‹ Traité des maladies de plomb ou saturninesChapitre 31 sur 51 · SIÈGE ET NATURE. 3Ô · texte numérisé non relu

SIÈGE ET NATURE. 3Ô

Cette opinion, comme on le voit, est do la plus grande invraisemblance, pour ne pas dire davantage; elle n'a pour ellequ'un seulmérite, celui de l'originalité. Gomment de simples altérations fonctionnelles des parois du ventre pourraient-elles jeter le trouble dans toutes les fonctions des organes que cette cavité renferme ? Le rhumatisme des parois abdominales n'enchaîne ni ne trouble les fonctions des voies digestives et urinaires. Enfin les malades atteints de colique saturnine ne rapportent pas leurs douleurs aux parois de l'abdomen ; elles sont plus profondes.

Le mésentère est, suivant Dubois, le siège principal de la colique, ou du moins la partie qui contient le plus de miasmes métalliques, causes de cette maladie. Les particules des métaux, ainsi nichées dans les replis du péritoine, déterminent les symptômes de la colique, en agissant directement sur les nerfs des parties voisines , ou par sympathie sur les organes éloignés. Il pense que les parcelles des métaux entraînées clans le poumon avec l'air que les ouvriers respirent , ou avalées avec la salive, les aliments et les boissons, arrivent, par l'intermédiaire de la circulation sanguine, au mésentère, où elles conservent leur nature métallique. Cette théorie, on le voit, est purement chimérique.

Pour quelques autres médecins de l'époque de Dubois , la colique de plomb avait son miasme , sa cause matérielle , inhérente dans le corps, et indépendante des engorge uients des vaisseaux; ils pensaient que les parcelles de métaux avalées, respirées , infusées dans le sang, nichées dans les entrailles , y faisaient des ravages , dont la colique était le résultat.

La plupart des auteurs des dix-septième et dix-huitième

siècles, et même quelques-uns du nôtre, Ilsmnnn , Ilofmann,

Combalusier, Anquetin , etc., ont cherché à prouve:' que

la colique de plomb consistait en une conslriction spas-

r>ijh COMQUP SATURNINE.

modique des intestins 3 dont ils l'ont dépendre tous les symptômes. Ces observateurs ont confondu la cause avec l'effet. La douleur amène à sa suite la contraction irrégulière de l'intestin; celle -ei n'est qu'une conséquence de celle-là.

Quelques auteurs, Siockhusen, Pariset, etc., ont voulu expliquer le mode Je formation de la colique de plomb par la nature des proprit tés physiologiques et thérapeutiques des préparations saturnines. Ainsi, disent-ils : puisque ces substances sont astringentes, dessiccatives, il n'est pas étonnant qu'appliquées sur la muqueuse intestinale, elles produisent la constipation , la suppression des sécrétions , l'emprisonnement des gaz et les vomissements. Cette théorie, toute mécanique , ne peut être admise à une époque où ion sait que les préparations saturnines ont besoin d'être absorbées pour produire la colique de plomb.

Selon Gardanne et plusieurs modernes, tous tes symptômes de la colique proviennent de l'accumulation des matières fécales dans les intestins et de la pression qu'elles exercent sur ces organes. Nous avons suffisamment fait justice de cette assertion (p. 255), en prouvant que la douleur précédait l'arrivée de la constipation , ainsi que de tous les autres symptômes de la colique.

Desbois de Rocheforl pense que la douleur, dans la colique de plomb, dépend du développement de l'air, concentré inégalement dans les intestins, inégalement contractés et resserrés. Pour que cette supposition eût quelque vraisemblance, il faudrait que la formation de ces gaz fut le premier phénomène observé, et que leur évacuation fût suivie de la disparition de tous les autres accidents.

M. Mérat pense que la colique de plomb est de nature paralytique, c'est-à-dire qu'elle consiste en une paralysie spécifique de la tunique musculeuse du tube digestif. Voici , du

SIÉGi: JiT NATUR1). 55()

reste, le passage de l'auteur que je viens tic citer, relativement h l'objet qui nous occupe en ce moment :

« C'est sur la membrane musculeuse du tube intestinal » que le plomb porte son influence délétère. Le système ner- »veux qui se distribue à ces muscles, participo pour beau- » coup à celte affection; peut-être, et très-probablement, » est-ce lui seul qui est primitivement affecté; de là les anoma- » lies nerveuses qu'on observe quelquefois , le retrait et la

» constriction de l'intestin, etc Je ne suis pas éloigné

«de penser que, dans la colique métallique, le tube intestinal est comme paralysé. Ici, j'ai bien des preuves à l'appui «de cette idée; d'abord la non existence des symptômes in- «flainmatoires; le mode de traitement qui lui convient, qui » est celui des paralysies en général; la terminaison naturelle » de celte affection non traitée, qui est la paralysie sur d'au-

»tres parties du corps; la constipation La Constipation

«est une suite du resserrement progressif du canal intestinal , «lequel, arrivé à un certain degré, ne permet plus l'expul- »sion des matières amassées, jusqu'à ce qu'un irritant puis- » sant vienne changer sa manière d'êlre morbifique. »

Nous ferons d'abord remarquer que M. Mérat émet deux opinions contradictoires sur la nature de la colique métallique. En effet, qui dit constriction , ou contracture d'un tissu musculeux, suppose l'état opposé à celui où celte fibre est paralysée, c'est-à-dire relâchée. Un organe musculeux qui vient à être le siège d'une constriction ou contracture, ne remplit plus ses fonctions de locomotion , comme dans l'état normal ; mais on n'admet pas pour cela qu'il soit paralysé. Lorsqu'on vient à être pris d'une crampe violente, on ne peut plus remuer, ou que très-difficilement, le membre endolori et conlacturé ; on ne dit pas pour cela qu'il soit paralysé. Il suffit que la douleur disparaisse , pour que le mouvement se reproduise. Ainsi donc , s'il y avait paralysie de la

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tunique musculeuse de l'intestin , il ne pourrait y avoir, en même temps , construction , resserrement progressif du canal intestinal, qui finit par ne plus permettre C expulsion des matières amassées.

Lorsqu'on invoque la nature paralytique de la colique de plomb, loin de supposer un resserrement, une contraction énergique du tube intestinal, il faudrait, au contraire, admettre un relâchement et une dilatation passive, produits par l'arrêt et l'accumulation des matières fécales , comme cela arrive chez certains individus, surtout les vieillards, qui demeurent constipés par suite de la diminution d'activité des fonctions digestives. Si les sphincters de l'anus , qui participent à la douleur et à la contraction, étaient paralysés, on observerait nécessairement une évacuation fréquente et involontaire des matières fécales.

L'idée d'attribuer la constipation et les autres accidents qu'on observe dans la colique de plomb, à la paralysie de la membrane musculeuse de l'intestin , offre encore d'autres invraisemblances.

En effet, voit-on des paralysies musculaires , même celles produites par le plomb , apparaître et disparaître avec une rapidité étonnante , comme la colique , dans l'espace de quelques heures ? Non certainement. Est-il habituel de rencontrer la paralysie du mouvement réuni à l'exagération de la sensibilité des mêmes parties ? Non certainement. Je sais qu'on peut supposer que deux espèces de nerfs se rendent aux intestins, des nerfs du mouvement et des nerfs du sentiment, et qu'il pourrait arriver qu'ils fussent affectés en sens inverse parle poison. Mais cette supposition, rien ne l'étaye, ni l'expérimentation physiologique, ni l'expérience clinique. On pourrait encore ajouter que ce qui se passe dans l'intestin, nous l'observons sur les membres. Effectivement, on voit dans certains cas les extrémités supérieures et inférieures affectées

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de paralysies de plomb, non-seulement ne pas perdre leur sensibilité, mais encore en acquérir une plus grande. Nous répondrons h cette observation que, dans ces cas, il existe simultanément dans les mêmes organes deux formes d'empoisonnement ou deux maladies saturnines fort différentes , paralysie et artbralgie saturnines. Ces deux affections ont, eu effet , une durée et un siège fort différents; la première dure des mois, des années entières, et occupe les muscles extenseurs des membres, surtout des supérieurs ; tandis que la seconde est une maladie aiguë, qui dure quelques jours , et siège le plus ordinairement aux les membres inférieurs dans le sens de la flexion.

La comparaison que l'on voudrait faire de la colique saturnine avec la paralysie compliquée de douleurs névralgiques des membres produite par le plomb , reposant sur une erreur de diagnostic, ne peut donc servir à prouver la nature paralytique de la première de ces affections.

La non- existence des symptômes inflammatoires ne prouve pas le moins du monde en faveur de l'opinion de M. Mérat. Sans cela, il faudrait admettre que toute maladie du tube intestinal qui n'est pas inflammatoire, consiste en une paralysie de la membrane musculeuse du tube digestif.

Les vives lumières qu'ont jetées fur les paralysies, les travaux de diagnostic et d'anatomie pathologique des médecins modernes, prouvent que ces affections réclament un traitement variable et en rapport, en général, avec la condition organique qui leur donne naissance. Ainsi, c'est à l'aide des antiphlogistiques, des révulsifs, des dérivatifs, des calmants, des excitants, c'est-à-dire avec les médicaments les plus opposés, que l'on combat avec plus de succès, dans des circonstances différentes, cet élatorgano-pathologique, ctpar suite ses effets, la paralysie. On ne peut donc pas dire, pour prouver la nature de la colique de plomb, que le traitement

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qui convient à cette affection est celui des paralysies en général, puisque ces accidents réclament les médications les plus opposées.

La paralysie n'est point une terminaison naturelle de la colique saturnine. Ces deax affections sont des formes primitives de l'empoisonnement par le plomb; de même qu'on ne cherche pas a prouver la nature inflammatoire du tremblement mercuriel, parce que souvent il accompagne ou est suivi d'inflammation mercurielle de la muqueuse buccale, etc. De même, on ne doit pas conclure, de la coïncidence de deux affections saturnines, à leur similitude de nature.

Enfin, la constipation ne peut être invoquée comme preuve positive de la paralysie de l'intestin. En effet, n'observe-t-on pas, dans une infinité de maladies du ventre étrangères au plomb, la constipation comme symptôme, et cependant on n'attribue pas ces affections à une paralysie (gastralgie, entéralgie, colique nerveuse, gastrite, péritonite, etc. , etc.).

Dans les cas de colique où la constipation n'existe pas , il n'y a donc point de paralvsie. Et puis, ce serait une singulière paralysie que celle qui détermine , d'une part , l'arrêt du cours des matières fécales dans une partie de l'intestin, et de l'autre l'évacuation rapide et fréquemment répétée des matières contenues dans la partie supérieure de cet organe, vomissements, éructations. Il faudrait donc que la maladie changeât de nature dans ces deux points différents.

11 résulte de cette discussion, un peu longue, il est vrai , mais nécessaire pour détruire, l'opinion erronée de quelques médecins célèbres, que la nature de la colique de plomb ne peut être attribuée h une paralysie de l'intestin.

M. JMérat attribue la dépression du ventre à la contraction du paquet intestinal, qui, diminuant de volume, et se retirant vers le rachis, force la paroi abdominale h suivre ce retrait, probablement par IVftVt de la pression atmosphérique. Si

SII?«K KT NATU11E. Tl^ït

cette Interprétation était juste, les muscles de l'abdomen ne se conlracleraienlpas énergiquement, spasmodiqucnicnl, etc. Ils seraient souples.

Bordeu,Broussais,Canuet, Palais, Renauldin,Thoinas,etc., considèrent la colique saturnine comme une inflammation intestinale. Voici les raisons sur lesquelles ces auteurs appuient leur opinion :

i°. « La douleur dans la colique de plomb augmente dans plusieurs cas par la pression. »

Nous répondrons à cet argument que dans ces circonstances, la douleur augmente par la compression d'une manière légère, mais jamais avec une intensité pareille à celle qui caractérise la péritonite ou la gastro-entérite. De plus, nous avons presque toujours observé, dans ces cas de colique, qu'au moment des accès ou exacerbations le malade se couchait sur le ventre , se frictionnait l'abdomen , ce qui paraissait alors le soulager un peu, on du moins ne pas accroître ses souffrances. Voit-on les malades se mettre en de pareilles positions, lorsque la douleur est accrue fortement parla pression, clans le cas d'inflammation des organes digestifs? Enfin, dans une inflammation du ventre, la douleur se trouve habituellement disséminée dans une grande partie de l'abdomen, ce qui n'a pas lieu d'ordinaire dans la colique saturnine , où elle est limitée à un ou plusieurs points circonscrits.

2°. <; Le ventre est ballonné. »

Cette proposition repose sur une erraiir. (Voy. p. 21 4») Le ventre ne se trouve point ballonné clans la colique de plomb. Habituellement ilest déprimé ou conserve son volume normal, et présente quelquefois des saillies partielles ou bosselures. De plus, les parois abdominales sont instinctivement contractées , spasmodiquement tendues et dures. Rien de semblable ne s'observe clans les maladies inflammatoires. Bien loin de là, dans ces affections abdominales , lorsque les mus-

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cles de l'abdomen viennent à se mouvoir, c'est-à-dire à se contracter normalement, ce dont le malade se garde le plus qu'il peut, la douleur s'accroît.

3°. « Les nausées , les vomissements, la dysuric dénotent une inflammation. »

Mais dans combien de maladies qui ne sont point inflammatoires n'observe-t-on pas ces accidents, gastralgie, colique hystérique, choléra-morbus , etc. ?

4°. « La constipation ne détruit pas l'idée d'une phlegmasie, puisque dans les inflammations la sécrétion est d'abord sup primée. Si la constipation persiste plus long-temps que dans une entérite d'une autre nature, c'est que dans la colique de plomb, l'inflammation est portée'au plus haut degré, et peut, par cela même , entretenir une constipation de plus longue durée. »

Dans toutes les entérites , quelle que soit leur forme , il y a habituellement une suractivité de sécrétion du mucus intestinal. Dans les cas de gastrite, par exemple, il peut y avoir et il y a assez souvent constipation. Mais si l'inflammation atteint la muqueuse de l'intestin, il y a dévoiement. Tous les bons observateurs ont également remarqué que la fréquence des selles se trouve être ordinairement en rapport avec l'intensité de la phlegmasie. On ne peut donc concevoir comment la colique saturnine donnerait lieu , d'une manière presque constante, à la constipation, si la muqueuse était réellement irritée, et s'il existait dans tous les cas une entérite métallique. Ce serait d'ailleurs une singulière entérite que celle qui guérirait par l'emploi des substances irritantes , c'est-à-dire des purgatifs les plus énergiques.

5°. « L'inflammation n'est pas toujours accompagnée de fièvre. »

Il existe en effet quelques phiegmasies légères et très-cir-

SIlifiU ET NATUMi.

consentes du tube digestif, qui ne déterminent pas de mouvement fébrile. Mais , a-t-on jamais vu un seul cas de phlegmasie violente de tout le tube digestif qui ne fut pas accompagné de fièvre ?

L'accélération de la circulation a la suite de violents et de fréquents accès de douleur, ne suffit pas pour dire qu'il y a fièvre.

6°. « Dans beaucoup de cas il existe des altérations du tube digestif, qui annoncent l'existence d'une gastro-entérite. »

Cette proposition ne repose sur aucun fait positif (roj. pag. 010). Il ne suffit pas en effet de dire qu'on trouve des traces d'entérite, il faut encore le prouver à l'aide d'observations authentiques, dignes de confiance et bien interprétées ; quelle valeur peut avoir pour nous, en i85p,, des faits tels que ceux rapportés par Zeller, Desbois de Rochefort, et Bordeu?

Lorsqu'on rencontre des traces de phlegmasie dans le cadavre d'individus morts pendant qu'ils étaient atteints de colique de plomb, on doit les rapporter h une complication inflammatoire, annoncéeégalementpendantlaviepardes symptômes caractéristiques. N'observe-t-on pas quelquefois celte association de névralgie et d'inflammation dans d'autres maladies étrangères au plomb ?

Nous ajouterons h ce qui précède les considérations suivantes : on ne voit point habituellement dans les phlegmasies du tube digestif, des accidents du côté des voies nrinaires, pareils à ceux que nous avons constatés dans la colique de plomb. Si cette colique consistait en une inflammation, son invasion et sa disparition ne seraient pas brusques, instantanées ; elle ne reviendrait pas par accès ; il n'y aurait pas interruption subite et retour rapide des symptômes pendant plusieurs heures et même des jours entiers, ainsi que des r-echutes si fréquentes; la langue ne serait pas blanchâtre et

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épanouie; le malade ne chercherait pas tous les moyens de se faire vomir, et ne se livrerait pas a une agitation violente qui nécessairement augmenterait les symptômes inflammatoires; il n'y aurait pas d'éructations aussi fréquentes, ni de hoquet; la violence de l'inflammation conduirait presque toujours le malade au tombeau, ou aboutirait à une phlegmasie chronique; enfin, on ne constaterait pas en même temps les autres maladies saturnines des organes de la vie de relation.

Le mode de production de la colique a induit aussi quelques médecins en erreur sur sa véritable nature. Quelquesuns ont cru que celte affection était engendrée par le contact immédiat el direct des particules de plomb sur la muqueuse digestive. Or, ces substances, étant ingérées en grande quantité dans le canal digestif, enflamment l'organe avec lequel elles sont en contact immédiat. Pareils accidents se développent sur les animaux auxquels on fait avaler à la fois une grande quantité de préparations saturnines (Orfila, Canuet). Mais jamais on ne voit dans ces circonstances la colique apparaître. Cette affection ne se développe que quelque temps après que le poison a été administré en assez petite quantité pour pouvoir être absorbé, et non pas au moment de l'introduction en assez grande quantité pour produire la désorganisation des organes touchés. Ce sont des effets du plomb fort différents. L'un est constitué par une inflammation occasionnée par le contact de substances corrosives ; l'autre par une névrose survenant a la suite de l'absorption de ces poisons.

Ainsi donc, le mode de production, la forme des symptômes , leur marche, leur durée, leur danger et leur traitement, ainsi que les résultats cadavériques, démontrent que la nature de la colique de plomb n'est point inflammatoire.

Du reste , celte opinion se trouve complètement aban-

donnée par tous les médecins qui étudient aujourd'hui, sans idée préconçue et systématique, cette affection au lit des malades.

Il existe peu de maladies contre lesquelles on ait dirigé autant et d'aussi variées médications , que contre la colique de plomb. Il serait difficile de citer une seule substance importante de la matière médicale qui n'ait jamais été prescrite contre cette affection , et cependant tous ces agents thérapeutiques, jouissant de propriétés souvent contraires, comptent des succès. Nous indiquerons plus tard l'origine de ces guérisons obtenues à l'aide de méthodes si opposées.

Une des causes principales de ce nombre infini de médicaments vantés contre la colique saturnine, dérive des opinions si opposées et si nombreuses qu'on s'est faites de sa nature et de son siège. Non -seulement on a voulu guérir cette affection , mais encore on a voulu savoir comment et pourquoi on la guérissait : de là les nombreuses expériences thérapeutiques.

Les auteurs qui ont préconisé un genre de traitement contre la colique de plomb prétendent toujours qu'il guéritplus souvent et plus promptement , plus sûrement que tontes les autres médications, et qu'il met plus positivement à l'abri du développement des autres formes de l'empoisonnement saturnin. Ils ont soin aussi en général de faire ressortir les insuccès et les inconvénients attachés à l'administration des méthodes différentes de la leur. Quelques-uns (les modernes surtout) rapportent des observations à l'appui de leur dire ; d'autres se contentent d'affirmer.

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Pour apprécier à leur juste valeur les assertions émises, lest faits rapportés dans l'intention de prouver la supériorité de tel ou tel médicament contre la colique de plomb, nous avons dû soumettre toutes ces médications au creuset de l'expérience. Nous avons expérimenté ou vu expérimenter presque toutes les médications qui ont été vantées dans le traitement de la colique saturnine. Nos expériences ont été faites sur une grande échelle ( 1 ) . Les effets de chaque médicament employé ont été notés heure par heure, jour par jour, avec la plus scrupuleuse exactitude et sans opinion préconçue. Nous avons tâché d'éviter toute illusion, et surtout nous avons toujours eu à la pensée qu'il ne fallait pas adopter en thérapeutique la maxime post hoc, ergb propter hoc.

Pour juger avec certitude l'influence des diverses médications que nous avons essayées, nous avons dû commencer par suivre la marche de la maladie abandonnée à son propre cours, et dirigée uniquement vers la terminaison par les seuls efforts de la nature médicatrice. Cet examen fait, il nous a été possible d'établir les circonstances qui permettent d'attribuer h une méthode de traitement une influence positive sur l'issue de la colique saturnine.

La première des conditions pour apprécier cette influence, c'est d'observer avec un soin extrême la marche des divers symptômes de l'affection. Ainsi, il faut s'assurer si le jour où un médicament a été administré, il n'y avait pas déjà eu, avant cette prescription, un commencement d'amélioration; si cette dernière ne s'est pas montrée avant que l'effet phy-

(i) Nous n'avons pu cependant expérimenter un même nombre de fois toutes les médications dont nous avons suivi les effets ; car lorsqu'on reconnaît la supériorité d'un traitement, il y aurait inhumanité à expérimenter très-souvent d'autres médicaments qu'un certain nombre d'expériences permet de regarder comme impuissants.

siologique du médicament ait pu se produire, et enfin si le mieux a suivi, ou non, l'action physiologique de la médication. Il est nécessaire, pour cette appréciation, d'observer à quelle époque de la maîadie on administre les remèdes ; estce au début, au milieu, ou uu ou deux jours avant sa terminaison ?I1 faut encore savoir si le malade a déjà subi plusieurs traitements, et si à la suite de l'administration journalière de la même méthode thérapeutique, il y a, du jour au lendemain, une amélioration considérable , marquée chaque jour, ou si le mieux est arrivé lentement, par gradations.

Enfin pour apprécier la supériorité d'un traitement contrela colique de plomb , il faut examiner si le soulagement est plus marqué, plus durable que par les autres méthodes, si la durée de la maladie est beaucoup plus courte, si les convalescences sont moins longues , si les rechutes sont moins fréquentes, et si les autres formes de l'empoisonnement saturnin surviennent moins souvent.

Dans l'appréciation de l'influence de tel ou tel traitement, il importe de tenir compte de l'intensité et des diverses formes de la colique, des variations infinies que les circonstances individuelles et le monde extérieur impriment h cette maladie, de manière à rendre la guérison ou plus facile ou plus difficile. Nous avons donc cherché à étudier chaque médication dans des circonstances analogues, sous le rapport de l'intensité, de la forme et des complications, de la maladie.

Quels que soit les médicaments ou la médication qu'on emploie, il faut les employer seuls; car si on leur associe d'autres remèdes dont l'action est différente, on ne sait plu* auxquels attribuer la guérison.

Les expériences auxquelles nous nous sommes livré pour arriver à une appréciation positive de l'influence des divers traitements que l'on peut diriger contrôla colique de plomb,

55o COLIQUE SATURNINE.

ayant été laites dans les circonstances que nous venons d'indiquer et sur une grande échelle, peuvent être regardées comme l'expression la plus certaine de la vérité. Nous ne croyons pas avoir été induit en erreur par nos propres observations , du moins nous avons pris les précautions les plus grandes pour l'éviter. Tout ce que nous allons raconter a été vu et bien vu par nous-même, et non par Yinfirmier, la sœur, le malade seulement. Les médecins de lu Charité qui ont si généreusement, favorisé nos investigations, et un grand nombre d'élèves, ont été témoins des faits que nous allons analyser. Si les auteurs ne sont point arrivés aux mêmes résultats que ceux que nous allons faire connaître, il faut attribuer cette différence à ce que chacun d'eux n*a observé qu'un trop petit nombre de cas de coliques de plomb , traités dans des circonstances analogues a l'aide de moyens divers, et partant à ce qu'il leur a été impossible d'apprécier toutes les influences en dehors dételle ou telle médication, qui peuvent contribuer à son issue plus ou moins heureuse.

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