TRAITEMENT CHIMIQUE
Limonade kydrosulfuriijuc.
MM. Chevalier et Rayer , se fondant sur les lois connues des décompositions chimiques, ont proposé contre la co-
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lique de plomb l'acide hydrosulfuriquc, et les eaux minérales naturelles et factices qui en contiennent, telles que les eaux de Barèges et d'Enghien. Le sulfure de plomb, que ces eaux sont supposées former avec les particules saturnines , est sans action malfaisante sur l'économie. On prépare le médicament en prenant cinq grains de sulfure de potasse que l'on fait dissoudre dans un litre d'eau; une bouteille est administrée journellement.
M. Rayer, après quelques essais de ce médicament, s'est bien vite aperçu que cette médication théorique ne répondait pas dans la pratique aux vues que la chimie pouvait en espérer; aussi a-t-îl de suite abandonné cette méthode thérapeutique, qu'il regarde maintenant comme tout -à-fait inefficace.
Lalouelte, avant les auteurs précités, avait déjà dit que l'on pouvait retirer de grands avantages du foie de soufre dans le traitement de la colique de plomb. , ainsi que des eaux minérales de Barèges, Bonnes, etc.
Limonade sulfuricjue.
M. Mosley , et après lui M. Gendrin, ont conseillé l'usage de la limonade sulfuriquc contre la colique de plomb.
En administrant la limonade Sulfuriquc on a pour but de transformer les préparations saturnines , introduites dans l'économie , en sulfate de plomb, qui est insoluble, et par conséquent sans action toxique.
M. Gendrin affirme avoir guéri douze sujets en trois à quatre jours par cette limonade sulfurique, qui, au dire de ce médecin , diminue constamment les douleurs au second jour et très-fréquemment dès le premier, de manière à arrêter le développement de la maladie, et à permettre à quelques ouvriers de ne pas interrompre leurs travaux. Le plus ordinairement, il porte la dose d'acide à deux scrupules dans
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une à deux livres d'eau, que l'on a soin d'édulcorer et de no pas renfermer dans des vases de métal. (Trans. méd., t. vu, i852.) Depuis cette époque, dans une communication faite h MM. Chomel et Blache , M. Gendrin dit qu'il a employé la limonade sulfurique avec un succès tel que plus de trois cents malades ont guéri par son administration. (Dict. de Méd., 2eédit., l. vm, 1804.)
C'est avec regret que nous remplissons ici le pénible devoir de nous élever avec force contre les assertions de M. Gendrin; mais la vérité avant tout. Le public médical a besoin de connaître le vrai. Dans la fabrique de céruse de Clichy , que M. Gendrin paraît avoir visitée quelquefois, on n'a pas encore, à l'aide de la limonade sulfurique, pu arrèterunc seule fois la marche de la maladie; jamais on n'a vu non plus ce médicament empêcher les ouvriers de discontinuer leurs travaux, lorsqu'ils étaient frappés par le maî. Ce que nous affirmons en ce moment, contrairement à l'opinion de M. Gendrin, nous a été assuré par les contre-maîtres et les ouvriers de Clichy, ainsi que par les malados de la Charité, venant de cet établissement.
Comment M. Gendrin a-t-il pu guérir plus de trois cents malades h l'aide de la limonade sulfurique? Il aurait fallu pour cela que l'hôpital Cochin, dont M. Gendrin était médecin, eût reçu ce nombre de malades depuis i8ôy jusqu'en i854. Or, les registres de l'hospice Cochin, dépouillés exactement, nous apprennent que soixante-seize malades seulement, venant de Clichy, etc., atteints de colique de plomb, ont été admis, dans cet établissement, de 1802 à i854 (i). En supposant même que la moitié au moins des malades
(1) L'hôpital de la Charité attire au moins autant d'ouvriers malader, rie Clichy que Cochin. Parmi les individus atteints de colique de plomb, et admis dans ce dernier établissement, il n'y avait que des ouvriers de Clichy et quelques peintres, etc.
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que M. Gendrin a traités n'aient pas été inscrits sur les registres comme atteints de colique de plomb , il faut convenir que le chiffre vraisemblable de cent cinquante-deux malades est fort éloigné de celui de trois cents. D'où je conclus que M. Gendrin n'a pu guérir plus de trois cents malades atteints de colique de plomb , à l'aide de la limonade sulfurique.
Désireux de vérifier directement les assertions de M. Gendrin , concernant l'efficacité de la limonade sulfurique, MM. Andral, Dalmas et Sandras (1) ont bien voulu, sur notre prière . administrer ce médicament , à la Charité , sur quelques-uns de leurs malades.
Cinquante-trois individus , dont seize atteints de coliques violentes , dix-neuf de coliques modérées , et dix-huit de coliques légères , ont été soumis a la médication conseillée par M. Gendrin.
Deux fois la colique violente a cessé après deux et quatre jours de traitement. Les quatorze autres cas de colique violente ont persisté ou ont fait des progrès pendant six à huit jours ; chez deux malades, des convulsions se sont déclarées a cette époque, alors le traitement a été changé, et pendant l'administration des purgatifs drastiques, les accidents saturnins ont disparu dans l'espace de deux à cinq jours; trois de ces malades ont guéri , l'un après neuf jours , l'autre après dix jours, et le troisième après douze jours de traitement. Pour les neuf autres cas, l'état des malades semblant s'empirer, après douze à quinze jours de traitement, les médecins, pour l'acquit de leur conscience, n'ont pas cru pouvoir continuer davantage l'usage de la limonade sulfurique ; la colique a cessé dans l'espace de un à cinq jours, à partir du moment où les purgatifs énergiques ont été administrés. Dans les dix-neuf cas de colique modérée dix onl guéri
(1) MM. Dalmas et Sandras ont fait à plusieurs reprises le service de la Charité confié a Huilier.
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au bout de huit jours de traitement, terme moyen; huit ne marchant pas vers la guérison à la même époque, on les a traités par le traitement de la Charité , ou par l'huile de croton, et ils ont guéri alors dans deux à quatre jours; chez le dix-neuvième il y a eu rechute au bout de trois jours d'une guérison apparente, et paralysiedu poignet etdesdoigts.
Enfin , des dix-huit cas de colique de plomb légère , douze sont arrivés a parfaite guérison, terme moyen, sept jours et demi après le commencement de l'usage de la limonade sulfurique. Chez l'un d'eux la colique a persisté dixsept jours; chez deux autres il est survenu une paralysie des membres supérieurs. Trois, enfin, ont éprouvé des rechutes.
Nous n'avons pu expérimenter un plus grand nombre de fois ce médicament, dans la crainte du développement des accidents vers le cerveau, la moelle, et aussi parce qu'il est pénible de voir souffrir long- temps des malheureux qu'on peut guérir dans quelques jours, à l'aide d'un autre traitement. Ce nombre d'expériences suffit d'ailleurs pour apprécier l'influence de cette médication.
Si nous comparons les cas de colique traités par la limonade sulfurique avec ceux où l'on n'a fait usage d'aucun traitement, on verra peu de différence dans les résultats obtenus. Je tiens également d'un grand nombre de médecins des hôpitaux, qui ont voulu essayer la limonade sulfurique, que cette médication ne leur a pas réussi; je puis citer entre autres témoignages celui de MM. Bslly et Piorry. M. Grisolle a essayé quatre fois la limonade sulfurique , dans des cas de colique intense, sans obtenir la moindre amélioration, (Thèse.) Chez un malade, des accidents cérébraux se déclarèrent après cet essai infructueux. Ces quatre malades furent soumis aux méthodes purgatives, etc. ; et ils guérirent dans l'espace de cinq, six et sept jours. Ainsi, pour nous, nous considérons l'emploi de la limonade sulfurique , dans la
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colique de plomb , comme un moyen illusoire, qui n'a presque aucune influence sur la marche de cette maladie.
Alun. — Le sulfate acide d'alumine et de potasse (alun) a été conseillé parRichter, Percival, Chapman, Lindt, Michaë'lis, Grashuys,Moseley, Adair, Schmidtmann, etc., contre la colique saturnine. M. Krapeler assure que , donné à la dose de un à trois gros par jour, dans une potion gommeusc , le sulfate d'alumine guérit constamment la colique de plomb, quelque intense qu'elle soit. M. Montanceix dit que la guérison est complète et durable en moins de six ou sept jours, et le plus ordinairement sans récidive. Aussi, propose-t-il, en raison de l'efficacité de cette méthode , de l'appeler traitement de l'hôpital de Saint-Antoine , par opposition à celui delà Charité. (Arch. génér. de Méd., t. xvin.) M. Gendria affirme que sur cinquante-huit malades atteints de colique bien constatée , dont plusieurs même avaient résisté à d'autres moyens de traitement, il n'a pas vu le sulfate d'alumine et de potasse échouer une seule fois, et produire le moindre accident sur les organes digestifs. A la dose d'un gros à un gros et demi , administré au début de la maladie , il a arrêté la colique en dix à quinze heures sur vingt-trois personnes , et sur dix qui n'ont pas interrompu leurs travaux de peintre. Mais il a observé que lorsqu'on excède la dose de deux gros à deux gros et demi dans vingt- quatre heures , ii arrive quelquefois des accidents.
Nous n'avons eu que huit fois l'occasion d'observer les effets de l'alun contre la colique de plomb ; il a été prescrit suivant la méthode de M. Krapeler. Les douleurs étaient intenses chez deux malades , modérées chez cinq , et légères chez un seul. L'un des cas de colique de plomb violente n'a élé nullement modifié par ce traitement employé pendant treize jours; on a été obligé d'avoir recours au traitement de lu Charité , qui a fait cesser le mal. L'autre cas de colique
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violente a été guéri dans l'espace de huit jours , pendant qu'on administrait de l'alun et des lavements purgatifs. Des cinq cas de colique modérée, trois ont guéri dans l'espace de douze jours; les deux autres , n'ayant pas été soulagés par l'alun prescrit pendant une douzaine de jours , ont été alors traités par l'huile de croton et avec un succès rapide. Enfin , le cas de colique de plomb légère a cessé au bout de neuf jours.
Les partisans de l'alun pourront peut-être reprocher a nos observations d'être trop peu nombreuses. J'en conviens volontiers; mais je dois aussi leur dire que les insuccès qui ont presque toujours suivi l'administration de ce médicament dans huit cas de colique, ne devaient pas encourager de pareils essais contre une maladie très-douloureuse , qu'on est presque toujours certain de dissiper à l'aide d'autres médications. D'ailleurs il ne nous est jamais arrivé d'échouer aussi souvent, coup sur coup pour ainsi dire, contre la colique, lorsque nous venions a employer un traitement quelconque , dont l'influence salutaire sur l'issue de cette maladie fut réelle. (Voy. Trait, de la Charité. — Huile de croton.)
Quant aux merveilles que MM. Krapcler et Gendrin disent avoir observées, je voudrais les avoir vues pour y croire. Car il est facile de se tromper sur l'influence de telle ou telle médication administrée pour combattre la colique. Il faut avoir recueilli avec un soin minutieux un grand nombre d'observations pour faire avec exactitude la part des médicaments et celle du repos et de la diète dans l'issue de cette affection. Dans presque toutes les observations de guérison , obtenues à l'aide de l'alun, on a prescrit en même temps des lavements purgatifs. N'est-il pas alors aussi logique d'attribuer le succès à ces derniers qu'au sulfate acide d'alumine et de potasse?
Mercure. — Clark, Gardanne, Berger, Hunter, etc., ont proposé l'administration du mercure pour obtenir la guérison
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de la colique saturnine. Ces auteurs s'imaginaient que ce métal parvenait à fondre dans l'intestin les préparations saturnines qui y sont disséminées. L'ancien Journal Général de Médecine, Chirurgie et Pharmacie de janvier 1808 , donne, d'après la Gazette de Saltzebourg , une notice de cinquante personnes, traitées de la colique de plomb avec succès, par une mixture de mercure et d'opium.
Plomb. — Le plomb lui-même a été administré dans un but de combinaison chimique. Harlan dit avoir observé de bons effets d'un mélange de trois grains d'acétate de plomb , un grain d'opium et cinq grains de calomelas , que l'on divise en trois doses. Mais il est permis de penser que ces deux derniers médicaments ont eu autant de part que l'acétate de plomb dans ses succès , si tant est qu'il y en ait eu.