune lésion matérielle constante, soit dans les voies digestives et urinaires, soit dans le grand sympathique. Enfin, un traitement perturbateur, énergique, est celui qui a le plus d'influence sur la douleur et les autres symptômes.

Lorsque la sensibilité d'un organe, fortement exaltée, constitue en grande partie la maladie, il est rare que les autres fonctions de cet organe endolori ne soient pas perverties. Ainsi, dans les névralgies faciale et sciatique, la molilité et les sécrétions des parties malades sont modifiées. Les muscles, devenus douloureux, ne peuvent plus être les instruments d'un mouvement régulier, puisque les fibres nerveuses ne leur communiquent plus un influx normal. L'agitation de la fibre nerveuse se transmet à la fibre musculaire : de là des contractions irréguiières, spasmodiques, crampes, dans ces névralgies. Est-il donc étonnant que la douleur si aiguë de la colique saturnine soit accompagnée de contractions irrégulières, comme convuîsives, dans toute l'étendue d'organes en partie composés de fibres musculaires? Comment méconnaître cette contraction irrégulière, spasmodique des fibres musculaires du tube digestif, clans la dureté et la tension du ventre, dans ces tumeurs dures, iné-

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gales, mobiles, qui se rencontrent surtout au moment de l'exacerbation de la douleur, dans les ténesines, le resserrement énergique du rectum , du sphincter de l'anus , ainsi que de l'urètre et du col de la vessie, dans la rétraction brusque et instantanée des losticules vers l'anneau inguinal, et enfin dans les vomissements, les éructations et le hoquet ? La constipation elle-même se trouve en partie être le résultat de cette contraction irrégulière du tube digestif. En effet, les fibres transverses et ion°itudinales de la membrane musculeuse intestinale , devenues douloureuses , ne peuvent plus diriger avec facilité les matières fécales vers l'anus. Lorsque nous éprouvons une douleur névralgique dans les jambes et les cuisses, pouvons-nous fléchir, étendre, etc., ces organes avec facilité et force? Non, certainement, quoiqu'il n'y ait pas paralysie des muscles endoloris. Les fibres charnues , contractiles de l'intestin , vivement excitées par la douleur, éprouvent des contractions morbides irrégulières, qui ne servent pas plus à l'accélération du cours des matières fécales dans l'intestin, que la crampe qui saisit le mollet des individus affectés de névralgie scia tique, ne sert à la marche ou à un mouvement quelconque delà jambe. La vessie, devenue douloureuse, ne peut plus se débarrasser avec la même facilité de l'urine qu'elle contient; les contractions irrégulières que déterminent la douleur font éprouver des tenesmes, mais ne sont pas propres a favoriser l'évacuation de ce liquide.

La dépression du ventre nous paraît devoir être attribuée à la douleur et aux contractions irrégulières, spasmodiques, des organes du ventre. Nous pensons aussi , avec M. Grisolle , que les muscles abdominaux, qui ne sont point endoloris, contribuent cependant a cette dépression, en s'appliquant instinctivement et d'une manière énergique sur les viscères , comme pour en atténuer les souffrances. Dans les névralgies

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de la face et des membres inférieurs, les parties endolories , dans la composition desquelles entrent des muscles , ne deviennent-elles pas dures , ne se contractent-elles pas , en un mot , n'occupent-elles pas en apparence un plus petit volume, surtout au moment des exacerbations de la douleur?

-L'impuissance et l'impossibilité do l'érection, lorsque les testicules sont le siège des douleurs de colique, trouvent également leur raison dans la douleur qui ne permet plus l'exercice normal des fonctions génitales.

Dans la névralgie de la face, les sécrétions de la membrane pituitaire et oculaire sont le plus ordinairement altérées , diminuées , quelquefois même taries. Dans la colique saturnine, le mucus qui lubrifie la muqueuse intestinale n'est plus sécrété en suffisante quantité, et sa consistance n'est plus la même; au lieu d'une substance onctueuse, liquide, propre h faciliter le glissement, la progression des matières fécales, il ne se forme qu'une matière épaisse, gluante, fortement adhérente à la muqueuse , et qui colle , pour ainsi dire , les excréments a l'intestin. (Voy. Ânat. palh., p. 3 16). La dureté des matières fécales s'explique aussi par le défaut de sécrétion du mucus intestinal et nar leur séjour prolongé dans le canal intestinal.

La diminution de la sécrétion urinaire est une suite de l'cndolorissement de l'organe chargé de cette fonction.

Dans toutes les maladies nerveuses des intestins, on a remarqué la formation d'une grande quantité dé gaz. C'est une espèce de sécrétion morbide qui remplace celle de l'état normal.

Desbois (de Rochefort). attribuait la jaunisse à l'obstacle qu'apporte la contraction du duodénum et du canal cholédoque à l'évacuation de la bile. Nous l'attribuons plus vraisemblablement et moins hypotlïétiquomcnt à une perversion passagère des fonctions du foie, perversion observée tant de

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