‹ Traité des maladies de plomb ou saturninesChapitre 30 sur 51 · SIÈGE E'£ NATURE · texte numérisé non relu

SIÈGE E'£ NATURE

foi» dans les grandes douleurs physiques ou morales, et sous l'influence de laquelle la bile abandonne ses réservoirs habituels , pour se mêler avec les liquides et les solides de l'organisme, auxquels elle communique la teinte de son principe colorant.

Les troubles de la respiration, la sensation de resserrement à la région précordiale , etc., sont des effets manifestes de la douleur et de la contraction irrégulière du diaphragme et des organes abdominaux.

Enfin, la circulation semble enchaînée par la douleur. La lenteur, la dureté et l'irrégularité du pouls peuvent elles provenir d'une espèce de tension ou contraction spasmodique , dont seraient atteintes les artères, comme les fibres musculaires?

Puisque la colique de plomb a la plus grande ressemblance avec les maladies connues sous le nom de névralgies, et que les lésions fonctionnelles qui la caractérisent ont lieu vers les organes qui reçoivent le sentiment et le mouvement du grand sympathique , nous pouvons conclure que la colique de plomb estime névralgie du grand sympathique.

Suivant que tel ou tel plexus nerveux du grand sympathique devient une espèce de centre d'excitabilité toxique , d'où partent des traînées d'irritation, telle ou telle formé de colique apparaît. Ainsi les plexus cœliaque, mésentériques , hypogastrique, rénal, sont-ils le siège de la névralgie, la colique épigastrique , ombilicale , hypogastrique , ou rénale se montrera. Ce qui prouve que les organes ne sont que l'aboutissant de la douleur provenant du grand sympathique, c'est que lorsqu'elle est légère, et même dans certains cas où elle est violente, ii n'y a pas de troubles fonctionnels des organes abdominaux, correspondant au point où elle se montre. Si les viscères étaient affectés directement par le poison , lorsque la douleur siège dans le point qu'ils occupent, leurs fonc-

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lions devraient être nécessairement altérées. Dans les névralgies des organes de la vie de relation , on place le siège primitif dans Je nerf qui se distribue aux parties endolories, et non dans l'organe lui-même, peau, muscles, os, elc.

Une objeciion peut être faite touchant le siège et la nature de la colique de plomba tels que nous venons de les établir. J'ai supposé que le grand sympathique donnait le sentiment et le mouvement aux organes abdominaux; or, plusieurs physiologistes refusent au système nerveux ganglionnaire cette double propriété. A cela je répondrai que l'on admet généralement aujourd'hui, avec Bichat. ?ilil. Brachet,Andral, Joliy, etc., que le trispianchnique est le centre d'action des organes de la vie nutritive , comme le cerveau et la moelle le sont des organes de la vie de relation.

Si l'on venait un j ur, contre toute probabilité, à découvrir des filets nerveux venant d'une autre source que du système ganglionnaire , qui porteraient la sensibilité et le mouvement aux organes de l'abdomen, nous y placerions le siège de la colique. Jusqu'à cette découverte, nous n'assignerons pas d'autre siège à cette affection.

La névralgie du grand sympathique, produite par l'action du plomb sur ce système nerveux, ne doit point être classée avec les névralgies ordinaires. Elle mérite une place à part dans le cadre uosoiogique, car sa cause imprime à toute sa physionomie un cachet qui n'est pas celui des névralgies yulgaires.

L'étude du siège et de la nature précis de la colique saturnine a exercé l'esprit d'un grand nombre de médecins des temps passés comme des temps modernes. Il est nécessaire que nous donnions un aperçu des opinions des auteurs sur ce sujet, afin qu'on puisse les comparer avec la nôtre.

Mon opinion sur le siège et la nature de la colique satur-

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ninc est partagée par la plupart des observateurs modernes; ainsi MM. Andral, Grisolle, Ranque, etc., placent le siège de la colique dans le grand sympathique , et ils pensent aussi qu'elle est de nature névralgique. Toutefois, ils ajoutent que le prolongement rachidien est intéressé dans cette affection. Mais dans la colique de plomb pure et simple , il n'existe aucun phénomène morbide qui puisse déceler une lésion du système nerveux spinal. Ce n'est que dans le cas où elle coïncide avec la paralysie ou des douleurs névralgiques des membres produites également par le plomb, que cette double lésion du grand sympathique et du cordon rachidien est évidente. Nous avons déjà prouvé (p. 258) et nous prouverons encore parla suite (voy. t. n) que la paralysie et l'arthralgie saturnines ne sont point des compagnes obligées de la colique de plomb, qu'elles sont des affections distinctes et indépendantes de cette dernière.

Il faut donc admettre aujourd'hui que le trisplanchniqueet le cordon rachidien ressentent d'une manière certaine les effets toxiques du plomb; mais que ces effets sont distincts les uns des autres, et ne sont pas produits par irradiation ou par sympathie. Ainsi la colique seule a son siège dans le grand sympathique, et pas ailleurs.

Dehaen et Vanstroslwyk avaient déjà attribué la colique des peintres à un état morbide du système nerveux ganglionnaire de l'abdomen.

Tamvri prétend que le siège de la colique de plomb est dans le péritoine (Traité des maladies aigu'cs, t. i ). Cette opinion ne repose sur aucune donnée vraisemblable; car les symptômes observés pendant la vie ne dénotent nullement une lésion spéciale de celte tunique.

Àslrnc et Sauvages placent le siège de la colique salurniae dans la moelle épi nier e. Mais on sait aujourd'hui quu ce centre nerveux ctt uniquemeet destiné à tram mettre ou

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à donner i<- sentiment et le mouvement à lu plupart dc-s organes de la vie de relation, et que ses altérations ne font éprouver aucune lésion fonctionnelle aux onranes contenus dans la cavité abdominale, à l'exception de la vessie.

L'hypothèse d'Astruc n'est donc point admissible. Plusieurs auteurs modernes, Laennec , Barbier d'Amiens, Serres, etc., prenaut en considération la présence fréquente de douleurs dans les membres , chez les individus atteints de colique de plomb, ont adopté en partie l'opinion d'Astruc sur le siège présumé de la colique. Mais les douleurs des membres produitespar le plomb (artliralgie saturnine) forment une maladie distincte de la colique, et qui n'a pas le même siège que cette dernière. C,"est cette confusion de deux maladies distinctes qui a fait donnera tort pour siège à la colique celui de l'arthralgie.

Asiruc rapporte l'origine de la rachialgie à la stase des humeurs dans la portion lombaire de la moelle ou de ses membranes. La douleur est produite, suivant lui, par la veilicatîo'n que l'humeur exerce sur les nerfs qui partent du :i médullaire. La violence des douleurs, leur déplacement subit, leur point de départ, l'absence d'altérations analogiques, lui paraissent autant de preuves à l'appui do son opinion, li i ,-t inutile de noire temps de discuter de pareilles hype thèses.

M. G!acomini place le siège de la colique de plomb dans lesmuscles abdominaux et le diaphragme, irai se contractent, dit-il, spasmodiouement dans celte maladie. ■ \ oilà pourquoi les douleurs de coliques s'apaisent par la pression du ventre; cela n'arriverait pas si elles avaient pour siège les intestin-, La constipation n'est qu'on effet de la contraction spasmodique des muscles abdominaux et des sphincters intestinaux, qui empêchent les matières fécales de marcher, etc., clc. » (Gazdte des Hôpitaux. -~ Janvier 1859.)

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