‹ Traité des maladies de plomb ou saturninesChapitre 45 sur 51 · MARCHE, DURÉE ET TERMINAISONS · texte numérisé non relu

MARCHE, DURÉE ET TERMINAISONS

En général, l'arthralgie saturnine ne marche pas, depuis son invasion jusqu'à sa terminaison par des gradations, pour ainsi dire, insensibles.

Nous avons déjà dit que son invasion pouvait être brusque, lente, mais progressive , ou sujette a des exacerbations et a des intermittences.

Pendant toute la période d'acuité de l'arthralgie, dans les cas où elle allecte une marche régulière, elle fait chaque jour des progrès très-marqués jusqu'au moment de la décroissance. Lorsque la marche de la maladie est irrégulière, ce qui est assez commun , du jour au lendemain l'intensité des accidents n'est plus la même. Ainsi, aujourd'hui, ce malin, l'arthralgie sera violente; ce soir, demain, elle sera modérée ou légère; après demain elle reviendra du matin au soir violente, modérée, légère. En un mot, les alternatives de pire et de mieux apparaissent très-fréquemment, surtout si l'affection n'est pas combattue par un traitement convenable.

Le soir et la nuit, les douleurs deviennent, en général, plus fortes.

Si, au début de l'arthralgie , les douleurs se font sentir plus violemment dans un point, ce qui est le cas ordinaire; souvent les jours suivants le point le plus fortement affecté change de place, ce ne sera plus le même, Lorsque toute l'étendue d'un membre, comme la cuisse et la jambe, est le siège de la douleur, d'un moment à l'autre la souffrance disparaîtra dans une des parties du membre; de sorte que les deux portions du membre endolori ne seront plus contiguës l'une à l'autre; il y aura un espace intermédiaire nullement douloureux. La sensation que fait éprouver la douleur

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est sujette aussi à de nombreuses variations pendant le cours de l'arthralgie.

La transition de la période d'acuité à celle de déclin s'effectue, en général, avec rapidité, quelquefois brusquement. Du jour au lendemain, du soir au matin, la maladie a cessé complètement ou presque complètement. Dans quelques cas, la période de déclin est longue; les malades ne souffrent plus que légèrement; mai» ces petites douleurs disparaissent lentement et difficilement. Enfin, il n'est pas très-rare, au moment où les accidents touchent à leur fin, de les voir rétrograder, revenir à la période d'acuité.

L'arthralgie saturnine peut affecter une marche aiguë ou chronique. On observe plus fréquement encore dans cette dernière des améliorations et des recrudescences alternatives. Les rechutes peuvent avoir lieu quelques jours ou des mois, des années entières après la gvjérîson de la première attaque. La durée de cette maladie varie beaucoup. Traitée conve nablcment, elle dure de trois à six jours. Abandonnée aux seuls efforts de la nature , elle peut également disparaître dans cet intervalle de temps ; mais souvent aussi , elle peu! prolonger alors son existence des semaines, des mois entiers. Nous avons déjà parlé de la marche simultanée de la coli que et de l'arthralgie, lorsqu'elles traduisent ensemble l'exis tence de l'empoisonnement. Nous n'y reviendrons pas ici. Nous ajouterons seulement que les accès de ces deux affections ne reviennent point au même moment ; assez souvent elles alternent.

Dans le cas de co-existence de l'arthralgie et delà paraly sie saturnines , voici ce qu'on observe.

Le plus ordinairement l'arthralgie et la paralysie n'occu pent pas le même siège; l'une envahit les membres supé rieurs , l'autre les inférieurs. L'une s'observe dans le sen de la flexion des muscles, l'autre dans le sens de l'extension Quelquefois cependant l'arthralgie et la paralysie du mouve

.5lG ARTHRALGIE SATIRMNE.

ment si.'^nî dans le même membre et dans le sens d<> I extension. Habituellement l'arthralgie a déjà disparu en partie, lorsque la paralysie commence à se développer. Dans un petit nombre de cas j'ai vu l'arthralgie cesser brusquement,, et la paralysie apparaître dans le même membre. Quelquefois ces deux affections débutent et marchent d'abord ensemble; mais l'une disparaît bientôt , tandis que l'autre dure des mois, des années entières, toute la vie. J'ai vu un malade qui, à peine guéri d'une paralysie du poignet et des doigts , souffrit cruellement dans le même membre.

La plupart des auteurs ont regardé l'arthralgie saturnine comme un symptôme de la paralysie de plomb. Il n'y a, comme on le voit, entre ces deux accidents, qu'un seul point de contact , leur commune origine. Ce sont des maladies ou des formes de l'empoisonnement saturnin , indépendantes Tune de l'autre , mais qui peuvent exister simultanément chez un même individu.

Dans le cas d'empoisonnement saturnin , où l'on rencontre l'arthralgie et l'encéphalopathie , on observe , en général , que les accidents ceiébraux apparaissent au milieu du cours de l'arthralgie , qui cesse alors plus ou moins brusquement; queîqueiois cependant, il y a des alternatives de prédominance d'arthralgie et d'encéphalopathie; j'ai vu des cas où 1 affection douloureuse des membres survivait à la maladie cérébrale , même à un degré plus élevé.

Quant à l'intoxication saturnine primitive, elle suit, relativement à l'arthralgie, la même marche que vis-à-vis de la colique.

L'arthralgie saturnine ne se termine presque jamais par la mort. Nous ne connaissons dans la science qu'un seul cas de cette maladie qui '..il eu une pareille terminaison, (\oyez ûés. xxv de coiique. ) Le plus souvent cette affection se termine par le retour à la santé. Dans quelques cas la colique,

la paralysie ou l'cncéphalopalhîc saturnines tiennent lieu do terminaison à l'arthralgic. L'arthralgie saturnine peut donc être considérée comme une maladie en elle-même des plus bénignes. Cependant, comme l'individu qui en est al teint porte en lui le germe de maladies mortelles ou très-difficiles à guérir (encéphalopathic et paralysie saturnines), on ne doit pas être sans inquiétude sérieuse sur l'issue définitive de cette affection. Par conséquent toutes les causes capables de retarder la guérison peuvent rendre son pronostic plus grave.

L'arthralgie saturnine peut être confondue avec le rhumatisme , les névralgies vulgaires , les douleurs syphilitiques ostéocopes , la courbature et les douleurs sympathiques des affections abdominales.

Le rhumatisme aigu se distingue facilement de l'arthralgie saturnine. Dans cette dernière maladie il n'y a ni gonflement ni rougeur des articulations. Dans le rhumatisme la pression augmente la douleur ; le contraire arrive dans l'affection saturnine. Le moindre mouvement spontané cause tant de douleur au rhumatisant , qu'il demeure , autant que faire se peut, dans une complète immobilité; le malade qui ressent des douleurs violentes saturnines dans les membres , change sans cesse de position, dans l'espérance de trouver du soulagement, ce qui prouve qu'il ne sent pas beaucoup son mal s'accroître. L'instantanéité de l'apparition ou de la disparition de l'arthralgie saturnine contraste avec le rhumatisme , qui met quelque temps h se développer, et qui surtout ne diminue et ne décline que peu à peu. Le rhumatisme attaque le plus souvent un seul membre ou bien deux extré-

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mités croisées; la maladie saturnine, presque toujours, affecte deux membres parallèles. L'endolorissemcnt de plomb occupe le plus habituellement le pli des articulations; le côté opposé est ordinairement le siège du rhumatisme. Enfin , !e mouvement fébrile et la complication d'endopérie;.rditc viennent encore différentier ces deux maladies , qui ne peuvent, en général, comme nous venons de le voir, être prises l'une pour l'autre par un observateur un peu exercé.

L'arthralgie saturnine simule plus facilement le rhumatisme chronique. Le défaut de rougeur et de gonflement , les exacerbations de la douleur et l'absence du mouvement fébrile rapprochent ces deux maladies. Toutefois , le rhumatisme chronique est erratique, il passe d'un membre à l'autre. L'arthralgie saturnine est mobile dans les diverses parties d'un membre, mais ne cesse pas dans ce membre pour sauter dans un autre. La durée est, en général, différente, à moins que la première de ces affections , abandonnée a elle-même , ne soit devenue chronique. Dans ce dernier cas de maladie de plomb, les antiphlogistiques, les érrfolîients et même les bains de vapeur n'ont presque point de prise sur le mal; mais administrez les bains sulfureux, le traitement de la Charité, ou les purgatifs drastiques, et vous serez surpris de l'amélioration rapide et de la guérison des douleurs, que vous traitiez comme un rhumatisme. Le mode de traitement donne au médecin le moyen de diognotiquer certaines maladies. Dans le cas de rhumatisme chronique , la pression et le mouvement augmentent beaucoup la souffrance; I'endolorissement saturnin se modère par le premier de ces moyens, le second l'exaspère un peu. Enfin, dans le rhumatisme chronique , les articulations deviennent raides, les extrémités des os se gonflent et déterminent quelquefois des difformités dans les membres ; on ne voit rien de pareil dans l'arthralgie saturnine.

DIAGNOSTIC 5l9

Les névralgies vulgaires , non toxiques, paraissent quelfois avoir un tel degré de parenté avec l'arthr algie saturnine , que des auteurs semblent voir entre ces deux affections une identité parfaite; c'est une erreur. Dans ces deux maladies la douleur est rémittente, exacerbante, diminuée par la pression , et augmentée un peu , ou pas du tout , par le mouvement. Mais dans la névralgie la douleur suit seulement le trajet d'un nerf. Je n'ai jamais vu de douleur s atomise limitée à ce trajet si circonscrit; elle occupe en largeur une étendue de plusieurs pouces, ce qui est bien différent de la ligne que décrit un cordon nerveux, siège de la douleur névralgique vulgaire; rarement la douleur saturnine s'étend aussi longuement sans interruption que la névralgie , tout le long d'un cordon nerveux. La douleur produite par le plomb siège tantôt h côté , tantôt loin d'un tronc nerveux , dans l'épaisseur du membre et au voisinage des articulations. Dans l'arthralgie saturnine, d'un jour h l'autre, le plus haut degré de la douleur change de place, et un certain espace de tissus sains sépare deux points endoloris du même membre ; rien de semblable ne s'observe dans la névralgie vulgaire. Enfin, dans l'arthralgie saturnine, lorsque tout un membre est le siège de la maladie, les diverses portions de ce membre guérissent séparément à des distances inégales, tandis que la névralgie vulgaire disparaît en même temps dans toute son étendue.

Il n'y a guères de maladie aiguë du ventre qui ne produise, à son début , de la courbature ou des douleurs contusives dans tous les membres; mais cet état d'endolorissement est général, vague, de peu de durée, et ne peut être confondu avec la maladie dont nous nous occupons.

Les douleurs syphilitiques ostéocopes pourraient encore , dans quelques cas, être confondues avec les douleurs saturnines , si le plus souvent elles n'offraient sur le trajet

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des os longs de petites tumeurs ou exostoses caractéristiques.

Enfin , l'arthralgie saturnine s'accompagne le pins habituellement de colique, de paralysie ou d'encéphalopathie. Cette circonstance ajoute encore beaucoup h la certitude du diagnostic. Il en est de même de la connaissance qu'on aura que cette affection s'est développée chez un individu en contact avec les préparations de plomb. Toutes ces données , celle de la physionomie de la maladie , de la profession du malade et des autres affections de plomb co-existantes, per mettront presque toujours de distinguer l'arthralgie saturnine de toutes les autres affections. Mais ressouvenons-nous bien que la profession du malade et l'existence des maladies de plomb, ne peuvent pas seules fournir les éléments du diagnostic. Les plombiers peuvent contracter des rhumatismes , des névralgies , des douleurs syphilitiques, même pendant le cours de la colique de plomb.

ALTÉRATIOiNS AN ATOMIQUES.

La nature morte est encore muette pour nous expliquer les altérations de la nature vivante qui caractérisent l'arthralgie saturnine. Devons-nous d'ailleurs nous étonner de ce que le scalpel soit impuissant pour démontrer la nature de troubles fonctionnels qui apparaissent et disparaissent parfois avec une rapidité étonnante , et dont la physionomie change d'un moment à l'autre, quoique le siège de la maladie semble rester le même ? Malgré les investigations les plus minutieuses , chez les individus qui ont succombé pendant qu'ils étaient atteints d'arthralgie saturnine, nous n'avons trouvé aucune lésion appréciable dans les organes malades et dans le centre nerveux rachidien. ( Voy. Obs. xxv de la colique de plomb, T—Obs. xi d'encéphalopathie saturnine, etc., t. 2,)

SIÈGE BT NATTJBB. î)Ul

M. Devergic a fait l'analyse des muscles du mollet du sujet de notre observation xi d'cncépbalopathic saturnine, qui était également atteint d'arthralgic. Cet habile chimiste y a découvert une notable quantité de plomb. (Voy. t. a. )

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