PROFESSIONS. «SOMBRE DES UAIÀDES
Ouvriers des fabriques de minium 104
Ouvriers des fabriques de blanc de céruse. . . . 220
Ouvriers des fabriques de mine oran je 7
Peintres en bâtiments. . . - 168
Peintres en voitures 33
Peintres de décors, de lettres et d'attributs. ... 25
Broyeurs de couleurs 43
Fabricants de cartes glacées et d'Allemagne. ... 7
Potiers de terre. 33
Affineurs 14
Fondeurs de plomb 10
Étameurs 3
Fondeurs dits de cuivre 1
Ouvriers des fonderies de caractères 38
Imprimeurs 8
Ouvriers des fabriques de plomb de ebasse. ... 6
Lapidaires 27
Ouvriers des fabriques d'acétate de plomb. ... 2
Ouvriers des fabriques de nitrate de plomb. ... 2
Ouvriers des fabriques de chromate de plomb. . . 1
Total général. 752
causes. 49U
Ce tableau nous prouve que les ouvriers qui contractent le plus souvent la colique sont ceux qui éprouvent aussi le plus fréquemment les atteintes de l'arthralgie. Nous avons une seule grande exception a celle règle. Les ouvriers des fabriques de minium sont beaucoup plus sujets a l'artbralgie qu'a la colique , puisque nous avons vu que soixante-trois de ces ouvriers avaient été atteints de celte dernière affection, tandis que cent quatre Font été de la première. Notons aussi que sur nos deux cent un malades attaqués d'arthralgie saturnine simple, non accompagnée des autres maladies de plomb , soixanle-huit travaillaient le minium. Si l'on se rappelle maintenant que le nombre des ouvriers des fabriques de minium de Paris et de ses environs ne s'élève pas audelà de vingt, on est de plus en plus eonvaincu que celle substance occasionne beaucoup plus aisément l'arthralgie que toutes les autres préparations saturnines.
Nous pouvons donc conclure encore ici : i° que l'arthralgie de plomb ne se développe qu'à la suite de l'absorption des préparations saturnines par Le tissu cellulaire sous-cutané, les membranes muqueuses des organes de la respiration , de la digestion, de la visioaet de la génération; 2° que celte affection saturnine apparaît chez les ouvriers avec d'autant plus de facilité qu'ils disséminent, pendant leurs travaux, dans l'atmosphère, une plus grande quantité de particules de plomb , et que par conséquent leurs muqueuses respiratoire et digestive se trouvent en contact avec une plus grande quantité de ces émanations.
Toutes les circonstances en dehors du poison, qui favorisent plus ou moins facilement le développement de l'arthralgie saturnine , étant à peu près les mêmes que celles qui président à la manifestation delà colique salurnhie, nous renvoyons le lecteur aux pages 177 et suivantes de ce volume, pour tout ce qui a trait aux diverses influc-nces que les sa:-
ÔOO ARTIIRALGlE SATURNINE.
sons , les climats, l'Age, le sexe , la constitution et le rérrim3 peuvent avoir sur la production plus ou moins facile de l'arthralgie saturnine.
Pour preuve de ce que nous avançons, nous allons indiquer l'âge de nos malades affectés d'arthralgie saturnine , et l'époque de l'année où ils ont été atteints de cette forme de l'empoisonnement saturnin.
Age des sept cent cinquante-cinq malades affectés d'arthralgie saturnine.
De 5 à 10 ans 2
De 10 à 20 52
De 20 à g0 167
De 30 à 40 290
De 40 à 50 163
De 50 à G0 63
De C0 à 70 18
Total 755
Époque de l'année où sont tombés malade les sept cent cinquante-cinq individus précédents.
Report. ..... 373
Janvier 32 Juillet 93
Février 45 Août 89
Mars 62 Septembre. ... 63
Avril 69 Octobre 54
Mai 74 ÏVovembre. ... 45
Juin 91 Décembre. ... 38
373 Total. 755
La colique et les autres maladies saturnines prédisposent jusqu'à un certain point à la manifestation de l'arthralgie, puisque le poison qui se trouve dans l'économie peut venir tout-à- coup se précipiter sur les organes de la vie de relation et les rendre douloureux.
On pourrait croire à priori qu'un individu atteint de colique de pîomb violente doit être plus menacé d'une attaque d5 arthralgic qu'un autre malade affecté d'une colique mode-
CAUSES. 5o
réc ou légère. Il n'en est pourtant rien : la violence de la colique n'influe pas sur le développement des douleurs saturnines des membres et du tronc.
Dans nos cinq cent vingt-cinq cas de colique, où nous' avons constaté simultanément l'arthralgie , la première a été violente cent quatre-vingt-six fois, modérée cent soixantedouze fois, et légère cent soixante-sept fois. (Voy. p. a 4 1 . )
Il y a des individus qui sont uniquement atteints d'arthralgic, chaque fois qu'ils éprouvent les accidents de l'empoisonnement saturnin; d'autres, lorsqu'ils ressentent une attaque de colique , de paralysie , ou d'encéphalopatbie de plomb , se trouvent affectés, en même temps, d'aï thralgie saturnine; enfin, on rencontre des individus, placés dans les mêmes conditions d'absorption du poison que ceux des deux catégories précédentes, qui ne sont cependant jamais tourmentés par les douleurs saturnines des membres, du tronc et do la tète. D'où provient cette prédisposition organique au développement de cette forme de l'empoisonnement saturnin ? A quels signes peut-on la reconnaître ? Ce sont des questions d'étiolocie insolubles comme tant d'autres. Ne voit-on pas tous les jours des hommes placés dans les mêmes conditions écologiques morbides, éprouver des effets divers du contact de celte même cause? La pneumonie, la pleurésie, la péricardite , le rhumatisme , etc. , ne frappent-ils pas également un ass^z grand nombre d'individus qui passent brusquement d'une température chaude a une température froide ?
Les récidives et les rechutes de l'arthralgie sont , en général, aussi fréquentes que celles de la colique; elles peuvent arriver h la même distance et en aussi grand nombre dans l'une et l'autre de ces affections.
5û2 ARTHRALGIE SATURNINE.
PRODROMES
Les phénomènes caractéristiques de l'intoxication saturnine précèdent ordinairement le développement de l'arthralgie de plomb ; par conséquent ils peuvent être regardés comme deé phénomènes précurseurs de cette affection. Quelquefois le goût sucré, l'ictère saturnin précèdent seulement de quelques jours l'arrivée des douleurs des membres.
La maladie qui nous occupe en ce moment est le plus souvent annoncée à l'avance par un engourdissement , une lassitude dans les parties qu'elle va envahir prochainement. Ce malaise dure plusieurs jours et même des mois; son intensité peut varier du jour au lendemain pendant tout ce temps. Souvent , le matin en se levant , l'ouvrier en éprouve les premières atteintes ; dans la journée, distrait par son travail, il s'en aperçoit à peine. Quelquefois, mais très-rarement, l'arrivée de cette affection se fait avec rapidité, et parvient presque tout-à-coup à son summum d'intensité.
Dans nos sept cent cinquante-cinq cas d'arlhralgie, la colique l'a précédée deux cent cinq fois; cinq fois nous avons vu la paralysie saturnine la devancer; enfin , dans un cas , l'encéphalopathie a pu être regardée comme le phénomène précurseur des douleurs névralgiques des organes de la vie de relation.
Le plus souvent l'arthralgie débute la nuit : rarement elle se manifeste chez les ouvriers au milieu de leurs occupations, qu'ils sont quelquefois obligés de quitter immédiatement.
SYMPTÔMES. 5o5
Les phénomènes qni caractérisent l'arthralgie saturnine sont : la douleur, la perversion de la contractilité et la lésion des fonctions correspondant aux organes affectés.
La douleur constitue le symptôme important de cette maladie; aussi peut-on dire qu'elle forme presque à elle seule toute l'affection.
Ce symptôme n'offre pas moins de variétés par sa nature, son intensité, son type, son étendue et sa marche, que par la multitude des parties qui peuvent en être le siège.
Presque toutes les régions des membres , du tronc et de la tête peuvent devenir le siège de la douleur. Parmi tous ces points , quelques-uns sont plus souvent affectés que les autres. Au premier rang on peut mettre les membres inférieurs , puis viennent dans l'ordre de fréquence les membres supérieurs , les lombes, les parois thoraciques, le dos et la tête.
Sur nos sept cent cinquante-cinq malades , quatre cent quatre-vingt-cinq ressentirent uniquement des douleurs dans les membres inférieurs, quri Ire-vingt-huit dans les membres supérieurs, dix-huit dans les lombes, cinq dans les parois thoraciques, quatre dans le dos on dans le cou, et trois dans la tête. Cent huit malades éprouvèrent des douleurs simultanément dans les membres supérieurs et inférieurs; trente-cinq en accusèrent à la fois dans les membres et le tronc , et neuf dans ces diverses parties, ainsi que dans la tête.
Dans les cent cinquante-deux cas où la douleur a siégé simultanément dans les extrémités supérieures et inférieures, le tronc et la tête , elle a été plus aiguë dans les mentbrcs inférieurs que partout ailleurs, dans la moitié des cas.
502 ARTHRALGIE SATURNINE.
PRODROMES
Les phénomènes caractéristiques de l'intoxication saturnine précèdent ordinairement le développement de l'arthralgie de plomb ; par conséquent ils peuvent être regardés comme deé phénomènes précurseurs de cette affection. Quelquefois le goût sucré, l'ictère saturnin précèdent seulement de quelques jours l'arrivée des douleurs des membres.
La maladie qui nous occupe en ce moment est le plus souvent aunoncée à l'avance par un engourdissement , une lassitude dans les parties qu'elle va envahir prochainement. Ge malaise dure plusieurs jours et même des mois; son intensité peut varier du jour au lendemain pendant tout ce temps. Souvent , le matin en se levant , l'ouvrier en éprouve les premières atteintes ; dans la journée, distrait par son travail, il s'en aperçoit à peine. Quelquefois, mais très-rarement, l'arrivée de cette affection se l'ait avec rapidité, et parvient presque tout-à-coup à son summum d'intensité.
Dans nos sept cent cinquante-cinq cas d'arthralgie, la colique l'a précédée deux cent cinq fois; cinq fois nous avons vu la paralysie saturnine la devancer; enfin , dans un cas , l'encéphalopathie a pu être regardée comme le phénomène précurseur des douleurs névralgiques des organes de la vie de relation.
Le plus souvent l'arlhralgie débute la nuit : rarement elle se manifeste chez les ouvriers au milieu de leurs occupations, qu'ils sont quelquefois obligés de quitter immédiatement.
SYMPTÔMES. 5o5
Les phénomènes qui caractérisent l'arthralgie saturnine sont : la douleur, la perversion de la contractilité et la lésion des fonctions correspondant aux organes affectés.
La douleur constitue ie symptôme important de cette maladie; aussi peut-on dire qu'elle forme presque à elle seule toute l'affection.
Ce symptôme n'offre pas moins de variétés par sa nature, son intensité, son type, son étendue et sa marche, que par la multitude des parties qui peuvent en être le siège.
Presque toutes les régions des membres , du tronc et de la tête peuvent devenir le siège de la douleur. Parmi tous ces points , quelques-uns sont pins souvent affectés que les autres. Au premier rang on peut mettre les membres inférieurs , puis viennent dans l'ordre de fréquence les membres supérieurs , les lombes, les parois thoraciqties, le dos et la tète.
Sur nos sept cent cinquante-cinq malades , quatre cent quatre-vingt-cinq ressentirent uniquement des douleurs dans les membres inférieurs, quatre-vingt-huit clans les membres supérieurs, dix-huit dans les lombes, cinq dans les parois thoraciques, quatre dans le dos ou dans le cou, et trois dans la tête. Cent huit malades éprouvèrent des douleurs simultanément dans les membres supérieurs et inférieurs; trente-cinq en accusèrent à la fois dans les membres et le tronc , et neuf dans ces diverses parties, ainsi que dans la tête.
Dans les cent cinquante-deux cas où la douleur a siégé simultanément dans les extrémités supérieures et inférieures, le tronc et la tête , elle a été plus aiguë dans les menibres inférieurs quepartont ailleurs, dans la moitié des cas.
5o6 ARTHRALGIE SATURNINE.
électriques. Des malades comparent le mal qu'ils ressentent à celui que produirait un instrument aigu, comme une aiguille, qui traverserait , à une ou plusieurs reprises, la partie affectée, ou bien à l'action térébrante d'une vrille. Quelques-uus disent qu'il éprouvent une douleur semblable à celle d'un charbon incandescent, renfermé dans les tissus endoloris. D'autres accusent un simple picotement , un engourdissement incommode, un sentiment de fatizue ou de brisement , une sorte de constriction ou de crispation. Il y en a qui se plaignent d'une sensation de morsure, ou d'un sentiment de frémissement analogue h celui que donnerait le mouvement d'un grand nombre de fourmis. Enfin, un certain nombre de malades s'imaginent qu'un liquide brûlant coule avec leur sang, ou qu'ils ressentent l'impression d'un corps glacial.
Quant à l'intensité de la douleur, elle peut offrir tous les degrés depuis un simple malaise , une sensation incommode dont le malade s'aperçoit à peine , jusqu'aux souffrances les plus atroces.
La douleur ne subsiste point , en général , au même degré d'une manière continue. Ordinairement elle éprouve des exacerbations; d'un moment à l'autre elle acquiert plus d'acuité pour diminuer bientôt après. An moment des paroxvrmeSj lorsque la douleur est violente, lemialade , en proie à la plus vive agitation, la face grippée, se lamente, pousse des cris, change sans cesse de position, sort ses membres de son lit, les applique sur ur. corps iVoid, comprime avec lifts ou des liens les p ts endolories, dans
l'espoir d'alléger ses souffrances. Au bout d'une ou plusieurs minutes le calme se rétablit. Dans l'intervalle qui sépare les crises , la douleur n'est point disparue habituellement , comme cela a lieu dans certaines névralgies périodiques, vulgaires: seulement elle a moins d'acuité: les malade . te plus haftE-
SYMPTÔMES. • 5o;
tuellcmcnlj ne se plaignent plus alors que d'un sentiment d'engourdissement, de fourmillement, de fatigue, de brisement ou de constriction dans la partie affectée ; tandis que pendant le paroxysme ces malheureux les comparaient tantôt à une décharge électrique, tantôt h un trait de feu , ou bien h une sensation térébrante, dilacérante, etc.
Quelquefois la moindre cause , comme un mouvement , le froid, suffît pour ramener les accès, qui ne se succèdent point habituellement à des intervalles égaux. Dans certains cas la douleur s'exaspère si souvent qu'il semble ne plus y avoir de rémission. Mais, en général, plus la douleur est violente , plus les crises sont saillantes. Les cxacerbalions ont lieu à une distance qui varie depuis quelques minutes jusqu'à des heures entières, et qui n'est pas la même pour les accès qui se suivent. Leur durée est rarement grande clans les premiers temps de l'affection. Au fur et à mesure que la maladie arrive h sa période la plus aiguë, les accès se prononcent aussi davantage; à mesure que l'excitation diminue, les crises deviennent moins sensibles , alors le malade finit par souffrir d'une manière à peu près continue ; néanmoins, quelques secousses un peu vives viennent encore l'agiter de temps en temps.
Ordinairement la douleur a ses cxacerbalions la nuit. Stoll , Desbois (de Rochefort), Gardane, M, Mérat, etc., avaient déjà fait cette remarque.
L'arthralgie est violente , modérée ou légère , suivant que la douleur a plus ou moins d'acuité. Sur nos sept cent cinquante-cinq malades, il y en avait à peine un quart atteint de douleurs violentes, la moitié en éprouvait de modérées, et l'autre quart à peu près de légères. Ainsi , la colique est plus souvent violente que l'arthralgie.
La douleur se trouve souvent diminuée par la pression lente et graduée, surtout au moment des cxacerbalions.
5û8 ARTHRALG1E SATURNINE.
Quelquefois de simples frictions soulagent , tandis qu'une forte compression augmente les douleurs; j'ai vu aussi l'effet contraire. Dans un certain nombre de cas la compression ne change pas l'intensité de la douleur; quelquefois enfin elle en accroît l'acuité. J'ai observé deux malades atteints d'arthralgie saturnine des membres inférieurs , chez lesquels tous les muscles de la cuisse entraient dans une agitation spasmodique quand on approchait la main des membres douloureux.
La douleur s'accompagne de quelques symptômes locaux qui dépendent du trouble des fonctions des organes endoloris. Les muscles sont affectés de spasmes , de contractions ou crampes, de rigidité, d'une espèce d'état tétanique plus ou moins apparent , trismus dolorifœus de Sauvages. Quelquefois la maladie se borne presque à des crampes; dans leur intervalle le malade ne souffre point. Dans certains cas les muscles sout agites d'un tremblement ou frémissement plus ou moins intense. Cette perversion de la motilité n'est bien prononcée que dans le cas d'arthralgie violente.
Le malade a conscience des crampes dont il est atteint ; le médecin peut aussi, à l'aide du toucher, les reconnaître. En effet , lorsque la douleur est violente, on voit les muscles qui se contractent avec énergie , former des tumeurs inégales et très-dures; le membre se trouve déformé. Les crampes font souffrir violemment les malades; lorsque ce sont les mem • bres inférieurs qui en sont affectés , ils se précipitent hors de leur lit et appuient les pieds sur le parquet pour tâcher défaire cesser ce spasme douloureux. Ce n'est le plus souvent qu'au moment des exacerbations que les crampes reviennent.
Le mouvement communiqué ou spontané delà partie, siège de l'arthralgie , aggrave et exaspère souvent la douleur; et cependant les malades les plus vivement frappés changent
symptômes. 5og
sans cesse de position et <le place dans l'espérance d'en modérer l'acuité.
Le plus ordinairement, dans le cas d'arthralgie violente, lorsque la partie douloureuse est affectée de contractions involontaires , spasmodiques , son mouvement est incertain, incomplet, irrégulier. Les fibres musculaires, dont la contraction augmente les souffrances , ne se laissent plus diriger facilement par la volonté. Ainsi , par exemple , lorsque le mollet est affecté de crampe , il est impossible d'exercer avec précision et dans toute son étendue un mouvement quelconque de la jambe. La douleur, ainsi que lescontractions morbides des muscles, mettent donc un obstacle au mouvement régulier ; il n'est pas aboli , mais seulement difficile et incertain ; à peine la douleur enlevée ou diminuée, le mouvement physiologique reviendra aussi facile , aussi complet qu'avant l'arrivée de la douleur. Il ne faut donc pas confondre la paralysie , ou perte de tout mouvement par défaut de contracliiilé due au relâchement des muscles, avec la perle partielle du mouvement normal, suite de la douleur et contraction morbide.
On n'observe ni chaleur appréciable à la main du médecin, ni rougeur, ni gonflement morbides dans les parties affectées d'arthralgie saturnine. Une seule fois , à la suite de longues et atroces douleurs dans les genoux , nous avons vu un peu de rougeur et de gonflement à la partie interne de cette région, mais qui ne dura que quelques heures.
Assez souvent les malades fuient la chaleur de leur lit; ils rejettent tout-a-coup leurs couvertures loin des parties endolories ; s'ils souffrent dans les pieds, ils descendent précipitamment de leur lit pour les rafraîchir sur le parquet. D'autres, au contraire, évitent le froid, qui augmente leur mal.
Le pouls conserve habituellement sa souplesse et sa régularité normales. Dans cinquante-cinq cas seulement u'arlhral-
âl© ARTIIRALGIE SATURNINE.
giesans conque, il était dur, lent, vibrant, et dans dix-sept cas, irrégulier.
La; peau, les muscles , les os, les nerfs, etc. , des membres affectés d'arlhralgie, sont le siège de la douleur. En effet , les malades accusent la douleur dans ces différents tissu s ; nous avons entendu dire à plusieurs d'entre eux qu'ils avaient les os rongés; les crampes ne peuvent être dues qu'à l'excitation douloureuse des muscles; dans un certain nombre de cas d'arlhralgie, la douleur semble plus superficielle que profonde; en promenant doucement et légèrement le d oigt sur la peau, on modifie son acuité. On ne voit point la douleur suivre exactement et uniquement le trajet des cordons , rameaux ou branches des nerfs, qui se rendent de l'axe cérébro-spinal aux organes de la vie de relation. Lors même que la douleur paraît marcher suivant la direction d'un nerf, comme à la partie postérieure de la cuisse, elle ne s'étend point à toute sa longueur; elle n'envahit ordinairement que la moitié, le quart, de cette partie du membre abdominal, et elle correspond h une grande portion de son épaisseur, et non uniquement à une surface en rapport avec le volume du nerf. Toutes les parties nerveuses (tronc, branches, extrémités) qui entrent dans la composition delà région endolorie, et qui se rendent aux muscles, aux os et à la peau , paraissent être le siège du mal.
Y a-t-îl des cas où la douleur se trouve bornée uniquemenlà la peau, d'autres fois aux muscles et même aux os, c'est-à-dire aux nerfs qui portent le sentiment à chacun de ces tissus? Cette question est difficile à résoudre d'une manière absolue; car on ne peut ici, comme dans l'anesthésie saturnine (voy. t. h), expérimenter sur les différents tissus pour s'assurer de Feraslence du mal dans chacun d'eux. On est donc obligé de s'en rapporter uniquement aux sensalions du malade , qui peuvent aussi l'induire facilement en erreur. Après avoir fait
SYMPTÔMES. 5ll
maintes investigations sur ce sujet, nous n'osons cependant affirmer que la douleur puisse être limitée uniquement à la peau , les membres ou les os. Toutefois , nous ferons valoir en faveur de celle supposition , que la doulour étant tantôt superficielle , tantôt profonde , et accompagnée ou non do crampes, il existe quelques raisons pour croire qu'elle peut principalement attaquer un des tissus sus-mentionnés, c'està-dire les extrémités nerveuses qui s'y rendent. Nous ajouterons encore que dans le cas de concomitance d'ancslhésie cutanée et d'arthraîgie saturnine dans les mêmes organes , on est obligé d'admettre que les muscles, les os, etc., sont uniquement endoloris.
Suivant que telle ou telle portion du corps est affectée d'arthraîgie saturnine, on observe divers dérangements fonctionnels.
Ainsi, les douleurs sévissent-elles sur les membres inférieurs , souvent ils sont fléchis dans leurs diverses articulations. Les malades les étendent avec quelque difficulté; ils ne peuvent se tenir iong-temps debout ou marcher; la douleur met obstacle à la contraction régulière des muscles qui remplissent ces diverses fonctions, et ces mouvements augmentent eux-mêmes la douleur. Si les mollets sont douloii' reux, ils deviennent assez ordinairement durs comme une pierre, par suite de la contraction spasmodique, passagère des muscles de cette partie. Dans le cas d'arthraîgie des pieds et de la cuisse , les malades se plaignent aussi assez souvent de crampes qui se renouvellent quelquefois au moindre mouvement. Dans les membres supérieurs on observe rarement la flexion des articulations et les crampes dans les parties charnues , parce que rarement ils sont le siège de douleurs aussi intenses que les extrémités abdominales.
Dans les trois quarts des cas, le mal siège à la fois sur les deux membres congénères, mais rarement au même degré.
012 arthralgif. saturmni:.
Dans le cas où la douleur se fait sentir sur divers points d'un membre, elle n'a point dans toutes ces parties le même caractère, ni la même intensité. Ici elle est lacérante, accompagnée de crampes, et passe rapidement comme un éclair; là elle est térébrante et presque continue; un peu plus loin elle ne donne que le sentiment de picoiements. Après avoir persisté plus ou moins long- temps dans un même lieu, elle change quelquefois de caractère, et même de place dans l'étendue du même membre; mais elle ne saute pas d'un membre dans un autre. Dans certains cas, elle a plus d'acuité au niveau des articulations. Dans d'autres cas , ce sont les espaces intermédiaires qui sont le plus vivement atteints.
Lorsque le mal siège dans le dos et les lombes , les malades ne peuvent ni se baisser, ni se ployer sans augmenter leurs douleurs, et, par cela même, n'exécutent qu'avec difficulté ces mouvements dans toute leur étendue. 11 n'y a point de troubles dans la sécrétion urinaire, ce qui différencie ces douleurs siégeant dans les masses musculaires de celles occupant la région rénale dans le cas de colique saturnine.
Les parois thoraciques sont-elles douloureuses, les mouvements respiratoires peuvent être gênés. Le malade, dans la crainte d'augmenter ses souffrances par le mouvement, dilate le moins possible son thorax; une grande inspiration les accroît en effet. On devrait peut-être rapporter plutôt ces accès de dyspnée, simulant une angine de poitrine et qu'on observe quelquefois chez les individus empoisonnés par le plomb, à la maladie que nous décrivons en ce moment qu'à la colique saturnine. Il ne faut pas confondre les douleurs thoraciques de l'arthralgie saturnine avec celles qui ne sont qu'une irradiation des douleurs de la colique de plomb.
Chez un malade affecté de douleurs des parois thoraciques, nous avons constaté qu'elles s'élendaient aux parois de l'abdomen. Pour nous assurer du siège réel de ces don-
SYMPTÔMES. 5ll5
leurs de l'abdomen , nous fîmes coucher le malade sur le dos, et nous lui recommandâmes de fléchir la tête sur la poitrine. Pendant le mouvement exécuté par les muscles abdominaux, la douleur s'accrut. La main , promenée doucement sur la peau de l'abdomen , fît naître une sensation de bien-être , différente de l'exaltation de la sensibilité qui existait avant la compression. Du reste, chez cet homme, il n'yavait aucun trouble fonctionnel du côté des voies digestives et urinaires; par conséquent, cette douleur de l'abdomen ne pouvait être rapportée à une colique qui n'existait point.
Les malades dont la face est sillonnée par des névralgies saturnines , font des grimaces involontaires, et leurs traits sont grippés. La sécrétion du mucus nasal se supprime, etc. Nous avons vu une fois une otalgie accompagner des douleurs de la face. {Obs. ix.) Nous n'avons jamais observé que la douleur suivît exactement le trajet des branches du nerf tri jumeau. Elle occupe çà et là divers points de la face, auxquels se distribuent simultanément plusieurs filets nerveux. Lorsque le cuir chevelu est le point affecté , le malade se gratte très-fréquemment , ne se plaint ni d'étourdissements ni d'éblouissements. Le mal siège le plus ordinairement à la partie supérieure de la tête.
Si le mal se porte sur le cou, on observe un torticolis. Les douleurs , lorsqu'elles sont violentes, éloignent toute espèce de sommeil.
Toutes les autres fonctions de l'économie sont en bon état dans le cas d'à rthr algie simple, non accompagnée des autres maladies saturnines.
âl4 ARTIHULGllî SATURNINE.