MÉTHODE CALMANTE
Le traitement de la colique saturnine par les narcotiques a été préconisé par des médecins d'une grande autorité.
Citois , Tronchin , Dehaen , Stoll , Payen , Hillary, Piomans, Luzuriaga, Adair, Volff, MM. Bourdois, Bricheteau, Bouvier, Martin Solon, etc., ont employé cette médication, et en ont publié les succès.
Citois employait avec beaucoup d'avantage le sirop diacode, les pilules de cynoglosse et le laudanum, dans la colique de Poitou.
Tronchin loue l'admirable vertu de l'opium uni au camphre, dans la colique de Poitou produite par les boissons minérales. Il conseille ce médicament à la dose d'un demigrain de trois heures en trois heures.
Stoll a été un des plus grands et des plus puissants panégyristes de l'administration de l'opium dans la colique saturnine. L'illustre médecin de Vienne n'employa pas ce médicament d'après des vues théoriques. Le premier essai qu'il en fit, ce fut au contraire avec répugnance; car il pensait que l'opium augmenterait encore la constipation déjà existante, etc. «Touché, dit-il, par les cris d'un malade qui, depuis sept jours, n'allait point h la selle „ malgré tous les moyens employés pour cet effet , et qui , de temps en temps , vomissait au milieu des douleurs les plus .atroces , je lui administrai l'o-
568 COLIQUE SATURNINE.
pium. Bientôt après le ventre se relâcha spontanément et il rendit une grande quantité de matières; alors les douleurs et les vomissements cessèrent. » Depuis cette époque , Stoll employa largement l'opium , et les cures qu'il fit furent trèsheureuses , promptes , solides , multipliées.
Pour l'ordinaire , Stoll faisait consommer à chaque malade, dans l'espace de vingt-quatre heures, uuc mixture composée avec dix grains d'opium , six onces d'eau de fleurs de camomille , un gros et demi d'extrait et une once et demie de sirop des mêmes fleurs. Les malades en prenaient la sixième partie toutes les quatre heures , et ils en continuaient l'usage le plus souvent pendant plusieurs jours.
Un de ses malades , qui avait un vomissement énorme , prit avec succès , dans l'espace d'une seule nuit , treize grains d'opium.
« L'opium , ajoute notre illustre médecin, guérit la colique de plomb quand on insiste sur son usage. C'est ce que je prouverai par un grand nombre d observations que je communiquerai ailleurs : mais il faut l'administrer h des doses proportionnées à la grandeur du mal , et les continuer long-temps. Je n'en cessais pas l'usage, quoique le malade lut absolument libre de toute douleur. Il fallait encore que le pouls eût récupéré sa souplesse naturelle, l'expérience m'ayant appris que, quand ce signe manque, le caractère du poison n'est point entièrement détruit. »
Il est à regretter que Stoll n'ait pu publier, comme il en avait l'intention, un grand travail sur la colique de plomb , où il aurait relaté plus en détail tous les cas de colique saturnine qu'il avait traités par les opiacés. Ce travail est d'autant plus à regretter que Stoll nous paraît assez souvent attribuer à tort les heureux succès qu'il obtint contre la coiiquc saturnine, uniquement à lopium. En effet, il employait en mémo temps deux méthodes , la calmante et Ycracuanle. Cette der-
TBAITEMKIgT. 3Gq
nière se composait; de purgatifs rt <lo vomitifs. « Cette méthode composée me réussit complètement, et n'eut point les inconvénients de l'une et de l'autre employée séparément. » On peut donc , en présence de ce témoignage de Stoll luimême , attribuer h la méthode évacuante une partie des succès qu'il obtenait.
Quelquefois Stoll unissait le camphre à l'opium ; mais seulement comme adoucissant , car il prétend que le camphre ne peut jamais guérir seul la colique.
M. Brachet de Lyon a fortement préconisé la méthode de traitement de Stoll.
Luzuriaga conseille de donner, de trois heures en trois heures, un grain d'opium. Adair en prescrit un grain toutes les heures. (In Manoirs ofthe Mcd. ,etc. , 1 1 , n° 21.) Bourdois de La Motte en a donné trente-six grains en trois jours. (Bulletins de la Société de Médecine. )
M. Bricheteau, dans un mémoire publié dans le but de prouver l'efficacité de l'opium contre la colique saturnine , affirme que ce médicament , dont il se sert depuis dix ans , n'a jamais eu besoin d'être aidé dans son action curative par des émétiques ou des purgatifs. Il donne l'opium h la dose de deux grains en huit pilules , que le malade prend d'abord d'heure en heure; si le mal est opiniâtre, il en augmente la dose et ajoute des lavements laudanisés; il fait appliquer en même temps , sur le ventre, un emplâtre contenant de l'extrait gommeux thébaïque. (Arc h. génér. de Mèd., t. xxxi. )
MM. Bouvier et Martin Solon , médecins de l'hôpital Beaujon, ont employé avec quelque succès l'hydrochlorate de morphine, contre la colique saturnine. M. Filhos a consigné dans sa thèse les résultats obtenus par ces habiles observateurs. ( Thèses de la Faculté de Médecine de Paris , 1 833 , n° 102.)
L'hydrochlorate de morphine était administré par quart de grain, ou par demi-grain, jusqu'à effet désiré. D'après 1. 24
5?0 COLIQUE SATURNINE.
cette manière de procéder, on a pu donner jusqu'à sept grains de ce médicament dans les vingt-quatre heures , et sans obtenir d'autre résultat que la cessation des coliques. .
M. Filhos rapporte cinq observations de colique violente traitées de cette manière. Un seul des malades a été uniquement traité par les opiacés , et surtout par l'hydrochlorate de morphine; il a guéri dans l'espace de trois jours; deux autres malades ont été traités par l'hydrochlorate de morphine et par les lavements purgatifs; l'un a guéri après six jours de traitement; l'autre après trois jours seulement. Deux malades , auxquels on administrait rhydrochlorale de morphine > furent pris du choléra et succombèrent aux suites de cette dernière affection.
D'autres narcotiques que les opiacés ont été employés dans le traitement de la colique saturnine.
Le bon effet de l'extrait de jusquiame a été éprouvé par Payen et par StoII lui-même. Volff veut qu'on le donne à grandes doses. (In formcy, Ephem von Berlin.) Hillary prétend qu'on doit l'associer aux aromatiques. Romans (Natura Ilistory of Floride) cherche à établir qu'il faut l'administrer, non-seulement intérieurement , mais encore en lavements et en topiques.
TRAITEMENT RANQUE.
M. Ranqtte, médecin de l'Hôtel-Dieu d'Orléans, a proposé de traiter la colique de plomb à l'aide d'une médication narcotique et révulsive, employée d'après des formes toutes spéciales. Voici les moyens dont se compose cette méthode ( 1 ).
i°. Epithème abdominal, dont on recouvre tout le ventre, depuis l'appendice xyphoïde jusqu'à un pouCe du pubis, et
(1) Mémoire sur lies enatyoisonhements par k&préparatiotts saturnines; lu à la Société de Médecine d'Orléans, le 10 novembre 1S36.
TIUlfHMF.Nt. 371
qui ne doit être. ïépâté de IVpithème lombaire que d'un pouce environ.
% Diacliylum gommé. 5 ù
Thériaque. 5 û
Masse emplâtre ciguë. § ij
Camphre en poudre. 3 j
Soufre en poudre. 5 6
Faites un amalgame du tout à un feu très-doux 5 étendez sur une peau de la grandeur de l'abdomeu ; unissez la surface et saupoudrez avec
Camphre. )
> aa 3 û
Tartre stibié. )
Fleur de soufre. 5 G
2°. Le second moyen consiste en un èpithème lombaire, qui recouvre cette région depuis Favant-dernièrc vertèbre jusqu'au sacrum , et qui se compose de la même manière que l'épithème abdominal. Seulement on en saupoudre la surface avec deux gros de camphre.
5°. On prescrit le liniment anti-névropathique , dont voici la formule :
% Eau distillée de laurier cerise. 5 ij
Ether sulfurique. § j
Extrait de belladone bien préparé. 9 ij
Mélangez , agitez le vase avant de vous servir du Uniment , et employez pour chaque friction environ deux cuillerées à bouche (moilié si les sujets sont jeunes).
4°. Faites prendre le lavement anti-névropathique suivant :
% Teinture éthérée de feuilles de belladone (1). goutte xx Huile d'olives ou d'amandes douces § iv
ou décoction de graines de lin froide. un selier
Mêlez et donnez à froid.
(1) L'ether,mis en digestion quelque temps sur la poudre de belladone, enlève à celte plante sa propriété vénéneuse et lui en donne une sédative.
372 COLIQUE SATURNINE.
5°. On donne la potion anti-névropalhique qui suit :
% Eau de tilleul.